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Full text of "Histoire de la philosophie [microforme]"

CIHM 
Microfiche 
Séries 
(l\/lonographs) 



ICIVIH 

Collection de 
microfiches 
(monographies) 



m\ 



Canadian Institut* for Historical Microraproductions / Institut canadian da microraproductions historiquas 






Technical and Bibliographie Notes / Notes technique et bibliographiques 



The Institute has Pttempted to obtain the best original 
copy available for tilming. Features of this copy which 
may be bibllographically unique, which may alter any of 
the images in the reproduction, or which may 
significantly change the usual method of filming are 
checlœd below. 



D 



D 
D 
D 



D 



Coloured covers / 
Couverture de couleur 



I I Covers damaged / 

' — ' Couverture endommagée 

I I Covers restored and/or laminated / 

— ' Couverture restaurée et/ou pelliculée 

I I Covertitlemissing/ Le «Ire de couverture manque 

I I Coloured maps / Cartes géographiques en couleur 

I I Coloured inl< (i.e. other than blue or blacit) / 

Encre de couleur (I.e. autre que bleue ou noire) 

I I Coloured plates and/or illustrations / 

— ' Planches et/ou Illustrations en couleur 



Bound with other matériel / 
Relié avec d'autres documents 

Only édition available / 
Seule édition disponible 

TIght binding may cause shadows or distortion 
along interior margin / La reliure serrée peut 
causer de l'ombre ou de la distorsion le long de 
la marge intérieure. 

Blank leaves added duiing lestoratkms may appear 
wlthin the text. Whenever possible, thèse hâve 
been omjtted from filming / Il se peut que certaines 
pages blanches ajoutées lors d'une restauration 
apparaissent dans le texte, mais, lorsque cela était 
possible, ces pages n'ont pas été filmées. 



L'Institut a microfilmé le meilleur exemplaire qu'il lui a 
été possible de se procurer. Les détails de cet exem- 
plaire qui sont peut-être uniques du point de vue bibli- 
ographique, qui peuvent modifier une Image reproduite, 
ou qui peuvent exiger une modifications dans la méth- 
ode normale de fiinage sont indiqués ci-dessous. 

I I Coloured pages /Pages de couleur 

I I Pages damaged / Pages endommagées 

I I Pages restored and/or laminated / 
— ' Pages restaurées et/ou pelliculées 

r^ Pages discoloured, stalned or foxed / 
Pages décolorées, tachetées ou piquées 

I I Pages detached/ Pages détachées 

r^ Showlhrough / Transparence 

I I Ouality ol print varies / 

' — ' Qualité inégale de rimpression 

I I Includes supplementary matenal / 
— Comp.'Bnd du matériel supplémentaire 

I I Pages wholly or partially obscured by errata 
' — ' slips, tissues, etc., hâve been refllmed to 
ensure the best passible Image / Les pages 
totalement ou partiellement obscurcies par un 
feuillet d'enata, une pelure, etc., ont été filmées 
à nouveau de façon à obtenir la meilleure 
image possible. 

I I Opposing pages with varying colouration or 
' — ' discolourations are fllmed twice to ensure the 
best possible image / Les pages s'opposant 
ayant des colorations variables ou des décol- 
orations sont filmées deux fois afin d'obtenir la 
meilleur Image possible. 



D 



AddHionat comments / 
Commentaires supplémentaires: 



Thii inm n filmad at lh« raduction ratio cinclud below/ 

Ce docunwnt tst filmé au taux de réduction indiqué ci-deftous. 

lOX 14X 1«X 



22X 



y 



liX 



aox 



Th« copv filnwd hara hu baan rapreduead ihanki 
te tiM ganaroailv el: 

National Llbrary of Canada 



L'axamplaira filmé fut rapreduit grica é la 
géntreaité da: 

Blbliothivia natlonala du Canada 



Tha imagaa appaaring hara ara tlia baat quailty 
poaaibla conaidaring tha condition and lagibility 
ef tha original copy and In kaaping with tha 
fllming eonuaei apaciflcations. 



Original copia* in printod papar covara ara fllmad 
baginning with tha front covar and anding on 
tha laat paga with a printad or illuatratad Impraa- 
aion, or tha back covar whan appropriata. Ail 
othar original copia* ara filmad baginning on tha 
firai paga with a printad or illustratad impraa- 
•ion, and anding on tha la»t paga with a printad 
or illuatratad imprasaion. 



Tha laat raeordad frama on aach mieroficha 
«hall contain tha lymbol — «'Imaaning "CON- 
TINUEO"). or tha symbol V Imaaning "END"), 
whiehavar applia*. 



Lai Imaga* suivantaa ont été raproduitai avac la 
plua grand aoin. compta tanu da la condition at 
da la nattaté da l'axamplaira filmé, at an 
conformité avac laa conditiona du contrat da 
filmaga. 

Laa aaamplaira* originaux dont la ceuvartura an 
papiar aat Impriméa (ont filma* an commançani 
par la pramiar plat at an tarminant «oit par la 
darniéra paga qui comporta una amprainta 
d'Impraaaion ou d'illuatration, toit par la laeond 
plat, salon la oa*. Tous la* autra* axamplaira* 
originaux aont filmé* an commançani par la 
pramiéra paga qui comporta una amprainta 
d'impraaiion ou d'illuitration at an tarminant par 
la darniéra paga qui comporta una talla 
amprainta. 

Un daa aymbola* luivanta apparaîtra aur la 
darniéra imaga da chaqua mieroficha, talon la 
«a: la aymbola ^^ aignifia "A SUIVRE", la 
«ymbola ▼ aignifia "FIN". 



Mapa, plata*. charu. atc. may ba filmad at 
diffarant raduction ratio*. Tho*a too larga to ba 
antiraly includad in ono axpoaur* ara filmad 
(Mginning in tha uppar laft hand cornar. laft to 
right and top to bottom. a* many trama* a* 
raquirad. Tha following diagrami illustrât* tha 
mathed: 



Laa eartaa. planchaa, ubiaaux. atc. pauvant éira 
filméa é daa Uux da réduction différant*. 
Loraqua la deeumant aat trop grand pour étra 
raproduit an un aaul cliché, il aat filmé é partir 
da l'angla aupériaur gaucha. da gaucha é droita. 
at da haut an bas, an pranant la nombra 
d'imagaa nécaaaaira. Laa diagrammaa suivant* 
iUu*trant la métheda. 



1 2 3 




1 


2 


3 


4 


5 


6 



«CtOCOfY HSOIUTION TBT CMA»T 

(ANSI and ISO TEST CHAUT No. 2) 




| H2.8 
■ 12 
13,6 



2.0 



1.8 



m il u i ,, 



_^ /APPLIED IIVMGE Inc 

^^ 1653 Eost Mo<n Street 

?*<£ Rochester, New Yorti U609 USA 

"■J^ (716) 482 - 0300 - Phone 

^S (716) 288- 5989 -Fa« 



HISTOIRE 



DE LA 



PHILOSOPHIE 



Abbé Arthur ROBERT 

poct«.r « Thtolort-élVBPhiuiîïhS''' *'•"'■• 
Frof.«..r de Phlto^îKi, 4 I u™SîR li».l 



HISTOIRE 

DE LA 

PHILOSOPHIE 



QUÉBEC 
Typ, Laflamme & Proulx 

1912 






f'ermis d'imprimt, . 

A.-K. GOSSKMN, ptre, 

Sup. Séni., Québec. 
Québec, ]> janvier i^ia. 



Nihil obslal. 

L.-A. Paqubt, pter, P. A.. 

Ctnsor depiilaltts. 
Québec, 21 janvier 191 3. 



Imprimatur. 

t L.-N., Ascu. DE Québec 
Québec, it janvier 1913. 



Droits réservés, Canada, igti. 



SES CHERS KlÈVES DE PHILOSOPHIE 

L'AUTEUR 

DÉDIE AFFECTUEUSEMENT 
CES PAGES 



PR^'F'VCE 



Ç.-»/.r <;„/ ont l-cxp, .■//<■<• ,/,, /Professorat rccon 
na,sscnt volontiers „uc lauci^ncL, ,,s,Z 
uueiscs, une source d'ennuis et pour lesTSvZt 

aH-i-c. a d..:er, ceux-là à copier, les uns et A- 

TlslT"^" '"" ''•• '""'"'^' '» '" '•^'-- « 

qn,ls s exposent à ne pouvoir étudier toute la 
'"«'fre'nscrue au prc -aunne de l'ins^^i,^. 
Cette façon d'enseiyn, convient aux nramiès 
">nvers,tés où les professeurs, s'adressantàla 
jeunesse 9,» „ déjà reçu une formrHon secon- 
datre peuvent disserter savanmen. , loZZ 
"•eut sur différentes questions san. .uvreun 

prendre des notes et de co.^ulier les ouvraqes 
nécessaires à la préparation des thèses et dZ 
examens. Mau dans nos séminaires et nos cot 
lèges classiques dont le but est de procurer auv 

faire des spécialistes, les manuels sont et seront 
toujours nécessaires. 

Or, un bon nombre de ces maisons - bien que 



ce cours ne soit pas encore exigé pour l'épreuve 
du baccalauréat et de l'inscription à l'Université 
Laval — ont mis dans leur programme des leçons 
d'Histoire de la Philosophie. Bt, comme nous, 
le professeur chargé de cette classe est astreint à 
l'ennuyeuse besogne de dicter aux élèves ce qui 
fait l'objet de son enseignement. Aussi bien — 
n'est-ce pas sotte prétention de le dire ? — dest 
pour remédier à cette situation, qu'après les avoir 
revues, corrigées, augmentées, nous avons réuni 
en un volume, sous le titre d'Histoire de la Phi- 
losophie les notes qui ont fait la matière de notre 
cours depuis bientôt cinq ans. 

Nous ne dirons pas que cette Histoire vient 
« combler une lacune ». . . seulement, nous espé- 
rons qu'elle sera de quelque utilité à nos collègues, 
à nos élèves, aux étudiants des écoles normales 
et des écoles commerciales supérieures, av v jeunes 
filles des couvents, voire aux laies instruits — et 
ils sont nombreux — soucieux de se renseigner 
sur les problèmes si intéressants de la Philoso- 
phie, mais que les occupations journalières dé- 
tournent des spéculations métaphysiques ou em- 
pêchent de consulter les énormes in-folios où, en 
détail, sonf exposées les graves questions concer- 
nant Dieu, l'âme humaine et le monde. 

C'est dire que notre manuel est nécessairement 
incomplet. Ecrivant pour des élèves et pour ceux 
qui n'ont pas le loisir de se mettre au courant de 
toute la littérature philosophique, nous avons visé 
avant fout, à faire une œuvre de vulgarisation. 



Certes, les écrits de ce genre i,c manquent pas- 
et, parmi eux, il y en a d'excellents. Tout de 
même, au point de vue où nous nous sommes 
place, nous croyons qu'ils ne répondent pas tout à 
fait aux besoins de notre classe étudiai'te et de 
notre public instruit. Généralement les Histoires 
de la Philosophie sont trop longues pour un cours 
secondaire. Quelques-unes, sans mériter ce re- 
proche, ont un langage par trop technique, un 
exposé par trop scientifique : autant de choses de 
nature à rebuter ceux qui ne veulent pas de-c'enir 
spécialistes en la matière. 

Au surplus, ce manuel ne peut pas et ne doit pas 
remplacer le Traité de philosophie suivi dans nos 
maisons d'éducation affiliées à l'Université Laval. 
Car, il ne faut pas oublier que la philosophie pro- 
prement dite est différente de l'histoire de la phi- 
losophie: celle-ci suppose celle-là. Et cette re- 
marque nous amène à signaler, en passant, une 
tendance, en certains milieux, à remplacer la vraie 
science par l'histoire. Aujourd'hui on dis.<:erte sur 
toutes les doctrines, on expose très au long les 
systèmes par lesquels, depuis l'antiquité jusqu'à 
nos jours, les philosophes ont tour à tour essayé 
de résoudre les grands problèmes de la certitude : 
on multiplie les lectures; bref, suivant l'e.vpression 
consacrée, on étudie les questions par le dehors. 
Que cette manière d'enseigner ait des charmes, 
personne ne le contestera. En effet, on aime tou- 
jours le plus facile ; et parcourir toutes les théo- 
ries, sans trop les approfondir, offre l'attrait du 



— 12 — 



nouveau, partant, est plus intéressant. Mais la 
conséquence toute naturelle de cette méthode, est 
que l'enseignement de la philosophie, aimi réduit à 
une simple nomenclature de noms et d'écoles, dégé- 
nère en un pur éclectisme qui, tôt ou tard, iné- 
vitablement, conduit au pire scepticisme. Et donc 
logiquement, l'histoire de la philosophie vient 
après un cours complet de philosophie, lequel a 
pour but de fournir à l'intelligence des principes, 
des thèses fondamentales qui la rendent capable 
de résoudre les objections, de se prononcer sur la 
valeur des diverses doctrines et de voir sur quelles 
bases fragiles des philosophes, même de grand 
nom,^ ont construit l'édifice de leurs systèmes. 

D'autre part, bien que la philosophie soit dis- 
tincte de .ion histoire, l'une cependant n'e.rclut pas 
l'autre. Et ici, il y a encore un excès à éviter : 
il s'est rencontré des philosophes pour qui l'his- 
totre de la philosophie ne présentait aucune utilité 
Descartes et MalebratKhe, en effet, se sont peu 
préoccupés en matière philo.wphique de ce qui 
avait été dit avant eux. et les opinions de leurs 
devanciers n'ont jamais eu le don de les émou- 
voir outre mesure. Contentons-nous d'affirmer 
que sur ce point — comme sur bien d'autres d'ail- 
leurs —. les deux grands philosophes français se 
sont étrangement trompés. Cela importe peu, il 
est vrai, selon le mot de Malcbranche, qti' Arist'ote 
«ait cru à l'immortalité de l'âme >\- toutefois ce 
qui importe, et beaucoup, c'est de connaître' les 
raisons sur lesquelles le Staqirite appuie sa 



— «3 — 



I 



'^oyancc. Or ces raisons, l'histoire de la philo- 

t>hn/T'' "^ ''"' 1'''""' '"'" " 9"- '^"^ disons 
latlZ. Z""'" ''" '''"'f"'^"^"ce de l'histoircle 
la philosophe en général, qt^l suffise d'énoncer 
bnèz-ement quelques avantages que s é iZZ 
pourront retirer de cette étude 

Dans nos séminaires et nos collèges classiques 
on le sait déjà, la philosophie enseignée es Zilê 
dArutote, de saint Thomas, philos^LtiaÏ 

d7rZleT%''"'r''^"' ^' ''-- ««^^ 

twnnelle. Des projeteurs compétents et avertis 
ayant eu vue non seulement la préparatiZIu^ 
examens, ma,s a,^si la formation de leursZ^es 
se faisant un devoir de conscience d'ensjgner 
comme probable ce qui est Probable etcÔnZ 

avide de vente, exposent cette large et puissante 
synthse scolastique, gloire du moyen âge l 
icmelle, de nos jours, reviennent l'es mJ^.i^s 

Mais, il faut l'avouer, à part la philosophie 
scolastique, de par le monde de la pensée, Telise 

éZTdl't'"^'' "' ^"^"^^ ^^'-' ' ^^^^ 1^ s 

JÏtZ f/^:rf^'^'"*' '''"*'^"''' '''"■^-«' ^on. 
TunLiZ' """' 'i^^'*^-""-^ Non, ce serait 
cTJjf' '""/'"■"'•'»' du cadre de leur cours. 
Cependant, une étude comparative des doctrines 



— 14 — 

quoique sommaire, ne peut que leur être utile. En 
effet, une fois en possession de la philosophie 
thomiste, s'ils suivent un cours d'histoire de la 
philosophie où le professeur aura soin de leur 
faire voir les (jra)ides lignes des différentes théo- 
ries qui méritent une attention spéciale, de don- 
ner à chaque philosophe sa part de mérite et 
de montrer, avec scrupule, comment les plus 
nobles intelligences, souvent de bonne foi, se 
sont trompées, nos jeunes gens concevront une 
estime plus grande pour la philosophie qu'on 
leur aura apprise, parce que ce parallèle — on 
ne peut le contester — sera de nature à les 
convaincre de la supériorité des doctrines sco- 
lastiques sur toutes les autres. Bien plus, cet ex- 
posé historique leur démontrera, qu'après tout, 
en philosophie, l'essentiel est désormais fixé, que 
cette science, contrairement aux autres sans cesse 
susceptibles de progrès, se tourne à peu près tou- 
jours dans le même cercle, qu'on verra rarement 
des philosophes comparables à Aristote et à saint 
Thomas, et enfin, que tous les systèmes actuels, à 
peu d'exceptions près, sont la reproduction des 
vieilles théories de l'antiquité. Et ainsi, une fois 
sortie des collèges, notre jeunesse pourra mieux 
répondre à ces hâbleurs qui se targuent d'être au 
courant des idées nouvelles et sont toujours prêts 
à jeter la pierre à nos institutions religieuses 
sous prétexte qu'elles ne donnent pas un ensei- 
gnement philosophique assez moderne. 

Pour toutes ces raisons nous nous sommes 



] 






itf'Ju-y''^i''. "" ^'**''"» '"*' f^'*'^ Histoire 
de la Philosophie. 

Notre entreprise aura-t-elle l'humble succès que 
nous lut souhaitons ? L'avenir le dira. 

Quoi qu'il en soit, nous aurons la conscience 
d avon essaye de faire notre part - toute minime 
quelle est — dans ce grand mouvement de restau- 
ration philosophique si opportunément inaugurée 
Pie X "* ■" •"'^^'"^'" ^o**'i»^e par 

Avant de finir, nous tenons à remercier tout 
particulièrement Mgr L.-A. Paquet qui a bien 
voulu revoir notre manuscrit. En philosophe 
averti, le distingué commentateur de la Somme 
nous a fait de précieuses suggestions dont nou^ 
lui savons gré. 

Et aussi nous recevrons en bonne part les ob- 
servations qu'auront l'amabilité de nous faire 
nos collègues dans l'enseignement. Notre ouvrage 
n est pas sans lacunes, et nous serons toujours 
heureux qu'on nous fournisse l'occasion et l'avan- 
tage de le perfectionner. 



Arthur ROBERT, p" 






Histoire de la Philosophie 



INTRODUCTION 



1. Définition. -On peut définir I'Histoire de 
W philosophie: un e.posé critique des doctrines 
émses arles philosophes, au.r différentes époques 

KlSr ^ "' '''""' '""'''^" ""• '•'''^™ 
Ce«« histoire nest donc pas un simple récit, une 

El e er"'""'"""' '^^ ''°'^'""" philosophiques. 
Elle est en plus, une critique de ces mêmes doc- 
mes; elle nous en montre ou la vérité ou la faus- 

dtn,l f!i'"" ' ''"' ''°"'""" philosophiques qui 
découlent d'un ou de quelques principes et sont liées 
en re elles de manière à former une synthèse, con- 
st>ue .n Système; et, font Ecole les philosophes 
qu. se reclament d'un même maître et enseignent 
a peu près les mêmes théories. 

Les grands problèmes qui intéressent l'humanité 
et a la so.ut.on desquels se sont essayés les philo- 



— iS — 
sophes de tous les âges, sont Dieu. ^'''o,nmc .ij^ 

en dehors de lui. . Cette réaUte '^^^^'J^^ 

î: '"'^iLf i;:::re ,e':;i vi les trois 

^r es ïesùr ui agitent rhumanité. les .raves 
%mJs qui passionnent les Ph-lo-ph- _ • 

2 mUité de l'Histoire de la PhiloBopme. 
LHis^Îe de la Philosophie est "tde à Inen 
^tres Elle est pour l'esprit humain : i Un trésor 
;' Si 5. il peut sans cesse puiser. Depuis ^us d 
vinrt siècles, les philosophes ont soulevé et discute 
Te foule d questions importantes. Ne pouvons- 
nous pas affirmer qu'ils ont fait d ^^mi-bles d^^^ 
c6uvertes, amassé de grandes richesse inteUec 
tuelles' 2» Un réconfort: que de to'^ n^^°" 
pas déclaré la raison humaine incapable d armer 
au vrai ! A tous les siècles elle a été taxée d.m- 



— 19 — • 

^cja,ré : les idées mènent le „,f„de. \X" ,£ 
telles mœurs. Ce sont là des axiomes cou ant Fn 
d autres tern,es. les actions sont les pensX m s^s en 
prat,que, et selon que l'homme au'a de bon^ Z" 
de mauvaises idées, il agira bien ou mal. Cet ada^e 

na .ons. Conseqneoiment. pour se rendre compte 
des événements dune époque, pour bien appréciTr L 

ZIT f ,!^.*°'" '■'"" P-P'^' l'historien Te 'a 
con^a tre les théories philosophiques de ce pe^Ie 
LH.stoire de la Philosophie est donc un Jue 
rtr •?"' "°"\--'-' -ec sûreté dans ce hl ! 
nnthe s. obscur de l'histoire des nations. Et à e 
titre, on 1 a appelée le flambeau de l'Nstoire 

qu?rn'ra"ri' '''!'''"'"''^' -^^^ré en prétendant 
qui ny a rien a apprendre dans les livres et les 
-cits^des^phi^^ ,,„„„,„ ^y;;^^l >- 

I. Les Principes. 



' i I 



riclie patrimoine légiié par nos devanciers, cest 
nous condamner à une indigence f itale. 

nautrc part, n'allons pas, comme qucl(|ucs-uns le 
font, confondre la philosophie avec l'étude de son 
histoire et en faire une simple science d'érudition. 
Cette tendance, de plus en plus marquée dans cei- 
tains milieux, a le grave défaut de substituer la 
mémoire à !a réflexion, de désintéresser l'esprit de 
tout eflfort personnel et sérieux. Elle forme les 
dilettantes en philosophie et prépare aux plus ter- 
ribles catastrophes. La pernicieuse erreur du mo- 
dernisme est due en partie à cette faijon de philo- 
sopher. On pérore sur tous les systèmes, on disserte 
sur toutes les questions, mais on n'a pas ce qui est 
nécessaire pour découvrir l'erreur. 

3. Mtithode de l'Histoire de la Philoiophie. — 
Nombreuses sont les méthodes suivies pour retracer 
l'histoire de la philosophie. 

La plupart des auteurs exposent la succession des 
écoles dans leur ordre historique. 

Quelquefois, on prend l'un après l'autre, dans 
leur ordre dogmatiq'ie, les grands problèmes de la 
philosophie ; on en fait l'historique, en en marquant 
les origines, les phases diverses. Cette méthode a 
été employée, pour la première fois, par MM. Janet 
et Séailles dans leur Histoire de la Philosophie : les 
problèmes et tes écoles. 

D'autres font l'historique non des problèmes mais 
des grands systèmes qui se partagent l'histoire de la 
philosophie. 

On peut se contenter d'une simple chronologie 



— 2t — 

'.'l'Ie. throiinlo(juiuc, elle i-^t ,l,. i 

simple pour les él ve IV.res et é ""'""" '""' 

't'Sr"^ ~e liaison eûtr^ 11'' '"• ''''' 

Ses VaH'iht f^^P'---" '■es écoles philoso- 
J.-C.) 'le 1 empereur Justinien (52,^ ap. 

H. Le Uc.v.,, âj,, ou la Deuxième Epoque de 
'ed de Just,n,e„ à la Renaissance (,5oS)''' 
'y"-;^^ de la Renaissance à nos jours '^ 



Pas n'est besoin de dire que ces divisions n'ont 
rien de mathématique. 

Au surplus, il importe de déclarer que dans une 
Histoire de la l'hilosophie et surtout dans une His- 
toire élémentaire, on ne peut accorder à tous les 
philosophes une égale attention. Plusieurs seront 
nécessairement relégués dans l'ombre. N'être tiche 
se bornera donc — toujours avec impa .lité — à 
mettre en relief la pensée des grands maicrcs et des 
grandes écoles qui, successivement, ont jeté une lu- 
mière i)lus vive sur les graves problèmes relatifs à 
l'himme, au monde, à Dieu, et mt plus puissam- 
ment contribué aux progrès de la philosophie a 
travers les siècles. 



PREMIÈRE ÉPOQUE 

PHILOSOPHIE DE L'ANTIQUITÉ 
(«ooav.J..c,j2,,p.j..c.) 



lout a la seconde période î» \rnr„u . n ^ T 

«... PAi^,»,*,-. „,„„„ ,'j;?.f «;f;™7 

J-C). C'est la philosophie morale ^' 

U philosophie ancienne est surtout la philosophie 



f 



— 24 — 

grecque. Vu cependant l'importance que l'on donn». 
aujourd'hui à la Philosophie Orientale, surtout de 
Vlude et de la Chine, nous en parlerons tout d'abord, 
quoique brièvement. 



Philosophie Orientale 

7. Quelques opinions. — S'il faut en croire cer- 
tains sinologues, la philosophie existait déjà en 
Chine au moins douze siècles avant notre ère, et six 
siècles avant la philosophie grecque'. 

D'autres historiens n- partagent pas cette opinion. 
Selon eux, la philosophie chinoise ne remonte pas & 
une aussi haute antiquité, parce que, disent-ils, les 
monuments que l'on invoque à l'appui de cette thèse, 
n'ont rien de philosophique et leur date est très 
incertaine ^ D'après .:es auteurs, la philosophie 
en Chine n'a commencé qu'avec Lao-tseu (604 av. 
J.-C.) et Confucius (551 av. J.-C). 

Quant à la philosophie de l'Inde, elle n'avait 
guère excité la curiosité des savants jusqu'au com- 
mencement du XIX" siècle. A cette époque, en 
effet, vers 1823-1827, Colebrook, savant anglais, 
communiqua à la Société asiatique de Londres des 
mémoires qui sont une des sources les plus abon- 



1. Pauthier, Esquisse d'une Histoire de la Philosophie 
grecque. , „ 

2. Laforet, Histoire de la Philosophie, t. I, p. 60. Pre- 
niare, Recherches sur les temps antérieurs au Chou-King. 



— 25 — 

?nM^ '* 'l'-'^u' P""^"""'^' P°"^ '^ connaissance de 
la philosophie hindoue. 

Dans rinde, comme partout ailleurs, on constate 
q"e les ecnts rehgieux sont antérieurs aux ZT. 
Ph losophKiues. Et pour quelques-uns, les FéZ 
-Hres samts du brahmanisme - remontent au 
XII. s,ecle av. J.-C. D'autres les placent à une 
époque beaucoup plus reculée. Quoi qu'il en soh 
.1 est généralement admis que le X1V« siècle av' 
J.-C. est a hm.te extrême fixée à la naissance de 
ce e htterature. Chaque Véda se compose c,e 
deux part.es : la partie disciplinaire ou liturgique 
appelée ,na.tras et la partie dogmatique connue 
2 .,"; '^l ^'■'"""'"'^'- Ordinairement, on 
8^ /^' '''™'^''' ™'"P°^iti°n entre les années 
8ooet6ooav.J.-C. Et tout porte à croire que la 
phdosoph.e de rinde naquit vers cette époque un 
peu avant 1 apparition du boudhisme. Nous étu- 



I.A PHUOSOPHIE DE LA CHINE 

8. Lao-tseu. ~ Lao-tseu vit le jour vers l'an 
^4 av. I.-C. Il est l'auteur de l'ouvrage intitulé • 
Tao-te-kmg ou Lkre de la voie et de la vertu qui 
renferme ses doctrines philosophiques. Le Tao-te- 
iTa/r"'""' '^'"" """''' ■■ '" '"^'''Phy^'1"^ et la 

9. Métaphysique de Lao-tseu. _ Le trait carac- 
téristique de la métaphysique de Lao-tseu est le 



— 26 — 

panthéisme. Ce philosophe croit à l'existence d'une 
substance siijyrêmc, immuable, spirituelle, invisible, 
infinie, bref, à l'Etre étemel, principe premier dont 
toutes choses procèdent par z'oie d'émanation. Quel- 
ques commentateurs du Tao-tc-kiug vont jusqu'à 
croire que Lao-tseu soupçonnait l'existence de la 
Trinité ■. 

10. Morale de Lao-tseu. — Plutôt moraliste que 
métaphysicien, Lao-tseu a laissé tout un code de 
préceptes et de devoirs, incomplet, il est vrai, mais 
qui, par l'élévatiov et la pureté, l'emporte sur toutes 
les maximes des philosophes de la Grèce païenne. 
Rattachant la morale à la métaphysique, il donne 
Dieu (Tao) comme la source de la vertu (Te) et le 
propose comme modèle à l'homme vertueux. 

Le grand principe sur lequel repose toute la 
morale du philosophe chinois, est celui du non- 
agir. " Le non-agir est, selon le père de la philo- 
sophie chinoise, le faite de la perfection morale 
et marque l'état de sainteté accomplie par l'homme ; 
arrivé à cette hauteur, l'homme reproduit en soi 
l'image du Tao. l'être parfait, qui pratique constam- 
ment le non-agir '. " 

N'allons pas chercher dans ce non-agir la con- 
damnation de toute activité, d'où qu'elle vienne, soit 
de l'intelligence, soit de la volonté. C'est ce qu'en- 
seignent certains disciples de Lao-tseu. Pour eux, 
le non-agir, c'est l'immobilité complète, l'immobi- 



I. Laforet, op. cit., pp. 67 et suiv. 
3. Ibid., p. 71. 



— 2/ — 

:l?s;r:^fn '"■'""' """«'"^^^^^^ 

Elle n'est, n. plus ni moins, que cette sérénTi aT 
cette quiétude semblable à IW eTos du Ta":' 
çle D.eu qu. fait toutes choses et les gouverne Îns' 
jamais sort.r de son immuable béatitude 
t.,i: T ^•'"'""ité et de simplicité pc. e dans 
toutes les maximes morales de Lao-tseu • et cer 

Sf Ma" ''^"■'^-^'"f "^'"^ -"""^"^ ''Ses dJ 
pour ïï lo!!, '°"'''"''': '^ ^'"'P''^-'^ ^' l'humilité 
sollZ l°f"^P'''''' à tout mouvement d'ordre 
socal ou pohfque nécessaire à la civilisation. On 
peut en i,ger par les lignes suivantes -• r Si je 
gouverna.) un petit royaume et un peup e peu 



I. Citations faites par Uforet, ofi cit n 7? 
a. C est nous qui soulignons. ^' ^^' 



!; ■ 



— j8 — 

nombreux, n'eût-il des armes que pour dix ou pour 
cent hommes, je l'empêcherais de s'en servir. J'ap- 
prendrais au peuple à craindre la mort et à ne pas 
émigrer au loin. Quand il aurait des bateaux et 
des chars, il n'y monterait pas. Quand il aurait des 
cuirasses et des lances, il ne les porterait pas. Je 
les ferais revenir à l'usage des cordelettes nouées 
(moyen dont les hommes, avant l'usage de l'écri- 
ture, se servaient pour communiquer leurs pensées). 
II savourerait sa nourriture, il trouverait de l'élé- 
gance dans ses vêtements, il se plairait dans sa 
demeure, il aimerait ses simples usages. Si un 
autre royaume se trouvait en face du mien, et que les 
cris des cocjs et des chiens s'entendissent de l'un à 
l'autre, mon peuple arriverait à la vieillesse et à la 
mort sans avoir visité le peuple voisin ^ " 

11. Confucius est plutôt moraliste que philoso- 
phe. Il naquit vers 55 1 av. J.-C. Ses compatriotes 
l'ont surnommé " le plus grand instituteur du genre 
humain que les siècles aient jamais produit ". Ses 
dits et ses maximes ont été recueillis par ses dis- 
ciples et réunis en quatre volumes appelés les 
Quatre H^res classiques ou les Sse-clwu. Dans ces 
écrits on ne trouve aucun aperçu sur l'existence et 
la nature de Dieu, ni sur la nature de l'homme, ni 
sur l'origine des choses. Ils n'ont donc aucun carac- 
tère philosophique. De l'aveu de tous, " le plus 
grand instituteur du genre humain " est un simple 
moraliste dont les maximes ne se rattachent nulle- 



I. Cité par Laforet, op. cit., p. 79. 



— 29 — 

ment à un principe métaphysique. Ces maximes 
sont vagues, mcertaines. Elles préconisent une règle 
çle conduite, ,1 est vrai ; mais jamais elles ne donnent 
les .noyens pour la suivre. On se demande c.nment 
certams historiens de la philosophie aient pu ,,ro- 
clamer la morale de Confucius. la plus turc qui ait 
jamais ete enseignée aux hommes K Ce sont là des 
enornutes qu'on ne discute pas. écrit M. Laforet = 
Musicurs auteurs pensent comme lui '■ 



lA PHILOSOPRIB DK 1,'INDE 

12. Divisions. -La philosophie de l'Inde se par- 
tage en cinq systèmes : les deux Sankhyas, le Sank- 
hya athée de Kapila et le Sankhya théiste de Pa- 

h'ka; le Système de V édanta. -Vorûr^ suivi dans 
cette enumeration correspond à l'ancienneté des 
systèmes. 

13. Philosophie Saiikhya.-Suivant les meilleurs 
interprètes, le mot Sankhya signifie, originairement, 
rauonnement ou délibération. Et les philosophe 
qm revendiquent ce nom cont ceux qui entendent 
puiser uniquement leur doctrine dans le jugement et 



3. Op. cit., p. 86. 



m 



30 — 



le raisonnement sar' s'occuper de l'autorité des 
Védas ou livres rengieux. La philosophie Sank- 
hva se divise généralement en deux écoles : l'école 
de Kapila (athée), celle de Patandjali (théiste). 

14. Ecole de Kapila. — Où est né Kapila, à 
quelle époque a-t-il vécu ? On ne saurait le dire. 

Toute la philosophie de Kapila peut se résumer 
cuiiime suit : i" Science idéale, science parfaite, 
science éniinemment pratique, la philosophie a pour 
but de procurer à l'homme la béatitude suprême ; et 
Kapila enseigne trois moyens pour arriver à la pos- 
session de cette science: la perception qui, pour lui, 
n'est que sensible, l'induction et l'affirmation, c.-à.-d. 
le témoignage des sages et surtout de la révélation. 
2° La connaissance approfondie des principes — au 
nombre de 25 — tel est l'objet de la philosophie. La 
nature procréative, cause matérielle et fatale, est !e 
nrcmier et la source de tous les autres principes. II 
refuse l'intelligence à la nature ; et, pourtant, il fait 
naître celle-là de celle-ci. L'intelligence à son tour 
donne naissance au moi qui produit le monde. Ce 
moi n'est pas le moi propre à chaque homme en 
particulier, mais le moi primitif, en qui l'Intelli- 
gence s'est individualisée. 3° Pour Kapila, l'âme 
humaine est un principe éternel, ni produit ni pro- 
ducteur, distinct du monde et de la nature. Tout en 
étant simple, tout en jouissant de l'individualité 
substantielle, elle n'est en soi et par sa propre 
nature ni intelligente, ni consciente. Elle devient 
intelligente, consciente et sensible lorsqu'elle s'unit 
au corps. Aussitôt qu'elle quitte le corps, elle perd 



V — 



c.ueiiement. 4 Cette ame mactive en elle-mêmp 

œr,.. humam, mais aussi dans le corps d'un anima) 
rfans une plante, voire dans «ne pier"" iZo' 

pÎ■pa!:eTdt"^"'■^''^'"^ "^ Pe-t'certLrrt 
l'is jjasser cl un corps ;i un antr,. r',„ . . 

soudre .a difficulté -^ K^J^^Zn^^T^lri 
m conapagnon inséparable qui lui sert ^ véh cul! 
dans ses transmigrations, c'est une espèce rcort 
s|2qu, ne la laisse jamais. uZ^ X^ 

Le passage, cette transmigration, est un supplice Le 
phdosophe hmdou se vante d'avoir trouvé le moytn 
<len hberer l'ame complètement : ce moyen c'e^Ha 
c.ence. 1 croit à l'immortalité de l'âme" nœ, pas à 
nmmortahté personnelle. L'âme ira dans un monde 
supeneur a celu, des dieux. Ce monde, que sera-t H ' 
II nen d.t nen. Bien que Kapila admette la my 1,0^ 
logie orientale, on ne trouve dans sa philo^hie 
aucune notion de la divinité. Et voilà ponTqt 

5 Critfal T "-^'--'i'I- de sa doctrin 
18. Ont que—Il est facile de voir que Kanila 
se heurte à bien des contradictions et que sa ph^T 
soph,e, à côté de vérités dignes de ce n'om contint 
des absurdités. Comment la nature privée' dS 
gence peut-elle être la cause de celle'ci ? Ou'ê e 
quil entend par ce moi primitif où s'est réfute 



lk> 



32 — 



l'Intelligence ? Et l'àine humaine, comme l'enseigne 
la saine philosophie, n'est pas éternelle, elle a eu un 
commencement ; c'est une substance créée ex nihilo 
immédiatement par Dieu, intelligente, consciente en 
elle-même, communiquant au corps l'activité ; sub- 
stance complète en. elle-même, s'unissant à tel corps 
plutôt qu'à tel autre, parce qu'elle a été créée pour 
lui, s'en séparant par la mort, pour vivre éternelle- 
ment, jouir d'une immortalité propre et personnelle. 
Nous sommes loin des théories et de la métempsy- 
cose de Kapila. 

16. Ecole de Patandjali. — Contrairement à Ka- 
pila, Pataiidjali admet le dogme de l'existence de 
Dieu et professe que la véritable voie au bonheur 
est fon pas la science, mais la dévotion à Dieu. Il 
dé< -.t avec précision et avec exagération toutes les 
phases de l'union à Dieu. Ses théories, loin d'être 
philosophiques, sont de l'illuminisme et du mysti- 
cisme qui confinent à la folie. 

17. Philosophie Nyaya. — Au dire des India- 
nistes les plus distingués, le Nyaya est le plu» 
célèbre et le plus important de tous les systèmes 
philosophiques de l'Inde. Gotan<a, dit-on, est le 
fondateur du Nyaya. A dire vrai, les historiens de 
la philosophie ne sont pas absolument fixés sur le 
nom de l'auteur du Nyaya ni sur la date de sa nais- 
sance. Le nom donné à la philosophie de Gotama 
en indique le caractère. Nyaya, en effet, signifie 
raisonnement. C'est une philosophie qui s'occupe 
donc spécialement du raisonneront, de sa nature, 
de ses loi î. C'est une dialectique, avant tout ; et par 



— 33 — 
n'est oa uni 7 ^ '''="ectique, cette philosophie 

présenr; / ' ^"'"^ incontestable, qui, en 

seconde. Gotama s'est arrêté aux abords, Aristote 



1 



I. CitéparLaforet,oA«/.,p. ijj. 



— 34 — 






a pénétré jusque dans l'essence du raisonnement, 
dont il a reconnu les lois nécessaires et immuables. . . 
Pour expliquer la composition de IXJrganon, il n'est 
pas besoin de sortir de la Grèce : les sophistes et 
l'Iaton (et l'Ecole d'Elée) ont fourni plus de maté- 
riaux à Aristote que le N'yaya parfaitement traduit, 
texte et commentaires, expliqué, développé |)our son 
usage, par les plus savants des lirahmanes, n'aurait 
pu lui en donner. . . Le Nyaya, si Aristote l'eût 
connu, aurait bien pu exciter sa curiosité, mais 
certes il ne lui eût rien appris. " 

L'âme humaine est le iiremier objet de la con- 
naissance. Immortelle, soumise à la loi de la trans- 
migration, cette âme ne sera vraiment heureuse que 
lorsque, débarrassée de tout corps, elle vivra dans 
une quiétude absolue, exempte de toute action et de 
tout mouvement. Gotama refuse-t-il aussi à l'âme 
dégagée du corps, toute intelligence et toute con- 
science ? On ne saurait l'affirmer catégoriquement, 
faute de preuves, bien que tout nous porte à le 
croire. Cependant, il enseigne que l'âme connaît, 
sent et veut ; mais il confond un peu toutes ces 
choses, et, pour lui, volonté et sensibilité sont «;.no- 
nymes. 

En fait de morale, sa doctrine est celle de Lao- 
tseu. Le non-agir, voilà le signe et la condition de 
la perfection. L'activité est donc la source de la 
faute et celle-ci pousse à l'action. Quant à Dieu, 
Etre infiniment parfait, principe et fin dernière de 
toutes choses, Gotama n'en fait aucune mention. 
Les faussetés de la philosophie de Gotama sont trop 



— 35 — 

atomes. Kam^a est rJout. l f ''•''"^^"■"<-^- et des 
'ème. yuand a-t-i. S', o.î'^f "" "^- ^ ^^^- 
d "ne façon certnin.. ,^ ■ ' '■''"''«" '«^ ''ire 

naUa se ramène ;:;^\.J:; :S^;:;'^«r■-•='■-l>^ I^^^ 
«tégories. cu'il appelle S; //'J i''''"'''""'-' ^-^ 
nombre de six • U c„; , . /"- '■»: <-j. sont au 

la relation /«S ,1 Innef 7-^'' -^ ''"■'''■''^"""" "" 

^^•atom.n,e:;;.;:r:sr';:::r"r 

stances matérielles. Celles-ci sonf ' ' '"'" 
'"es essentielle„,ent différ' V 'T^""''"' '''''"- 
" n'est donc pas mat S.^r^c^Z^:,: "^^ "^""■"• 

Sï^^!- -----. r;L;i-Tr 

19 PwL^l ^^f.^'"^'"'^"f philosophique'" 

'a P'"'osophie^•é.Ianta^ ÎTafor t ?'""" "" 
d'exposition scientifique et de Ïls/ ."" ":?' 
^s Principales docties co^L^^^ . ï"°^^ 
L'l!!!:!!::!::^^^^v„,.,„le religieux du\îh: 



1S4 



-36- 

munisine. " V*'"'"f"""pnt métaphysique . elle trait? 
(le la nature de Dieu dans ses rapport» avec le monde 
et spécialement avec l'homme. Elle fait la guerre 
aux .systèmes athée de Kaf>ila et atomiste de Ka- 
nada. 

I<e / 'cdanta enseigne que l'existence <le Dieu ne se 
démontre pas ; l'idée de Dieu git au fond de toute 
intelligence, et. quoi qu'il fasse, l'homme iwurra 
l'amoindrir mais jamais l'anéantit. Ce Dieu est éter- 
nel, onmiscient, raisonnable, pur esprit ; il jouit de 
l'ubiquité et du Ixmheur parfait, Souverain maître 
de toutes choses, le inonde entier lui obéit. Ce Dieu, 
pur esprit, le l'cdaiita le confond avec la substance 
de l'univers. Il le regarde " comme une sorte de 
foyer dont les êtres particuliers ne sont que des 
étincelles ", il l'api^elle " la lumière du monde, dans 
l'acception sensible du mot, l'élément éthéré et le 
souffle qui anime tous les êtres ' ". L'univers se 
confondant avec Dieu, émane nat,ir'.; 'ment Je lui 
et n'en est pas substantiellement distinct ; il en pro- 
cède par voie <rémanation. C'est une métaphysique 
panthéiste. 

L'âme humaine vient de Hrahma, elle en est une 
portion " comme l'étincelle l'est du feu ". Active, 
elle ne peut cependant pas agir lorsqu'elle est privée 
des sens et de leurs organes. Elle jouit d'une im- 
mortalité impersonnelle. Le mysticisme du Védanta 
est extravagant et immoral. Avec l'absorption toute 



I. Laforet, ofi. cit., pp. 169.170. 



~ 37 ~ 

•■"■ruer a la délivrance complète qui nest ni nliu ., 
■-ns eue son abson,tion dans le Brahml ' " 

roSe pl's r'u'" '"""'''^'^' "" ''"<""'' ne 
rieuse ' "'"""•' '«"' '*"'' !•«" sé- 

20. te Boiidlilime.-Le hou.lhisme est plutôt 
2/f ^7" 'l»"" •'ystàne ,1e philosophie. lu 
P'.ur fondateur un solitaire de la famillr de ri 
^s appelé (,,,,.,„„„„, ,3relig^tt,Ji: 

.il .'"•""' '■"■''"«'^^ "" "> "-""ve aucun ves- 

^ge de la d,v>n,té. Dieu y e.t ignoré o.rplétlen 
Ce qu, dans e boudhisme. intéresse quelque r/e 
r; sT.nor?^'*' "^' ^''''^'•^^ " râ„K'hu'n«;n 

On est parfois frappé de l'analogie qui existe 

ChL ■ l 'r'"'""™^'^- encore très florissant en 
Chme s mtro<lu,sit au Thibet vers le VU' siècle de 
notre ère. Plus tard, vers le XIIL o„ X V- iTdc i 



- 3«- 

y prit une organisation extérieure qu'il emprunta à 
la hiérarchie et à la liturgie catholique '. 

21. Conclusion. — Ce cjui caractérise la philoso- 
phie orientale, c'est qu'elle est une philosophie pan- 
théiste et qu'elle enseigne la métempsycose. Les 
plus graves questions. Dieu et l'âme, l'ont tour à 
tour intéressée. A ces questions elle n'a pas toujours 
répondu d'ime manière satisfaisante et. malgré quel- 
ques lueurs de vérité, elle se traine dans les ténèhres 
des erreurs les plus grossières. 



Première Période 



LA PHILOSOPHIE ANTÉ-SOCRATJQUE 

22. Caractère de la Philosophie Anté-Socra- 
tique. — L'étude approfondie du monde extérieur, 
de l'univers, du non-moi. afin d'en connaître la con- 
stitution intime et d'e.xplorer la cause de ses chan- 
gements continus, telle fut la préoccupation con- 
stante des philosophes avant Socrate. La nature 
sensible a été l'objet propre de leurs travaux, et 
plusieurs ouvrages parus, à cette éi)oque. portent le 
titre de La nature. 

Physicien.^ et ph\\<;ioln(j\ics avant tout, les philo- 



I. Laforet, of>. cil., pp. i8i et stiiv. 



— 39 — 

:o;;r-„^ ;'?-'— -":r;:î 

l*n,e ,l„„ L „ iJT' 'T'" '■""'""• 1"°- 

Av?nt S Ph'Jo'oPhiqi.es avant Socrate. - 

Avant Socrate, genérale.nent. la philosophie se par- 

et n,e„,e fin. à savoir, la connaissance du mon L 

<^xter,e„r, cependant elles ne lëtudient p s 71 

e.ne fa,-on. Ainsi, l'école Ionienne, ju qu a H ! 

tt':;; r'r'""'"".'- ^" ^'-"■'""■. -Uent 

avan tout, le pnnope nUnre, l'élé.nent immuable 
Is chases sensjhles, et les changements ne leu Ï 

l-ole .^,o,„„„,„, est absorbée dans lëtude des 



I 11 



— 40 — 

accidents, c'est-à-dire des qualités sensibles et de 
leur succession ". 

Nous étudierons donc les doctrines de ces diffé- 
rentes écoles en tâchant de faire voir dans chacune 
d'elles ce qui est vraiment digne d'attention. 

ÉCOLE IONIENNE 

24. Caractère de l'Ecole Ionienne. — C'est le 

règne du naturalisme. D'où vient le monde, de quoi 
est-il formé, comment fonctionne-t-il, où va-t-il, ce 
sont autant de questions auxquelles essaient de' ré- 
pondre les philosophes ioniens. Point n'est besoin 
de dire qu'ils n'ont réussi qu'à demi, et encore ! Ils 
sont dynamistes et mécanistes. Les premiers pré- 
tendent que l'univers est constitué d'un seul élément 
qui contient virtuellement tous les autres ; les 
cleuxièmes enseign. nt que la constitution des corps 
est la résultante de plusieurs éléments combinés 
ensemble. 

25. Thaïes de Milet. — (640 av. J.-C). Il est 
le fondateur de l'Ecole Ionienne. Comme tou» 
les ioniens, Thaïes recherche l'origine de toutes 
choses dans un élément primitif restant invaria- 
blement le même sous les modifications diverses 
que ces choses subissent. Pour ce philosophe cet 
élément unique est Veau. "Thaïes, fondateur de 
cette philosophie, dit Aristote, regarde l'-.au comme 



voie ''""{' *'■ ''^ ^""' ""'"'''' * '" Philosophie médii- 



L 



— 41 — 



premier principe. C'est pourquoi il va iusaua 
prétendre que la terre repo.se sur leau "' c"s 
iobscrrauon et la tradition, semble-t-il. 'qui Ton 
conduu a cette hypothèse. Thaïes " 3.0»^ ette 
opm,o„, continue Aristote. parce qu'il v^JÏit tue 
ce qu, nourrit toutes choses est humide que'"e 
chaud h„-men>e vient de l'humide et en vit Or ce 

Choses. Une autre observation encore l'ameni à 
cette opm,on. Les se.nences de toutes choses "on? 
humides de leur nature • or l'e;.,, net 1 
'•humidité des choses humides" " ''"""'' '' 

D après ces faits mal observés, Thaïes se renré 
-ntait le monde comme un effet de ce germ pr" 
™tif, 1 eau, dont la fluidité et la flexibilite^x^Lu 
raient parfaitement la diversité des corps Quant à 

,. ,.^'- ^°™' "^ contemporains. Thaïes a donc 

Th ;■ ^"t-, ' '^ '«y'hologie ancienne 
rhales de Mik. crut-il à l'intervention d'une in- 

e Cs^ oui"" ''^t ^'"" ''"' '^ "™^-''"" 
aes êtres. Oui, repond Cicéron ■', Thaïes a enseicné 

que l'eau n'était pas la n,atiérr dont Dieu 'est 

servi pour produire le monde. D'autre part, Arl 

ote prétend que Thaïes a étudié les principe.f 4 

choses au stricte point de vue matériel. Cette obser- 



I. Jfé/ap., liv. I, c. 3. 

a. /àid. 

I. ne „al. Deorum, lib. I. 10. a.- de leg., m. n, „. 



I 



— 42 — 

. yation du Stagirite ne senil,le-t-elle pas contraire 
a 1 opinion de Cicéron ? 

g"oi qu'il en soit. Thaïes admettait la vie dans 
1 univers et croyait que le monde était rempli de 
dieux ou de génies. Quelle fut pour lui la nature 
de ces dieux, on ne saurait le dire '. 

guelqucs auteurs, Platon entre autres, rangent 
1 haies parmi les sept sages de la Grèc<-. Il était 
un ,)hysicien et un astronome distingué. Tertullicn 
1 appelle le prince des physiciens, frinccts physico- 
'■»m\ et on lui attribue la prédiction <le Kéclipse de 
soleil du 28 mai 585. 

26. Aneximène de Milet.— (558-524 av J -C ) 
nymunistr comme Thaïes, il met à lo igi.,e de 
toutes choses „„ seul principe. Mais ce principe 
pour .hia.vimcnc. c'est Imr. Selon lui. cet élément 
primordial du monde est infini et vivant. Dans un 
mouvement perpétuel il engen.lre «ans cesse des 
êtres nouveaux et tout se forme de lui par conden- 
sation et raréfaction. 

27 .Diogène d'ApoUonie.— (I\> s. av |-C) 
Avec Diogène, la philosophie ionienne fait un pa.s 
'lans la voie du progrès. \on .seulement il croit que 
le principe premier constitutif de toutes choses est 
"nique, mais il es.saye (,e prouver que cette façon 
de penser est la seule soutenable. Et le premier il 
s occupa de Vordn- et de ïharnuwic dans l'univers 
et ht intervenir l'intelligence dans sa formation 



1. Laforet, op. ci/., p. 217. 

2. Apol., c. 27. 



— 43 — 

.i.r..e i^."L â'Z' """"•' " "'"•' ">•>- 

CI leur cliaiuictnciit T,>i,i ,; 

''-^^-.</«•^-.^telleét:;saIC,i^ Tn"" 
;--cJa„s,eseh„.e.,„,„.eu,S:,j', :; 

,«;«„,, ,.,.,j~. *,n,?-,: - 



.- J.... « s.,».., «,, ,, „ „,,„,,„, _,^ ;_^^_^ 



— 44 — 



,, i: 



lierl.n que chez le téiwbirux penseur d'Ephèse > ". 
La sophistique ancienne est la mère de la sophis- 
tique contemporaine. Comme Heraclite, beaucoui. 
de philosophes, de nos jours, partent, pour con- 
struire leur système, de letre indéterminé', c'est-à- 
dire en puissance, lequel dcricnt toujours et ncst 
jamais. 

29 Anaximandre de Milet. - (6.1-546 avant 
J.-l..). Avec lui entre en scène un nouveau sys- 
tème cosmogonique. Tandis que les dvnamistes 
attribuent le commencement de toutes choses à un 
principe unique qui, en vertu <rune force cachée se 
transforme en une infinité de manières différentes 
les mecamstes recourent à plusieurs principes con- 
tusement mélangés à .l'origine mais dont le déga- 
gement s'opère par une sorte de mouvement méca- 
nique intelligent ou aveugle. 

Anaximandre fut philosophe et astronome. Dio- 
gene Laerce le regarde comme l'inventeur du cadran 
solaire. Au dire des anciens, pour Anaximandre le 
principe du monde était l'infini. Et cet infini, qui 
est-il ? C est le chaos, c'est l'indéterminé d'où tout 
sort et où tout revient. C'est lamas confus de tous 
les éléments " qui en se combinant et en se séparant 
devaient former l'univers = ". A ses yeux, " tous les 
éléments des êtres existent éternellement ; ils sont 
mfînis et forment par leur mélange une sorte 



I. Laforet, op. cit., p. 227 
3- Laforet, op. cil., p. 23.35. 



— 45 — 

d-uni,é composée .lot, .«nira la miUtipIicité déter- 
minée et déhnie des choses'" r» f V i , 
nisme mécaniste. • C est de I evoh.tio- 

30 Anaxagore de Clasomène. _ (500-4.8 a,- 
J--^.). Comme Anaximandre il adn,f.f i v ■ 
"ne infinité dëléments ,„i. l-a.- let r 'dL.slrr; 
^-onso^tWé .a grande vaHétér^r 

■tr-V----^ 

.stan en e le-mên,e et vivant de .sa propre vie 

ces éléments, confusément mélangés. C'est une in 
e%ence non pas créatrice m'ais ordonnai ë" 
Toutes ces choses étaient ensemble, cHt-iï nu'' 
vmt l'mtelhgence qui les ordonna. " ' ' ' 

31 Archélaus.- On prétend qu'il fut le .lisciple 
lAnaxagore. D'ailleurs i' enseigna la même doc 
tnne que son maître, qu.tte à sfn .séparer !uri: 
questu^n de l'intelligence. Pour Archéla^s n ffe^ 
hntelhgen^^^^^ 



ÉCOI.E ITALIQUE 

32. Caractère de l'Ecole Italique.-L'école ovtha 
gonc.e„ne est appelée >Va/,',„. parce qu'ee avait 

I. Laforet, ofi. cit. 



-46- 

une très large place. Hlle est donc to,,t-à-fait op,>o- 
■■ee a 1 école ionienne. '^' 

r»f ;f'^T'"t ~ ''•''''^""■^ "^'î"" à «-""^ v,r. 

«o a/^J.-C. Apres avoir beaucoup voyagé, il se 
hxa a Crotone. dans la Gran.le Gré e, où H m vr t 
21 ->e de philosophie, iraprès c;rta,n So- 
r.ens. ,1 n.ourut vers 504, à Métaponte, victi.ne .l'une 
émeute soulevée par le parti démocratique 

i.es pythagoriciens ne formaient pas seulement 
une école n,ais aussi une espèce de congr" g^ L" 
• les' mf "'^r '" ""'"'"^ s'engageaient a Se e 
politique. Ils devaient garder le silence le nlus 
rigoureux durant cinq ans et professaient la s^ 
.".s.s.o„ la plus absoK-e à l'autorité du ma te Te 

rs'::;'-'' f ?" '^- "^"■'^^ -^"-« d-- ■- pt- 
ôses depiî"'' ' '■"" '^ "''"'• ''-"" '-S "i- 

X JLfT"- ™ "'"""""^ spécialement 
Pour ythagore, le nombre .st le principe et la 
matière des êtres. C'est ce que témo^ent Ph ,ô- 
-s s d, , ,,_ ^^ ^^.^^^^^ Commenf F'ythagore 
en est-1 arrivé à cette conclusion ? II ne faut nas 
oublier que les mathématiques étaient irt eu Hère 
n>eni cultivées par les pythagoriciens et q^ pa 
dessus tout, y unité, l'ordre, Vharmonie éS ^„ne 
des préoccupations constantes de leurs re herches 
philosophiques. Or l'harmonie est le résu tat de a 
combinaison des nombres, et ceux-ci sont produi s 

(mfini, indéterminé). D'autre pa.t, Philolaûs re- 



— 47 — 

est né«.saire d . , ; ouf"' "■'""''"■'•""■"- " '• 
tant - fini, o^ Hli, itl infi '' ''"', '''' '°'' °" "'"'- 
fois Uni et infin r~ '"^"'•.""''«^'^'•■"iné. "U à la 

pair (infini T„déter„S.r':tT""' ';,"'"" "'"^ ' ■"- 

forcées .l'^Le^rc^e^-^Z^^^^^^^^^ 
nonibres étant d'ailleurs antérieurs TTo'ues oh„ '" 

;n-de ^ît éternene..ent. En,:: /Ï,, ' f J:);: ^ 
y a tendance à s'unir. Une fois a,,^ J f 

d vision donr. na.ssance au nwnde. Ce monde et 

ordre de la pensée, oui ; chronologiquc- 






Il 



-48- 

niftit, oii .lans le temps, non. 1,'introduction du vide 
flans ru„ premier, avons-nous dit, est la cause 
determmante de la production du monde. Mais 
VUn premier, ctcnn-lU-mcnt, a aspiré le xidc La 
l)n.duction .les choses s'est donc faite éternelU-mcnt. 
Quant à l'ijme humaine, les pythagoriciens ne 
semblent pas avoir eu une notion bien nette de sa 
nature. Fidèles à leurs théories, ils l'appelaient un 
nombre et une harmonie, c.-à.-d. un accord harmo- 
nieux de qualités diverses et opixwees au corps. Ce- 
pendant, ils considèrent le corps comme le tombeau 
la pnson de lame. Après cette vie, 1 ame émigré dans 
d autres corps en harmonie avec elle. C'est la doc- 
trin de la Métempsycose introduite en Grèce par 
les i ',-hagoriciens. Ils admettent les récompenses 
et le. ..lâtmients futurs. Ils enseignent à laomme 
la pratique de la vertu et lui conseillent fortement 
de combattre ses mauvais penchants. 

Grâce à la bonne influence exercée par les pytha- 
goriciens sur les nueurs, grâce à l'austérité de 
leurs pratiques, Pythagore passe pour avoir été un 
grand Réformateur moral. 

34. Empédocle d'Agrigente.— Moins philosopne 
que poète, Empédocle. h vrai dire, n'appartient à 
aucune école, ou plutôt on trouve à la fois chez 
lu. les caractères des diflférentes sectes philosophi- 
ques. Né à Agrigente. en Sirile. vers le milieu du 
V ' siècle av. J.-C, il consacra son immense fortune 
a procurer le bien-être de ses concitoyens. Venu en 
Grèce, vers la fin de sa vie, il y exposa ses doctrines. 
A la manière de Parménide, Empédocle composa 



— 49 — 
en vers, un „uvraKc très Otcmli, sur la nature Pour 

tr. c t>t \Jmoitf et h Diu'or.L^ \ 
la rcsultanu. du c-onfli, „, ,,, j,„, f„ " '" ' „^\;' 
^yur,,.c.e, lamour- force centrifuge, la di corde 

-^::-^T;:;:îco::.-"'-''--i 

ÉCOLK D'ÊLÉi; 

36. Caractère de TEcole d'Blée.-Ce qui „ré 

-''-'.ne dans lécolc éléati,ue, c'est la recher he J 

^">, ahsol,<. Vétrnu-I. Vi„nnuahU- ; et vo 1100, 
;|.-o. les idéalistes ,1e nos jours ne c ss n^d van " 

- .l..tn„es de 1 école .rKlée, parce „u'ils7^« 
vent germes de leurs systèmes. I.es Liens 

s-ccu, .ent surtout du coté sensible .les hoses 
' ^'ta-ent des physiciens : les pythagoriciens en': 
>agea.ent surtout le cùté n.a.hématiie, tout en ne 
"^•g>.geant pas la nndtiplicité et la variété des corps 

s eleates ne font aucun cas du variable, du I -' 

-pie, du sensible, c'est le côté méta,,hysiquc, abs™ t 

lies choses qui les attire. austrait 

^o.i'xînn'h''""'^"" "-^P^-^^^n'^nts de cette école 
-nt Xenophane, Parménide et Zenon. 

36. Xenophane (S75-47o). naquit à Colophon en 

on,e. Apres de nombreux et longs voyages il vint 

très veux, se fi.xer à Elée, dans la GrandcG èce o ù 



— 50 — 
il fonda une école <Ie philosophie. Il „o„s reste 

Adversaire acharné de Tanthropomorphisn.e grec 
.1 condamne la mythologie qui attribue a«xX« 
des ,«s.„on,, et des vices de tout genre. îl anndie 
jutes ces doctrines les n,rnson'.-s d'HoS t 
d Hésiode, et proclame partout que lanthrZmor 

doS :; i"f '■«^"^^'^ "^ ■•Uina.i'rror: 

aonnee que de la same raison. H enseiimr l-nn;»- 
de D.eu, mais aussi il soutient que le n3e ne ? t 

nés quune illus.on, une apparence. Elle n'est Da<i 
virUMemm elle-même, mais elle est Wei" CW 
du Panthéisme idéaliste ^ ^" 

a prem,ere traitant de la vérité, et la deuxième"; 

'au ri, T "'""^' " "P"'^ - doctrine ; dan 
i-tre. d d-scute la physique des philosophes 

^éjé jj^s^s tout de suite ;;^ri:méS: 

sidtÏfieraTecrrenlé '^'r;; ''^'^ ^°.^ ^-<^ 
pensée. La pensée, dit-il, est 



— SI — 

ihimOrc. Heraclite >;™,f-.„ J "«existe pas,, c est une 

reste, rien ne devient. Zl^^"± T\T '""' 
ri^-i, nest, rien nexist. C '"''''"• '""» ''«^v.ent, 

irr;if ''^^"-^Hiï^- 
le n.oin,lre - et d'avilir iT T" "'""^--^-^ "- 

l:~'*- -'™™:r::,,:,,;';r;;,T 



'• '^°*'-l'«l'^S.J..ivol.,p. 560. 



52 — 



I 



ÊCOIE ATOMISTIQUE 



39. Caractère de l'Ecole Atomigtique. - Po„r 
lont toute la dortrin,. ,i„ !■• i muchlc, qui 

^-r.Hst..er\ti:î;rs^^,.:;:: 

"...„.„ ,e,ons pas dwCnsprar^''""' 

grecque Îna ? !; ~ " "'''"" ' ^•'^'-<^' -'°"'e 
g ecque de ^ Thrace, au comu,encen,ent du V siècle 

V. .(. c. JJ fut un voyageur renommé et la trarli 
hen,at,ques. l'astronomie, la médedr a roéTi; 

.es di,, „,,-^^^^^^^ 

'^neïïïr:^er°r s:-^r -- 

qui exclut tout dynanusnie. U atonl f "'' 

cables, étendus, en nombre infin étneTs TJ^'t 

qncmcnt identiques II n'„ ""^"els et sfeafi- 

inques. Jl n y a pas d'autre marque 



— 53 — 

rfistinctive des corps, que ]es différentes positions 
occupées par les aton.es qui les constituent 

Com,„e tout ce qui existe, il va sans dire que Tâine 
eM auss> composée d'atomes, mais avec ceu" dfffé 
rence que ceux-ci sont plus légers n^L , f*^ 

de^n„^s,j,érique. D.!.,p.x:;is£::tirt:: 

t elle entre le corps et lame. La source unique de 

"es u.rp^, des émanations ou effluves que Démoc rite 
appelle ,„,„„,, Ces i„,ages rfprésen ent 1 on 
1 ot^el les émanent. Klles arrivent à lame en 1 1 
'^.''''"' ''•'* l'°>-^« 'les organes des sens et s'im 
prnnent en elles. .Mors l'ân.e prend contact a -e Z 
mages et acquiert la connaissance des ol. e" ,, n 

• x^ri ft TT''"''"''- ^^^ '"'^^^^' -P-'' "" 
nexpnment pas \ essence des choses extérieures 

ma,s seu^ , .^s ...pressions qu'elles c::Z;t 

ZZs --■""—"« 'a théorie des i.ées- 

reste. C est la morale du bien-être, de la ioul- 

rs:i%tu'^~"">^p-''«'^-etTm:i 

en .so,. Tout se mesure sur l'intérêt propre. Ce qui 
peu procurer notre bonheur est un bi n. Ce q 
contnbue à notre malheur est un mal. 11 "Z 

eur de homme consiste à s'y soun.ettre avec une 
parfaite égalité d'âme. 



*i 



— 54 — 



ÊCOLB SOPHISTIQUE 

41. Caractère de la Sophistique.— A n'envisager 
que le mérite intrinsèque des doctrines de Démocrite, 
de Zt-non et de quelques autres, il faudrait classer 
ces phdosophes parmi les sophistes. C'est ce qu'ont 
fait certains historiens. " Dans l'histoire de la phi- 
losoi)liie grecque, le nom de sophiste a un sens dé- 
terminé et plus restreint ; il ne s'applique qu'à un 
certam nombre d'hommes qui, n'ayant nul souci de 
la vérité et ne poursuivant que les triomphes d'une 
dialectique fallacieuse, se jouaient eflfrontément de 
tous les principes '. " Au commencement, le nom de 
sophiste n'avait rien de déshonorant. Ceux qui 
savaient mille- belles choses, suivant l'expression de 
Platon, et les communiquaient aux autres, étaient 
appelés sophistes. Mais, peu à peu, ce nom fut pris 
dans un sens défavorable. Pour Platon, "le so- 
phiste est celui qui fait de la dialectique un instru- 
ment de fortune et souvent de mensonge " ; pour 
Aristote, c'est "celui qui gagne de l'argent au 
moyen d'une science apparente et non réelle ". 

Les principales causes de la sophistique en Grèce 
furent d'abord l'éclosion des doctrines les plus con- 
tradictoires sur l'origine du monde, sur l'âme et 
Dieu, et ensuite, l'envahissement de la démocratie 
dont le flot menaçant charriait toute une pléiade 
d'orateurs très habiles à manier les passions du 
l'cuple par des babillages vides de raisonnements 



I. I^foret, op. ci/., p. 3J6. 



— 55 — 

utiles, remplis de vaines et trompeuses subtilités. 
Les plus célèbres d'entre les sophistes furent Prota- 
goras et Gorgias. 

42. Protagoras (480-411), disciple de Dëmo- 
crite, naquit à Abdère, en Thrace. Après avoir vécu 
quelque temps dans sa patrie, il se rendit à Athènes 
où il trouva la gloire et la fortune. Il en fut banni 
parce qu'il révoqua en doute l'existence des dieux. 
Il se réfugia en Sicile. 

- Toute sa philosophie prend pour point de départ 
le système d'Heraclite et peut se ramener à cette 
maxime célèbre : " L'homme est la mes-re de 
toutes choses. " Toute connaissance est relative à 
l'esprit qui la connaît. On ne sort pas de soi. Et 
donc, pour Protagoras, l'être et le non-être peuvent 
exister en même temps. C'est la négation du prin- 
cipe de contradiction. Une chose peut être vraie et 
fausse en même temps, car la vérité est subjective. 
Il en est de même pour la vertu. La morale n'a 
rien d'absolu, et une action peut être simultanément 
bonne et mauvaise. 

43. Oorgias vit le jour à Léontium, en Sicile, 
vers l'an 487 av. J.-C. On dit qu'il mourut âgé de 
plus de cent ans. Il est éléate, c'est-à-dire idéaliste. 
Toute sa philosophie est contenue dans un ouvrage 
intitulé : Du non-être ou de la nature, et elle peut se 
ramener aux trois propositions suivantes : Rien 
n'existe. — 5'» quelque chose e.viste, elle ne peut être 
connue. — Si quelque chose existe et peut-être con- 
nue, elle ne peut être enseignée. Qu'est-ce à dire ? 
sinon que la vérité nous est interdite. 



-56- 
44. Utilité de la SophistiaiM o 

grands services à la philosophie ^' 

<J.sserta,ent a I aveugle sur l'universalité des choses 

tTZn '^""'^^"'^^ '^ --« philosophe 
sur un objet plus rapproché, plus accessible s»r 

p^sn edu„,,,,-tiïr^:r^ 

vo e Tsî.:?"""'"'!"'- ''■"^'' "^ °"' P^-^Paré les 



Deuxième Période 

LA PIIILOSOPIIIE SOCRATiQUIi 

-iére Péril rto„te'L^£"î^,i^,J f^ 
cupa de la nature Celle .1. lo ' i ^ ^ ' °''" 

A tendance morale, au début, avec Socrate .n 
Per pas de vue son véritable objet^ 1 tT; efenl 
part du conna,s-to. toi-n^êmc con.ne de sôr. prin! 



— ^7 ~ 
cipe pour s'élever ensuite, avec Platon et Aristote 

zf::^T r"'^'™-^ -taphysicues. n^a:; 

toute cette penode encore, la philosophie demeure 
dogma,u,uc. Ou ne met pas en doute la vérac éde 
nos facultés ou la possibilité d'arriver à la r tu/e 

Des ie ?r\"~ "" f""* """^"- à deux grot 
pes les philosophes de cette période: les 1,1 
socraujurs et les ^v,V. socratUmcs. Les pre.W 
sont le.- représentants fidèles de la philosophie d"; 
temps. Ce sont Socrate, Platon et Aristote. Quam 
aux seconds, nous le verrons plus loin, ils s'éloSn 
beaucoup de la pensée <le Socrate. 



LES GRANDS SOCRATIQUES 
SOCRATB (470400) 

47. Vie de Socrate. - Socrate naquit à Athènes 

t"ai^"s"ir '^'^"^ ■':'^- '°" P-- SonhroJis "ne 
etau sculpteur, sa mère Phénarite. sagefemme 

T mon eue par Diogène Laërce, l'appelle" le ,,Z 
scur de f. erres. C'est dire qu'il exerça le métier 
d^ son père. Il abandonna bientôt cette besogne 
TrZirnr""'^"": '""' '"''" ^ '^ philosophie et a^la 
tu-f ""u" T"'' ■ '■="■ ^"''^'' "'-' P«^ seulement 
Ph^sophe. ,1 a quelque chose de l'apôtre, du pro- 
phète Il croît avo.r reçu des dieux la mission de 
travailler a la réfor.ne morale et religieuse de sa 
p3tric. 

I'oLr'.'"n'l"ù'' '' "'"■■' ''^' '^'' hommes par 
I oracle <Ie Delphes, et en toute occasion on le voit 



-• i 






- 58- 

clonner lexn.ple des plus hau.es vertus. A Athènes 

" ^; ""J''"" pieds nus, il résiste à la faim etT Ta 

...f. brave le froid; sur les champs de oataile tl 

fa.t preuve d'un courage admirable et sauve d'une 

Iclmm. Avde de faire du bien à ses concitoyens 
discoureur subtd et éloquent, il aborde tout le 

Tefltlerf T' ''f'^r ''"' '^ ^'"-- 
t es ateliers. A cause du charme de sa parole et 

de la bon e de son coeur, il e.xerce un grand ascen 

dan sur la jeunesse. Les sophistes, le! portes es 

w ôr;: ""T '■' ^"^^' '■^ ^^-^ conver'satSs 
surtoiu de ses railler.es. Les sophistes, il les tourne 
en ridicule; les poètes, il déclare^u'ils „ Ïvem c 
qu .Is font, et accuse les politiques d'être la cauTe de 
a deca<Ience d'Athènes. H n'en fanait pas^an 
âge pour soulever contre lui l'opinion : ses adver- 
saires conjurèrent sa perte. Ils le firent pa!ser Zr 

":t:rphr- ''°" ~"' '-^ --î^^i-sT 

V. e. Socrate avait défenau les dix généraux oui 

tan': ir"?"^- ^'■^■""^^ ■' - -^tes circoT 
Stances 11 sut résister aux trente tyrans ; il ne se 

genai pas de critiquer vertement Thémstocïe et 

nÏn'nt' Ït"""'^ '^°"*"'''"^^ '^ '^ démocrati:thl- 
nienne. Et sous prétexte de fortifier la reli^nn 
nationale et la démocratie. Mélitus, uû poè e fv 
eon. un rhéteur, Anvtus, un corrôveûr ?! -' 
rent dovinf r \ - ' i-orroyeur, 1 accuse- 

S conçu "S T- ^'''' d'-cusation était 
amsi con(.u . Socrate est coupable, en ce qu'il ne 
reconnaît pas les dieux de la république, et' met I 






— 59 — 
leur place des extravagances démoniaque i ■ il est 

sï^rtr-""'" -'-'' ■- i— -- 

\vrTZ' ''^^"^'^^" «"* ""^ «t'itu,le très noble. 
Apres sa conda.nnation il leur adressa une courte 

a^^ocut,onetleurfitvo,rcomb,enilméprisara 

de lu, - comme le lui pe-mettait la loi - il «lemanda 
a être nourri dans le Prytanée jusqu'à la fin de 
es jours, aux frais de l'Ktat. Ce choix n'était pî 
de nature a u. rendre les juges favorables. Il fu 
condamne à boire la ciguë 

Dans le Phédon. Platon a fa,t un récit très tou- 
chant de la mort de son maître. " Telle fut - dit-il 
en concluant sa narration - la fin de notre ami. de' 
1 homme, nous pouvons bien le dire, le meilleur et 
auss< le plus sage et le plus juste de tous ceux que 
nous ayons jamais connus. " 

48. Caractère de la PhUosophie de Bocrate - 
Le non-moi, le monde extérieur, avait été la grande 
préoccupation des philosophes antérieurs à Socrate 
Idéalistes et empiriques, dynamistes et mécanistes 
de toute nuance, etc., avaient concentré leurs études 
sur 1 origine et la nature des choses. I/homme 
surtout 1 homme moral et politique, était étranger à 
eurs investigations. I.e trait di.stinctif des sophiste, 
tut un souverain mépris pour la vérité. Le vrai 
ou le faux les laissaient indifférents. Ils netu- 



(■ 



Cf/]; p^l""""""' ''^^"^'"-''''f"• I. .. cité par Uforet, op. 



«liaient rien avec un 'lésir sincère d'arriver à une 
solution satisfaisante des problèmes qui intéres- 
saient rhumanité. Une pure et stérile spéculation, 
telle était leur philosophie. 

Au dire «le Cicéron, Socrate " fit «lescen-lre la phi- 
losophie du .-iel sur la terre ". Cette métaphore 
nous peint Imn la philosophie de Socrate. Ce fut 
avant tout une philosophie pratique. S<KTate aime la 
vérité d'un amour fratiqui- et fécond. Il la veut 
c()nnaitre afin d'y conformer et sa vie et ses niceurs. 
I.'honime «lans sa conduite morale sera donc l'objet 
de ses recherches scientifi(|ues. Pour bien se con- 
duire moralement, il faut «l'abord se bien connaître 
soi-même, et ensuite, les choses distinctes de soi, 
afin de jjouvoir en user convenablement et ainsi 
niieu.x ordonner sa propre vie. C'est à cette con- 
naissance de soi-même, et des choses distinctes de 
soi, que, pour Socrate, se ramène toute la philoso- 
phie. Pratique en premier lieu, la philosophie de 
Socrate est encore une philosophie morale, en ce 
sens qu'elle est ordonnée aux moaurs de l'homme. 
Voilà pourquoi le connai.<s-ioi toi-même du temple 
de Delphes, avait pour lui une importance capitale. 
Il le réiJétait souvent et le comprenait «lans un 
sens pratique. Il voulait que l'htmime se connût lui- 
même afin de se rendre meilleur et, partant, heu- 
reux. Car, selon lui, le bonheur est inséparable de 
la vertu. Il considérait la pratique du bien comme 
la source infaillible et unique de la félicité. On peut 
donc affirmer que Socrate a opéré en philosophie 
une véritable réforme. 



6i 



49. Méthode Socratique.- ['lus ,„ocIestc que les 
I.rtnners philosophes qui voulurent tout connaître- 
le momie, son origine et ses destinées, So-rate veut 
que ! ho,n.„c se tourne vers le ,„,;/. vers Im-mêmc 
C est en cela que consiste .sa reforme, l.e comtah- 
tot toi-memc fut le principe .le sa méthode. F-n se 
connaissant soi-même, on sait .son ignorance et 
savoir son ignorance, c'est <léjà avoir ridée de la 
science, l.e connais-toi toi-même conduit donc à un 
double procédé ; l'un, négatif, nous révèle notre 
Ignorance, nous délivre de cet écat, nous purifie 
pour a.ns, <lire, et nous rend aptes à recevoir la 
vente ; l'autre, /'ositif, nous met en possession de 
cette ver-té qui nous manque. Ces deu.x procédés ' 
chez Socrate, prennent la forme extérieure du dia- 
logue et ont chacun un nom spécial : le premier 
s appelle 1 ironie, le deuxième la maïeutiquc 

Socrate discute avec tous ceux qu'il rencontre sur 
a place publique, et surtout avec les sophistes II 
leur pose des questions, écoute attentivement les 
réponses qu',1 examine, tourne et retourne en 
tous sens. Et ainsi il arrive à des conséquence, 
fausses, contradictoires. C'est le procédé négatif 
cest V,rome socratique. Par ce moyen, Socrate 
fait donc voir Vignorance de son interlocuteur, il 
Un montre qu'il est dans un état négatif. 

Mais il ne veut pas le décourager, et s'il lui dé- 
couvre son ignorance, c'est pour le préparer à Vcn- 
fantcment de la science. 

La possession de la science active la connaissance 
de soi-même. Car, l'âme humaine a la vérité. Et 



t. I 



bj 



le rôle du niaitre consiste à faire sortir hors d'elle- 
tr' ne (âme humaine) cette vérité qu'elle possède 
déjà : c'est ce qu'il appelle la maïeutique. En 
d'autres termes, par ses interroRutions, le maitre 
amène petit à petit l'élève à déc-uvrir, chez lui, 
d'une manière explicite, des vérités qui y étaient 
déjà d'une façon implicite, à l'état latent. Faire 
cette découverte, c'est se connaître mieux soi-même. 
Ce deuxième procédé est appelé positif. 

Au point de vue logique, ce qui permet l'enfante- 
ment de la vérité, ce sont Vinduction et la définition. 
" Il y a deux choses, dit Aristote, qu'on peut attri- 
buer à Socrate : les discours inductifs et la défini- 
tion générale. " Monsieur Boutroux appelle ces 
" deux choses " le " fonds logique " de la méthode 
socratique. 

Les sophistes prenaient pour principe des défini- 
tions vagues, incomplètes. Socrate y voulut s ^sti- 
tuer des concepts exacts, qui répondissent à la ! .ture 
des choses. Dans ses entretiens, comme le raconte 
Xénophon.il tâchait de donner à ses interlocuteurs 
.ne notion juste du courage, de la justice, etc. Il 
leur proposait des cas particuliers, s'efforçait à leur 
en faire dégager un principe commun, une idée 
générale qui pût convenir à tous ces cas. C'est là 
de la véritab induction, procéder du particulier au 
général. Et ce principe commun déduit des cas 
particuliers, marquait la définition de ces mêmes 
cas. Cette notion logique, commune, convenant à 
plusieurs, constitue le genre, un des cinq univer- 
saux, ou une des cinq manières dont une idée uni- 



-63- 

voque je dit de ses inférieurs. Voilà pourquoi 
Xenophon dit quelque part que Socrate s'occupait 
ae la recherche des genres. 

60. Dootrinw phUoiophiquu de Soorate. - So- 
crate na rien écrit. Xenophon et Platon nous rap- 
I.ortent tour à tour ses entretiens. Xenophon, dit-on 
n est pas assez philosophe pour juger de la doctrine 
de son maître; Platon, au contraire, l'est trop- au 
dire même de Socrate, il raconte certaines chose, 
qui sont ses opinions per.sonnelles. C'est Aristote 
en l'espèce, qui est le témoin le plus digne de 
croyance. La connaissance de soi-même, point de 
départ de la philo.sophie de Socrate, est ordonnée à 
a pratique de la vertu, à la vie morale. C'est donc 
la morale qui prime dans cette philosophie. Mais 
ce n est pas une morale indépendante, elle suppose 
les lois divines. Par conséquent toutes les doctrines 
philosophiques de Socrate peuvent se ramener à la 
psychologie, à la morale et à la théodicée. 

51. Psychologie de Boorate. — J| fait la distinc- 
tion entre le corps et l'âme, il prodame hautement 
la spiritualité et l'immortalité de cette dernière 
Lame jouit d'une double faculté fondamentale ■ les 
sens qui ont pour objet les individus, la raison qui 
atteint les idées et les concepts généraux. Il nie 
l'existence de la liberté. La volonté est soumise au 
déterminisme psychologique. Pour Socrate, la con- 
naissance de la vérité et la volonté du bien se con- 
fondent. La vertu qui regarde la volonté, s'iden- 
tifie donc avec la science. C'est cette identification 
de la science et de la vertu qu'on a appelé le parn- 
doxe socratique. 



-64- 



B3. Moral* de loonU. — Le princiiic funda- 
iiK'ntal (le l'éthique de Soeratc, est la réduction de 
la vertu cl h science. Le péeUi se réduit donc à une 
iijiioraiice. puisqu'il est <)piK)sé à la vertu et que 
celle-ci se confond avec la science De plus, per- 
sonne ne commet le mal volontairement ; en effet, le 
liien et le vrai s'identitii'iif. Or l'intelligence tou- 
jours nécessairement Uwl vers le vrai et partant 
vers le bien. Si ce n'est pas le vrai qu'elle a atteint 
dans une tendance donnée, ce sera un pur accident, 
qui ne défendra pas d'elle, iniis(|ue de sa nature 
elle CM faite pour la vérité. 

Pour ce philosophe. Ir science n'est pas le moyen 
A la condition de la vertu, mais la vertu même. " Si 
le musicien, dit-il, est celui qui sait la musique, et le 
maçon celui qui sait bâtir, il est naturel que le juste 
est celui qui sait la justice. " Si la \ ertu est une 
science, elle peut donc s'enseigner, d'oii cette sen- 
tence qu'on attribue à Socn.te : " Instruisez les 
hommes et vous les rendrez meilleurs. " 

Puisque la vertu s'identifie avec la science, la 
première des vertus sera donc la sagesse. Suivant 
son objet la sagesse s'appellera courage, tempé- 
rance, justice, force. Ce sont les vertus fondamen- 
tales. Contre les sophistes il admet l'existence de 
la loi naturelle. II fait la distinction entre les lois 
écrites et non-ccrites. Celles-là sont muables, chan- 
geantes, variables avec les pays. Celles-ci sont 
immuables, stables, invariables, promulguées par la 
conscience qui est la voix de Dieu même. 

Sa politique est opposée à la démocratie. Car, 



~f'5 ~ 

'■■' ^"nuut la rtnalité soml.. '^"^"^"' <le causalité 

>-t avoir pour causrc, ut ^ ^ ' • ' T'''''^''' "«= 
rfu monde révèle une ca . ! ''"*^"' -' '"'«'f'-' 

""^ «n. Socratese,;:, ,T ' "" ''"'''°""^'- à 
'nsp.ratio„.s d'en haut cW . "^ ''' '"''"■"" 
^'''"V. sa r„/., rf,v,„, '• "^' ; 1"'' appelait son 
K«--nie. cette voix divine ,',.'? °"' "•""'"é ce 
q"es philosophes nT.'..t ""' ' ^""'"'- Q'"--'" 

^autres prétendent % 'V ' 17"" ""^'^P""-- 
<lf sa croyance en Dieu n ^'^"^^ """^<""e 

''-..coup discuté u7 an. u"" ?" " ^" ^°''' "" a 
d-t 'lire que Socrate n esTn, '' ''^'"«"- ^" 

-e démon n'est probablënTenf "" '''"""""'>"•• Et 
voix de sa conscience ' ''' '''''' ^'"'^^ ^"^ 'a 

84. Oonoliuion — T:. „„ - 
'le cette trop courte étui ?"^"'"'' ''"' ''^-^^u'e 
-'forme, a fait av Le "^^ 1'^, ''"'■/'-•^'^. Par sa 

"" progrès. Laissant d%'Îfr'" 'T' '^ ^°"'^ 
anciens qui étaient nl„ /"'f '« '«''-'■^ (i /wf des 
" a élevé, ennSlfs ,•:: :t^'".''"^^'''W/.«. 
geignement est la conT ' '""""''■ ^°" en- 

«le l'empirisL ''i,^ '^'""a""" du sensualisme et 
^ e. il a maugure une tradition, il est 



— 66 



le fondateur de cette philosophie étemelle dont 
parle Leibniz, et qui se reconnaît à un triple objet: 
Dieu, l'âme et la vie future. Par sa méthode il a 
enseigné l'art si difficile de rentrer en soi-même, de 
réfléchir. 

Sa morale est digne d'éloge. Il flétrit l'esclavage, 
et proclame le respect de la femme. Et à ce point 
de vue, il est allé même plus loin que ses successeurs 
immédiats. 

Ce que l'on doit le plus reprocher à Socrate c'est 
d'avoir confondu la science avec la vertu. Il n'a pas 
suffisamment, ou mieux, aucunement fait la dis- 
tinction entre l'intelligence et la volonté. Sa mé- 
thode est par trop exclusive, elle ne fait pas assez 
de cas de l'observation extérieure. Il a eu tort 
aussi de subordonner la métaphysique à la morale. 
Sa maieutique, ou l'art de tirer hors des esprits les 
vérités qu'ils portent, suppose que les universaux 
ou les idées générales ne nous viennent pas du 
dehors. Elle contient toute une théorie philoso- 
phique, elle est le germe de ce grand spiritualisme 
que Platon, son disciple, développera, mais qui sera 
complété par Aristote et surtout par les princes de 
la philosophie chrétienne. 

Quant à l'accusation d'athéisme portée contre 
Socrate, elle n'est aucunement fondée. Xénophon 
défend son maître du crime d'avoir ignoré les dieux 
de sa patrie. Au contraire il rendait un culte à ce» 
mêmes dieux, et, toujours d'après Xénophon, avant 
de mourir il pria ses amis de sacrifier un coq à Escu- 
lape. 



-67- 

PI-ATON (428-347) 

66- Vie de Platon.-Piat„„ v , 
°" a E„g,„e, vers l'an ^8 .";" '^ J"""- ^ Athènes 
'J descendait de Codrus Je de J ""•'^'"^' ^"^'°". 
P- sa mère, Périctioné de S„T '°' ''^*''^"^«' « 
vngt a trente ans, il suivit le!°"- °' '^^ de 
Apres la ,nort de son maître le,. '°"' '^' ^°^^«'e. 
voyages à Mégare, à Cyrè^e ' n p''"' ''^ """"^■■'-•"- 
chez Denys l'Ancien. Qull? V^'^'"' ^" Sicile et 
f^ 'e tyran, choqué pa" f^ '"' ''"'"^'^^ 

f P'aton, •. fit v'endre dm? '?"''^ ^^^-'"•- 
^e>nent, quelques amis -e rJZr ''"'^'- «<="^eu- 
Athenes, il enseigna la nh fn . '"*• °^ ^«o'"- à 
d'Académus, d'où^e ^r^m à^V^^ '- J-dins 
eur de l'Académie. Il ^ounat T ""^' ^^ ^""^a- 
;a-ant un grancT nomt^^d™ rit'T"""^^ ^-' 
uns sont apocryphes. ""' ''°"^ QUelques- 

86. Œuvres de Platon o 
nombre de trente-cinq - ~ ,^" ""^«S^s - au 
mph.cs où il expose ses idZ '™P'" '«<"'<'- 

?"- dont Socratrestir;î„;-T' '"^'"^ ^^^ ^'alo" 
«! ceux dont rauthentidïX ■''""""^^^- P- 
Pnncpaux soi . • le Cnr!, / '"contestable. le, 
^-5-' (sur 1 Jou?) Te' pir '^ '•''^'°"<^-). ?; 

:t^--"^ortiiti)^St£"-^j: 
to;-':rï^rdf;rdf;r^-"^^^-e"a- 

PWosophes précédents une r£on°T''"'""^ "'' 
P'ato„,auco„trair.ydéco„v;:rvStrïïS 



68 — 



qu'il tente de concilier. Avec les secours de la mé- 
thode socratique, en une vaste et puissante synthèse, 
il tâche de résoudre le problème de la science univer- 
selle qui avait préoccupé ses devanciers. Pour lui 
cette solution consiste à unir ensemble les doctrines 
de l'école ionienne et élcate, Vcternel devenir d'Hera- 
clite et l'unité permanente de Parménide. Socrate 
avait démontré contre les sophistes que l'objet de la 
science n'est pas l'individu qui change, qui passe ; 
mais le concept, l'idée immuable, invariable obtenue 
par l'induction et formulée par la définition, et que 
le point de départ de la science était dans le connais- 
toi toi-même. Mais Socrate ne s'était pas préoccupé 
de chercher si une réalité correspondait à cette 
idée générale, et quelle en était la nature. C'est 
le problème que résout Platon par sa théorie des 
idées, centre de la philosophie platonicienne qui peut 
se diviser comme suit : i° la théorie de la connais- 
sance, 2" la théorie des idées, 3" la théodicée et cos- 
mologie, 4" la psychologie et la morale, 5" la poli- 
itque. 

68. Théorie de la connaissance. — Suivant Pla- 
ton, il y a deux sortes de connaissances : l'opinion 
et la science. Chacune de ces connaissances a deux 
degrés; l'opinion: la conjecture et la foi; la science: 
le raisonnement et la pure intelligence ou l'intuition 
directe de la raison, h'opinion a pour objet les 
choses sensibles, changeantes et variables ; la science 
s'étend aux choses intelligibles, immuables, néces- 
saires, absolues. Cet immuable, cet éternel, consi- 
déré en sa nature, constitue l'objet de la philosophie 



- f'9 - 
q"> n'est que la recherche m r 
"« de la sagesse. MaK 1 ' '"""' '^' '" '"'"c" 
la connaissance des oh '"' ""^ons-nou., à 

éternelles ? En t.3"" '""''■'^'^^' -'""«'"es 
-nver à la science "pn^rr' ''"^'''''' P""'' 
"omènes. les choses se ,h ^'"''"■'■"«^' 'es phê- 
-'"-, immuables a .^"'f; ^' '^ choses i„vi- 
"-rf-aires qui „„u.s co„"î;„ ' j/. "- -- d'inter- 
Cest par une marche oro^r. "'"^^ ='"'^- «"fe- 

y atteignons, c'est ce auT,? '' ''"'<= ^^^ "ous 

->ent donc, par^e;; '^e'ïrrs-r". ^^ "- 
niatenelles et périssahl. - ■ ^''^''^ ''^s chose» 

éternelles, c^TSl^r Celf ''^ ""^'^'^ ^t 
I'"t humain entre le vi bîë .^■"'•'""^■'"^ <!« 'es- 
dante ou /„</„,„•-,, '^ f j^ "^t I ,nv,s,ble est ascen- 

^"-t des particuii^r/'i::^?' "" "'=""•■'-••• 

"wnte, il suit une niarrh. P^'n^Pes. l'esprit 

'•induction. Une fois les^d" '"""'"'"'"'■' '' ^^t de 
iuscn, a leurs cousue : twîr"'"'" "'''"" 
dmte, il déduit Mais !i , "'^''"''^ ''«'''"- 
P'aton ne voit danl sa .iî'? *= '"'''' "^ «ocrate. 
rappeler à l'espri Z^^^T T '^ ■"°>- d^" 
autrefois. La science nW " "''"'"-^ ^'"''■' a ««e, 

I.e n,onde des Si , '^^ ' '"'''«""•^•r.,,,,-. 

-t la vraie palrL d 'Sj^l "'"" " -■"""-'^'- 
'e ciel, avec les dieux el" .""7 '"""'^^°'^ ''«"^ 
A la suite d'une lùte en ™."*'^'"P'*'t les essence,. 



70 



nous. Et lorsqu'ici-bas nous voyons l'image de la 
réalité éternelle que nous avons contemplée jadis, 
alors les ténèbres sont dissipées, et soudain, se pré- 
sente, dans notre esprit, l'idée correspondante qui, 
déjà, s'y trouvait à l'état latent. 

Tout naturellement la théorie de la connaissance 
nous conduit à celle des idées qu'elle suppose. 

69. Théorie des idées. — IVi-.r Platon les idées 
ne sont pas de simples représentations intellec- 
tuelles, de pures abstractions de l'esprit, mais des 
types immuables, éternels, causes exemplaires de 
toutes choses. Elles ne sont pas seulement les prin- 
cipes de toute connaissance, mais aussi de toute 
existence et de toute perfection. Ces idées sub- 
sistent en elles-mêmes, indépendantes de toutes 
choses, ce sont des formes séparées. Ainsi il y a 
l'humanité en soi, la sainteté en soi. etc., auxquelles 
participent les hommes, les saints. 

Il règne un ordre, une hiérarchie dans les idées. 
Il y a les idées supérieures et les idées inférieures. 
Celles-ci dépendent de celles-là et s'expliquent par 
elles. L,'idée des idées, celle à laquelle toutes les 
autres aboutissent et se rapportent, la dernière idée 
connaissable, c'est l'idée du Bien en soi. Cette idée 
du Bien qui embrasse toutes les idées, qui concentre 
en elle toutes leurs perfections, c'est le terme de la 
dialectique, c'est le principe de l'Etre et de la pen- 
sée, c'est Dieu. 

60. Théodicée et Cosmologie de Platon.— Cette 
idée du Bien, l'idée des idées, idée archétype, modèle 
suprême des idées inférieures, comme nous l'avons 



-71 - 
Soorate Le De. H. w "''"'"' '*"^1^« dû à 

^'..«./, .isr ,tr;rjr 7^' T""""- 

œnnaie ,e „,o„de; êtr pr^v'^anf " T ''"'■ " 
avec sagesse et bonté r.,,/ ^ ' '' '^ gouverne 

natt: :V e":Lr"°"^^' ^'-'-^-^'^ ''-^°"- 
(Platon ne connirp la" ""!. ^'^■■^*'"- du n,ot, 
Le monde est com^rn- '''"'"" ^"•^^'«"tielle). 
<iet.x élément s, E^elr '""' '' ''""^ ''"^^ ^^ 

ser les choses avec le?r '' ''°™' ^"""^ ^ ^'"P"- 

Platon, résulte de trn """ **" «"""d^^' ^^'o" 

du monde H y a dot P"'"'"'^'"^^- ^^"^ ''â-^e 

Le chaos es rf. ' ^n^^nation de la divinité 

eÏrndle L Loi"" T '""'^ ' ''°"«'"^ '^ ««tière 
tient tus t Tniux m";r'"" ^"""^' ^"' -"" 
unique puisnu^r^!, r ''' °" '"""«rtels. Il est 

61 P,Jlh ^ • ""^^^ d'un modèle unique 
61. Psychologie et Morale de Platon n 
1 anie humaine Platnn au^- f ^»W>n. — Dans 

est immortelle efdvLlT' ^^'^ P^^"" ^ ''""- 
te"es. La premLtTa ni^lt";!" -' — 
vine — a s^r, C-- /"'"'' sorte d émanation d - 

r^W» ° o T '"' '^ f' '' ''-"^ » ''homme 
■' ' °" '=» "'"■^''« •■ la seconde réside dans 



72 



ta foiiriiw, elle est le principe de Vciicrijic et du 
coiirayc; la troisième git dans les entrailles, elle est 
le principe des appétits matériels. Ces trois prin- 
cipes sont-ils trois âmes absolument distinctes ou 
trois factdtés d'une seule et même âme ? La pensée 
du philosophe est quelque lieu flottante sur ce point. 
La plupart des commentateurs de Platon croient 
qu'il n'a admis qu'une seule âme composée de prin- 
cii)es réellement divers et même opposés. L'âme 
est immortelle, elle est unie au corps conme le cava- 
lier à son cheval. L'union de l'âme et du corps dans 
ce système, consiste donc en un simple rapport pas- 
sager et accidentel. 

Quant à sa morale, elle est fondée sur trois prin- 
cipes objectifs qui sont les idées du Juste, du Saitit 
et du Beau, idées nécessaires, immuables, éternelles, 
indépendantes de l'homme et au-dessus de lui. Sui- 
vant Platon, la science est le principe de toute vertu 
et l'ignorance, principe de tout vice. Bon disciple 
de Socrate, il croit que nul ne fait le mal sciemment 
et volontairement, parce que nul ne peut vouloir ce 
qu'il sait lui être nuisible. Or, le mal moral nuit 
nécessairement et toujours à l'homme qui le com- 
met. En général, la vertu consiste à imiter Dieu 
autant que possible ; elle rend l'homme heureux, 
tandis que le vice le fait malheureux. Conséquem- 
ment, la morale est la science du bonheur ou Vart 
d'être heureux. Les vertus ont leur principe dan.s 
la sagesse et leur unité dans la justice. Dans sa • 
morale, Platon ne parle nullement de la volonté et 
du libre arbitre. II semble les méconnaître complè- 
tement. 



~ 73 ~ 

«2. PoUtiqne de Pl«ton. - La politinue ,1c I-Ia 

société et a I fvtat. L Etat se divise en trois ordre. 
™po,.,ant aux trois parties de, a,:; M^t: 

;a partie supérieure, i,s s;„,SrÎ , ^Cr^ 
la r«u««, les ,„,rners correspon.lent à a part c 
"Ltoyenne. ils symbolisent VéJr.ù. J\' o,,Z 

Sur if "-,?"• 7^^--"' '" --^ ^^^- 

niag,s rat. .lo.vent gouverner, les guerriers doivent 

(artisans, laboureurs) sont chargés de pourvoir aux 
besoms physiques ,Ies autres classes 

tuet'"Ma:'i'''"'^^'''^"'-^"''^'-'--'".vensver- 
S '; ,1 '" .''"'■*" ^«^ '••""f""'' avec ia science 
L Etat do,t donc mstruire; par conséquent, de dro t 

a„r:'-eT- 'r '^ '■'"" """^"^"^ ^--"^ -X : : 

vants, c est-a-dire aux philosophes. Et le gouverne 

le plus juste des gouvernements. 

L'Etat n'existe pas pour l'individu mais celui-ci 
pour l-Ftat Cette théorie est une conséquence 
og.que ,1e la négation ou de la n.éconnais.sance du 
.bre arbitre dans l'homme. Et dès lors plus 2 
fam, le, plus de propriété privée. L'Etat de'vra f- 
gler es umons entre les différents membres de la 

ants ;■"' ' '"' ■^"■'"^■""'^'^ '"•"-^-" ^ies en! 

ants. Le communisme seul réalisera cet idéal de 

justice sociale que sans cesse poursuivent les mem- 



— 74 — 

tele fut sa thèse. Il est, d'après lui, anti-social et 
ant..pat„ot.que, qu'un citoyen possède quo qTe " 
so t. C est une espèce de socialisme d'Etat pare' de 

i^'àlTr"'''r ^' '^^ '""tes les absSteÎ 
œ. Oonolnrion. --piaton propose à l'homme m 
■ leal. Il lu, montre Dieu comme l'objet principal et 
de son mtelhgence et de sa volonté. Aux Zver 
nantsd trace tout un programme, et sa polifÇe e . 
une pohfque de principes, plutôt que de part' 
ve^rlr"""' " '^'"^"'^ ""^ '« PhiChesTou-- 

de''ÏÏme' î''""'*"'^ '''''' "^^ '°"J""« --mpte 
de blâme. Il ,g„ore la liberté humaine, il prêche 
1 absorption du citoyen par l'Etat. L'esdavage lui 
semble juste ; les faibles, les déshérités deTu te 
sortes ne sont dignes d'aucune commisération Bref 
en po.t,q„e surtout, il prône des théorL q^' 
menen aux p.res conséquences, bien qu'il les aï 



— 75 — 

ARISTOTB (384.322) 

W. Vie d'Arùtote ~ \ ■ , 
colonie grecque de laThr. ","'"'"'' ^ S'»»'--*. 
Il eut ^ur pire lii ' ^" ' ^" 384 av. J.-C 

Macédoine, A^ "«htr'' A Va?'f%'" ^«' ''^ 
(36^i), il vint à AthTnei'n " f "''"" '"^ 

suivit .es cours „e P, , U ZT\ ^'"«Î. ^"'^^ '' 
maître d'Alexandre le Grand P ^"■" '^ ^"""^ "^ 
d'Alexandre pour lÂ'i. A " ''^'"' ^' ''^I^^' 

(334) où il ou^ri une Ltcr ''""' ' ''"^-- 
Lycée, à cause d'un "emoï " '°"' '" ""^ ^« 

'on Lycien (tueur de oTp)'°nV°"^^"^ ' ^P<"- 
en se promenant avec ses diicin ""' '"' '^«""^ 

sa philosophie XZtr ^ ' '" ''"' "' «PP^'" 
Une réactif coS'lerC"r ^'" P— -rs). 
d'Alexandre On rou„V "'^"^ ^"'^•'■' '« '"0" 

favorable. Ca" i"'!"""' ''"^'"'^ '^^ '''''' ^*- 
Alexandre toujour va ien T- "'^f ^"^'°'^ ^' 
de l'Asie le grand mnn """"'"'' " ''" f°"d 

Plaires de planu" et dl '"* '"'°^="^ ''«^^ -"n- 
maitre. Pour "l soustr^T'" -'r ''''' ^ *"" «""«" 

^^thnsn,e et d'i:^ A Hs^tr^'T^T' ^^^"^^ 
t'on du Lycée iv., 1 . '""''■'' '■'> direc- 

et de ses ^^C ^-^^^ '^ "•;'""--"^ 

Chalcise^Eubée.o.;„It^'^ tnl:"::^"''' 
soixante-deuxième année. '' ^^"' '^ 



- 7(, - 

forme une véritable encyclopédie .lu savoir humain 
au I\' siècle av. J.-C. On peut diviser ses écrits 
en deux groupes. 

Au /./-f wi.T ijnmftr se rap,K)rtent les ouvrages qui 

concernent le moi, Vhommr. Ce sont les travaux <1e 

logique réunis ,,lus tard sous le nom flOnjaiion. 

I. On/a„oii comprend six livres : les Caict/oncs, Y In- 

/<T/-rrVn/i0H( Proposition), les Premiers Auahtiques 

qui traitent du syllogisme, les Seconds AmiiMiqucs 

qui traitent de la démonstration, les Topiques et les 

Sophsmes. \iennent ensuite le trjité de lame de 

courtes études sur la Sensatio,,. sur la Mémoire 

sur le Sommeil, la Rhétorique, la Poétique. Y Ethique 

« Nicomaque. la Politique et la Constitution de, 

■ ithénicns. 

Le second groupe se divise en deux catégories. 
A la première appartiennent les ouvrages .|ui oui 
trait au no»-moi, cest-à-dire à la réalité e.rtérinire 
Cette réalité extérieure peut être la nature inorga- 
nique ou le monde de la vie. Au monde inorganique 
se rattachent le traité de Cwlo. la Météorologie la 
Phystque. A la suite de la Physique furent placés 
les traites sur la philosophie première qui com- 
prennent la science des causes et des principes. Ces 
traités réunis par les commentateurs, et faisant suite 
a la Physique, furent appelés la Métaphysique. 

A la seconde catégorie se rapportent "les travaux 
qui ont pour objet le monde organique, animé 
Cest un traité des Plantes, une Histoire des ani- 
tnati.r et un livre sur la Génération. 



— 77 — 
66. OâTMtèr. de U Philowphi. d'Ari.toU 

Pl .los^.h,e ,.Iato„icia„K., .st éta!,li . 1 do base' 
"^■««■ntifitiues par le Stagirite 
AnsMe somi.nt contre Plat,,,, „„, ,,„, i, ,j 
i"^^^^^^^^^^ M.l.sta„t,elle.„ent. 1. est Zc 

l^e Stagirite ne subordonne pas la >cience co,„n,e 
-n n,a,tre, aux besoins de la vie ,nora le ' To" 
d.t-,1. au eo,„.„e„.e,„ent de la n,e.apl,^.sique onTl^' 

ha ph.los ,ph,e est une ^v«//,^^<> f/cnérah'. cvfUcati-r 
de a totabté des choses ; ses doctrines .onCen;; 
syste.„e ph,losopl,i,ue basé sur la méthod ^ . 
tuo-sy„,heUquc. Elle évite à la fois les rêverie es 
Jdeal^tes et re,„pirisn,e exagéré des ultra-:^;^S 
hlle su,t la vo,e m,tnyenne, et, comme la vérité elle 
se tient dans im juste milieu 'nte, elle 

67 Divùion de la Philosophie.- C'est à Ar.tote 
que Ion do,t la célèbre classification des sciences 



iiJ 



-78- 

philosophiques en Ihéoriques, pratiques et pottiques, 
selon qu'il s'agit de la pure conmùsance spécula- 
lire, (le la conduite et de la production extérieure. 
La philosophie théorique comprend : i" La Phy- 
sique, étude approfondie du mouvement, 2° la 
Mathématique, étude approfondie de la quantité, 
3° la Méthaphysique appelée théologie ou philoso- 
phie première, étufle approfondie de l'être en tant 
qu'être. 

La philosophie pratique comprend la logique 
(conduite des actes de l'intelligence), Véthique 
(actes (le la volonté), ['économique et la politique. 
"Très souvent l'économique se confond avec la poli- 
tique. C'est ce que notJs ferons ici. 

Nous allons étudier brièvement ces différentes 
parties, en commençant par la Logique qui, chez 
Aristote, est comme le vestibule de tout l'édifice phi- 
losophique. 

68. Logiqne d'Ariitote. — Aristote est le pre- 
mier qui ait fixé l'ensemble des lois que doit suivre 
l'esprit humain pour acquérir la science. Voilà pour- 
quoi il mérite le nom de créateur de la Logique. Il 
en fait l'instrument du savoir. Savoir une chose, 
c'est connaître son essence, et nous y arrivons par 
la démonstration scientifique et le syllogisme qui 
font l'objet des Analytiques. Encore le premier, il 
décrit le procédé syllogistique, il en expose les lois, 
les modes et les figures avec une sûreté que la pos- 
térité a maintes et maintes fois confirmée. Et il 
qualifie de démonstration le syllogisme qui produit 
la certitude. A la démonstration sont opposés les 



-79- 

'^^jonncyls probables et les raiso.,,,: .enU crro- 
1\S /^"" '""J "P"''" '•""^ "" »"ité spécial 
Ces quelques lignes suffisent pour faire connaitîela 
Logtqne d'Aristote. Tente, -l'en faire lanalv ' 
serait repc-ter tout ce q„,. „nf..„,ent les n.anuêÎde 

.hSir^ssv^;r::,T!-ï'--^ 

PHi,oso,Hie réelle. Usll^L^X^TZ 
sous lesqueh elle étudie la réalU: ,I,.n„«,.. ,;'', à"a 
tnpe classification que Ton trouve chez Ar stote 
Métaphysxquc. Mathématique. PhyHque 
La mithaphysique est la science de Yêlre Tout 

v^T \ ' "" """ '"''^'^^' ^°"à le p..int de 
llètfoZl '°V- ?""' '"' ''^"^'^''«f' C'est son 
LrL I -. u °" "' ~"^'**"*^ «!"« s°n objet 

ou la métaphysique générale. Générale, parce qu'elle 
s occupe de tout ce qui est, et ce faisant elle se pré! 
sente comme la première des sciences ^ 

auxâulne?n''1'' "" '"'^ '^'-^«'^"■^^' °" '^^- '^'='^^- 
auxquelles peut se ramener tout le trésor de la 

^1 ^T- "-•" ""^ P""^'- ^^ discours do 
moÎ, ,H' ^7T^"''"'' """t l'expression plus ou 

Su rltreT ,^" «" '^'^^°"" °" prédicaments. 
Ou letre est auto-suffisant à subsister, ou il est ad- 
hèrent a un autre. Dans le premier c^s nous avons 

y a neuf accidents; car une chose peut exister dans 



8o 



i 



une autre de neuf manières différentes. Si l'on 
compare la substance à l'accident, celle-là est pcr- 
mancnfc, celui-ci est variable. Aifisi Aristote con- 
cilie les théories des philosophes précédents, et, 
selon lui, ;lans l'être, il y a du stable (Parmén'ide) 
et du devenir (Heraclite). 

Le devenir de l'être implique ehanijement, et chan- 
(jement dit passage d'un état à un autre état, d'une 
manière d'être à une autre manière d'être. Suppo- 
sons Vêtre r. qui passe de l'état c à l'état d, avant de 
passer à l'état d, il pouvait y passer ; il est à l'état 
d, précisément parce qu'il pouvait y arriver. Il est 
en puissance d'être d; d est une détermination 
nonvcUe que lî acquiert, c'est une perfection, c'est 
un acte. C'est la théorie de la puissance et l'acte qui 
est comme le pivot de la aphysiquc aristoté- 
licienne. 

.\ la théorie de la puissance et l'acte se rattachent 
la matière et la forme, et la thèse des quatre causes. 
Le passage de P., de l'état c à l'état d, s'appelle 
mouvement qu'Aristote définit "l'acte de l'être en 
puissance, en tant qu'il est en puissance ". Ce qui, 
dans Vêtre chanyeant. demeure toujours le même et 
reçoit successivement des déterminations diffé- 
rentes, c'est la matière ; ces déterminations diffé- 
rentes, c'est le principe détemiinateur, c'est la forme. 
La matière et la forme sont donc une explication 
du changement, c'est-à-dire du movvement, et voilà 
pourquoi ils appartiennent à la métaphysique. Rigou- 
reusement, la théorie s'applique aux substances cor- 
porelles, mais Aristote en a généralisé la notion et 



L 



w 



( 



L 



— 8i — 

Ta transportée à tout ce qui peut être mû. sujet de 
cbamjcmcut. à tout c-e qui peut être dcta minable et 
actcrmmatcur. 

Si n a passé de c à ,/, s'il a été mû, une f«»,, a 
du lui impnmer ce mouvement, et lui faire subir ce 
changement. La théorie des causes est donc appa- 
rentée au mouven,ent. Aristote distingue quatre 
causes: cause matérielle et formelle, cause efficiente 
et finale. Les deux permières sont dites intrin- 
shiues parce qu'elles sont inhérentes à la chose elle- 
même ; extrinsèques sont appelées les deux der- 
nières, parce qu'elles sont en dehors de l'effet pro- 
duit. ' 

70. Théologie d'Aristote. - Les êtres soumis au 
changement, composés .r«f/.. et de puis.mnce sup- 
posent l'existence d'un être immobile, principe de 
tout mouvement, acte pur. Le principal argument 
en faveur de cet acte pur qui est Dieu, c'est Je 
mouvement. Tout ce qui est mû est mû par un 
autre. Et sous peme d'admettre une série infinie de 
causes motrices — ce qui serait ahsurd- — il faut 
arriver à l'existence d'un moteur immobile 

Le premier attribut de Dieu est Vimmohilité \cte 
pur, en effet, il exclut toute potentialité et, partant 
tout mouvement. L'immobilité comporte Vindiji- 
stbtlite ou la simplicité, parce que tout ce qui est 
composé renferme la puissance et l'acte, la spin- 
ttiahté. car tout corps résulte de la matière et de la 
forme, et est soumis au changement. Absolument 



parfait. Dieu doit 



son activité la plus haute est la 



avoir l'intelligence ; aussi bien. 



pensée. Et cette 



— 82 — 

pensée ne peut avoir pour se nourrir qu'un objet 
adéquat, Dieu lui-même. 

Dieu a des relations avec le monde. Quelle en 
est la nature? Les auteurs ne s'accordent pas lors- 
qu'il s'agit de définir là-dessus la pensée d'Aristote 
Selon les uns, ces relations seraient inconscientes, et 
Dieu agirait sur le monde, non comme cause effi- 
ciente, mais plutôt comme cause finale. Il en serait 
comme l'aimant qui attire le fer, et l'objet aimé qui, 
sans vouloir et sans connaître, attirerait nécessai- 
rement à lui celui qui l'aime. C'est la négation de la 
Providence '. 

Par ailleurs, s'il faut en croire certains commen- 
tateurs autorisés d'Aristote, le philosophe de Sta- 
gire aurait, sinon enseigné explicitement, du moins 
soupçonné que Dieu est la cause efficiente, con- 
sciente du monde, partant, sa Providence -. 

71. Mathématiques d'Aristote. — La métaphy- 
sique traite de l'immatériel par abstraction ou par 
nature. Les mathématiques ont pour objet la quan- 
tité rationnelle et les rapports que son étude en- 
gendre. Leur degré d'abstraction est donc moins 
élevé que celui de la métaphysique. Elles font 
abstraction de tous les attributs sujets au mouve- 
ment, et considèrent comme isolées du corps, des 
propriétés qui, réellement, en sont inséparables. 



I De Wulf, ffisioirt de ta Philosophie médiévale o i? 
Laforet, H,st. de la Philosophie, t. Il, p. ^^'"""'"' P- 45- 

arj'll^t, «8''°S.f„'nf"p"'^ Theologiça, pars /, Q.XLIV, 







-83- 
72. Physique d'Arùtote. - Tandi. que les nia- 

nZ "" '^^^ ^""''"t^ sujets au mouvcnent la 

teS; ""■,""' '"' '■" "''""■■' ^""'•"'^; - d'un,. ! 
ten^e,, elle a pour objet les corps en tant eu 
^ont soumis au „,ouve„,ent. Ici le degré dabs rac 
■on .st encore inférieur à celui des nlthe ma k ^t 

p.rr:;cr::'V"e/^:-r 
Sr::e£::XL.ë^^— '-'-- 

tou?;r^''°*'°'"f^* d'Arutote. - i;bo,un,e est un 
out compose de deux parties : matière et forme 

Y '"""^''^^^t le corps, l. forme e.t l'âme Ce, ,' 
donne au corps son unité, son organisation ets^vi " 
F le en est l'acte premier, la fonm. substantiel ê-' 
elon la définition d'Aristote, lame "est la SI.' 
dun corps naturel qui a la vie .„ puissauee'' Si 

ame. Afais les êtres vivants n'ont pas les ,nèmes 
degrés de .perfection, aussi bien, J-urs an, m 
sont des formes substantielles doivent v.ric, 

ptter^leu:"''"^'^"^ '-' '''-'■ "°"' '--"-e 
pHn S; de Z ''^'.^^^^'^"■^- Conséquennnent le 
principe de cette vie sera de même nature C'est 
ame -..^^,.,fc.,. gi nous montons, nous rencor 
trons les animaux qui vivent d'une vie s nsi " I 

êtres de ce monde, nous voyons l'homme qui a une 



84- 



yic intellect.ve, c'est lame laisoniiablc. Comme les 
formes supérieures contiennent les formes inié- 
ncures. lame mtclhrtirc «le riiumnie c^l à la fois 
vc(jctathc et scnsitkr. 

Lame humaine, une en sa substance, sëpanouit 
en <leux sortes de facultés : rof/,wsnti;r et «/-/-r- 
tittvc. La faculté cognoscitive est sensible et iiitcl- 
Icctucllc. Cette dernière suppose la première. 
L adage antique : nihil est in mtellectu qiiod non 
pnns fncnt m sensu, est admis par Aristote. L'âme 
en effet, unie au corps, ne peut naturellement ac- 
quérir des Klées que par les sens. Kt cet adage il 
faut le due. .Aristote est loin de l'entendre au sens 
einfiiriqne. 

Pour lui, comme pour Platon et Socrate, l'objet 
de la science n'est pas le singulier, le concret, l'indi- 
vidu, mais la quiddité. la nature du singulier du 
concret, de l'individu. Cette quiddité. enveloppée 
dans la matérialité, y existe d'une manière fonda- 
mentale, en puissance, et est quelque chose (Vitni- 
rersel. d'immuable. L'universel comme tel la quid- 
dité abstraite, n'existe pas dans la nature. Seul 
1 HKlividu existe. D'où la nécessité d'une faculté 
<Iont le r61e est d'abstraire Vunirersel de 1 image de 
1 objet qui a d'abord agi sur le sens. Cette faculté 
appelée intellect actif, fait comprendre. Elle illu- 
mine l'image sensible. Cette quiddité abstraite est 
reçue dans une autre faculté appelée intellect passif 
ou intellect possible, ou mieux, intelligence tout 
court. Cette faculté intetliç/e. comprend. A côté de 
la connaissance intellective. il y a la connaissance 



-•'^s 



sens,I.le. Celle-là dépen.l ,1e celle-ci, „,.„ pa, s,,!- 
J^ct,rrma,t. n,a,s obj.rthrmrnt. en ce sens .,ue la 
aeulte sens.tïve fournit ïobjrt ,loù est extrait 
' "'"^'-W'. terme ,1e la o^nai.sance intellectnelle 
1. appétit raisonnable, on rohntc. et lap,«it .v,v,- 
s>t,f sont consécutifs à la .loul.le cnnaissance 

;S n "7""""' " '■'■™""" '''■■-'^'^"•"-- '■" ''■'- 
arb,tn. 11 est vrai que la volonté tend nécessaire- 

"ent au b,cn, mais pour y arriver, elle peut cl,„isir 

-hffe^nts n,oyens. C'est en cela „ue consiste sa 

liien que lame raisonnable soit unie au corps et 
en .lepen.le oLjectivemen, ; ,Ians ses o,«^ration., 
f-otrrs. cependant, elle échappe à son eontrole et 
pour «use, elle est spirituelle. U spiritualité 
nra.nc Un,n.or,ali,r. Aristote a-t-il réellement 
uu a 1 unmortahté de làme ? Cette question a sou- 
eve heancoup de controverses chez les commen- 
tateurs. .Vt-d admis l-immortalité t'-rsonn.ilc ou 
m,,crsonue!lc.' U s'est abstenu de donner une solu- 
t.c>n precse de ce dernier ..roblème. Ou.,i qu'il en 
so.t. on doit <hre que le Stagirite a enseigne la 
survie du principe pensant. 

74. Ethique d'Aristote. - I.a amdition essen- 
tielle de toute moralité est le libn- arbitre. L.Mionnne 
Perc de ses aetes. tend vers sa Hn, non dune ma- 
...ere aveugle, comme les animau.x privés .le raison 
e de liberté, mais dune fao>n eon.sriente et lihrr 
gtielle est la fin ,Ie Thonm-e.^ C'est le souverain 
i>.en, non pas au sens absolu, mais dans .ses rapports 
avec 1 activité humaine, .\utrement. il ne serait ,, a. 



- 86 



qucliiiie ehose de pratique ni d'attingiblc pour nous 
Ce souverain bien, c'est le bonheur, et ce bonheur 
résulte de l'activité humaine satisfaite. Or l'acte 
humain par excellence, étant l'acte de la raison, la 
triistr, il s'ensuit (|uc le boi,lu-i(r. la rie heureuse 
consiste essentiellement dans une activité conforme 
a la raison. Mais l'activité de la raison, de la pensée 
c est la i.mieml,latioH de rmteUiyihle. Le suprême 
mtelhgilile, c'est la pure intelligence, c'est la pensée 
.sans autre objet qu'elle-même, c'est la pen.sée de la 
Pensée. Cette contemi)lation daons laquelle la pensée 
se touche, pour ainsi dire, se possède elle-même, est 
le terme de la félicité humaine. Cependant le bon- 
heur complet suppo.se certaines conditions extrin- 
sèques, comme la santé, la fortinic. la réfutation. 

La rertn est le moyen unique et indispensable de 
parvenir à ce bonheur parfait. Et pour Aristote. 
contrairement à son maitre Platon, la vertu n'est 
pas une science que l'on obtient par l'étude, mais 
une habitude que l'on ac(|uiert par l'effort constant 
de la volonté libre luttant contre les mauvais pen- 
chants. Comme il est évident. Aristote voulait 
reagir contre les sophistes, qui, autour de lui, pro- 
clamaient que l'éthique individuelle pouvait se ra- 
mener à l'art de vivre au gré de ses passions. La 
vertu est donc comme la résultante de .-et effort 
continu de la volonté dans la lutte contre le ma!. 
C est une habitude qui se tient dans un juste mi- 
lieu ; elle évite le défaut aussi bien que Ve.vcès. 
Ainsi la vertu de courage se meut entre la timidité 
et la lémérité. 



-87- 

78. Politique d'Aristote. — [/homme est un indi- 
vidu social, un être appelé à \ivre en société domes- 
tique d'abord, et civile, ensuite. La famiilc est une 
mstitution essentiellement naturelle. Elle ne doit 
pas être englobée par l'Etat, comme l'a prétendu 
Platon. La femme doit être traitée en personne 
libre. Toujours.' sous l'influence des préjugés de 
l'Antiquité païenne. Aristotp donne droit île cité 
à l'esclavage, en recommandant, tout de même, que 
l'esclave .soit traité humainement. 



Le rôle de l'Btat est de procurer la pai.x et le 
bonheur des individus et des familles. Il doit tra- 
vailler à faire régner la vertu en observant la jus- 
tice committativc et la justice distributirc. Celle-ci 
se rapporte au mcritc. elle a pour règle la propor- 
tionnante ; celle-là se rapporte au droit strict, elle a 
pour règle l'égalité. Aristote réprouve le socialisme 
et le communisme grossier de Platon et enseijfne 
que le respect de la propriété privée est un élément 
indispensable à la prospérité de l'Etat. Platon con- 
struit a priori une République idéale, Aristote pro- 
cède par l'observation et l'expérience. Ce n'est 
qu'après avoir étudié cent quarante-huit constitu- 
tions qu'il arrive à cette conclusion qui est loin 
d'être absolue : la meilleure forme de gouverne- 
ment pour un peuple est celle qui réi)ond le mieux 
à son génie, à son tempérament et à ses besoins. 
Cependant, en théorie, il montre des préférence» 
pour la république teni|)érée. laquelle, selon lui. est 
"la seule ec institution stable qui accorde l'égalité en 



— 88 — 

proportion cl» ,„érite, et qui «.it garantir les ,|n>it, 

a tous les citoyens ' " 
76. Poétique d'Ari.tof . - Pa, ,.„;,(,„«, Aris- 

tote entend cette partie .le la phiIoM,,î*,ie vjui a ,,^ur 
l^bjet a production des choses ..k^,,,! et 'sur- 

ou des ouvres dart. fOn y^ rappeler encore 
!<•->//'./.,/«.•. Pour le phaoso,>h. de Stagire • I 
beau c.>ns.ste ,lans l'orda. un. à la grandeuf ". La t 

»<>m. - ne d.ftere ,x,i,u «le celle de Platon, le" 
duergences que nous > rencontrons sont le résultat 

77. Pl.ton .t Arutote. - (>„ ,„,t souvent et 
conuue a p la.sir. en op.K.sition. ces deu.x grands 

nm't f w"'"'!' ^■" '^■^''«'•^™"' ■■'■</-/.r d 

m et le .<■<,/,.«,,• de l'autre. Knu.nérons briève- 
"lent les rcsscmhUu.cs et les dhrnjcnccs c,ui 
existent entre eux. ./"««.J qui 

lobi'et''deT'"'"'""- '".''""'' ''^"•^ ^''"'^"-" 'l"« 
non!w W T"'' ''' '' ■''^''"''^''' 1"' ciemeure et 

enseignent qu il y a une perfection à laquelle doit 
tendre l'être : c'est le parfait, l'absolu. 1 idéal ou 
précèdent l'imparfait, le relatif, le réel. 3' Pot le 
<Ieux la connaissance aboutit à Dieu. 4" Ton. .eux 
prétendent que les choses de ce monde réali,,,"' 



I. Aristote, liv. I, cli, I, 9. 



I 



l>) l)hrn,c„c,-s . r" Ils ne co.uprennent pas de la 
même manière la relation cjui existe entre le gcuc- 
ral et le particulier. I'„ur l'iaton. rumversel <m 
lidee existe séparément, en 'lehors des choses 
D'après Aristote. l'idée ne fait r|u'un avec les choses 
<Io« rmtellect agent l•al.^lrait, I.e prnnier ne voit 
dans la raison (lU'mu' faculté fussi-,;- qni. à l'occa- 
sion (les cli,>,cs sensibles, se souvient des idées anté- 
rieurement reçues : c'est la /„,„//<■■ de se souvenir 
Le second enseigne ,,ue la raison est une faculté 
oc/irr. 2" l'rappé par le mouvement. Aristotc monte 
du relatif à l'absolu, ,1c l'imparfait au parfait du 
réel a l'idéal en partant de ce principe: tout ce (|ui 
est mu. est mù par un autre. Et pour ne pas 
procéder à l'int^ni. il déclare nécessaire .larriver 
a un moteur qui meut mais n'est pas nuV Platon 
y arrive par l'échelle des idées, parce que les 
choses ici-bas réalisent une idée, un modèle, et il 
doit exister une ressemblance entre le modèle et In 
copie. 3. Ce Dieu auquel aboutit la connaissance 
dans la philosophie d'Aristote. est un m,.teur w,- 
mobile. un acte pur qui semble attirer tout a lui 
sans connaître les créatures ; au contraire, dans la 
philosophie de Platon, ce Dieu est ,im..,.r. ordonnant 
et gouvernant le monde. 4" L'idée réalisée par le 
monde est. selon Platon, une forme séparée, existant 
en elle-même ; pour Aristote. cette idée existe dans 
1 intelligence divine. 5" Platon est poète, saban- 
<lonne facilement à l'enthousiasme de l'inspiration 
sa dialectique est quelque peu nuageuse, flottante • 
Aristote est savant, au sens strict du mot : sa mé- 



— 90 — 

tluHle est rigoureusement scientifique sa dial^r 

f'l"e es, précise, .lémonstrative. 6» la «^rale e t 

I- .tK,ue .l-Aristote l'emportent sur ce«e Tna^ j' 

d„.-c-, a compro„,is sérieusement la liberté en on' 

on.lant a science avec la vertu, en absorbân 7a 

..raie ,lans la sHence. Sa République e,t une 

t"P.ç Ceku-là a nettement distingué le monde 

."oral du monde intelligible, il a donné à la Z" t 

ue cho e de concret, répondant aux besoins V,a 

.entabte </^.... rcritablcmc, r.ris,„„ts. r l'I on 

<le a,gne l'observation; Aristote. au contraire a un 

eu ^ ,K>„r elle. IMaton a des ailes, Anstot^ ua 

ît::^;/,":':::::,.""^ "■'^^^-- ^"•^"- --"-« 

78. Ooncltuion. - Platon et Aristote sont sans 
conteste, les plus hauts représentants du gén ' grec 
Tous deux ont eu une très grande influence sur Ta 
pe see humau,e. Mais à qui doit-on donner a 

ôt C 1 r''"''""' ""■'^"* '--'«'"--ent à Aris- 
tote Cest le jugement impartial de l'histoire \ 
par quelques défaillances, on peut .lire que tout se 

ent dans son système. '• Tandis que les contradic! 

■ons abondent chez Platon, l'onlre rigoureux e, 
'«n.te log,que dominent l'œuvre d'Aristftc Celu - 
c. ne dépasse pas seulement son maître de toute la 

Urne ph,losoph,e hantée d'abstractions, il prend 
P act en dehors de tout classement chronologique 
ou national, au rang des grands penseurs qui dlus- 



— 91 — 

In Ht l'Iiiiiiiaiiitt. Au «IcnuMiiant, l'histoire a fait 
justice à son génie, car l'crsonnc n'a excrc. une 
«lii-taturc égale à la siennr '. " 



tKS PETITS SOCIATlgCES 

79. Caractère de la Philo»ophie des Petits 80- 
oratlquei. — l.e trait distinctif de ccttr philosophie 
est d'être plus ou moins n-fractairc à la d.i.liinc dr 
Socrotc. Elle n'est s,,cratique .ju'À iiioitù- ; c'est 
I><)ur(|uoi ses partisatis s<ii-! appelés ,l,,.,l-socr„- 
tiqiii-s. 

Ecole Mégarique. - lûicli.U de Mégare. né en 
440 avant J.-C , fut le fondateur de c.tf école 
Tour à tr.ur disciple de l'annénide et dr Socratc il 
tache de c, .cilie, les «loctrine, de ses deux inaitics. 
Cest dir. ,juil s. .ut, liait .1 ux ariirmations contra- 
dictoires. Ses continuatuu-s, p„ur défendre son 
système, curent recours aux .sophismcs d'une dialec- 
tu|ue raltin.H : de là le surnom iVcnsti,,ius ( <Iispu- 
teurs) qu'ils re(;urcnt. 

81. Ecole Oyrénaïque. - Cette écok- cm pour 
fondateur Nristippe de Cyréne. .Après avoir été dis- 
ciple de l'rotagoras, .Aristipp,- vint à Athènes suivre 
les cours de Socrate. lequel, cependant, ti..- le co„- 
rertit pas tout entier, Tout de même c'est l'ensei- 
gnement de Socrate <|tii prouva à .Vri-tippe que 
la philosophie doit avoir un caractère /<rati<iiu- Tl 
confon.lit le bien avec le plaisir ; et. selon lui. le 



I. DeWulf, Histoire de la Philosophie médiévale, p. 33 



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>)2 — 



Init final ,1c la vie (|„it être la rccliei 
non pas d'un plai 



sir calme 



:lie (lu plaisir 



La 



... is iiiOLivenienté. 

sat.stactK.n actuelle imniàliatc, violente, île se 
cl.nations sans se soucier de lavenir, telle <loit être 
la lin ,1e 1 homme qui, cepen.lant. doit s'efforcer a 
rester maitre ,1e lui-n,ème. .\risti,,pe eut pour dis- 
ciple lleges.as. Celui-ci, prétendant qu'en ce ,non<le 
les pemes 1 emportent sur les plaisirs, proclamait 
<|ue la v.e ne vaut pas la peine .l'c-tre vécue. .Aussi 
sa théorie pousse au suicide, llégesias a mérité le 
surnom ,1 " orateur ,1e la mort ". Dans l'école Cv- 
.•ena,q,R- on trouve les germes de l'épicuréisme. ' 
82. Ecole Cynique. - .Xntisthène, né à .Kthènes 
vers 1 an .4^2 av. J.-C. fut le f,>„,lateur de cette 
école. Il avait suivi durant quelque temps le, 
leçons du sophiste Gorgias. et après avoir assisté à 
un entret-en ,Ie Socrate. il fut frappé par le dédain 
que ce ph,lo.sophe professait pour les richesses par 
son mé,>ns ,les maux de ce monde, et la maîtrise de 
lu.-.neme. .Vussi bien il voulut l'imiter. ma,s il 
Çlepassa les bornes, H réunissait ses auditeurs dans 
le Cynosarfjc. gymnase situé près du temple d'Hé- 
raclcs. Leur méjiris pour toute décen-e leur a 
mente le surn,wi de cynique (chien). L,- plus ty- 
pique de ses .lisciples fut Diogène que I Maton appe- 
ait e Socrate en cU-tirc. Ce philosophe affectait 
la plus gran,le sévérité et le plus gran<I ,lédai„ 
pour toiis ses semblables. 11 „'avait qu'un tonneau 
pour habitation, et en plein midi, il passait sur les 
places publuiues avec sa lanterne allumée, cher- 
chant un homme, disait-il. L'école cvnique a ,loi,né 
naissance au Stoicisnie. 



— 03 — 
Troisième Période 



l'HII.OSOI'HIK l'OST-SOCRAÏIQUK 

83. Caractère de la Philosophie Post-Socratique. 

— Durant cette troisième iiériode. la i)liilf)S()phie 
aliandonne les hautes s]iéailatif>ns métaphysiques 
i|iii avaient fait les délices de l'iaton et de Socrate. 
pour ne s'occujier (|ue du coté l^ratiqitc des choses. 
C est la morale (|ui prend le <lessus. et le souverain 
bien de rhomme. son honheur et sa perfection 
forment l'objet principal d'étude pour ies philo- 
sophes de cette é])oque. 

Aussi bien, cette tendance de la philosophie était 
la c<jnsé(|uence logique des événenients qui se dérou- 
lèrent en Grèce après la mort d'Aristote. La bataille 
de Chéronée (338) mit lin à l'indépendance de ce 
beau pays. La Macédoine d'abord, et Rome, plus 
tard, devinrent tour à tour maîtresses de la situation. 
Subjugués, vaincus, les Grecs, avec la liberté, per- 
dirent cette ])uissancc synthétique qui est un des 
traits distinctifs de leur génie. Et les penseurs du 
temps, frappés des nialheur.s qui accablaient leur 
I^atric. renoncèrent aux études spéculatives pour 
rechercher les moyens pratiques d'avoir la sécurité. 
\'oilà ])ourquoi leurs doctrines sont marquées au 
coin de la plus grande préoccupation utilitaire, tant 
il est vrai que la philosophie d'un peuple ne se 
sépare pas de l'histoire de ce peuple. 

Tout naturellement, à cause de la conquête macé- 
donienne et de la dispersion des Grecs, la philoso- 



— 94 — 

phic |,cr.lit son caractère nationaliste, tt devint 
comme la civilisation, cosmopolite. 

I.e problème posé alors était celui <iu bonheur 
lous admettent que le bonheur consiste dans la quié- 
tude de lame, mais divers sont les moyens suggérés 
pour y parvenir. De là les différentes écoles quUha- 
cune a sa manière, essayèrent de donner une réponse 
satisfaisante à la question. Ce tut Vécole scep- 
tique. Ucolc cpicmcnnc, Vécole sMciennc et récole 
iieo-platomcteunc. 

ÉCOLE SCEPTIQUE 

84. Pyrrhon.- Contemporain d'Alexandre, Fyr- 
rhon (360-270) avait pris part à l'expédition d'Asie 
Frappe de l'indifférence et de l'impassibilité des' 
prêtres de I Inde, de retour à Elis, son pavs il 
ouvrit une école et enseigna que le bonheur consis- 
tait dans Xataraxie (repos absolu). Et pour y arri- 
ver 1 homme doit s'abstenir de toutes spéculation, 
métaphysiques. lesquelles seraient <le nature à le 
troubler. Conséquemment, celui qui veut être heu- 
reux doit le plus possible suspendre son jugement 
se temr dans un. juste miheu entre les dogmatistes' 
qui affirment la possibilité absolue d'arriver à la cer 
titude et les sophistes qui en proclament l'impossibi- 
11^. iout n est qu'apparences et illusion. Ne rien 
affirmer et ne rien nier catégoriquement, voilà l'in- 
faillible moyen d'arriver à l'ataraxie et, partant, au 
bonheur. Comme on le voit, Pyrrhon est, à j^ste 
titre, considère comme le père du scepticisme. Et sa 
doctrine est une réaction contre le dogmatisme péri- 
pateticien. *^ 



— 95 



m 



86. La Nouvelle Académie.— Est appelée Acadé- 
mie nouvelle une école qui prétendait garder l'efprit 
philosophique de yAiicieniic fondée par Platon, 
mais qui, en réalité, dépend et propage les idées de 
Pyrrhon. Elle est représentée par Arcésilas et Car- 
néade. 

86. Arcésilas vécut au troisième siècle av. J.-C. 
Il avait pour but de combattre le dogmatisme des 
stoïciens, et pour devise, cette parole répétée souvent 
par Socrate : " Tout ce que je sais, c'est que je ne 
sais rien. " Les sens ne nous révèlent pas les choses 
elles-mêmes, mais seulement les impressions qu'elles 
font sur nous. Il n'y a pas de règle infaillible du 
vrai. Que faire alors ? C'est de suspendre son 
jugement. Voilà pour la théorie. En pratique, il 
faut s'en tenir au vraisemblable, au plus probable. 
Telle doit être la conduite du sage. C'est la doctrine 
du probabilisme. 

87. Oarrôade, au deu.xième siècle, fut un habile 
philosophe. Comme son prédécesseur Arcésilas, 
Caméade combattit le stoïcisme, et ses coups por- 
tèrent plus particulièrement sur Chrysippe, si bien 
qu'il' avait coutume de dire lui-même : " Si Chry- 
sippe n'exis' pas, je n'existerais pas. " Il ne se 
contenta pas de dire qu'en pratique le sage doit se 
contenter du vraisemblable, du probable, mais il 
donna une théorie que l'on appelle les "degrés de la 
probabilité ". C'est en cela que consiste son mérite. 
Le premier degré de la probabilité est celui des 
représentations qui, en elles-mêmes, sont vraisem- 
blables ; le deuxième degré concerne les représen- 
tations vraisemblables en elles-mêmes, et qui, rap- 



!i 



- </. - 



lifDcliécs <kv autres, ne sont pas contredites par 
elles ; appartiennent au troisihnc dci/rc les repré- 
sentations vraisemblables en elles-mêmes, mais qui, 
raiipiocliées des autres, non seulement ne sont pas 
nmtredites. mais sont eontirmces ])ar elles. C'est 
l'acbcniineinent vers la '-ertitude. 

88. Nouveau scept.. ne. — Ce (|ui caractérise 
cette nouvelle forme de scepticisme, c'est son empi- 
risme seiisiialiste. .Arcésilas et Carncade étaient des 
théoriciens. La dialectique leur offrait des charme.^. 
-Knésidème, .Xgrijipa et Sc.xtus Kmpiricus sont plus 
empiriques, ils font appel à l'expérience sensible. 

89. .ffiuésidème. — Ce philosophe vécut au com- 
mencement de notre ère et enseigna à .Mexandrie. 
l'our lui. le vrai n'existe pas. Dans un de ses ou- 
vrages qui avait pour titre : Discours pyrrlwnniens, 
il ex])ose les dix tropes ou arguments que Pyrrhon 
apportait en faveur de sa théorie, .l'^nésidème est 
précurseur de I fume et de Kant. parce qu'd critique 
la notion du princii)e de causalité dont il rejette la 
valeur objective. 

90. Agrippa qui vécut au II' siècle après J.-C, 
réduisit à cin(| les arguments favorables au doute. 
C'est la contradiction, le régressas ni infinitnm, la 
relativité, Vhypothèse et le cercle ricieiix. 

91. Sextus Empiricus, au 111' siècle de notre 
ère, proclama l'incertitude de toutes les sciences, 
voire de l'arithmétique et de la géométrie. C'est 
du scepticisme radical. Ces négations extrêmes 
et catégoriques de Sextus Empiricus sont aussi 
condamnables que les affirmations gratuites et 



— 97 — 

sans preuves. N'est-ce pas, en quelque sorte du 
<log.nat,sme à rebours ? Aussi bien.'ies l'yr hon- 
ncns fa,sa,e„t ce reproche aux nouveau, scc^,. 
^-..^. et soutena>ent que le véritable sceptici^e 

:; X : ' "'"'"'""" ''^' •""' J"g-"^'»t par trop 

catcgonquc. ' 

iiCOI.H KPICURIKNNE 

def^-T*-* *'"^'"' **'=?*«"»■*• - I^e fondateur 
de 1 école epicunenne naquit à Samos, ou, peut-être 

maître d école et sa mère une magicienne. C'est en 
accon.pagnant cette dernière dans ses courses au- 
près des malades, qu'il contracta une haine sou- 
verame pour la superstition. A l'âge de trente-six 
an,, d enseigna a Athènes. A l'instar des Pythago- 
ncens, ,1 forma, avec ses disciples, une espèce de 
comnnmante ou l'on menait une vie, apparemment 
'1« moins, très austère. Il mourut en 2/0, aprè 
avo„- beaucoup écrit. Il ne nous reste de ses ouvrages 
doctrL"e "" ^"^"'"'^ 'J"' contiennent toute sa 
93. Caractères généraux de la PhDosophie Epi- 
CUnenne.-La philosophie d'Epicure est i» égoil: 
rendre le moi heureux, l'exempter de tout souci de 
^ute préoccupation ; n'avoir cure ni de la chose 
publique m des autres, tel doit être le but de la 
Phdosophie. 2° Pessimiste: la fin de la vie humaine, 
selon Ep.cure, étant le plaisir, n'est-ce pas poser 
le principe d ime existence pleine de déception, 
ameres ? 3° Impersonnelle : la doctrine épicurienne 



It • 



-98- 

m.iique tout à fait d'originalité. C'est la réédition, 
sauf quelques modifications, des théories de Démo- 
crite et d'Aristippe de Cyrène. 4° Utililarish-: l'utde 
est le liUt et la loi de la philosophie : c'est un axiome 
d'Epicure. 

94. La Canonique Epicurienne.— Dans une pre- 
mière partie de sa philosophie, Epicure trace les 
lois, les canons auxquels doit se conformer la raison 
dans ses opérations. Pour arriver au bonheu-, en 
eflfet, l'homme doit faire un bon usage de cetce 
faculté, il lui est nécessaire d'avoir des règles qui 
lui permettent de distinguer le vrai du faux. La 
canonique n'a donc pas une valeur absolue, elle ne 
vaut que relativement, en tant quelle est ordonnée a 
la morale, à la science du bonheur. C'est dire tout 
de suite qu'elle doit être de même nature que le but 
auquel elle conduit, elle porte l'emprei; ' du sen- 
sualisme. 

La canonique contient la théorie de U connais- 
sance. Cette doctrine n'est guère que la reproduc- 
tion de celle de Démocrite. Suivant Epicure, la 
connaissance comprend deux éléments : la sensatior 
et l'anticipation. 

Qu'est-ce que la sensation? C'est une impression 
produite dans l'âme par des émanations et des 
effluves qui s'échappent des objets extérieurs. Ces 
effluves, ces émanations, pénètrent jusqu'à l'âme au 
moyen du canal des sens. Les sens ne se trompent ja- 
mais, pour la bonne raison que leur rôle consiste à 
recevoir d'une façon passive les images f'es objets 
extérieurs. Ils sont comme des miroirs. L'erreur peut 



i 



— 99 — 

exister et, en fait, existe. l„rM,„-il sagi, ,„ .,ét,r. 

-mer a nature de ces in,ages ,ui affecLu les s". 

Cette t.mcti.m est dev.k.e à r„/-/»/„, Celle-ci a 

son^tonr est contrôlée par ,a s...a,i„„ à la.,ueli; „ 

l.m se conformer ponr être vraie. Il énonce quatre 

règles, qi.atre ca„ons <,ui sont la base .le toute sa 

l"g.r,ue. ," Les sens ne trompent jan.ais. ,.■ „ nV ^ 

i|ue lopmion qui soit susceptible de fausseté' v' 

.opm.on es, vraie si la sensation la conHr„,e' !■' 

I...pm,on est fausse si la sensation la contre.lit 

^^n autre élément constitutif de la connaissaiicc 

-safon de la sensation. lOle est connne le s,nue2 
< t ce ,|u, nous a plusieurs fois apparu à l'extérieur 
An,s, nous parle-t-on dun homme, par le s^v^mV 
de nos sensations nous nous représentons la fonne 
rST" ^ "«'i^^'-» --'te donc des sensatiZ 
' : ;• 'r'' ^•P'^nens, tour à tour, rappellent 

air^r ""' T'"'"" ':'"''■ '"•'''•■ '"- ^« 

et de tou "" "■'"'"'' ^' '""'^ démonstration 
et de tout raisonnement, l/anticipation a quatre 

vSrdT""" Tr ^"''' ■■ '° "^"""^ -'--'-H 

mil H T' ^ ^«"'i'-ipation est la définition 
même des choses. 3» L'anticipation est le principe 
de tout raisonnement. 4- Ce qui n'est pas évident 

cl une chose évidente. Malgré la valeur de lanticl- 
Pation. n oublions pas que, <Ians la théorie épicu- 
rienne, la sensation demeure toujours la source 
unique de la connaissance et le seul critérium de la 

I W • i' *î''°"' ^' '* connaissance constitue 
1 empirisme le plus radical 



J'i 



loo — 



95. La Phyiiqne Epicurienne. - .\ussi bien <iiie 
la i'ini.iniijiii-, la l'hysiquc éf'iciiiicniu- a une valeur 
relative ; c'est le ( -éambule de l.'. morale, lille 
au^>i, piiur !j fond, n'est (jue la reiinuluctimi de la 
l)livsi(|ue lie Déniiiorite. Les atomes et le vide sont 
les éléments conititutifs du numdc. Comme le vide, 
les atomes sont infinis. l'*terncllement doués de 
l.esanteur, parallèlement les uns aux autres, avec 
une vitesse égale, ils tombent en ligne droite. Mais 
Il imment ])euvent-ils se reno -.'trer pour former les 
eorps ? Kpieure attriln..' af.x atomes un léger mou- 
vement d'inclinaison ; grâce à ce mouvement, ils 
peuvent se rencontrer, s'unir et former les corps. 
Donc, d'après cette théorie, tout, dans le monde, est 
le résultat du concours fortuit et aveugle des 
atomes. 1,'âme cUc-mênK- est composée d'atomes ; 
ces atomes sont ronds et très lisses. K.Ue est un 
corps. Kt comme tous les corp-. elle est mortelle, 
ell'- périt par la dissociation de ses parties. 

Si tout ici-bas est l'effet du hasard, il n'est donc 
]>as nécessaire de recourir au.x dieux pour expliquer 
l'existence des lois cosmiques. Au reste, ce sont des 
êtres oisifs (|ui ne s'occupent pas de nous. Nous 
n'avons donc rien à redouter de leur part. De plus, 
pourquoi cr indre la mort ? 1,'âme périt tout en 
tière. Et con.' 'quemnicnt, chimère absurde est la 
croyance aux enfers et aux peines de l'autre vie. 
La fatalité inexorable aussi n'est pas admissible, 
puisque tout est l'effet du hasard et de la déclinaison 
cafricicusc des atomes. 

Et donc, la physique d'Epicure est une délivrance. 



— loi — 

jllc affn„u-lm n,.,n,nu. ,1. „..„. orai.u... .1.. „..„ 
• .>.ao e .,i„ s.ra,t .le natur.- A cr-rav.r >.„, LonLcur- 
e.<e.^j.,nr,„o,W,ea„„evalo..,.a,,ve.„;;;:; 

96. La Morale Epicurienne. - l.,. g,;„„, ,„.,„. 
celui u . /,. /s,.„.„, ,„, /,, ,,„/ ; ^.^, 
'"'.""""'■., '--t I'""r lui, ce principe a la vale ,r| , 
ax...„. est éWdeiu e,. partant. i„,é„,,."; 

yue le plai.s.r ,s.,„ le ..uverain l.ien. .ela se .en 
et ne se prouve pas. . ,n„ne -m sent que le feu e 
^ '""'1. la nei^e bl..,uhe. 1.. nnel ,l..u.x ■. " .Mai i" ,' 

j!--ospeces.e,.:aisirs.,le„. espèces .le ,.,4.1" 
Cv; ''■••'.'" '•''"••'■ '■••''""-■ i'-^i^'a-» et .luriMe 

I • utr^ î':" ^■"•""" ''■ •''■""^- '■' ■■ -"'luiétu. : 

.autre /,„,,„,.,,. ,.„ „,„„,,,„,,„, . 

t amant la s.mffance et la .louleur le preinie 
-st le plaisir .le l'esprit ; ,e seco„.|. eV leX^ 
de. sen.s. Fa.re .. celui-ci le but .le la vie. de 
^•oHianiner au supplice .le Tantale. Celu -la d „ c 
est .seul digne de nos co,.-..itises. Cou„ne on e 
■Cl. El.icure se sépare .les cvrénaï,,ues 

fri^ll^-'r?"; "■■",'"'" ''^*"''='^''^' "^ >- -"f- 
nr. ui. la , louleur. chercher le plaisir c. Um- re- 

posan . tel doit être notre i.léal. Cet i.IéM il " .t 

le réaliser par t.uis les moyens. Car. il ne suffi, , 

de savoir ou gU le b.,nheur. il aut. en ou^re. tàch 

e le découvrir. Le ,/,„„„,,„ ,i„elina:so„, ,1 

atomes devient .lans Thomnie le libre arbitre V 1 



'. fMs vrais ,,e»s e, des vran „,anr. ,, ,, Cicéron. 



— lOJ — 



piHiMin- (liiiio. à iiiitrc giv, arraiigt r notre vie tie 
iiianii'rc' à arriver à l'e InMilictir exempt de tome 
soiilïraïUT. 

Mais nous soiimiis assiégés par une loule rte 
désirs (|ui nous tiraillent en tous sens. l)evons-nou>^ 
les satisfaire tous? \'on, parec que, nécessairement, 
il -'ensuivrait des déceptions anières et, partant, de 
la <Iouleur. I,e sage discernera entre ces différents 
désirs. Selon l'"picure. il y a d"a!x>rd les désirs natii- 
rr/s et iicicssairrs, comme la faim et la soif. Ceux-là. 
il faut les apaiser, et d'ailleurs, c'est fort facile : 
" n'est-ce pas. en effet, un ragoût admirable (|Ue le 
pain et l'eau, quand on en trouve dans les temps de 
sa faim et de .sa soif "? Il y a les désirs naturels et 
non ncccssaircs : les affections de famille. Il faut 
s'en affranchir autant (|uc |Missil>le. car ils pourraient 
nous causer bien des ennuis. Ainsi, le mariage et la 
paternité donnent tant de soucis ([u'il est prudent de 
les éviter. E ifin. il y a les désirs ni h •>Hrcls, ni 
ncccssain'S ; ce sont les superflus, coiiirio le désir 
des richesses, des honneurs, etc. (Jue l',- sage se 
garde bien d'en chercher la satisfaction. 

En maîtrisant ses dés'rs, le sage pratiquera la 
vertu : mais, étant donné que le plaisir est la loi 
siqirênic de la vie. la vertu n'a (lu'une valeur rela- 
tive. ■' Toutes les vertus prises ensemble, dit l'Iu- 
tarque, si on les sé])arc du plaisir, ne valent pas un 
jetiin de cuivre. " Les vertus ne sont que des 
moyens ; comme on étudie la médecine non pour 
elle-même, mais pour la santé qu'elle procure, on 
doit anssi pratif|uer la vertu non pour elle-même, 
mais pour le lionhcur qu'elle n ms apporte. 



I03 — 






Là murale épii-iiricnno riv^t di.r ■ pas, comiiH' on 
le croit parfois, h, reolierchc i:nliisi;r du plaisir 
snisiii-l. Kllc lui prôlVri- le plaisir intcilc. :uc!, 
propre à l'esprit. Toutefois, chez elle, le plaisir des 
sens n'est pas conii)Ieteinent ostracisé. il est Icmfirà 
par la raison |«iur qu'il puisse, le plus p ,il.lc, pro- 
curer ce iHmhcur qui est fait d'un |)laisir calnie, 
exempt de toute contrainte, de toute inquiétude et 
«le tout trouble. On ne peut pas imaginer morale 
plus voluptueuse. i)lus dfprinL..le et i.lus triste «pie 
cet ascctisiiir Siiisnalisti\ 

ftCOLIi STOÏCIKNNH 

97. Quelques Stoïciens. — Zenon d' Jittiiun, 
(340-263). fut le chef de l'école stoïcienne. Après 
avoir erré vingt années durant d'école en école, il 
finit, vers l'an 300, par s'installer au Portique du 
l'écile. où il enseigna. C'est pourquoi on appela ses 
<lisciples. stoïciens, et son école, école stoïcienne, 
école du Portique. Il se .suicida. Son succcs.seur 
immédiat fut Cléanthe ( 331-323»- H composa un 
hymne célèbre en l'honneur de Jupiter. Chrysippe 
(2X0-207). disciple de Cléanthe. a été surnommé le 
second fondateur de l'école stoiciei.iic. .'\ vrai dire, 
il contribua largement à fixer le stoïcisme, rt lé 
défendit contre les Académiciens et surtout contre 
Carnéade. 

Il y eut d'autres stoïciens, comme l'anaetius et 
l'osidonius chez les Rhodiens. Cicéron — en morale 
du moins — Sénèque, Epictcte. Marc-Aurèlc. furent 



104 — 



les principaux stoïciens parmi les latins. (Voir Phi- 
losophie latine). 

98. Caractère de la Phiiosophie Stoïcienne.— La 

philosophie stoïcienne est i° philantropiqiic: son but 
est de porter remède aux maux dont souiïre 
l'homme. 2" Morale: tout chez elle est subordonnée 
à une grande et unique préoccupation qui est le 
bonheur. 3" Militante: le stoïcien résiste, lutte, se 
redresse contre le mal. Pour lui, le bonheur consiste 
dans la tension et l'effort, Hercule est son modèle. 
4° Sensualiste : rien n'existe qui ne soit sensible ; 
l'immatériel, l'incorporel, sont de pures abstractions. 
5° Panthéiste : tout est Dieu. Force corporelle et 
raisonnable. Dieu pénètre l'univers et fait avec lui 
un être unique. 6" Dynamiste : le monde est la ma- 
tière animée par la force. 7° Cosmopolite : au dire 
de Sénèque, les stoïciens sont les fondateurs des 
droits du genre humain. Ils semblent avoir hérité 
de l'esprit universel qui animait le grand Alexandre 
dans ses conquêtes. 

99. Logique Stoïcienne. — Les stoïciens font 
entrer dans la Logique, certaines questions qui, 
actuellement, ressortissent à la Psychologie. Ainsi 
la canonique stoïcienne traite de la théorie de la 
connaissance. Pour les stoïciens, comme pour le» 
épicuriens, la connaissance vient des sens. Mais il 
ne faut pas confondre. Tandis que les disciples 
d'Epicure n'attribuent à l'esprit humain qu'un rôle 
purement passif, les stoïciens se plaisent à procla- 
mer et à reconnaître l'énergie active de la raison. 
Pour ces derniers, notre connaissance est, pour ainsi 



— I05 — 

dire, formée de deux éléments qui sont la matière et 
la forme. La sensation joue le rôle de la matii.-e la 
réaction de l'âme remplit la fonction de la forme \ 
ongme lame est comme une table rase, un feuillet 
blanc, sur lequel rien n'est écrit. L'objet extérieur 
fait sur 1 ame une empreinte, comme le cachet sur la 
cire. C'est l'image de l'objet, c'est une simple repré- 
sentation. C'est un phénomène passif. Mais à cette 
phase première succède la phase active proprement 
appelée connaissance et qui est le résultat de la réac- 
tion de l'âme, de l'exercice de son activité sur la 
représentation sensible. L'empreinte de l'objet dans 
1 ame provoque une tension de la volonté que l'on 
appelle assentiment. Seules les perceptions faciles 
a comprendre, ou mieux, les perceptions compré- 
hensives, doivent mériter notre assentiment, parce 
que seules, elles sont de nature à nous faire connaître 
et elles-mêmes et la cause qui les produit en nous. 
Alais comment pouvons-nous connaître ces per- 
ceptions compréhensives ? A la force du choc que 
1 objet extérieur produit en notre âme. A .son 
tour, la force du choc aura pour mesure le degré 
d énergie avec lequ. 1 la volonté répond à l'impulsion 
venue du dehors. Cette troisième phase de la con- 
naissance est appelée la compréhension. Plusieurs 
perceptions compréhensives, réunies ensemble, for- 
ment l'idée générale qui nous permet d'anticiper 
I avenir. Enfin la coordination systématique des 
idées générales nous donne la science qui est la 
quatrième et la dernière phase. Zenon exprimait 
d une façon typique la ligne de démarcation exis- 



— io6 



tant entre les différents degrés de la connaissance. 
11 compare la simple représentation à la main oii- 
vcrtc, Vasscntimcnt à la main demi-fermée, la com- 
préhension à la main fermée, la science à la main 
fermée et serrée fortement par l'autre main. 

Quant à la certitude, elle existe pour les stoïciens. 
Toujours, ils l'ont défendue contre les sceptiques. 
Leur argument décisif contre le doute est le besoin 
pratique de représentations vraies auxquelles doit 
se conformer notre conduite. Quel est le critère de 
certitude ? Il est tout subjectif. C'est la force de 
comiction inhérente à une représentation, ou bien 
ce prifUcge qui rend une connaissance apte à provo- 
quer notre adhésion invincible. 

100. Physique Stoïcienne. — Comme il le fait 
pour la logique, Zenon traite en physique des ques- 
tions qui concernent la méthaphysique. Les deux 
traits caractéristiques de sa physique, c'est le pan- 
théisme et le matérialisme. 

L'univers est la matière animée par la force. L'une 
ne peut pas exister sans l'autre. Pas de matière 
sans force, pas de force sans matière. La matière 
est passive, la force est active et prend le nom de 
Providence, de Destin. Ces deux éléments sont 
identiques dans leur essence. Or la force — cor- 
porelle et raisonnable — c'est Dieu. Dieu est donc 
un corps. Il est un feu subtil, éthéré qui pénètre 
tout. C'est un feu intelligent qui engendre tout 
avec ordre et méthode. Cette force corporelle, bien 
que raisonnable, se confond avec la fatalité et le 
destin. Chez les stoïciens, fatalité et destin sont 



— 107 — 



synonymes. Ce destin est l'opposé du hasard, c'est 
une suite nécessaire de causes, dit Plutarque. Cepen- 
dant, les stoïciens affranchissent la volonté humaine 
du joug de la nécessité. 

I.e monde n'est que la série successive des trans- 
formations de Dieu, l'univers n'est que le dévelop- 
ment de Dieu même (|ui est l'âme du monde. A la 
fin, le monde sera tout entier absorl)é dans le feu 
général qui forme l'essence de Dieu. Mais Dieu est 
essentiellement actif ; <le son sein nécessairement 
fécond, il tirera un monde nouveau qui parcourra 
les mêmes évolutions, et les choses se ren(AivcJleront 
ainsi perpétuellement. C'est une paliiigénésic pé- 
riodique. 

Dans ces conditions, l'âme humaine est nécessai- 
rement une parcelle ou une détermination particu- 
lière de l'âme universelle dont le feu constitue l'es- 
sence. Au dire des stoïciens, les âmes sont im souffle 
chaud, un air chaud, ou une évaporation. L'âme est 
donc un corps comme le feu général dont elle émane, 
mais un corps actif. 

L'immortalité de l'âme est-elle un dogme pour 
les stoïciens ? L'âme de chaque individu, dans l'in- 
cendie général qui, un jour, doit consumer le monde, 
s'évanouira pour être absorbée dans l'âme univer- 
selle qui seule ne peut pas périr. Continuera-t-elle 
à vivre ? .Sur cette question les stoïciens sont loin 
d'être d'acconl. Les uns se déclarent pour l'immor- 
talité, les autres la nient. 

101. Morale Stoïcienne, — Le stoïcisme est avant 
tout une philosophie morale. C'est à ce titre <|u'il a 



— io8 



mente les hommages à peu près unanimes de la 
postérité, four les stoïciens, la question fonda- 
S '"^"'='''^' ^" ■""■•aie, est celle du souverain bien 

ou du bonheur suprême de l'homme. Quelle est la 
hn de l'honitiie sur cette terre ? Par quels moyens 
peut-d y arriver ? C'est ce qu'il s'agit de chercher 
Ue but de la vie ou le souverain bien consiste à 
simrc la mtuyc, à vivre conformcmcni à la nature 
Or la nature, c'est Dieu qui est la raison du monde' 
i>uivrc la nature, c'est imiter Dieu, c'est se confor- 
mer a la raison. Telle est la définition de la vertu 
Lelle-c. est donc le but ultime et dernier de la vie 
Dans la vertu seule réside le souverain bien Elle 
seule est Vhonnête; et mérite le nom de bien elle- 
même ou tout ce qui en participe. Puisque la 
vertu est le souverain bien, elle se confond avec le 
bonheur. Cette théorie de la vertu a donné lieu à 
des conséquences, appelées par les philosophes les 
paradoxes stoïciens. Enumérons les principaux • 
1° La vertu doit être pratiquée pour elle-même ■ 
étant le bien souverain, la fin ultime, elle ne peut être 
subordonnée à un autre bien. 2" Il ne faut pas v<- 
préoccuper des actes; selon les ' .stoïciens, il n'y a 
pas de fin supérieure à la vertu et diflférente d'elle- 
même. Donc, inutile de se préoccuper pour voir si 
tel acte est ordonné ou non à la fin ultime. Consè- 
quemment. la valeur morale d'un acte est indépen- 
dante de sa nature ou de ses résultats. C'est l'in- 
tention, c'est la volonté de l'âge- qui fait tout 
Notre bien et notre mal, dit Epictète, ne sont 
que dans notre volonté. " 3." Tout, hors la vertu 



— ICXJ — 



est indifférent. Elle est 1'; 
aladii 



iiiiijiie bien. 1_ 



a vie, la 



."aladK. Ja santéja „,orUa ndK.s.e, ne s^nt n , 
biens „, des n,aux. Rien n'est bon que la vertu, seu 

lu, r "''"^■'"^- '*" '■'■ ^■'•^"' «' '""- et indir,. 
s>Mc. I.e souvcra.n bien n'admet pas d. degré, 
La vertu est comme la ligne droite, et une ligne est' 
<l|-o.te ou „e l'est pas. Donc pas de n.ilieu entre ,e 

vem, rt'""'- ^■^■^"''■'- H"^ '^ ^age a M,„.Ma 
ve.tu. Ou, nest pas rc^eux est vicieux, qui n'est 
pas sage est insensé. Aussi bie.,, faut-il dire 
f ute "'^ ^"^/°"ff^- pas <le degrés. Toutes les 
au es sont égales. 5" /.. sa<,e tossèJc !c honhenr 
Mrîmt^ pu.squ d est vertueux, et que la vertu, c'est 
le Iwnheur. 

Si le sage est né-ces.sairement heureux, il doit 

eTlesTh?' '.' 'Tu ''■""■""• ''' '""'^ perturbation, 
et es choses du dehors n'ont pas d'empire sur lui. 
Car au d,re de Zenon, la passion "est „a mouve- 
ment .rra.sonnable et anti-naturel de l'âme ou 
encore, un appétit immodéré ". Et le sage est étran- 
ger a ces mouvements désordonnés de l'âme 

Comment peut-il en être autrement? Le sage vit 
conf..mement à la nature, à la raison. Or la n'atur 
Im donne l'exemple de Vunité, de Vordrc. Il doit 
< onc reahser l'harmonie dans ses pensées, dans se 
paroles et dans ses actions. Pour cela _ et c'est 
.«que l'on rencontre un trait caractéristique du 
tocsme - ,1 lui faut dompter ses passions, ne pa, 
se laisser vamcre, ni par les séductions, ni par les 
nienaçes du dehors, bref, il doit être maître de soi 
Apres avoir réalisé l'ordre et l'unité en lui-même, 



« 1 



le sage s'appliquera à vivre en harmonie avec ses 
semblables. Le scqiii iiatnram l'exige. Les hommes 
sont tous frères et égaux : homo rcs homini sacra. 
L'esclavage est donc une injustice. 

Enfin, le scqiii iiatiiram demande encore que le 
sage vi\e en harmonie avec la nature tout entière 
Et c'est i)ourquoi il doit se soume;tre aux lois im- 
muables et nécessaires qui la régissent. Il faut 
qu'il en accepte le joug. 

102. Conclusion. — La morale stoïcienne a eu et 
a encore de l'intluence sur certaines âmes avides de 
s'aflfranchir du joug des passions grossières. Mais 
qu'on n'aille pas la comparer à la morale évangélique. 
Celle-ci ne propose pas à l'homme un idéal impos- 
sible à atteindre ; et cet idéal, pour y arriver, elle 
lui donne les moyens suffisants. De plus, la morale 
stoïcienne a le grave inconvénient de renfermer la 
destinée de l'homme dans les étroites limites de la 
vie présente. Elle fait de l'homme un c,?oïste qui 
ne dépend que de lui, qui se concentre fièrement en 
lui-même, et qui, souvent, dans la réalité de la vie, 
est le jouet des p'us viles passions. 

Faut-il ajouter que le bonheur ne réside pas uni- 
quement et complètement dans la vertu ? Il im- 
pliqua le bon état et la }oie de l'être. Ce bon état, 
cette . ie peuvent être le résultat, l'eflfet de la vertu, 
mais ils ne la constituent pas. De plus, sous pré- 
texte de chasser tout ce qui est de nature à troubler 
la paix de l'âme, le stoïcisme blâme tout sentiment 
de pitié pour le malheur d'autrui. A l'en croire, la 
pitié est une sorte de tristesse et la tristesse est 
mauvaise. 



103. Epicuriime et Stoïoinue.— I. Leurs n-ssi-m- 
blanccs. i" Ce sont deux systèmes de morale, sur- 
tout. 2" Tous deux se sont préoccupés presque 
uniquement de rendre l'homme heureux, mais par 
des loyens différents. 

II. Leurs différences, i" Epicurc place le bon- 
heur dans le rel>os, la détente du corps et de l'âme, 
Zenon le trouve dans la tension et Vcffort. 2" Pour 
l'épicurisme, la nature signifie l'inclination au plai- 
sir, pour le stoïcisme, c'est la raison. 3" Tandis 
qu'Epicure aUribue à l'inclinaison des atomes la 
cause de l'ordre du monde, Zenon explique la néces- 
sité inéluctable des événements en faisant appel à 
la raison divine. 4» Pour l'épicurisme, les dieux 
occupent des espaces vides appelés intertnondes ,- 
pour le stoïcisme. Dieu est intérieur, consubstantiel 
aux choses mêmes. 

En résumé, le stoïcisme et l'épicurisme, par des 
voies différentes, aboutissent au même état d'âme : 
l'apathie. " L'apathie épicurienne et l'apathie stoïque 
expriment toutes les deux un fait, la décadance 
politique de la Grèce, mais elles l'expriment diffé- 
remment. L'une s'abandonne elle-même et cède 
mollement aux circonstances pour n'en être pas 
fatiguée. L'autre y résiste avec énergie et fait un 
effort désespéré pour sauver la dignité de l'homme 
dans le naufrage de celle du citoyen et de l'Etat ' ." 



I. Denis, Histoire des Ihiories et des idée» morales dans 
l 'antiquité, t. 1, p. 3h8. 



feCoUE Nfio-PLATONICIHNNE 



104. Les précurseurs de l'Ecole néo-platoni- 
cienne. — I. 'école néo-platonicienne u d'Alexandrie 
n'apparut que vers la fi'i du second siècle de notre 
ère. Mais bien longtemps avant, on en trouve 
quelques vestiges dans les travaux des philosophes; 
elle lUt SCS précurseurs dans le Hco-fythagorismc 
et 1? f.hilosophie prciO-jiidaiqiic. 

Le nco-fythagorismc. somme toute, n est qu'un 
syncrétisme vague et indécis, fondé sur le plato- 
nisme, l'aristotélisme et le stoïcisme. C'est un sys- 
tème éclectique qui n'a de pythagoricien qu'une 
prédilection marquée jiour les mathématiques, le 
symbolisme des nombres et le mysticisme. 

Quant à la philosophie gréco-judaïque, elle n'est 
que l'assimilation des idées philosophiques de la 
Grèce et de l'enseignement religieux du peuple juif. 
De tous les peuples conquis par Alexandre, les Juifs 
seuls se sont assimilé la philosophie grecque. La 
fusion complète de la théologie judaïque et de la 
philosophie grecque a été l'œuvre de Philon le Juif. 

105. Caractères généraux de l'Ecole néo-plato- 
nicienne. — 1° Eclectique : c'est l'épithète dont est 
affublée l'école néo-platonicienne, dans l'histoire de 
la philosophie. Bien qu'elle se réclame surtout de 
Platon, on peut dire qu'elle est plutôt un syncré- 
tisme assez original des différents systèmes de la 
philosophie grecque. 2° Ses tendances sont assez 
mystiques. Ses partisans sans cesse prêchent la 
nécessité de vaincre ses sens pour pouvoir s'unir à 



— 113 — 






Dieu, à l'Infini, It plus intinienicnt ix.ssiMc. 3" Le 
panthéisme idcal'Uc est encore un de ses dogmes. 
Daprès ce système, Dieu serait la source de la vie 
d'où, par cmanatwii, jaillissent toutes les substances, 
voire la matière, 

10«, Ammonios Saooas fut le fondateur de l'école 
d'Alexandrie ou néo-platonicienne. S'il faut en 
roire Porphyre, il apostasia le christianisme. Un 
de ses beaux titres de gloire est d'avoir été le 
niaitre de j'iotin, le plus célèbre représentant <lu 
néo-platonisme. II mourut vers l'an 242 ap, J. C. 
107. Plotin (204-270 ap. .I.-C). — Il était égyp- 
tien ('e naissance. Après avoir, pendant onze ans, 
suivi les cours de Saccas. il vint à Rome, ou il en- 
seigna jusqu'à sa mort. Ses teuvres furent réunies 
par Porphyre, sous le titre : les Enncades. C'est là 
qu'on trouve toute sa doctrine. 

Toute la philosophie de Plotin, laquelle, d'ailleurs, 
est celle du néo-platonisme, se ramène aux trois 
points suivants: i" Au sommet de toutes choses est 
I'mm, qui n'est ni l'être ni la pensée, mais plane au- 
dessus de tout être et de toute pensée. L'«», par né- 
cessité de nature, donne naissance à Vcsfrit, siège des 
idées éternelles; Ycsprit, à son tour, engendre Vàmc 
universelle qui vivifie et organise toutes choses. 
C'est ce qu'on i appelé les hypostases ou la Trinité 
Alexandrine. Il ne faut cependant pas confondre 
la Trinité alexandrine avec la Trinité chrétienne. 
Celle-ci nous présente trois personnes égales, co- 
éternelles, consubstantielles ; celle-là nous offre trois 
essences distinctes, trois dieux inégaux. 2" Le mode 



— 114 — 



de production de Vun, de Vcsprit et de Vâmc uni- 
verselle est une émanation. De sorte que le monde 
existant est la résultante de trois phases succes- 
sives de révolution divine. 3° Après être sorti de 
Dieu, le monde tend sans cesse à y rentrer en sui- 
vant les mêmes étapes. C'est ..e qu'on a appelé la 
loi de résorption ou l'extase. 

108. Porphyre (233-305), le successeur immé- 
diat et le disriple le plus remarquable de Plotin, 
naquit à Tyr et mourut à Rome. Son rôle s'est 
surtout borné à développer la portée ascétique et 
religieuse du néo-platonisme. Ses ouvrages sot:t 
la Vie ur Plotin et la Vie de Pytiiogorc, Vlntroduc- 
tion aux catégories d'Aristcte. \:Arbre de Porphyre 
est resté , îlèbre. 

109. JambUque (275-333)— Avec Jamblique, le 
néo-platonisme rentre dans une nouvelle phase reli- 
gieuse. Il cesse, pourrait-on dire, d'être une philo- 
sophie raisonnée, pour devenir une théosophie su- 
perstitieuse. Jamblique s'appelait pompeusement 
hiérophante. 

110. Proolus naquit à Byzance en 412, et mourut 
a Athènes en 485. Il est le fondateur du néo-plato- 
nisme athénien. Il résume toutes les phases suc- 
cessives de l'évolution néo-platonicienne. Au point 
de vue doctrinal, il tient le milieu entre Plotin et 
Jamblique. Après Plotin, il est le plus célèbre phi- 
losophe de l'école d'Alexandrie. 

Vers l'année 529, par un édit spécial, Justinien 
ferma les écoles païennes de philosophie. Les der- 
niers représentants du néo-platonisme allèrent cher- 
cher un refuge en Perse. 



— IIS — 



APPENDICE 



LA HILOSOPHIE \ ROMK 

131. Origine de la Philoiophie romaine.— Avant 

lout, hommes d'action et liuminc» pratiiiucs, les Ro- 
mains n'avaient que du dédain pour les spéculations 
des Grecs. Vainqueurs par les armes, ils furent 
l.ientôt les captifs de l'hellénisme : Gra-cia cafta 
Icnim rktorem ccpU. l.e stoïcien Diogén.-, le i)éripa- 
teticien Critolaiis et l'aca.lémicien Carnéade, venus 
en ambassade à Rome, eurent un tel ascendant sur 
la jeunesse, que Caton le Censeui se vit dans l'obli- 
gation de les congédier. Mais ils laissèrent de leur 
passage des traces inetïaçablcs. Ut l'on vit surgir 
.1 Rome des représentants des différentes écoles 
philosophiques de la Grèce. Mais, parce que gen» 
pratiques, les Romains eurent une prédilection pro- 
iiMncée pour l'épicurisme, le stoïcisme et l'Académie. 
Lucrèce exposa à ses compatriotes le système d'Epi- 
'Ure ; la Nouvelle .\cadémie trouva un fervent 
adepte dans Cicéron ; Sénèquc, Epictète, Marc- 
Aurèle se firent les champions du stoïcisme. On 
peut donc affirmer sans crainte, que la philosophie 
latine a eu une origine grecque. 

112. Lucrèce (95-52 avant J.-C). — Dans son 
P'jcme De natura rcrum, divisé en six livres, Ij- 
crèce ne fait que développer les idées épicuriem 
Délivrer les hommes de toute crainte, de la pcui 



Il 



116 



«li's (lieux ft (le la mort, tel est suii Init. SenMialiste, 
sa doctrine trouva l>on accueil chez tous les jouis- 
>eurs et les grands di-ttaucht-s de I e|KH|uc iniixJria''-. 

113. Oicéron ( io<)-43 avant J.-C.i. -Ciceron 
éilecti(|Ue avec des pr"férences niar(|uc-es (xjur la 
nouvelle Académie, surtout dans les (|Ucstion.i tliOo- 
ri(|ncs. Dans ses volumes de philosopliie morale. le 
/'i' Si-iiirtiitr, le /)(• .Imiiilia. par exeni] \; il s'ins- 
pire du stoïcisme. l'Iaton est son modèle dans k' 
Ih- l.i-i/ihiis et le De Hepublica. Il fait lëloge de 
l'imniortalitt- dans le Somjc dv Siifion (De Rcpii- 
blica, liv. VI). Seul. Icpicurisme n'a jamais pu 
capter sa confiance. 

114. Sénèque na(|uit à Cordoue en Kspagne. l'an 
J lie YivK chr(;>tienne. l'our oln-ir à .\(;ron. dont 
il fut le pri'ceiiteur et le ministre, il s'ouvrit les vei- 
nes dans un bain, et mourut en 65. Il représente à 
Ivinie la morale stoïcienne. Il applic|uc aux ca^ 
p.irticuliers Ic' principes moraux de la philosoplilc 
du Portique. .Aussi l'a-t-on appel" le directeur de 
coiiseienee. Certaines de ses scnten 's nous portent 
à croire qu'il a entrevu v,uelque peu les Iwautés du 
cil istianismc. Ses principaux ouvrages sont de 
c(jurts traités, qui ont pour titres : De eimstantia 
satientis. De fieata rihi. De hre-eitate rit<e. de heiu 
ficiis. 

116. Epictite, esclave d'Epaph.-odite. aflFranchi à 
la mort de son maître, enseigna le stoïcisme surtout 
par ses exemples. Sa philosophie, essentiellement 
pratique, est une sorte de dogmatisme moral. On lui 
doit certaines formules célèbres : " ,\bstiens-tr,i cr 



— 117 — 

s.i|.|K.rU-. •• ■• Vcux-tu que tes d«i.-, aient .,„j„„rH 

Cette „,ora e ,1 h,.,c,è,e est loin .létre la morale 
>l.r.-t.enne. U ohnstianis.ne ne ,,r..s,-rit pas. n«,„„e 
le stoiiisnic. la oharité. 

lie. BiMx-Aurèl. (,.,-.«.„. lempereur ,,hil„. 
-pho a le mente .lavoir intro,|,„-, 1, bienfaisance 
'lans le sanctuaire ,lu stoïcisme. Ce n'est pas encore 
a chante chrétienne, quoi qnen «lisent certains his- 
t-.nens .le la phil.,s..phie : t.n.t .le n.nne. ça lui 
ressemble un peu. .Sa fonnule fav..rite était • " Cor- 
nge et sup.K.rte. " Il est ét.-nnant .,ue .Mnrc-.\«réle 
"«■'pas >nis en prati(,ue les lx.-lles maximes ,ic 
"...raie que renfennent ses /'n.sécs. On le présente 
généralement ...mna- le plus inhumain .les empe- 
reurs, et au dire ,1e .M. Paul .\llar.l. " k-s ,lix-neuf 
années ,lu règne ,1e Marc-Aurèle sont les p|„s 
cruelles et les plus tn.ublées .,ue rKglis.. ait encore 
traversées ' . 



•• Us ptrsictilio^': el le nomhrc des martyrs. 



— ii8 — 



BIBLIOGRAPHIE 



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cienne. 

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Zeller. — Histoire de la philosophie des Grecs. 



DEUXIÈME ÉPOQUE 



LA PHILOSOPHIE DU MOYEN AGE 

117. Division. - La philosophie di. moyen âge 
comi)rend aussi trois périodes : ^ 

I. La Philosophie patristiquc qui se distineue 
surtout par lëtude des problèmes rdigieux^ 

ll.h^Scolastiquc qui est véritablement la phi- 
o oph,e du moyen âge. Elle a ,Ies rapports très 
intimes avec la théologie. 

m. hz Renaissance qui se caractérise par une 
react,on dédaigneuse et exagérée contre la philos"! 
phie scolastique. 

Première Période 

I.A PHILOSOPHIE PATRISTIQUE 

»aîi!« """"^f "' «^*"*""" "* ^ Philosophie 
patn tique. -La philosophie des pères de l'Eglise 
est ."subs,d,a,re : elle n'est pas l'objet premier 
.mmediat que voulaient atteindre les savants ecclé- 
siastiques dans leurs études. Tout préoccupés de 

Pe es de 1 Eglise ne se livraient à la pure spéculât: 
philosophique qu'incidemment, secondairement 



ion 
en 



I20 — 

tant quelle ijouvait rendre service au tlognie. Et 
c'est pourquoi 2" la philosophie patristique manque 
d'unité. En effet, employée, utilisée jw^ur les be- 
soins et les circonstances, elle présente un tout ])eu 
uniforme. Elle est plutôt une série de solutions 
données aux différents problèmes que faisaient sur- 
gir les situations si complexes où se trouvait parfois 
l'Eglise. Et donc, elle n'est pas une synthèse co- 
ordonnée comme la synthèse scolastique, par ex- 
emple. 3" Elle est tributaire des travaux des philo- 
sophes païens, notamment des néo-platoniciens, de 
Platon et d'.Aristote. Elle subit l'influence des idées 
grecques. Et cette influence se voit surtout dans la 
forme des écrits des l'ères, liien que le fond soit 
souvent nouveau. 

Les Pères Grecs 



119, Caractère distinctif des Pères Grecs.— Les 

Pères grecs aiment surtout les questions spécu- 
latives. C'est une tendance du génie grec, .\insi, 
le dogme a leurs préférences, ils s'appliquent à bien 
l'établir. Et lorsqu'occasionnellement. ils abordent 
la iJhilosophie, ce sont les problèmes métaphysiques, 
les vérités rationnelles qui les attirent. 

120, Saint Justin (103-168) naquit en Palestine. 
Vers l'âge de trente-trois ans il embrassa le chris- 
tianisme, parce que l'Evangile seul pouvait lui pro- 
curer ce bonheur stable, ces croyances solides que 
son grand cœur et sa haute intelligence avaient en 
vain demandés à tous les systèmes, et surtout au 



121 — 



platonisme. Au service .le sa foi - qu'il scella .le 
son sang _ il sut mettre ses connaissances philoso- 
phiques. Extérieurement, il continua de vivre 
comme par le passé, "promenant d'une ville à 
autre son manteau court et sa parole indépen- 
«lante • . 11 est I auteur d'une célèbre . ltnlo,jic .le la 
fo. chrétienne. Son Dialogue .wcc le juif TrxM,on 
nous montre bien qu'il était parfaitement au c.'.urant 
de t(3Ute la philosophie ancienne. Sans aller ius- 
quaux négati.-:s du fidéisme, il fait voir, dans ses 
écrits, combien la raison humaine est bornée et fail- 
lible. Les contradictions nombreuses .les phil,>s„- 
pn lui en s.)nt la preuve. 

Ul. Clément d'Alexandrie (vers 215). né à 
Athènes ou à Alexan.lrie, comme saint Justin était 
aussi un converti du platonisme. Jl m.)ntra toujours 
beaucoup ,1'estime pour la philos.,phie ancienne. 
Successeur de saint Panthène à Vécolc catéchctù,uc 
d Alexandrie, il en continua les traditions avec éclat 
et en poursuivit le but avec succès. Cette école de 
catéchèses se proposait de défen.lre la foi contre les 
attaques de ses ennemis en formant .les chrétiens 
plus instruits et plus saints que les autres. (Jn v 
enseignait la gnose ortlwdo.vc. c'est-à-dire une con- 
naissance du bien qui en entrainait l'amour et la 
pratique. La gnose, dans la vie morale, constituait 
un d-re sui)érieur à la foi. four Clément, le simple 
croyant est le serviteur .le Dieu, tandis que le 



xi'i, p: ^:ts::.'éf:{tr ""'"'" "' '■^^""'' '■ '■ ^"' 



1 



— 122 — 



ii 



gnostique chrétien est son o"mi. Les gnostiques 
formaient une élite, une classe supérieure à celle des 
simples croyants. 

Les principaux ouvrages de Clément d'Alexan- 
flrie sont les Stromatcs, V Exhortation aux Grecs et 
le Pédagogue. 

122. Origène naquit à .Mexandrie en 185, et mou- 
rut à Tyr vers 255. Ses principaux ouvrages sont 
le livre des Principes et la Réfutation de Celse. On 
a dit de lui qu'il était chrétien dans ses relations 
sociales, et grec dans sa conception du monde et de 
Dieu. C'est avouer que la philosophie païenne a 
exercé une grande influence sur Origène. On trouve 
dans ses écrits les traces de Philon, les réminis- 
cences de Platon, d'Aristote et de Zenon; on y ren- 
contre du néo-platonisme, voire des théories gnos- 
tiques. Moins prudent que saint Justin et Clé- 
ment d'Alexandrie dans l'usage des systèmes an- 
ciens, il a lancé des hypothèses hardies qui furent 
vertement critiquées et désavouées. Malgré ses 
louables intentions — s'il faut en croire certains 
auteurs — Origène n'a pas moins compromis la 
vérité chrétienne qu'il ne l'a défendue. 

Cependant, il faut savoir gré à Clément d'Alex- 
andrie et à Origène d'avoir mis en lumière contre 
le panthéisme moniste la thèse de la transcendance 
divine. Ils ont aussi enseigné la création du monde, 
c'est-à-dire sa production ex nihilo par un acte libre 
de Dieu, la spiritualité de l'âiiie et la liberté. 

123. Quelques autres. — Parmi les Pères grecs 
dont les ouvrages traitent de philosophie, on peut 



— '^3 — 

nomnKT e.Kore : Tatien. qui ne suivit pas à la 
lettre les exemples de son .naitre Justin, car il se 
montra très virulent contre la philosophie païenne, 
et devmt un fervent adepte <le rhérésie des gno,: 
tiques ; Athenagore, auteur dune Apologie adres- 
sée aux empereurs Marc-Aurèle et Commode- 
samt Irenee qui, dans son livre, la Réfutation de là 
fausse saenee, se n,„ntra un redoutable adversaire 
des C.nostiques. 

Les autres Pères grecs furent avant tout théolo- 
giens. Ce sont saim Athanase (296-273», évêque 
. Alexandrie, qui défendit la divinité de J.-C contre 
larianisme; saint Basile le Grand (329-379). évêque 
de Cesaree. en Cappadoce. très versé dans les lettres 

r;;!'k'* ■''"''"''• '"'"* ^-^^«"'■•^ '^'^ -^^^zian^e 
(323-3«9). am; de saint Basile; saint .Grégoire de 
Kysse (330-396), frère de saint Basile, adversaire 
aussi de larianisme; saint Jean Chrysostôme (347- 
407), archevêque de Constantinople ; saint Cvrille 
d Alexandrie qui combattit le nestorianisme •' De- 
nys 1 Areopagite. mystique assez obscur ; saint Fean 
Damascene, adversaire des iconoclastes 



Les Pères Latins 

124. Caractère distinctif des Pères latins - 

Autant les î'eres grecs aimaient les questions ab- 
straites et spéculatives, autant ceux de l'Eglise la- 
tine estimaient les problèmes d'ordre pratique. \„ssi 
bien, les questions de morale les attirent davantage 
I-es plus célèbres sont Tertullien et surtout saint 



— 124 — 



Augustin (|iii. sous pliisiours rai)|K)rts, ressemblent 
aux l'ères grecs et dont les doctrines philosophiques 
forment un ensemble bien distinct et bien coor- 
donné. 

126. TertuUien de Carthagc (155-220), |)aïen de 
naissance. arri\é à l'âge mûr. embrassa le chris- 
tianisme. C'est l'héroïsme des martyrs (;;'.i le con- 
vertit. .\u témoignage de saint Jérôme, il devint 
l)rêtre. \ ers l'an 207. il tomba dans l'hérésie de 
Montan et mourut sans s'être rétracté : c'est du 
moins l'opinion générale. Ses principaux ouvrages 
sont I)t' .liiima, l.ihri duo ad nationcs. De Idola- 
tria, .\pohttit-ticiim. 11 fut i)orté aux e.xcès en toutes 
choses; c'est un des traits caractéristiques de son 
génie. 11 critique tout: la littérature ancienne aussi 
bien que la ])hil()sophie et la science. Sa morale e.st 
d'im rigorisi iC outré. Ouant à l'âme, il enseigne 
(|u'elle a été engendrée comme le corps. i)ar voie 
de génération. .\ la vérité, il était " un homme 
d'une profonde éru<lition. mais il avait plus de mé- 
nu)ire que de jugement, plus de pénétration et plus 
d'étendue d'imagination. (|Ue de pénétration et 
d'étendue d'esprit' ". 



SAINT AUGUSTIN (354-430) 



126. Vie et œuvres de saint Augustin. — 

Saint .\ugustin nac|uit à Thagaste, en Numidie, 
d'une mère très chrétienne qui lui donna une édu- 



Malebmnclie, A la recherche de la vérité. 



— '25 — 



cat...n morale ,les plus soignées. Mais, .v.lant à la 
f.nigiie ,1e ses passions, et attiré par l'esprit nou- 
veau, pendant quel(|Ues années, il vécat d un- façon 
>>.o."s .|n\Vlitiante, et embrassa les erreurs du „,ani- 
eheisuR.. Carthage, Ko.ne et Milan applau.lirent à 
>fs succès, car il fut succcsivement professeur de 



iliétori(|Ue dans ces trois villes 



Vpres 



.1 ■ t ■ . -l'iv.:^ le jiiani- 

lio..snie, le platonisme et le sceptici>n,e eurent tour 
a tour ses préférences. Les supplications ,1e sa mère 
mainte Moni<|ue. les bons e.xemples et les exhorta- 
tions de saint Anibroise, évêque de Milan, le rame- 
nèrent a la foi catholique ,I,jnt il se fit l'intrépide 
,lefenseur. quarante-trois ans durant ^87-4^) 11 
mourut évè,|ue dTlippone. 

Ses principau.x ouvrages de philosophie sont • 
Confess,onum. lihri /7//,- Contra Acadcmkos. Hbri 
III: De bcata rUa: Soliloquionim. lihri Ih liber 
lie immortalitatc anime ; De Trinitate : De 'eivitale 
Dei ; Kelraelationiini. libri duo. 

127. Caractères de la Philosophie augustinienne. 
— On peut <hre que la philosophie augustinienne 
est \" gréco-latine, en ce sens qu'eHc tâche sans cesse 
, unir au goût spéculatif ,Ies Grecs le goût pratique 
des Latins. 2" Tributaire du platonisme: saint Au- 
gustin connaissait très bien la philosophie ancienne 
et surtout la platonicienne. ,Iont il se servait pour 
faire Texposé du dogme catholique. On l'a surnommé 
le Platon chrétien. Pour lui, Platon est au-,Iessus 
d Anstote. Voici ce qu'il dit au sujet du Stagirite 
dans la Cité de Dieu L. VIU, ch. XII : vir evccl- 
leutis mgeni, et eloqnii ■ Phtoni qnidem imfar 



Il 



— 126 — 

3° Myslko-intelkctttalistc : il faut chercher le vrai, 
non seulement pour le connaître, mais aussi pouf 
l'aimer : tel est le résumé de toute la philosophie 
augustinienne. Saint Augustin n'est ni un pur méta- 
physicien ni un mystique pur, et scion M"' Bou- 
gaud •• jamais homme n'a uni dans une même 
âme une si itiHcxilili^ rigueur de logique avec une 
telle tendresse de coeur ' ''. Et cette vérité que le 
philosophe doit chercher de toute son âme, chez 
saint Augustin, ce n'est pas une vérité abstraite, 
mais une vérité vivante, Dieu lui-même, qui est le 
centre de la philosophie. 

128. Théodicée e^ nétcphysique augustiniennes. 
— Saint Augustin démontre l'existence de Dieu a 
fosteriori. Ses argmnents sont l'ordre et la contin- 
gence du monde, le témoignage de la conscience, le 
consentement universel, les vérités nécessaires et 
éternelles. Il n'admet pas le dualisme des mani- 
chéens, il enseigne l'existence d'un seul Dieu infi- 
niment bon et infiniment parfait ; contre les néo-pla- 
toniciens il défend la thèse de la création substan- 
tielle qui ne doit être attribuée qu'à Dieu. Parmi les 
attributs de Dieu, il insiste surtout sur sa simplicité 
et sa science. Dieu est simple, c'est-à-dire, en lui il 
y a absence complète de composition, même méta- 
physique; Dieu est savant, sa science est surémi- 
nente et infinie. Dans une intuition compréhensive, 
il embrasse toute vérité, tout être réel et possible, et 
tous les temps. Avant d'appeler les choses à l'exis- 

I. yie de sainte Monique, p. 497, Paris, 1896. 



— 127 — 

tence il en a conçu le plan. Chaque être dans le 
monde est la réalisation dune Mée divine Ce t 
ce qu on a appelé la théorie de re.cm/.lansme rf.v" 
Tousjes attnbuts en Dieu s'identifient avec so.; 

129. Cosmologie augustinienne. — Il v a dan, 
es créatures matière et forme. Pour saint Augustin 
'c. et la, dans ses ouvrages, la matière semb^ét e 
une masse cahotique créée par Dieu. 11 enseigne 
auss. que la matière .«ssède des germes atem" 
que D,eu lu. a donnés. Ces germes latents, force,' 
actives, se développent à la faveur des circon- 
stances opportunes et produisent les êtres .le ce 
monde C'est ce qu'on a appelé la théorie des rai- 
sons séminales. 

130. Psychologie augustinienne.- Saint Augus- 
qXTd' V''"'"''"'' '' ''""' ''' '^ connaissance 
de hntehgence ; la spiritualité le conduit à l'im- 
mortahte. Quant à l'origine de l'âme, il est hési- 
tant Lest la transmission du péché originel qui 
1 embarrasse. Tantôt il penche du côté du traZ 
aamsmc sp,rUuel, tantôt il accepte le créalianisme. 
Lumcte de lame et sa simplicité ne font pas de 
doute; pour ce qui est de son union avec le corps il 
semble, durant quelque temps, avoir opté pour 
lumon accidentelle de Platon. Mais, plus tard il 
ecnt bel et b.en que "l'homme est une substance 
raisonnable, composée de corps et d'âme: homo es, 
substantta rat,onalis constans e.v anima et corpore " 
'^^ Trmitate, h. XV, ch. VU, Slo 11 



I !l 



— 128 — 



Contre Ifs académiciens, dont les doctrines l'atti- 
rèrent dans sa jeunesse, il défend l'existence de la 
certitude. Ses arguments sont la conscience du moi 
et le (loiiti- : omnh qui se diiliitaiilcm intcltiijit. vc- 
nim iiitctlifi'l. ■'' '/'' ''<"' ''' '/'""" ii>tàli(jit ccrtiis est. 
Il admet aussi la certitwle des premiers principes. 
Selon l'évêciuc d'Ilipixme. Dieu concourt à la for- 
mation de nos connaissances intellectuelles, parce 
qu'il est le maître intériiiir tiui instruit l'âme, la lu- 
mière dans lac|uellc nous voyons la vérité. Dans 
cette doctrine. (iueU|ues-uns ont cru trouver les 
germes de l'ontologisme. Cette interprétation doit 
être rejetée, parce que saint Augustin refuse for- 
nielleiiient toute vision immédiate de Dieu en cette 
vie. Il est plus exact de dire (|Ue. suivant saint 
Augi: tin. l'intelligence, pour atteindre la vérité, a 
besoin de la lumière divine, comme la vol(jnté a 
besoin du concours divin pour pratiquer la vertu. 
Cette théorie de X'iUitmination de l'intelligence est 
basée sur ce principe que notre raison, d'elle-même, 
dans l'ordre surnaturel, est incapable d'arriver au 
vrai. Par conséquent, contrairement à ce que pré- 
tendent les ontologistes. Dieu n'est pas l'objet direct 
et immédiat de notre vision intellectuelle, mais bien 
la cause efficiente de nos idées. Le grand philo- 
sophe africain en était arrivé à ces conclusions après 
avoir admis, partiellement, il est vrai, la théorie de 
la réminiscence de l'iaton. 

Il fait large la part de la v 'nté dans l'acquisition 
de la connaissance. En effet, même dans l'ordre 
purement rationnel, l'intelligence se heurte à des 



— I2(; — 

.ny-^^re. .aM> no,„l,rv, ., ,1..K-. il fan, ,,uc la vnl,,,,,o 
2 ,-- ,K,..r la fair. >,.r,ir .10 son .,at .1 W 
ta ...... la v,M..n ,lu vrai. .Vrit-il, ot lapanaKc .le 

'""t en r.c-,„„a,>sam 1. ,V,Ic de- la v,.I„„,c il ne 
-agcrc. pas. ,, „•,„ „,, „„ ^ - 

Câpres la,udl. la v.n,.en,.rumc/ai, sa cor t"' 
n..n a lovulence .l'u,, j,.gon,cnt, mais à lassirl . 

t::^;':^,::'""''^ '■a-aineurs.ri„toneo..S 
c^çessa ne 1„, s.n.r,t pas. H se tiom .,a„s u„ jus.o 

131. Morale auguatinienne. - Dieu Cf.m n..tre 

conMstc a d.ngcr „.,tre activité lil.re vers lui J a 
.I.st,nct,on entro le i.ien et le .na.' ne vient pas ,Ie a 
volonté ,l,v.ne. „,ais ,1e Vor.rc ,.„c,.,ù-l de ch. e 

A.ns.. le vol e-st mal non pas parce cine Dieu Te 
«Refend. n,a,.s D.et, le .lé.en.l parce , uil est en 
oppo.s,t,„n avec cet ordre. I.e f.,nden,ent .le lol.Ii- 
gat.on morale est le ..,,,,.„„„ domaiur ,1e Dieu s r 
^ es cteses. U bien „V,/,/^,. „as parce c^ ^^ 
..en. ,na,s parce c,ue Dieu nous ,•.„,„„„„/ .le le 
faire, lui. notre maître. 

132. Quelques autres. - l'armi les Pères latins 
on peu cter encore saint Cyprien. évêque ,1e Car-' 
thage .0O-.S8,: Arnobe qui, au connnencen.ent 

n. .ne Lactance. d.sciple d'Arnobe. qui con,battit le 
polythe,sn,e et la philosophie païenne; saint H.la r 
eveque de Pouiers. et saint An,broise. évêque dé 



— 130 — 

Milan, qui s'illustrèrent par leurs luttes contre 
l'arianisnie; saint Jcrcmie, le grand exégètc. célèbre 
aussi par ses attatiucs contre l'arianisnie. 

Deuxième Période 



I.A PHILOSOPHIE SCOLASTIQUK 

133. La PhUoiophie durant l'invarion dee Bar- 
barei. — Entre les ilerniers Pères de lEglise et le 
commencement de la scolastique, s'écoule une épo- 
que de deux ou trois siècles, pendant laquelle la vie 
intellectuelle de l'Europe semble anéantie. De leur 
passage, les Barbares n'avaient laissé que ruines et 
débris. Dans ces conditions, la culture de la philo- 
sophie et des autres sciences était devenue imtws- 
sible. L'Eglise, fidèle à ses traditions, sauva du 
péril certain les lettres anciennes en leur ouvrant 
les portes de ses monastères. Et les moines, 
n'eussent-ils fait que conserver le dépôt de la 
science, qu'ils mériteraient encore la reconnaissance 
des peuples. C'est un de leurs plus beaux titres de 
gloire au moyen âge. 

Aussi bien, à cette sombre période de son histoire, 
la philosophie nous offre quelques noms illustres, 
tels que Boëce, Cassiodore et Isidore de Séville. ^ 

Très au courant de la philosophie grecque, Boèce 
(480-525) fut un des principaux initiateurs de la 
philosophie scolastique. Il a traduit VOrijanon 
d'Aristote. Quelques-unes de ses définitions sont 
classiques. Cassiodore (480-575) est célèbre par 



— '3' — 

■"'" "■ait'- </'•■« scfl arts libcr,i,n- C:. , . 
••«".-lio .les connaissances < h' ^^^ c ::^ 7^^" 
-;- .;.ce. U. .ninis,. .,. S..^^ l'^C:; 

^itelK ..„ „,,,,,„„„,„ „„^ ,.,^,^^^. _^ ^ .m 

<-e t donc a tort qu'..„ attrilnu- auv Vnlns sc^, 
la gloire «lavoir fait connaître les u'Uvrc^ w, ^ 
aux philosophes de l'Occident ^ '' -^nstote 

;es o.^/../et les .,,;:sl: rs:;::^:;:';: 

rcsHuie ,les matières enseignées «kn» l , 

est as ez d.fficde d'expnmer en une seule for- 

j;;^t d„ten,s:':^-:^^ ---,;--" 
qu 1 est, je le sa.s; si vous demandez ce qu'il ' t . 
■"-■ le sajs pas ". Plusieurs auteurs, il est vr, o.r 
essaye de définir la scolastique- n,ais eùr: ,« 
n.t.ons. pour la plupart, sont î^n d' te e aÎc " 
Que ques-uns. donnant libre cours à leurs pSge" 
nont vu dans la scolastiquc que la " do.L! .' 
vacillante lumière de la loV^ui^de mX^s"! 



^^i.^Voir Gonzalez: //«/.,«</, /a />,,fo„^; ^, ,, „ ^^ 



p 






— 13-2 — 

i'mir eux, scnlastuiKC est synonyme de dcnwdc. iiaif, 
clcMin-,1 (h- :vlc,ir scientifique. Un historien ' de 
la seconde moitié du XVI ri' siècle appelle la sco- 
lasti(|ue " lunion de la barbarie du langage avec la 
barbarie des pensées ". 

Parmi les contemporains, les uns se contentent de 
rééditer les mêmes épithétcs à l'adresse de la scolas- 
ti(|ue. D'autres, comme 'l'aine, appellent un âge 
•• d'imbécilité " l'épo<lue où fleurit cette philoso- 
phie. Ce s<mt trois siècles qui " au fond de cette 
fosse noire n'ajoutèrent pas une idée à l'esprit 
humain-'". D'aucuns soutiennent qu'il est préfé- 
rable de sauter "à pieds joints" par-dessus ce 
moyen âge qui est une honte dans l'histoire de la 
pensée humaine. 

Ce sont là des appréciations qui ne nous rensei- 
gnent guère sur la philosophie scolastique. Et s'il 
fallait, d'emblée, accepter les opinions aussi par- 
tiales que peu sérieuses de ces écrivains, il serait 
préférable, dans une histoire de la philosophie, de 
laisser de côté toute cette période nommée le moyen 
âge. pour ne s'occuper que de la philosophie mo- 
derne. 

Heureusement, on s'est aperçu que le mo\en âge 
recelait des trésors inestimables; qu'entre la philo- 
sophie ancienne et la moderne, il n'existe pas cet 
hiatus, ce vide, cet entr'acte auxquels font allusion 
certains écrits. Les recherches historiques nous 



I Krucker, Hisloria critica Philosophiœ, Leipzig, 1766. 
a. Histoire de la littirature anglaise, t. I, pp. 223-225. 



— 133 — 



■int pnmvc .Icpuis longteirr- qu. .iur-H.u ces quel- 
ques sKrles. la trame ,1c 1 pensée nn jamais Otù 
intcrn.mpuc. Kt des auteur; ,1, haute er vergurc ont 
bel et I.ien dénicntré que la ...mi.,/,,.,,-. à elle seule, 
tonne une synthc-sc, constitue un mouvement 
•iKlecs, pour le moins aussi intéressant et aussi 
<liKne (l'attention <|ue les plus helles théories de 
1 antiquité. 

Il est donc admis (|ne. depius l'edit de Justinien 
(\ I" s.) jusqu'à la Renaissance i .W'' s.), il y eut 
inie i)hilosophie digne de ce nom, et appelée si;,hs- 
tH,ur. Comme toute philosophie, la scolastique peut 
se detnnr: ,/,„• ,•,■/,•,„■,. ,,„; ,/„.,,/„. ,^,^ ,.,,,,^.^,^, ^^^^ ,_,_^. 

fnmifcs derniers des ihcses. Mais ce n'est là 
'(u'une détinition commune, générique. Il faut y 
ajouter une diffcrein:- sfccifi,/!,,- <|ui donnera à la 
scolastU|ue son caractère distinctif. Et encore, 
dire que la scolastique est la "tille" <les écoles du 
moyen âge. ce n'est pas la spécirter. la distinguer des 
autres. Car. à part elle-même, il v eut à cette 
epixiue d'autres systèmes l)hilosopliiques. 

guelques auteurs la caractérisent pnv les pro- 
blèmes qu'elle a soulevés: encore là, la détinition 
n'est pas spécifique, parce que bien des i)hilosophes 
ont discuté les mêmes questions (|ue les scoIasti(|ues. 
Il serait préférable, au lieu des problèmes, ,Ie 
prendre leurs solutions. Ce (|ui distingue une 
science, c'est plutôt la manière dont elle traite et 
résout les questions, que les questions elles-mêmes. 
Et donc, pour avoir une détinition spécifique, inté- 
grale de la scolastique. il est nécessaire de connaitre 



m 






'34 



''I 



comment elle a rcsulu les grands problèmes qui inté- 
ressent l'humanité. C'est répéter ce que nous disions 
au commencement de ce paragraphe: il n'est pas 
facile de donner une définition de la scolastique. 
Pour cela, il nous faut pénétrer son contenu, passer 
en revue ses théories fondamentales, les qualifier. 
les distiiu/Kcr des théories opposées ou étrangères. 
Cette revue ne peut entrer dans le cadre d'une défi- 
nition. Elle est précisément l'objet de cette seconde 
partie de la philosophie médiévale. 

De tout ce qui précède, cependant, nous pouvons 
déduire une définition descriptive de la scolastique, 
définition que nous concrétons dans la proposition 
suivante: la philosophie scolasticiiie est un système 
lie philosophie professée dans la ^hipart des écoles 
du moyen âj/e, et qui. par ses solutions fermes, rai- 
sonnées, approfondies des grands problèmes que 
soulève l'explication de l'ordre universel, a dominé 
durant toute cette époque, et mérite une place à part 
dans l'histoire de la pensée humaine. 

135. Caractères de la Philosophie scolastique. 
— La scolastique est i" une philosophie autonome, 
c'est-à-dire imc philosophie proprement dite, dis- 
tincte de la théologie. La majorité des historiens 
ne voient dans la scolastifiue C|u'une simple apologé- 
ti(iuc du dogme. Cette méprise, nous semble-t-il, 
vient de ce que les grands docteurs du moyen âge 
étaient à la fois et philosophes et théologiens. Mais 
il ne faut pas oublier que. comme philosophes, ils 
faisaient appel aux lumières de la raison, et que, 
comme théologiens, ils utilisaient le témoignage di- 



'35 ■- 



vin et se servaient surtout de l'argument d'autorité. 
Certes, ils reconnaissaient à la philosophie un rôle 
de science aii.riliatricc, ils la subordonnaient à la 
théologie; mais cette subordination n'a rien d'avilis- 
sant : la philosophie et la théologie gardent chacune 
les prmcipes qui les guident dans leurs investiga- 
tions, l)ien que ces principes ne puissent venir en 
conLradicti.m réelle. 2" Originale : on a dit et on 
dit encore que la scolastiquc est une contrefaçon do 
la philosophie grecque, et principalement du péripa- 
tétisme. C'est là un préjugé accrédité i)ar la Re- 
naissance. Que la i)hilosophie scolastiquc se ré- 
clame du péripatétisme, cela est incontestable. Et 
tous admettent qu'aucun ancien ne jouit, au moyen 
âge, d'un prestige égal à celui d'Aristote. Est-ce 
une raison, pour cela, d' - -ner — comme l'ont 
fait certains historiens — scolastiquc est un 

vulgaire plagiat de l'aristot^lisme ? Doit-on écrire 
que les philosophes du moyen âge ont suivi le Sta- 
girite " comme une chèvre suit une chèvre dans les 
sentiers de la montagne "? Combien nombreux sont 
encore aujourd'hui ceu.x qui croient à de pareilles 
affirmations ! Sans doute, les scolastiqucs ont com- 
menté Aristote, mais, tout en le commentant, ils 
l'ont contrôlé, car il n'est pas infaillible. Est-il 
nécessaire d'ajouter que la théorie de la matière 
et de la forme, a été corrigée et complétée par 
la philosophie du moyen âge. Il y a loin entre 
l'idéologie, la théodicée, la doctrine des causes effi- 
cientes, de l'immortalité personnelle et de la béati- 
tude, dans les écrits d'Aristote, et la manière de 



il 

il] 



- i3f' 









voir lies >colastiqucs sur les luêincs <|liestions. (Juan', 
aux théories empruntées de toutes pièces, la scolas- 
ti<iuc les soumet à une réaction, les fait i)asser dans 
im moule, leur inii)rime un caractère qui en fait des 
aoctrines précises. Klle les prend, ces matériaux 
crem])runt, elle les ])Ose dans des cadres nouveaux, 
elle leur donne une forme indépendante et originale. 
Ce n'est pas le chauvinisme ou un culte exagéré 
pour tel ou tel philosophe de ranti(|uité i|ui guide les 
scolasti<|ues dans leurs eniijrunts au passé, mais la 
recherche de la vérité pour elle-même. Et. comme 
s'exprime l'un il'eux, "ils montent sur les épaules 
des géants de l'antitiuité pour découvrir une f'iits 
vaste portion de l'horizon intellectuel ' ". 3" Mndc- 
rce, c'est-à-dire, dans ses solutions, elle évite les ex- 
trêmes. Comme nous aurons l'occasion <le le consta- 
ter, la voie qu'elle suit est toujours la voie mi- 
toyenne, elle se tient dans un juste ntilieu. C'est 
une des preuves de sa valeur et de sa vérité, selon 
l'adage, in mcdio virfiis, et irritas, aussi. 4" Rrs[<cc- 
tnciisr (ht iloijmc : la vérité révélée ne se démontre 
pas intrinsèquement, elle dé])asse les forces de la 
raison. " " ms devons l'admettre parce que Dieu a 
parlé; t m témoignage est infaillible. Ua philo- 
sophie scolastique admet le dogme, respecte le fait 
révélé, elle l'accei-te comme au-dessus et :i.".n contre 
la raison. Cependant, elle enseigne que la raison 



1. " Nos esse quasi naniiosgig.intiuni hunierisinsidentes, 
ut possiiuus ^/ura its reinoliora videre. " — La traduction 
a été empruntée à M de Wulf, dans son Introduction à la 
Philosophie nio-scolastiqiie, p. icH. 



— '37 — 

'l..it >. ,en,lro compte si I)i,u a n\-llrmcnf parlé 
cest-...-d,re. elle fait la ,lémo„,„-a,i„„ r.,rnL„; 
e la ve.,te révélée. Ce respect po„,- la vérité divU 
••• .' ^-te .lu., gran.l secottrs et la cn.péchée .le 
^.^,he,■,a„st„,ef,.ule.I•en•et,rsgrossiér;s,|t,i,„u 
marque lh,,st,,„-e,l-autressvs,é,„es.rA'.,,,,,'„,..//,. 
""■ pas <,t, elle se fonde sur la set.Ie raison en' 
excluant tonte autorité, „,ais parce ,|i,e!le est ,v.,- 
fonnc. la raison. Elle en a toujours reven,iic,ué 
les .Irons et sans cesse elle .Ién,ontre c,ue les ve-i tés 
yn.rnrs. c'est-à-.lire .lu .,o„,ai„e ' ,e la rai-!!,: 
l'i-re. ne sont pas entrai, es aux vérités .le la foi 
">a.s plutôt, se concilient avec elles. 6" Ohjcctirc ' 
a rcahle. vo.là son point d'appui. Le vague. le con- 
jectura . cet ,,léal. pur c.,ncept tire de itprit. rien 
que ,1e espnt. <,u, fait l'objet de la philosophie ac- 
tuelle elle n en veut pas. [/universel, elle lal.strait 
les choses extérieures où il existe en puissance 
et dune n.an.ere fondamentale. 7" Sy„tl,étUr.r 
cest-a-d>re que les problèmes abordés ,",ar la sco- 
ast.que -es solutions qu'elle donne, s'encbainent 
admn-ablcnent ensemble, fonnent un tout compact 
et hannon.eux, une synthèse à nulle autre compa- 
rable qu,. aujounl'hui encore, attire les regards 'les 
savants et les syn,pathies de tous les philosophes 
•ligues de ce nom. C'est à cette construction solide 
cest a cette charpente inébranlable, que la scola-' 
tique, a travers les âges, doit son triomphe. Les 
tempêtes de toutes .sortes n'ont jamais pu l'abattre. 
Et aujourdhu, elle jouit d'un regain ,1e vie que se 
pla.sent a reconnaître n,ên,e ceux qui lui .sont encore 
■es plus hostdes. 



i 

i 



- 13« - 

136. Division de la Philosophie scolastique. — 

Généralement, on divise la pliilosophie scolastique 
en trois phases. La première s'étend de Soo à 1200. 
C'est la phase de la formation. La seconde dure 
cent ans. 1200 à 1300. C'est V Apogée. La troi- 
sième s'étend de 13CX) à 1453 environ. C'est la 
phase de la décadcna:. Xous étudierons successive- 
ment ces trois phases. 



Première Phase 

(800-1200) 



FORMATION DE I.A SCOLASTIQUE 

137. Caractère de la première phase. — Il va 

sans dire que durant cette période de formation, la 
philosophie se ressent des imperfections de tout 
début. Aussi bien, elle est hésitante, indécise, elle 
va à tâtons et vit des emprunts du passé. Les 
idées pythagoriciennes, stoïciennes, épicuriennes, 
néo-platoniciennes sont encore en honneur. Aris- 
tote. cependant, a une place prépondérante en dia- 
lectique. La méthode déductivc domine jusqu'à la 
fin du XI 1" siècle. Saint .\nsehne. chez les scolas- 
tiques, et Scot F.riugène. chez les antiscolastiques, 
en sont les principaux représentants. Ce n'est qu'au 
XI II' siècle que la double méthode analytico-synthc- 
tiqiic devait prévaloir. C'est donc l'époque du tra- 
vail ijcmt'nnic, de l'enfantement laborieux des solu- 
tions scolastiques. Il manque à la philosophie en 
formation cette s\'stématisation. cette unité, qui 



— '39 — 

sera une de ses marques «listinctivo au Xlfl» 
siècle. Elle est faite de matériaux disparates, difti- 
ciles a fusionner ensemble. Aux philosophes de ce 
temps on peut appliquer a que Jean de Salisbury 
disait de ceux qui. à l„ut prix, voulaient concilier 
Ilaton et .Aristotc: "Ils om travaillé vainement 
pnur rcxTonciher des morts <|ui, toute leur vie. se 
sont contredits. " 

II y eut, au moyen âf(e, surtout avant la fondation 
des universités, trois types d'écoles où l'on ensei- 
gnait la philosophie et toutes les autres sciences. 
Ce sont I" les ,rol<-s monacales. 2" les .'n'/rv chis- 
i-o/-al,-s. 3" les ccoli-s du falah. 

138. Les écoles monacales comprenaient deux 
sections: 1" la Si-liola iiitrrior, chmslri. réservée aux 
moines ; 2" la sclioh r.vlriior pour les séculiers I a 
plupart ries grands éducateurs de cette époc|ue ap- 
partiennent à l'ordre bénédictin. 

139. Les écoles, épiscopales. ou cathcdraU'^ ou 
cat<,l„lam-s. Ces écoles étaient ouvertes au^ clercs 
des eghses épiscopales. Ces clercs étaient soumis à 
un règlement analogue à celui des m,^ine-. Les 
écoles épiscofalcs se divisaient aussi en inténcun-s 
et cxtôncircs. Des personnalités mar(|uaiites occu- 
pèrent les chaires de ces écoles. 

140. Les écoles du palais, dont la plus célèbre 
est Vécole talatinc attachée à la cour des rois de 
France. Ses professeurs étaient des ecclésiastiques 
quant aux élèves, ils étaient ou clercs ou laïques. 

En 77>i, Charlemagne donna à Rangulf, évé(|ue 
de fulde, un capitulaire 011 il encourageait la fonda- 



— MO 



lidu d'ecdlo i-pisciipales et monacales. Ce t'i-.t le 
>iKnal de cette renaissance îles i-tuiles iiui est ini des 
l)lii> heaiix titres de gloire du grand empereur, l'n 
moine «lu nom d'.Mcuin. i|ue Charleniagne avait fait 
venir d'.\ngleterre. fut pour beaucou]) dans l'initia- 
tive intelligente du roi des l-'rancs. 

141. Alcuin (7.Vv>'04i na«|uit à York, en Angle- 
terre, l.ors d'un voyage en Italie l/Sr ). il rencon- 
tra Charleniagne (|ui lui lit i)art de ses desseins. 
.\près avoir enseigné huit ans à la cour <le Charle- 
niagne. .\lcuin se retira à l'abbaye de Saint-Martin, 
à Tours, où il fonda une école, et mourut. Alcuin 
fut moins un philosophe original <|u'un comiiilateur 
judicieu.x et un grammairien averti. Son plus beau 
titre de gloire sera d'avoir été la cheville ouvrière 
des réformes pé(lagogi(|UCs opérées par Chirle- 
niagne. .\ l'école palatine, il introduisit le tnrinm 
et le qmuliiviiim. Ses ouvrages sont les ]\-rlHS 
i-t riics. la Pialcctiqnc. V.hiir.vt <le nombreuses 
lettres. Ils lui survécurent comme manuel. 

142, Rhaban Maur ( -;f>-S3(; i fut disciple d'.M- 
cuin, à Tours. Comme tous les philosophes du 
temps, il se passionna pour le ])roblènie des univer- 
sau.\. Ce problème consiste à -savoir ce que sont les 
i(/i'i'.s- (ic ne m les. Sont-elles des mots, des réalités 
ou de ])ures conceptions de l'esprit ? Dans cette 
fameuse question, il est classé parmi les iintirca- 
listi-s. c'est-à-dire (|u'il enseigne que les universau.x 
(idées générales) sont des constructions de l'esprit 
{iiiida iiitctlrtta) et non jias des choses réalisées 
dans la nature, car l'individuel seul existe. 11 a 



141 



lai^>t' (les irrits sur Vlstii/ot/,-. V/iil,rf'ii-laliitii vl I;i 
l'r/>/c. iticn 

143, Scot Eriugène. — < )n ne sait Hop où i>t le 
lieu (le sa naissance. Les uns croient (|u'il vit le 
jour en Angleterre ou en Hcos^e. entre les années 
f<()0 et «15. D'autres pensent ou'i! pa(|uit en Irlande, 
(".race à ses talents, il fut mis i^ la tête de l'école 
palatine par Charles le Chauve (lui le défendit 
contre les dangers (|ue lui faisait courir la har<lies>e 
(le ses pensées. Une légende vent (|u'il périt assas- 
siné par ses propres élèves, vers H-7. Dans son 
principal ouvrage, le De dirisimu- iioturtc. il réédite 
le néo-platonisme le plus niar(|ué en l'accommodant 
à la doctrine catholique. Tour Scot. il n'e.xiste qu'un 
seul être. Dieu, qui par une série (Vciiiti:'atiiiiis sub- 
stantielles, donne naissance à tous les êtres. C'est 
là le principe fondamental de toute sa jihilosophie. 
Dans le processus de l'être divin, il distingue (juatre 
étapes successives: i" La nature qui n'est f'oint 
créée et qui crée, ou Dieu cause efficiente. 2" I.a 
nature qui est créée et qui crée ou Dieu contenant 
en lui les causes primordiales des êtres, ou les idées 
divines. 3" La nature qui est créée et qui ne crée l'as, 
ou les êtres réalisés dans le temps et dans l'esi)acc. 
4" I.a nature qui ne créé t'oint et n'est l'oint créée, 
ou Dieu cause finale, te. me de l'univers. Comme 
on le voit, sa doctrine est un panthéisme mystique. 
Avec raison, Scot Eriugène est considéré comme le 
père de l'antiscolastique, puisque ses théories con- 
tiennent des principes qui sont opposés à ceux de la 
scolastique. Tout de même, il n'en reste pas moins 



I " 



— M-î 



I 



une des pcrsoiinalitrs niar(|iiaiitcs de la philosophie 
au moyen âge. Au IX' siècle il a érigé une synthèse 
i-otuplètt de la philosophie. Aussi hicn. eut-il une 
influence considérable. 11 fut le pérv de ce raliomi- 
li.tmc mcilic'iUl (\\i\ déifie la raiscjn et en fait la 
source souveraine du savoir. L'Eglise condamna le 
De divisione naturce. 

144. Sogcelin (loOo-l i.il ), moine de Conipiègne, 
est considéré comme le père du iiomiiialismc, de 
cette théorie ([ui soutient que les unhi'rsau.v (idées 
gén-'-ales) ne sont que des mots (flattis rocis, ver- 
ba). C'est une lettre adressée à .Xbélard, quelques 
passages de saint Anselme et de Jean de Salishury 
— seuls écrits qui nous restent de Koscelin — qui 
ont amené les historiens de la philosophie à ad- 
mettre cette concli'si -i Toutefois, Roscelin est 
moins célèbre par son nominalismc ((ue par son 
trilhéisme théologique. 11 enseigna, en effet, que 
les trois personnes divines sont trois êtres indépen- 
dants, qu'on peut appeler trois dieux. Devant le 
concile de Soissons (1093), il renia cet enseigne- 
ment, mais c'était la crainte de l'excommunication 
qui le faisait agir ainsi. Il revint plus tard à ses 
premières idées. 



SAINT ANSELME (1033-1109) 



146. Vie et œuvres de saint Anselme. — Saint 
Anselme naquit à Aoste, d'une famille patricienne. 
A l'abbaye du Bec, en Normandie, il connut Lan- 
franc à qui il succéda comme prieur. Il mourut 



'43 



arclii'vè<|itt' de Cantoibéry, après avoir consaiTc sa 
longtic existtm-f txclusivtment à l'Kglise et à la 
si-ience. Les principales icuvrcs «le saint Anselme 
sont: De yrammatico. — De Divinitatis esscntia Mo- 
twloijiiim. — l'ioslojjion scii .Utoquium de Dei exis- 
tentia. — De i'erilale. — /'c Fide Trinitalis et de 
Incarnatione l'erbi. 

146. Oaraotèrei de la Philotophie d« saint An- 
selme. — i" lielij/iiitse : la foi primo la rai-.()ii. Le 
crede ut intellujas <le saint Augustin est aussi sa 
devise. Cet aphorisme vise surtout les dispositions 
requises de <|uicon(iue veut arriver au vrai ; " croire 
au vrai est une disposition ni^cessaire pour le décou- 
vrir ' ". En d'autres termes, d'après saint Anselme, 
pour croire il ne faut pas attendre qu'on ait compris 
les mystères, ils sont incompréhensibles ; mais une 
fois qu'on y a donné son adhésion sur le témoignage 
• le Dieu révélateur, alors la raison se les propose 
comme objet de ses investigations, les prouve, non 
pas par des arguments démonstratifs, mais (>roha- 
bles. La ra-î eut tle même, démontre que l'acte de 
foi est raisonnable {inIcUige ut credas). 2" Tribu- 
taire de saint Augustin : il s'assimile les doctrines de 
l'évêque d'Hippone et, comme lui, il a compris les 
relations entre la raison et la foi, c'est-à-dire que, 
suivant le cas, l'une des deux a la priorité sur 
l'autre. Ainsi, s'agit-il de la préparation à la foi, la 
raison précède l'acte de foi ; mais quand il s'agit de 
Vintelligence des vérités réz'élées, alors c'est la foi 



I. Domet de Vorges, Saint Anselme, p. 361. 



144 — 



(|iii |>ri'iT(U' la niiMiii. V.t pmir ii'la. un l'a siir- 
niiiniiu' 11' ■' sivi 111(1 Aiigttstin ". j" .S'vi/i'»i(i/i(/»r, 
i''c>t-à-(liri' (|Hi' ses doctrines sont t-rigées en .ïv.«- 
tcmr. I,e premier, il a tenté de faire la Systi-mulisii- 
liiiii lie la pliilciscipliie seiilasti(|iie. l'"t tous les pro- 
Mi'iiies (|iii liiaupeiit. il les réunit en une vaste 
»y(Ulu'se. Il lut appi'lé. pour eette raison, le /•/•<•- 
HiiiT (/i'.t st'ilasliciiiis : de uiènie aussi, ses affi- 
nités avee la philosopliie patristique l'ont fait <|uali- 
tier de iliiniir l'^rc i/i- l'IifiUsc. .V lU'finitiic, non 
pas en ee sens (|u'elle eut le dernier mot sur toutes 
les (|uestions, mais parée qu'elle ilc finit les rapports 
de la fui et de la raison, (|u'elle leur assigne bien 
leurs limites respectives. On a appelé saint Anselme 
le (îrégoire \ 1 1 de la science, parce (|Ue, dans l'ordre 
l)hilosophi(|ue, il tit une leuvre analogue à celle du 
grand pape dan> l'ordre religieux et civil. C.régoire 
\'ll, eu effet, acheva l'organisation de l'F.glise et 
définit ses rapports avec l'Etat, 

147. Métaphysique de saint Anselme. — La mé- 
taphysique de saint .\nsclme pivote, pour ainsi dire, 
autour de la théodicée. 11 fait de Dieu le centre de 
la métaphysique. En cela, il est fidèle à la méthode 
chère à saint .\ugustin; ainsi qu'à l'évêque d'Hip- 
pone. Dieu lui apparaît comme la cause exemplaire, 
efficiente et finale du monde intelligible et réel. 

148, Théodicée de saint Anselme. — En théo- 
dicée. saint .Anselme est surtout célèbre pa' sa 
preuve ontologique de l'existence de Dieu, preuve 
qu'il expose dans son Proslocjium. lequel, avec le Mo- 
nologiiim. sont ses deux principaux ouvrages. Tandis 



145 — 



<|IH' ilaiis k- Miiihil, 



'i/iiiin. siiiit Aiisil 



«-■xi-ttiui' (If Dieu par <ll•^ a 



iiif (!(■• 



rgiimciil> |)lat..iiuieiis 



a sav..,r, par ,lo> preuves tirées .les causes eltoientcs 
ft tinales. .laiis le l'rost,„ji„m il .level.-ppe l'argii- 
•neut au,|nel il a .Inu.,.'- m,„ „„„,. ceM-à-.lire larKii- 
nient ..nt„l,.Ki.|ue, Saiut Ati-el.ne veut dOniontrer à 
1 .liseuse <|u., suivam llùrilure "a dit <lans s..ti oeur 
' "y a pa, .le Dieu ". <|u'il ,/,„7 a.luiettre lexisteiu-e 
'K' >e Mienie Dieu. Dieu, selou saint Ausehne est 
un t-tre tel qu'on ue peut s'en représenter un plus 
Kian.l. \.,us avons l'iclée ,1.- ,el être ( )r un être 
'./. ne peut pas exister seulenieut dans lenten.U- 
nient ( mt,IU;t„). il doit avoir une existence dans la 
ri-»hh: d .,. .t exister wllrmct. parée ,,ue Ic.xis- 
lenee wllr est une perfection /./,,.f ,,r,„„ir que lexis- 
tenee ulcah: et cet être dont nous avons l'idOe 
nous nous le représentons comme celui a„-,h:u„', 
duquel on ue peut rien concevoir de /./»,v onm,/ 
Du-u cxrste <lonc nrllcmcnt. I.a faiblesse de largu- 
nicnt de larchevé.iue <le Cantorhérv consiste dans 
ce fait tinil confond Tordre subjectif ou idéal avec 
Ior<lre «/-/,, ;,■ „. ;-,:../. Concevoir l'être le plus 
grand comme existant, à l'état idéal, n'est iws la 
même chose que A'affirmcr l'existence réelle et objec- 
tive de cet être. Gaunilon, un moine de cette 
époque, a attaqué cet argument, et. avec raison a 
démontré qu'il ..^tait pas convaincant, assez fort 
pour convertir un athée. Le.s grands docteurs du 
XIII' siècle, entre autres, .saint Thomas, ont rejeté 
I argument ontologique de .saint Anselme. Dans son 
De fide Trinitatis. l'archevêque de Cantorbérv a dé- 



il 



— 146 — 

fendu l'unité divine contre Roscelin qui enseignait 
le trithéisnie. Bien que réaliste dans la question des 
universaux, saint Anselme ne fut pas outré au point 
de contredire sa propre théodicée et d'être pan- 
théiste. 

149. Psychologie et morale de saint Anselme. — 
En psychologie encore, on voit que saint Anselme 
est au fait des doctrines augustiniennes. Il admet 
la distinction essentielle entre les facultés intellec- 
tuelles et les facuhés sensibles. Dans la sphère 
supérieure de l'âme, il découvre trois facultés : 
memoria, intelligentia, amor. Il ne discute pas les 
problèmes que soulève l'origine des idées, bien qu'il 
parle de leur origine sensible. Il assigne un grand 
rôle à Dieu dans l'acquisition de la connaissance. 
D'où vient l'âme humaine ? Sur cette question il est 
hésitant. L'homme, pour saint Anselme, résulte de 
deux parties, l'une matérielle, l'autre spirituelle, et 
forme un être un. Ce n'est pas à dire qu'il a pro- 
fessé Vhylémorphisme. II a consacré deux traités 
au libre arbitre. 

Quant à sa morale, elle est augustinienne. Il 
embrasse les théories de saint Augustin sur le mal 
et la prédestination. C'est une morale avant tout 
théologique. 

150. Quillaume de Champeaux (1070- 11 20). — 
Après avoir été auditeur de Roscelin, à Compiègne, 
à l'école cathédrale de Paris dont il fut l'un des 
maîtres, il s'en déclara l'adversaire acharné dans la 
fameuse question des universaux. Guillaume de 
Champeaux est surtout célèbre par son réalisme 



I 



— 147 — 

e^ycré; |>^ur lui, les universaux. les idées .jéné- 
raies nex.stent que dans la réalité. Il a composé 

dus. Abelard fut son plus ardent contradicteur. 

ABÉLARD (1079-II42) 

à SiJ!y'rx"" ^'^'""^^- -^l-'ard ,.a.,uit 
t^est un sniguher personnage, héros de bien des 
aventures grandement exagérées par certains é r - 
va.ns . Tour a tour disciple de Roscelin et de C.uil- 
laume ,Ie Chan>peaux, successivenient à l'aris à 
Melun. a Corbeil. puis encore à Paris, il provoqua 
;>"t le monde à des disputes philc.sophiqu'e LW 
th. us,asn,e des foules qui lëcoutaien lu fit croire 
q" .1 eta,t le plus grand philosophe de son t „ , " 

ne cra,g„,t pas de le dire publiquement. Toit de 
>"en,e, ,1 eut ses revers. Après avoir brillé après 
avon- ete applaudi par tout le monde, il fut f, rcîde 
'l»mer r-ans, puis erra de monastère en nK.n^'ère 
\ r .r 'r-û'-?'"' "■■"" "" "42, à labbave de St- 
^rd En philosophie: Scito te i^sum seu Bthica ■ 
"ca. En théologie: Fractatus de unitate et Trini- 

avec &élo™e 'tièoe dS "rné ;;\^u1b:« '"" ^'î'"'',""''''*^ 
'laire d' Histoire et <//SrflJ,V A- S-™"'-'* /^"•'""'- 
cnle I, au mot Abilard. ^""^'^"f''" kceles,ast,g,ies, f.isci- 



148 



talc dkiiia ; TlicoUujia christiaiia ; liitrodiictio ad 
thcoloijiam. A tous ces ouvrages on peut ajouter sou 
Histora calamitatiim. (|ui est le récit de ses nom- 
breux malheurs. 

152. Caractères de la Philosophie d'Abélard.— 
I" Katioitalistc: il entreprend de démontrer les mys- 
tères au nom de l'omnipotence de la raison ; pour 
lui. la doctrine catholique n'est que le prolongement 
naturel de la philosophie. 2" Hypcrcritiqne : il fut 
considéré comme un démolisseur de systèmes, c'est 
ce qui lui donna une certaine vogue pendant quel- 
que temps. 3" Hésitante : il donne l'opinion, le 
pour et le contre sur plusieurs questions, sans les 
résoudre systématiquement. 

153. Doctrines d'Abélard. — Kn philoso])hie. il 
croit à l'âme du monde et ex|)ose une fausse théorie 
de la matière et de la forme. C'est surtout la ques- 
tion des iiniTersaiix qui l'intéresse. 11 critique ver- 
tement le nominalisme de Roscelin, il s'en moque et 
tombe dans un eonccptnalismc exagéré. Pour lui, 
les universaux ou les idées générales ne sf)nt que de 
pures conceptions de l'esprit, ils n'ont qu'une va- 
leur subjective et non pas objective. Abélard fut 
surtout un dialecticien. Il n'est psychologue et 
moraliste que secondairement. II donne aussi des 
solutions purement rationnelles aux problèmes de 
morale. En théologie, il s'occupe de faire un ex- 
posé systématique de la foi catholique, et fait grand 
cas de l'argument d'autorité. Il emploie la méthode 
dialectique. Son rationalisme le fit tomber dans plu- 
sieurs erreurs. Ainsi, selon lui, les trois personnes de 



I 



— 149 — 

la sainte Trinité ne s'identifient pas chacune avec 
toute 1 essence d.vme, „,ais elles ne représentent Z 
<Ies modalues distinctes de cette essence un qu" 
Son hvre Tractatus de unitatc et Trinitatc ,/,>,„„ 
/u condamne par le concile de Soissons. en „., 

Po tt, e?"^ •** '' "•""•** (-76-, 54), naquii à 
Poifers et mourut évêque de cette ville. Toute sa 
v.e, ,1 ut professeur, et ne cessa «renseigner que 
lorsqu .1 fut nommé évéque. Dans son Lihcrl. Mn- 

Z"T V""'' "' '""''''''' ''' -tégories d'.Îris- 
tote Le Staginte netudia que les quatre premiers 
pred,ca„,ents. Gilbert de la Porrée décrivit J .^ix 

I ar Alber le Gran<l et cité plusieurs fois par saint 
"u>nias. Dans la question des universaux il 
"" ant,real,ste. Il combattit le réalisme outré et e 
nonnnabsme. Fut-il conceptualiste comme Abéla d> 
I-es uns disent oui, les autres non. La prenÏÏe 
;:P.n.on est la plus probable. En théologie il a S 
U.n,te d,vme Che. Gilbert de la Por' e, corn," e 

tZf '>;''^"^^"''«"°" 'i"' est une .les „,arques 
<l.stmcfves de cette période de formation. 
155. Jean de Salisbury ( ,,25-1,80. )-|ea„ l'ar- 
s. surnonnne de Salisbury. à cause ,lu iieu ,1e sa 
-a,ssa„ce vmtà Paris, en ,,36. et suivit succes- 
■- vendent les cours d'Abélard. de Gilbert de la Por- 

brdlante formation mtellectuelle. Il mourut en ,,80. 
a Chartres, dont ,1 avait été élu évêque en ,,76 II 
enscgne que la dialectique nest qu'un nunen au 



'5° 



service des autres sciences et non un but. Aussi se 
moque-t-il à plaisir de lergotage de certains dialec- 
ticiens de son temps. Dans la querelle des univer- 
saux, il est partisan du réalisme motléré. II en- 
seigne l'origine sensible de la connaissance, la spiri- 
tualité, rimmortalité de l'âme et son influence sur 
le corps, et vice versa. Il condamne les doctrines 
d'Epicure. En politique, il soutient d'étranges théo- 
ries, entre autres, qu'il est permis et même méri- 
toire (le tuer un tyran. Jean de Salisbury ne fut 
pas seulement un philosophe, mais encore un poète 
et un historien remarquable. On a de lui des Lettres, 
le Polyc aticus et le Métalogkiis. 

186. A'iain de Lille (i 128-1202). — La postérité 
lui a décerné le titre de doctor iinkrrsalis. Ses 
ouvrages, à la fois philosophiques et théologiques, 
sont le Tractatits contra lucrctuos. VArs catholka 
fidci, thcoloyica rcgiilœ. C)n trouve chez lui du 
platonisme, du néo-pythagorisme, de l'aristotélisme 
et du christianisme. C'est un esprit spéculatif, une 
âme poétique douée d'une imagination brillante. Il 
applique à la philosophie, et même à la théologie, la 
méthode mathématique et déductive des sciences 
exactes. Avec saint .Anselme, il soutient que la 
raison peut prouver la crédibilité des mystères, et 
non pas les démontrer d'une manière intrinsèque. 
La métaphysique et la psychologie ont ses préfé- 
rences. Pour lui. la matière première est un chaos 
antiquum. masse informe; quant à la forme, elle 
n'est pas un principe constitutif des choses, mais la 
somme des propriétés d'un être. En p.sychologie, il 



— iSi — 



enseigne que lànie est une substance indépendante 
unie au corps suivant une sorte de coimubium Sa 
cosmologie est pythagoricienne et sa théodicée au- 
gustinienne. Dans la question des universaux, il 
fut antiréaliste à la manière de Jean de Salisbury 
167. Eook mystique.— Beaucoup de philosophe. 
<lu moyen âge furent à la fois théologiens dogma- 
tiques et théologiens mystiques. î>ar mysticisme, 
on entend généralement la communication, ou plutôt 
tumon intime de riiommc avec Dieu. Il est oii 
pratique ou spéc^'htif, suivant qu'il exprime Vétat 
d'union de l'âme avec Dieu, ou qu'il décrit la nature 
et la condition des rapports entre l'âme et Dieu. A 
son tour, le mysticisme spéculatif devient panthéiste 
et individualiste s'il explique le mode de communi- 
cation de l'âme avec Dieu par une suractivité de nos 
facultés ou par l'identification de la substance de 
l'homme avec celle de Dieu ; naturel ou philoso- 
phique, si cette communication est l'œuvre de la 
nature; surnaturel ou théoloyique, si elle est l'effet 
«l'une intervention divine. Au moyen âge. le mys- 
ticisme fut panthéiste avec Scot Eriugène, et théolo- 
gique avec saint Ronaventure. L'es sources du mys- 
ticisme orthodoxe ou théologique médiéval furent 
les Soliloques de saint Augustin, les Stromates et le 
Pédagogue de Clément d'Alexandrie, le De Institu- 
tionc cœiiobioriim de Cassien, et le De lita cou- 
templativa attribué à Prosper d'Aquitaine. Le plus 
grand des mystiques du moyen âge est. sans con- 
teste, saint Bernard 1:1091-1153-), abbé de Clair- 
veaux, et surnommé doctor mellifluus. On le con- 
sidère comme le fondateur du mysticisme scienti- 



t 



— l!,2 — 

tique, i)arce qu'il enseignait (jue la science n'était 
qu'un moyen de régénération spirituelL et d'union 
à Dieu. 

168. L'Ecole de Saint- Victor fit un code complet 
des lois qui régissent l'âme humaine dans sa marche 
ascendante vers Dieu. Les deux principaux repré- 
sentants de cette école sont Hugues et Richard de 
Saint-Victor. 

169. Hugues de Saint- Victor ( 1096-1 141 ) naquit 
à Ifartingam. en Saxe, et mourut au couvent de 
Samt-Victor, à l'aris, où il était professeur. Il est 
un mystique doublé d'un philosophe. Avec saint 
Augustin, il décrit les étapes de l'ascension de l'âme 
vers Dieu : la coç/itatio qui cherche Dieu dans le 
monde matériel, la mcditatio qui nous le fait 'rouver 
en nous-mêmes, la loiitcmplatio qui élève l'âme plus 
directement vers lui. 

160. Kichard de Saint-Victor, disciple de Hu- 
giies, enseigne les mêmes doctrines. Hugues et 
Richard de Saint-\'ictor ont bien mérité de la philo- 
sophie et • la théologie parce qu'ils ont revendiqué 
et sauvega é les droits de la raison. 



Deuxième Phase 

(1200-1300) 



APOGÉE DE LA SCOI.ASTIQUK 

161. Causes de la renaissance philosophique du 
Xnp siècle. — On ramène à trois les causes de la 



— 153 — 



renaissance philosophique au XIII' siècle: i" Vim- 
tiation de l'Occident à des onvnujes incomms jns- 
que-lù; 2" la création des universités: 3" la fonda- 
tion des ordres reliyieii.v. 

I" L'initiation de l'Occident à des onvrayes in- 
connus. Ces ouvrages, auxquels fut initié l'Occident, 
peuvent se répartir en trois groupes : 

«. Ouvrages yrecs. Il y eut les traductions faites 
directement sur le grec : ce sont les traductions 
gréco-latines. les moins nombreuses. Henri de I!ra- 
bant et Guillaume de Moerbeke se sont distingués 
parmi les traducteurs gréco-latins. .\ la demande 
de samt Thomas d'Aquin, ils auraient entrepris la 
traduction des œuvres complètes d'.Aristote. D'autres 
traductions furent faites directement sur l'arabe : 
ce sont les traductions arabo-latines. Elles sont 
beaucoup plus nombreuses que les premières. Parmi 
les auteurs de ces traductions, mentionnons sjjéciale- 
nient l'archevêque Raymond (1126-1151). qui en- 
tretint un collège de traducteurs devenu célèbre. 

b. Ouvrages arabes et juifs. C'est aux traduc- 
teur, du Collège de Tolède, fondé par l'archevêque 
Raymond, que l'Occident doit son initiation aux ou- 
vrages arabes et juifs. Il convient de nommer ici 
Johannes Hispanus. Gundissalinus et Gérard de 
Crémone. 

c. Ouvrages apocryphes. Certains ouvrages tra- 
duits de l'arabe en latin sont presque tous attribués 
a Aristote. Les principaux sont le Secretum secreto- 
rum. la Théologie d'Aristote. Ces écrits reflètent 
beaucoup les doctrines néo-platoniciennes. 



— 154 — 



2° La création des universités. Le groupement de 
tous les maîtres et élèves incorporés dans les écoles 
«le la cathédrale de Paris, à la fin du XII' siècle et 
au commencement du XIII', contribua à la forma- 
tion des universités. Les maîtres et les élèves étaient 
soumis à la juridiction d'un chancelier. Au com- 
mencement, il y avait "uatre facultés : celle des 
théologiens, des artistes ou philosophes, des décré- 
tistes et des médecins. Les maîtres et les élèves 
formèrent des groupements sous le nom de nations 
(Picards, Gaulois, Normands, Anglais). De toutes 
les universités, celle qui prit la plus rapide extension, 
est l'Université de Paris. Cela est dû aux nom- 
breux privilèges dont elle fut dotée par les papes et 
les rois de France. Tous les philosophes et les 
théologiens de renom ont passé par ses écoles. 

Un grand principe qui a servi de base à l'organi- 
sation pédagogique des universités au moyen âge. a 
été la convcnjcncc du saroir humain vers la science 
sacrée. Une des marques distinctives de l'Univer- 
sité de Paris fut Y internationalisme des maîtres et 
des étudiants, et la liberté de l'enseignement. On 
conférait trois grades dans les Facultés des Arts et 
de Théologie : le Baccalauréat, la Licence et la Maî- 
trise. Les cours se donnaient sous forme de leçons 
(lectiones). lectures du texte faites par le maître, 
auxquelles succédaient les disantes (disfutationes). 
A part l'Université de Paris, Oxford et Cambridge 
occupent une large part dans le mouvement philoso- 
phique du XIII" siècle. 

3" La fondation des ordres reli(/icu.\: Deux grands 



— '55 — 






ordres religieux surtout, l'ordre de saint François et 
celui de saint Dominique, eurent une prépondérante 
influence sur la philosophie scolastique au treizième 
siècle. A peine établis à Paris, ces moines s'offrirent 
pour occuper des chaires de théologie. C'est ce qu'ils 
obtinrent, mais non sans peine. Les plus grands doc- 
teurs du moyen âge. qui. tour à tour, illustrèrent les 
chaires <le philosophie et de théologie, furent des 
Franciscains et des Dominicains. Pas n'est besoin 
de dire que leur renoinmée attira un grand nombre 
d'élèves et contribua ijour une large part au.N succès 
de- -iences philosophiques et théologiques. Pour 
contrebalancer l'influence grandissante des régu- 
lie-s, Robert de Sorbon (1201-1274) fonda un col- 
lège ouvert aux étudiants séculiers, et (|ui porte .son 
nom (la Sorbonne). 

162. Les précnnieurg.— Avant d'arriver à l'admi- 
rable synthèse philosophique qui est un des plus 
beaux titres de gloire du XIII' siècle, il y eut bien 
des tâtonnements, bien des indécisions, voire des 
incohérences. Les grands docteurs comme .Mex- 
andre de Halès. Albert le Grand, .saint Monaventure. 
saint Thomas, vinrent après d'autres philosophes de 
moins haute envergure, qui leur préparèrent la >oie. 
En présence de traductions plus ou moins fidèles 
d'Aristote. où se trouvaient mélangés de l'augusti- 
nisme et du néo-platonisme, les penseurs, au com- 
mencement du XIII' siècle, ne purent exposer dans 
leurs écrits le véritable scolasticisme. et l'on explique 
facilement pourquoi leurs teuvres. la i)lupart du 
temps, sont entachés d'erreurs, et pour le moins. 



- 156 



•rinexactitudes. l'arnii les précurseurs, les prin- 
oi|>aux sont Dominious (ninclissalinus, archidiacre 
de Ségovic, qui fut lun des |>rincipaux traducteurs 
du Collège de Aide fondé par rarchcvè(|UO Ray- 
mond, Guillaume d'Auvergne, dont les ouvrages 
foisonnent en théories aralxrs, juives, et |)érip.ité- 
ticiennes. 

163. Alexandre de Halèi ( — 1245 ).— ( )ii ne con- 
naît pas la date et le lieu de sa naissance. Entré 
chez les Franciscains, il enseigna à leur couvent de 
Paris probalilement jusqu'à sa mort. On l'a appelé 
le doctor irrcfratfahilis. Il est auteur d'une Siimma 
thcoloi/ica <|u'il ne put compléter avant de mourir. 
Cette somme contient à la fois une synthèse théo- 
logique et une synthèse i)hilosophique. Il est le 
premier à utiliser presque toute l'ieuvre d'.\ris- 
tote. Marchant sur les traces d'.Mwlard, dont 
il suit la méthode didactique consistant à poser le 
/>oiir et le loiitrc d'une question, il fait cependant 
im pas de plus. Il pèse les arguments f>oiir et 
contre, et conclut en donnant une solution. C'est 
le procédé trichotomiquc que l'on trouve dans les 
ouvrages de cette époque. Sa philosophie a pour 
base le pcripatctismc. il est vrai, mais il emprunte 
beaucoup aux commentateurs arabes et surtout à 
.Xvicennes. Et pour cette raison, i' n'a pas réussi 
à fusionner ces éléments divers en un tout synthé- 
tique, malgré le progrès . el qu'il fait faire à la 
philosophie. 



SAINT BONAVKNTIIRK (1221-1274) 

164. Vie et oeuvrci de saint Bohaventure.— Jean 
(le Fidanza naquit en Toscane, en 1221. Il entra 
chez les Franciscains à l'âge de di.N-se))t ans et lut 
l'élève rl'.Mexandre de llalés. (|H'il ai)i>elle /./(./• .7 
inayistcr. Il se lia d'amitié avec saint rimnias, et 
en même temps (|ue lui. rei>ut de l'Université de 
l'aris le titre de miujistir ( 125- ). C.enéral de son 
ordre, cardinal, il mourut pendant le Concile de 
I.yon au(|uel il prit une part considérable. La pos- 
térité lui a donné le nom de doitciir sinif'liiiiiic 
l'armi .ses ouvrages il faut citer le Commentaire sur 
les quatre Ikres des sentences de Pierre Lombard. 
une Somme abrégée qui a iMUir titre Iirevilot]iiiiim. 
la Kcdiiction des arts à la tliéolof/ie et Y Itinéraire de 
l'âme à Dien. 

166. Caractères de la Philosophie de saint Bona- 
venture. — i" Traditionnelle : il est par excellence 
continuateur du fasse. Il a toujours défendu les 
doctrine.s de l'ancienne scolastique. Ce conserva- 
tisme, cependant, ne le rend pas esclave du passé. 
Comme il le dit lui-même " «0» intendo novas opi- 
niones adversare. sed communes et apl<robatas re- 
Ic.rcre ". 2" Auyustimenne. et par inclination et par 
tradition. Cependant on doit dire que son augusti- 
nisme est à base péripatéticienne. 3" Conciliatrice . 
ce caractère se manifeste bien dans la position qu'il 
prit lors de la lutte que dirigèrent les augustiniens 
contre saint Thomas, son jilus fidèle et son i)lus sin- 
cère ami. 4" Mystique: on la représente comme l'in- 



- .58 - 

caraatiun parfaite «lu mysticisme au XI II* siècle. 
C'est un mysticisme théologique ou surnaturel. 
Cependant, le mysticisme n'exclut pas VinUlUctua- 
lismc, chez lui. Il eut autant de science que de piété. 
166. Philoiophl* de uint Bonsventnrc. — .\ la 
base de son enseignement, il place l'union cnt la 
philosophie et la théologie; à celle-ci, toutefois, il 
attribue une valeur plutôt pratiqi: af'cctixi; que 
spicnlaliTc. En mêtafhysique il en^c:giie (|uc tonte 
créature est composée de matière et de forme ' ; et 
donc, les anges ne sont pas de simples formes sub- 
sistantes; il se pri'"')ncc pour la pluralité des formes 
substantielles; il n'admet point de distinction réelle 
entre '.'esset' j spécifique et l'essence individuelle. 
Enfin, !•. ;irincipe d'individualisation n'est ni la 
matière, ni la forme, mais, à la fois, l'une et l'autre. 
^ ■ théodicée, il recourt à l'argimient ii posteriori 
^ ■ démontrer l'existence de Dieu. 11 n'admet 
l'argument de saint .Anselme tiue sous d'expresses 
réserves. Il répète les théories augustinicmios con- 
nues sous le nom iXilInmination intellectuelle. Dieu 
est présent à toute intelligence, cello-ci en a besoin 
pour arriver à la vérité ; mais cette illuininatinii 
n'est pas un concours spécial distinct du con- 
cours naturel et général par lequel Dieu coopère à 
toutes les actions des créatures. Il est contre la 
possibilité de la création ob aterno. Ici le caractère 
traditionnel de sa philosophie est apparent, puis- 



I. Four saint Bonaventure, la matière semble signifier 
non pas quelque chose de sensible, mais une certaine po- 
tentialiM. 



— '5y — 

que dans cette question il .léfen.l lancienne scolas- 

forme et une n.a„Vv. " W „ X C^ n Tp ""' 

l'ap^ication de sa méthaVS'û;.. "^ " "' ''^ ^""^ 

167. Mjrrtlciame de «int Bonaventure. - Son 

lame ilan^ ^», l. ■ l^ircourt siia-cssivement 
con,n,e l'ont fait les \-ietorins. """'•"'/•''""'. 

AI.BERT DE GRAND (liga-jjSo) 

168. Vie et œuvres d'Albert le Grand.- Mi.ert 
vit le jour en Souabe. vers i lo^ Tl . 

l'illustre f-.r..ill,. Ti , ^^' ' «PPartenait à 
""stre fannlle comtale de liollstadt. Frappé par 



— i6o — 

les prédications <1« second n,aitre de Tordre de 
S„rUon,inique. Jourdain de Saxe, d revet.t hab, 

L Don,i„icains en 12.3. H ^"^^^^ ^J Zt 
Cologne. I liUleshein.. l'ribourg. Rat.sbonne, Mra» 
b.mr,.«is de nouveau à Cologne ou d eut pour 
■ ù e sa nt Tl,on,as d'Aquin. Il fut success,ven.ent 
Ivincial de son Ordre en AUen^agne pu.s eveque 
Ratisbonne. H abdiqua la charge ep-opale et e 
retira au couvent de Cologne dont d t,t sa res.dence 
habituelle. H défendit les doctrines de sa.nt Iho- 
„ a quand elles furent condan.nées par 1 évente de 
Paris en 1277. 11 mourut à Cologne en 1280. On 
ra ;i: Uocn-nr unircrscl. Ses œuvres fornient 
uL lli^liothèque. Mentionnons seulenient les pr,n- 
cipales: De animallbus.-Ethuornm. '''"-'^T^; ' 

-De nnitatc intcllcctus. contra Avcrrocm.-Qum- 
decim probicmata contra Avcrroistas.-Dc causas c, 
pLssn unhcrsalitatis. - Summa thcolo<,cc. - 

Summa de crcatiiris. j.Aiv.»rt le 

169. Caractères de la PhUosophie d Albert e 
Grand-." Péripatcticicnnc: le pénpatet.sme fait le 
?ond de sa philosophie; celle-ci. en effet vulgar.se 
A°rilte. . ^Eruditc, cest-à-dire c^felle faU mo^re 
d'une érudition qui tient du prodige. H possède 
ois les sciences de son temps. 3" Inorcjamguc 
e?ce sens qu'elle ne forme pas un tout compact, 
uni Au reste, il était assez difficile pour Alber le 
Grand de se débarrasser de certaines mfluences tra- 
Snnelles et surtout des idées néo-platon.ciennes 
de rarabisme. Ce qui a fait dire à certains auteurs 



— If)l — 

et alf' T.". '''''''* '^ Grand.-La „./,;.: 

Omd ne ..mM, „, co,npi;.,.mra, fa; ,„ |, „„„ ' 

thèses favontes. L'influence d'Albert le Grand u 
co^suierable Un de ses plus beaux titres de g,oe 
^era d avoT ete le „,aitre de saint Tho.uas d'A^qu 

■T J ' ''°" '* ^°^«'"°" philosophique et son 
m.tiat.on au péripatétisme. ^ " 



i. 



— l62 — 
SAINT THOMAS d'AQUIN (■2J7->274) 

famille des comtes d Aqum. ^ *B 
fut confié aux ^^^^^''^l^^l^^^^:. aU hi.n 
des tracassenes de toutes soire ^^ 

sition de ses parents, a !'=*g«f_^';;/X,s qu'il se lia 
dans l'ordre des ^^^^^^^^^ ^:o::illr^iié qui 

-^E^t^s:^ti----- 

prétent^ns de^Umver^te , ^^^^ - î,,p,es et 

cessivement a t ans, a »- "s mourut a 

dans les principales chaires de 1™ » ^. 

Fossa-Nova, en route pour le Conc e de Ly^^^^ ^^ 

ÏÏ^^irt^efÏ n'était ....e 

:-%"::sSér=— irs 

les uns sont consmeres . . 5„wfno 

,„tr,.« comme douteux, l" Authentiques 

r** *'""» ""^^^^ 



-i63- 

tences. — Les opuscules de ente et essentia 2" 
Douteux: De pulcUro et bono.-Totius logicœ sum- 
ma.-Eruditio frincipum.- De trofessione mono- 
clwriim. 

172. La Somme théologique de saint Thomas — 

On la appelée le chef-d'œuvre de Pesprit humain. 
Elle mente une mention spéciale. Elle comprend 
6.2 questions et 3,000 articles. La dernière partie 
tcrtm pars, est inachevée: elle s'arrête après la 
question 90. Un .supplément, rédigé d'après les 
commentaires sur le I\> livre des Sentences de 
Thomas, et dont l'auteur est incertain, y a été ajouté 
.ans les différentes éditions. C'est dans M Somme 
rheoloyuiue que l'on trouve la pensée personnelle 
et defimtive de saint Thomas. Elle se divise en 
trois^ grandes parties: la pars, [fa pars. If fa pars 
La la pars traite de Dieu un - trine - créateur 
La lia pars se -subdivise en deux parties : la fa-Ifar ' 
qui a pour objet la fin dernière de Ihomme et les 
actes humains en généralXa //a-//^ qui traite des 
actes humains en particulier (vertus théologales et 
cardinales). La H fa pars a pour objet le Christ 
médiateur (Incarnation— Sacrements- Résurrec- 
tion et Jugement). 

173. Caractères de la Philosophie de saint Tho- 
mas. — 1° Cohérente, c'est-à-dire que tout en elle 
se postule, s exige, s'apparente logiquement. De la 
philosophie scolastique. le thomisme reste une des 
formes les plus puissantes. 2» Progressive ■ ,1e tous 
les scolastiques, Thomas d'.^quinest certainement 
celui qui. tout en respectant les saines traditions a 



- l64 



introduit le pkisM'innovations dans le domaine de 
la phil.isoph.ic. Lno simple comparaison entre ses 
tliéories et celk'N du passé suffit pour nous con- 
vaincre qu'il a a<lmirablement perfectionné l'an- 
cienne scoiastique. 3" l'crsonncllc : c'est une conse- 
ciucncc du caractère précédent. Cependant sa per- 
sonnalité ne va pas jusqu'à la sotte prétention de . 
faire H de ce qui a existé avant lui. Cette person- 
nalité de saint Thomas, qui .se traduit dans ses inno- 
vations, est un aspect de Voriginalitc de la scoias- 
tique en général. Ouc saint Thomas, dans sa pre- 
mière jeunesse, air suhi l'influence de l'ancienne 
scoiastique. cela ne détruit on rien le caractère 
personnel de sa synthèse. 4" Pcnfaicikicnnc : on 
a dit de son génie qu'il était le plus voisin de celui 
d'.\ristote. Et de fait, pas un comme lui n'a connu 
et compris le Stagirite. Et voilà iwurquoi le péripa- 
tétismc est en honneur dans ses ouvrages. Mais 
qj'on ne dise pas que le rôle du Docteur angélique 
s'est borné tout simplement à plagier ,\ristote. 

174. Logique de saint Thomas. — Comme tous 
les scolastiques de son époque, saint Thomas, en 
logique, commente Aristote qui, sans conteste, de- 
meure le maître de la dialectique. Comme pour le 
Stagirite, dans la -philosophie thomiste la logique est 
un instrument du savoir, le préliminaire de la philo- 
sophie, comme le dessin est celui de la peinture. Elle 
est une science spéciale, elle a des attaches étroites 
avec la métaphysique et la psychologie. La syllogis- 
tique a la place d'honneur, mais on en abusera ; c'est 
ce qui amènera la décadance de la philosophie sco- 



- '(>5 - 

"g.e et une théorie sur la science, qui sera .léve- 

^a(l vision .les sciences est fondée sur le «leeré 
d abstraction de lesprit hu„,ain, lequel .leJréS 
straction. est le point .,e vue (objet for fe / .t 
que .ntelhgence envisage la n.tiàre (objet Z 
tenel) a el e présentée. C'est Vobjrt formcl.ui est 
la raison distmctive des sciences. 

176. Métaphysique de saint Thomas. - 1 e Doc- 
teur angehque élargit la métaphysique aristoté 1- 
enne en y ajot^tant le chapitre des' transcende - 
tau.x. Comme dans le ,H^ripatétisme. IV,.,.. ,t la 
^«.^amc constituent le pivot autour .luquel tourne 
a métaphysique; seulement il en fait des appli! 
a. ons. ,1 en tire ,Ies conséquences que le Stag i l 
• avat pa.s s..upçonnées. LWtc et la Musslna 
< ans la philosophie thomiste, .leviennent s^nZ.' 
'letrr deU-nnu.c et dV/r.- dctcrmnahU: It s" S 

,!r ^r i"". ' '''""^'^ "'""«'""■ et à l-essence indi- 
'docile. Saint Thomas y rattache aussi la thé ie 
'les causes II reprend avec des développ ,ue s 
consi érables la théorie .les neuf predicaments 
tait une étude approfondie de la qnalifc <le la 
'V^tc. de la rrlaUon. de Vcs^cc et ,lu „.%.;' ,!. 
omme conséquence, il démontre que le pré.lica- 
"ent actw,, nest pas consubstantiel à lëtre con- 
mgent, parce qu'il est «n accident, et conclut que 
être contingent agit par l'intermédiaire des facul- 
tés qu, sont des qualités réellement distinctes de la 



11 

il 



— 166 — 



substance. La matière et la forme, théorie de l'an- 
cienne scolastique, est considérablement élargie 
chez saint Thomas. Les anciens avaient enseigné que 
la matière pouvait exister sans une forme substan- 
tielle. Contre eux, il démontre que la matière est 
inséparable de la forme, bien que distincte. L'an- 
cienne scolastique prétendait que la composition 
substantielle de matière et de forme s'étendait d'une 
certaine façon, même aux créatures immatérielles. 
Aristote n'avait pas abordé la question. Saint Tho- 
mas s'élève contre cette doctrine, et enseigne que les 
anges sont des formes simples, séparées, et il ap- 
plique la même théorie à l'âme humaine. Quant 
aux fonctions de la matière et de la forme, son 
opinion est celle d'Aristote. 11 se prononce centre 
la pluralité des formes substantielles de l'ancienne 
scolastique, et dans la question des universaux, sans 
avoir découvert le réalisme tempéré, c'est pourtant 
lui qui a été le plus loyiqKe et le plus précis dans 
l'exposé de cette solution modérée; et voilà jxiur- 
quoi. dans l'histoire de la philosophie, le réalisme 
tempéré s'appelle aussi réalisme thomiste. Sur le 
principe d'individualisation, il perfectionne et il 
amplifie l'opinion aristotélicienne. Aristote. il est 
vrai, dit que la forme ne se multiplie pas par elle- 
même, mais par la multiplication de la matière dans 
la(|uellc elle est reçue; cependant, il ne parle pas 
du rôle de la matière dans l'individualisation. Pour 
saint Thomas, la matière indéterminée n'est pas le 
principe d'individualisation, mais c'est la matena 
siynata. la matière déterminée par la quantité, et 



- i67- 

voilà pourquoi encore, suivant le grand docteur, ce 

coTwrel. Et. allant plus lom que le Stagirite dIus 
°^J"V".V":; " --■«"« q"e les for Jss parée 
ont md,v,dual,sées par elles-mêmes. La thèse de 
Icssence et deVcHstccc. chez saint Thoma . fl 
1 objet de subtdes discussions inconnues à Ari totè 
Cette quesfon. tout en appartenant à l'ancienne 
scolast-que, na jamais été mieux comprise que par 
rr^st^.''"^"-''- — -'-"^-e 

176. Théodicée de saint Thomas.- I.a théodicée 
hom.ste se rattache à la métaphysique . parce que 
celle-a, ayant pour objet lëtre abstrait «^^a/,V.! 
mcu .n,matér,el, fournit .les notions qui. par 1,1 
loyu- peuvent s'appliquer à lëtre fositkcma.t im- 
njatcnC. ou Dieu. .Aristote divise les êtres en d «Tx 

'-' date, et \etrc qm cvclut toute potentialité l'ac- 
tuahte pure Dieu. Pour les scolastiques, 'l'être ' 
tre. parfau du Stagirite devient Vêtre a se, auto- 
suffisant, ,„fi,„. Les preuves de lëxistence de Dilu 
m'LT"'""; et le Docteur angélique na.Imet 
pas 1 argument de saint Anselme. Au moyen des 
creatures^on peut arriver à une connaissance in,par- 

êtres de ce monde sont .l'une manière émincnte 
en D,eu. Les scolastiques ont discuté sur le genre 
de d,st,nct.on qui existe entre les perfections divi- 
nes et 1 essence d.vmc ; saint Thomas se prononce 
pour une distinction de raison 



fundamento 



m 



If» 



r.'. Il établit «ne différence entre Dieu et les créa- 
turcs, et comme tous les scolastiques, saint Thomas 
est l'ennemi du panthéisme, quelque forme que ce 
système revête. Avec saint Augustin, il enseigne 
(|Uc Dieu, avant de réaliser les créatures dans le 
temps, en conçoit l'idée. C'est Vcvcmplarismc. Et 
d'après ses idées, causes exemplaires du monde. 
Dieu tire du néant tous les êtres : c'est la création. 
Dieu est donc la --ause efficiente du monde, non pas 
seulement, comme semble l'admettre Aristote. la 
cause du mouvement des choses, mais en plus, la 
cause de leur substance, même dans sa réalité la 
plus profonde. L'un des premiers, il a défendu la 
possibilité de la création éternelle du monde. Dieu 
créateur, conservateur du monde, en est encore la 
Providence. Il est la cause finale de tous les êtres. 
Ici encore, saint Thomas dépasse de beaucoup le 
Stagirite parce qu'il est bien plus explicite que lui. 

177. Psychologie de saint Thomas. — T'our le 
grand Docteur, comme pour tous les scolastiques du 
XIII" siècle, la psychologie est un chapitre de la 
physique, puisque l'homme qui en est l'objet, est 
un petit monde, le centre de la nature. Elle étudie 
d'abord les facultés de l'homme, puis sa nature. 

i" Facultés de l'homme. Saint Thomas admet 
une distinction réelle entre l'âme et ses facultés. Ici, 
il se sépare des augustiniens qui confondent en- 
semble l'âme et ses principes d'opération. Il divise 
en trois groupes les facultés ; elles sont : réyétativcs, 
cognitivcs et appétitives. Comme la vie psychique 
se ramène au.x deux derniers groupes, c'est de ceux- 



- .6.J 



Cl qu'il s'occupe davantage. Il commence par repar- 
tir la vie psychique en deux ordres de phénomènes 
irréductibles, les phcnonthns sensibles et les phc- 
iiomdiics siifirascnsiblfs. 

Trois grands principes sont à la hase de la con- 
naissance en général: i" i:„hj,t connu est dans h- 
sujet connaissant un mode d'être de ce sujet 2" t a 
connaissance ne fent se faire dans le connaissant 
sans une imaye refrésentatiie de fobjet connu. 3" 
^ cette rctrésenlation de l'objet connu concourent 
et l'objet connu lui-même et le connaissant. 

Il y a d'abord la connaissance sensible qui se fait 
par les sens internes et e.rternes. Aux sens internes 
les scolastiquees ont ajouté Vestimatire dont la fonc- 
tion n'est que vaguement désignée par Aristote. La 
sensation a ixwr siège Voryanisme. c'est-à-dire, le 
corps informé par l'âme. Le côté physiologique de 
la sensation avait été plutôt l'objet des recherches 
des philosophes avant le XIII« siècle, et on explique 
ainsi leurs tendances matérialistes. Saint Thomas et 
les docteurs de son époque étudient surtout Yaspect 
psychique de la sensation et déclarent que les faits 
d'ordre physiologique et ceux d'onlrc psvchiquc 
sont irréductibles. Les augustinieiis prétendaient 
que la sensation est produite par lânie clle-mênu- à 
l'occasion d'une impression des sens. Saint Thomas 
soutient que les sens sont des facultés passives. ],„ur 
cette raison qu'ils sont déterminés par !;! .umilitude 
de l'objet extérieur imprimée en eux-uièuies (espèce 
sensible, impresse). Une fois que la facuhè est dé- 
terminée, elle réagit, exprime l'objet dont la ^iiwili 



m 



- IJO- 



tudc vient de l'affecter (esiàce expresse). C'est 
là un acte vital proprement dit, la sensation. Il y a 
donc deux phases : l'une passive et l'autre active. 

Quant à la connaissance intellectuelle, saint Tho- 
mas est péripatéticien lorsqu'il en expose la nature 
et établit une distinction réelle entre elle et la sen- 
sation. L'intelligence atteint les réalités soit sub- 
stantielles, soit accidentelles ; mais son objet propre 
est la quidditc des choses sensibles qu'elle obtient 
en les dépouillant des caractères individualisants qui 
les affectent. .Votre connaissance est donc abstrac- 
tive. 

Le Mi/ii7 est in intellcctii quod priiis non fnerit in 
sensu est le princi])e qui guide saint Thomas dans la 
question de l'origine des idées. C'est dire qu'elles 
ont une origine sensible. L'ab.straction est à la base 
de son idéologie comme de celle de tous les scolas- 
tique du XIII* siècle. Pour expliquer la genèse des 
idées, il a recours à l'intervention causale d'une 
image sensible (pitantasma) et d'une force abstrac- 
tive {itttellectiis aç/cns). Ces deux choses sont indis- 
pensables dans l'idéologie scolastique. L'image n'a 
qu'une causalité instrumentale, tandis que l'intellect 
agent a une causalité véritablement efficiente. 

Aux deux connaissances sont consécutives des 
tendances appelées appétits. L'une sensible, suit 
la connaissance sensible; l'autre, rationnelle, suit 
la connaissance intellectuelle. C'est la volonté. Cet 
appétit rationnel jouit de la liberté dans la plu- 
part de ses actes. Ce qui dirige les relations entre 
la volonté et l'intelligence est l'adage bien connu: 



"71 — 



tiihil volitiim nisi prcecognitiim. Saint Thomas re- 
vendique la supériorité pour l'intelligence. 

2° La nature /iMwaim-.— L'homme tout entier est 
l'objet de la psychologie scolastiquc. Il est compoM 
d'un corps et d'une âme; le corps joue le rôle de 
matière et l'âme celui de form, substantielle. 
L'homme est le frineifiiim qiind d'opération, tandis 
que l'âme en est le principium i/uo. Pour saint 
Thomas, l'àine est Viiniiiue forme substantielle du 
corps, elle lui donne sa iwrfcction substantielle, .son 
acte d'existence, sa vie. La spiritualité de l'âme se 
démontre par l'indépendance subjective de l'âme 
vis-à-vis des sens. L'immortalité n'est pas le pri- 
vilège «le l'intellect actif, ou de toute autre faculté 
de l'âme, mais elle atteint la substance même de 
l'âme. Elle est consciente et i>crs.mnelle. Saint 
Thomas se prononce pour la création immédiate 
de l'âme par Dieu. Cette théorie n'a aucune affinité 
avec la préexistence des âmes, chère à I Maton, ou 
avec cette opinion non moins étrange <r.\ristotc qui 
attrilme à la génération naturelle l'origine du corps 
et de l'intellect possil)1e, et réclame pour l'intellect 
actif une cause extrinsèque (|ui l'a appelé à l'exis- 
tence. Quelle est cette cause? Le Stagirite ne le 
dit i)as. 

178. Morale de saint Thomas. - Dans une \>vv- 
niière partie. Morah (jciiéralc. le Docteur angé- 
lique étudie les actes humains en tant qu'ils sont 
ordonnaliles à une fin. L'acte humain, libre, le 
seul moral ou immoral, a )Mmr lin Dieu (|ui est 
notre béa(itu<!e. La I>éatitM.le. dit saint Thomas. 



1 }' 



— i7J — 



ronsi-'ti' Kseruielleiiient danN un acte de la oimnais- 
«ancc. I.cs actes tirent leur moralité enscntiellc ilc 
leur objel propre. I. 'obligation morale e-it basée 
'Paboril sur la nature même <!e nos actes. Obligés 
moralement ilc tendre vers une lin. |)ar là même, 
noUH sommes tenus d'employer les moyens |x>ur y 
arriver. Et donc, il faudra juger si certains actes 
nous mènent à la lin ou non. C'est l'ieuvre de la 
conscience morale c|ui applique aux cas particuliers 
les grands principes de l'ordre moral. 

.\près avoir étudié la moralité des actes d'une 
manière générale, saint Thomas applique les IuIh de 
la moralité au.x différentes situations dans lesquelleH 
se trouve I homme qui agit librement. C'est l'objet 
de la seconde partie, Murale s[>ciialc. L'homme peut 
être considéré comme individu ou comme membre 
d'une société, d'oii la Morale individuelle et la Mo- 
rale sociale. La société peut être conjugale, religieuse 
et politique. Saint Thomas enseigne que la pro- 
priété individuelle, le mariage monogame et indis- 
soluble, sont de droit naturel. Il déclare légitimes 
toutes les formes de gouvernement, pourvu que le 
ixnivoir établi travaille en vue du bien général. Il 
compare les membres de la société aux nieinbres 
du corps humain, mais il ne va pas jusqu'aux exagé- 
rations de certains ori/anicistes modernes pour qui 
les lois de la vie physicjue rloivent être, de tous 
l)oints. appliquées à la société. 

179. Conclusion. — Pour conclure cette étude 
sur le Docteur angéli(|ue. nous ne pouvons faire 
mieux que de citer un passage de l'Encyclique 



— '7J - 



^hlcru, l„tr,.i. ,,ul,|,„. par l.n,„ \|||, |, ^ «,„•,( 
■«7y: •Mais entre ,„„> !.> ,|„,,c.„rs so,lasti,,uc.. 
I.rtllc ,1 un eWat ^an^ pareil, leur prince et leur 
maître a t.,,,,. Th,.n,a. .r.\,,uin. Ie.,uel. ain,i m,e le 
..■.nar.|.... ( ajetan. p„„r aroir tn.fomlc,,u„l rcucrc 
/.'.v .uuuu Docteurs <,ui l'ont prOoé.lé. „ hcrilc .„ 
./'"■/./".; son, de n„tcllu,c,H,- de la„s. Th„n,.-.. 
recueillit leurs .luctrineN. e.mnne le. n.enil.re, ,1,-. 
I)er»es dun même crps; il les rOunit. les classa ,l,u„ 
un onlre admirable, et les enrichit tellement. ,,„„n 
le considère lui-même, à juste titre, cmm, V dél\n- 
seur s|)ecial et l'Iionneur de l'Kglise. . il „ , , an 
cune partie de la phil„s„pliic qu'il nait -i.mco u. • 
autant de [wnétration que de sc.li.litO: le. k,is ,i,. 
raisonnement, Dieu et les substances incorporel!. - 
I homme et les autres créatures sensibles les -.,• 
humains et. leurs principes, font tour à tour l'objet 
des thèses qu'il soutient, dans lesquelles rien ne 
manque, m l'abondante moisson des recherches ni 
harmonieuse ordonnance des parties, ni une excel- 
lente manière de procéder, ni la solidité <Ies prin- 
cipes ou la force des arguments, ni la clarté <lu st^■lc 
ou la propriété de l'expression, ni la profondeur' et 
la souplesse avec Ie.squelles il résout les points les 
plus ob.scurs. 

"Ajoutons à cela que l'angélique Docteur a consi- 
<Iei-e les conclusions philosophiques dans les raisons 
et les principes mêmes des chcses: or. l'étendue de 
ces prémisses, et les vérités innombrables qu'elles 
contiennent en germe, fournissent aux maîtres des 
âges postérieurs une ample matière à drs développe- 



— 174 



ments utiles, qui se produiront en temps opportun. 
En employant, comme il le fait, le même procctlé 
dans la réfutation des erreurs, le grand Docteur est 
arrivé à ce double résultat, de repousser à lui seul 
toutes les erreurs des temps antérieurs, et de four- 
nir des armes invincibles pour dissiper celles qui ne 
manqueront pas de surgir dans l'avenir. " 

180. Les advenaires du thomiame. — Il était à 
prévoir que les innovations doctrinales de saint 
Thomas sDiilèveraient les critiques des partisans de 
l'ancienne soolastique. Et cette opposition ne vint 
pas seulement du coté des maîtres séculiers et des 
Franciscains mais même aussi du côté de l'ordre 
(les Dominicains. Quelques Franciscains allèrent 
jusqu'à composer de véritables pamphlets contre le 
thomisme. .Ainsi le Correptorium Fratris Thomtv 
de Guillaume de la Mare fut le cri de guerre. Ri- 
chard de Middîeton compose un traité pov :';fendre 
la pluralité des formes contre le Docteur angélique. 
Le Dominicain Kilwardby déplore les tristes incon- 
vénients qu'entraînent les doctrines nouvelles. On 
fit si bien que le thomisme fut condamné deu^i fois, 
à Paris et à Oxford, le 7 et 12 mars 1277. Ce qui 
n'empêcha pas les chapitres générau.x de l'Ordre 
des Frères Prêcheurs, tenus à Milan en 1278. et à 
Paris, en 1289, de proclamer le thomisme la doc- 
trine officielle de l'Ordre. 

181. Les partisans du thomisme. — Si saint Tho- 
mas eut des adversaires, il compta aussi des parti- 
sans enthousiastes et des admirateurs nombreux. 
Parmi les Dominicains, ses principaux partisans 



— 175 — 
furent Ptolémée de Lucques. Dernard «lAuverme 
jJrZ ^■■^'^''^"^\°" "-«"ve aussi des amis de 

182. Les éclectiques sont ces philosophes qui ne 
sont n. ennemis déclarés ni partisans acharnés du 
thomisme Ils se tiennent à mi-distance entre 'an 

a lune, tantôt a 1 autre. Au nombre des éclectiques 
cton.: Godefroid de Fontaines, surnommé Do^Ur 

Zr^ :" '.' .f'"""-"---. i> a laissé Xr 
Quodhbeta, où d se révèle tour à tour théologien 
dogmat,que^ moraliste, canoniste. philosophe; S" 
de Rome, Doctor fundatissimus, il écrivit des corn 
"lentaires sur Aristote; Henri de Gand, LZ 
solemms, d se rapproche beaucoup de Duns Sco 

Pa^H^T':^'' '■"''~ ''^^ rUniverS d 
Pans. Henr, de Gar.d est, en quelque sorte, le pré- 
curseur de Duns Scot. ^ 



JEAN DUNS SCOT (12661308) 

183. Vie et œuvres de Duns Seot. - On m de 

mande encore si Duns Scot naquit en Irl: nde. n 
Ecosse, ou en Angleterre. L'opinion la plus pro 
l'able est qu'il appartenait à la nationalité a^ se 



- 176 



Kntrc tris jeune clans l'unlre des Kranciscaiiis. il 
suivit les cours de l'L'niversite d'Oxford ()«i* était 
alors le centre du mouvement antithomiste. Il subit 
l'influence de Roger lîacon. Devenu professeur à 
Oxford, il vit un grand nombre d'élèves se |)resscr 
autour de sa chaire. Contre des adversaires renom- 
més, il défendit la thèse de l'Immaculée Conception. 
11 mourut à Cologne, où il fut envoyé par ses supé- 
rieurs. Ses leuvres sont des commentaires sur Aris- 
tote: (JiKCStidiics in lib. de Anima: B.r/>ositw in Mc- 
tafiliysicam . histotclis; Commvntana in / lih. scn- 
tciitianim. c'est son chef d'œuvre. lef|uel est appelé 
Opus Oxonicnsc parce qu'il le composa à Oxford. 
Opus Parisicnsc, Kcpcrtata Parisicnsia. compren- 
nent les (euvres achevées à Taris et recueillies par 
des disciples. Ses Qnodlibct sont ses soutenances 
solennelles pour l'obtention du grade de docteur. 

184. Caractères de la Philosophie de Scot. — 
i" Novatrice : c'est lui qui imprima aux études de 
son ordre cette orientation nouvelle que l'on re- 
marque vers 1284. Il veut faire plus grande la 
place à l'aristotélisme. mais à un aristotélisme siii 
generis. 2" Combative : Scot en veut aux philo- 
sophes de son temps. 11 fait la critique de tous ses 
contemporains. Il est un démolisseur de systèmes. 
3" Confuse : le long exposé qu'il fait des opinions 
contraires aux siennes emiiêchent de comprendre 
bien ce qu'il veut dire. L'ensemble de ses doctrines 
manque de clarté et d'équilibre. 4" Subtile: il a des 
distinctions et des sous-distinctions à n'en plus finir. 
Dans les discussions, où la plupart des opinions pos- 



— ^77 



Mblc. scnblaient avoir étc c.iisc-.. Duus Sn,t m,v 
sentait «ne nouvelle nianuTC .lenvisagcr la ,,ne,ti„n 
.n.suufK.,nnt.c jns.iualors. Ce qui hn a valu le titre 
<lc docteur subtil ,|ue lui deocrncrent m-s admira- 
teurs. Ce titre, dans la suite, fut pris au sens ,.éj,- 
ratit s" Divcnjcutc ,/» thomisme: bien que la 
synthèse .scotiste repose sur un fond .lidées o.tn- 
.mmes au thomisme, les divergences sont trop nom- 
breuses pour ne pas être signalées. Certains auteurs 
prétendent découvrir cluv Scot un parti pris contre 
samt Thomas, et on lappelle couram.nent lanti- 
thom.ste. Cette divergence est manifeste surtout 
quand il sagrt d'opinions libres '. 

185. Métophygique de Scot. - ,- Matière et 
forme Tout être contingent est compo.sé de .uatière 
et do forme. Il y a trois es,,èccs de matières : a Ma- 
Icrm pnmo trima, qui est l'élément indéterminé des 
substances c<«,tingcntes. abstraction faite de toute 
u.non avec une forme. Cette materia frimo frima 
est commune ;\ toutes les créatures, spirituelles et 
corporelles. Klle n'existe pas. mais Dieu peut la 
oreer a 1 état isolé, b. Materia secundo frima c'est 
la matena frimo frima unie à la forme substantielle 
Elle correspond à la matena frima <le saint Thomas 
Elle e.st le sujet des transformations substantielle- 
f. La materia tertio frima est le suhstratum de 
toutes les transformations accidentelles des con.s 
«leja constitués. Quant à la forme, il en élargit beau- 
coup la notion. Selon Scot, la matière n'a pas toute 



\l 



I. Cf ; Gonzalez, Histoire de la Philosophie, t. II, p. 324. 



1/8 



sa détermination intrinsèque de la forme substan- 
tielle, elle est susceptible d'en recevoir d'autres 
(formes substantielles) ultérieures. Et c'est pour- 
quoi il admet une série successive de principes dé- 
terminants, depuis les formes génériques, spécifi- 
ques, jusqu'à la forme individuelle qui est la der- 
nière et la plus parfaite. 2° L'individuel et l'univer- 
ul. Suivant saint Thomas, l'essence secundum se, 
qui est indiî'idualisée dans le monde réel (Pierre) et 
universalisée dans la représentation intellectuelle, 
n'est qu'un concept abstrait par l'intelligence de l'in- 
dividu, parce qu'en réalité seul Vindividu existe 
dans la nature. La notion essentielle par laquelle je 
me le représente, ce par quoi il est ce qu'il est, son 
essence en soi n'est qu'une construction de l'esprit 
basée sur la réalité individuelle. Scot prétend que 
cette essence secundum se, avant de revêtir l'indivi- 
dualité ou l'universalité, est une réalité objective sui 
generis ayant son unité propre. Et pour lui, chaque 
élément d'essence qui entre comme constituant dans 
une substance, possède son être spécial : cuilibet 
univcrsali correspondct in re aliquis yradus entitatis 
in quo conveniunt contenta. Mais alors, si chaque 
élément constitutif a son être spécial, comment con- 
cilier cette théorie avec l'individualité des sub- 
stances? Scot répond que l'unité d'essence qui con- 
vient à tout élément constitutif, avant de former le 
singulier, est moindre que l'unité individuelle qui 
résulte de l'union des éléments ensemble. Ainsi 
l'unité d'essence d'animal est moindre que l'unité 
individuelle de Pierre (singulier) qui résulte â'ani- 



[-1 



— 179 — 

"w/ et de raisonnable. Cette unité d'essence qui con 
v.ent a tout élément essentiel est incapab TZ" 

stan '■■"'"P^r"' "'="^*"""*^ ""' ™-'""e la X 
stance complète, individuelle. Pour accentuer la 

le docteur subt.l a imaginé la distinction formëll ^ 
parte re, Avant lui. les philosophes a, meTtaLt 
deux espèces de distinctions: la J,,,,..//,,^.-" " 
la d,st,„ct,on de raison. U première se faif nde 
>endan,ment de l'esprit entre ,leux ou plusieur en 
.tes. con,me, par exemple, entre deux Liv dus "a 
deux,eme est le fruit de lintelligence, dj^ "^^^^^ 
■lans et par elle; ainsi, les concepts dune seule e 
même chose sont distincts dune distinction de ra 
-n par exen,p e. laninialité et la raisonnai t 
Entre ces deux distinctions. .Scot en place une autre 
appelée d.stmction /,„•,„..//,. „ ^art rri: /, '^ ^ 
parce „uelle existe entre les f„r„u.l„és olj « 's' 
|U. consftuent une substance individuelle. „ /Lr/^ 
fondc-e sur la réalite,, parce-que. ind.pen.lamn en 
•le tout acte mtellectuel, il , a dans la réalité une 
ause qu, la just.he. C'est cette distinction que le""! 
Icbre phdosophe établit entre Dieu et ses .' ttributs 
entre lame et ses facultés. Ce formali.ne de Scot' 
pénètre tout un système. Pour le docteur s..b,ll 
prmcpe dmd.vdualisation est Vl..,ceitas, IV,,-,-. V, 
Cette hecce>te est la déter,nination conférée à PêtÏe 
par sa forme la plus parfaite, cest-à-dire par s' 
torm, ,„dn:duelle. Cette forme imprime à l'es en 
M-cfique un .sceau définitif et la détermine à être 
'<•//<■ mdividuahté et non telle autre. 






— l8o — 



186 Psychologie de Scot. - A i.art la coimai>- 
.a,Kc abstraite cl universelle, Scot admet une con- 
naissance intuitive préalable ciui nous représente 
d'une manière confuse lètrc concret et s.nguber. 
Cette connaissance intuitive s'appelle sfccn-s sfccui- 
lUsinn, 11 a combattu la théorie de VilhmmUum 
shcaalc. Dans la i.sychulogie scotiste. la volonté 
est supérieure à l'intelliKcnce. Kt c'est ix,urqu<,i on 
.lit (|ue saint Thomas est bitclIcchiahsU: et Scot. r.- 
lontaristc. 11 est conséquent avec lui-même, hn cflfet. 
,1'après lui, la volonté n'est pas nécessitée par la 
présentation intellectuelle du bien universel, " même 
en face du bien universel, elle conserve son pouvoir 
d'auto<léterinination absolue, sa liberté .l'exercice. . 
elle est maîtresse de se détourner <le la présentation 
intellectuelle, Henri de Gand maintient avec samt 
Thomas, la .listinction de la volition nécessaire et 
de la volition libre; D. Scot la supprime, .Vi/i./ ro- 
liiittas iicccssario mit ' ", 

La volonté est aussi le sujet des vertus morales, 
parce que la vertu est une habitude élective, et 1 élec- 
tion concerne la volonté. A part l'âme humaine. 
forme raisonnable, il admet l'e.xistence d'une forme 
substantielle (forma corporciiatis) qui confère au 
corps sa perfection organique. 

187 Théodicée et morale de Scot. — Le concept 
d'être convient nnivoqncmcnt et à Dieu et aux créa- 
tures- à Dieu. /-.•-- se. aux créatures, fer fartieifa- 
tioiiem. Saint Thomas enseigne que l'être est une 



De Wulfe, Nistoi.e delà Philosophie midiévale, p. 405. 



i8i — 



notion amilo,iuc. Kntre les attributs .livins et IVs- 
senee ,lu me, Scot plaee sa .listinction arbitraire 
ton„„hs „ fart, ni. 11 enseigne que la „aU,n ,„ênu- 
<Ies créatures ,lq,en,l ,1e la volonté lil.re .le Dieu 
our lu, la preniution ,.hysi,,„e est o.ntraire . la' 
ni'crte lunuame. lui ui„rale. il f„n,|e la ,lis,i„c,i,,„ 
entre le l.>en et le ,„al sur la volonté libre ,1e Dieu. 
Il a,lniet .les actes moralement in.lifférenls 

<)ue Scot ait eu une énorme inlluence, personne 
"c saurait le contester. Doué ,rune acuité ,rin,elli. 
gence a nulle autre pareille, le célèbre Kranciscain a 
porte un peu ,Ians tous les d.jmaines cette facilité 
<le pénétration et .:ette manière à lui ,rétu,lier les 
<luest,ons. Mais n'est-ce pas le tenioignajfe inipa,- 
l.al ,1e 1 h,sto,re ,|ue sa -riticiue a été un peu exaRc- 

Tv^TZ ;/' ,'"""■ '■='"^^' ^'"^="" '■-i"<^-io.. 

'le M. ,1e W ulf ■• la partie positive et constructive " 
'le son syste.ne est " moins ,léveloppée que la partie 
négative ■ . •• Duns Scot se «listingue surtout par 
sa pénétration et par une facilité ,1e ,listinctions ,,ui 
atteint souvent la subtilité; aussi re^ut-il ,1e ses .-„„- 
temporains le nom ,1e [hKh-ur subtil. Cette subtilité 
était im engin très propre à renverser les proposi- 
tions ,1e ses pré,lécesscurs, et particulièrement celles 
'le saint Thomas. <|ui lui paraissaient erronées Sa 
force i.rmcipale consiste ,lans la critique rigoureuse 
-m 11 entreprit ,1e tout renseignement tra,litionnel 
'■n f liilosophie et en Théologie. Il est plus beureuN 
'lans la refutati,>n ,|ue dans la ,lémonstrati.,ii po.i- 



I. Op. cit.. p. 396. 



_ i8a — 



tive ; dans la critique négative des doctrines étran- 
giTC!, c|ue dans la parfaite organisation de son sys- 
tème. Aussi son système doctrinal est loin d'avoir 
la perfection du système thomiste, 

• Les réfutations interminables qui abondent aw»> 
chacune de ses questions ne permettent que diflki- 
lement de suivre le coût ,1e ses idées. e< k langage 
incorrect qu'il emploie i.mtribue à rendre ii%iat*- la 
lecture de ses écrits " Gonzalei appelle Scoî le 
Kant du XI 11* siècle-. Quoi qu'il en soit de routes 
ces appréciations, il est au moins vrai .te dire que 
Duns Scot mérite une place préiKmdérante dans 
l'histoire de la philosophie. 

ROCiKR BACON (l 2 10-1294) 

188 Vi« et œuvre» de Bacon. — Roger Bacon 
na(iuit on .\ngleterre. 11 étudia puis professa à 
Oxford. Dans sa jeunesse, il eut un goût très pro- 
noncé pour les langues et les sciences. Entré chez 
les Franciscains, il continua ses recherches et ses 
travaux sans avoir toutefois la permission de ses 
supérieurs d'en faire part à ses semblables, l.e pape 
Clément 1\'. son ami. enjoignit à l'.acon de lui en- 
voyer l'ouvrage qu'il projetait de publier, et cela, 
malgré la défense de ses supérieurs. .\ la mort de 
Clément 1\', Uacon eut à répondre à l'accusation 
d'écrire et d'enseigner des doctrines suspectes. Cer- 



pn 



i I 



Stockl, cilé par C.orzalez, op. cil., pp. 33'-J33 
/*/(/. . p. 330. 



- .83- 
en 12h1 S„„ ^ '^' 'léniontré. II mourut 

l». (!«««,» d. U PU,„.p|,ta d. , B^ _ 

.1 n est pas .1 accord avec les sculastiques 4" /' rf, 
" <Ie> theoPcs suspectes, fruits d'un esprit 



l«4 



insulxjnl'mni'. qui lui attira l>ien «les dOlxiircs et 
bien lies entutis. 5" Truditionnalisic: Dieu seul a pu 
enseigner aux hommes la vraie «lootrine. 
190. Dootrinei philoiophiquai de R. Bacon. — 

Dans leur enseml)le. les doctrines pliiloso]ihii|Ues de 
lîacon ont une grande alitinité avec l'ancienne scolas- 
ti(|uc. Ainsi, il admet la pluralité îles formes, la 
matcria s[<iritii(ilis, les ralioncs scminaU's. La théorie 
des universaux de l'acon nous est i)lus ou moins 
connue. Une question capitale dans la philosophie 
lie lîacon est celle de la relation entre la llicdhn/ic, 
la philosophie et les scienees. C'est la théologie (|Ul 
a la prédominance, l'ar elle-même, la philosophie 
n'a aucune valeur, elle n'est que l'instrument du 
dogme. l'our lui, Dien neiil a pu enseigner aux 
hommes à philosopher, en leur révélant la vérité. 
.\ucune des (|uestions de la philosophie n'aurait pu 
être résolue sans livres et sans docteurs. C'est du 
traditionnalisme. .\ cause de la malice des hommes. 
Dieu leur octroya les vérités philosi>phi(|ues avec 
l)arcimonic et mélangées de beaucoup d'erreurs, 
l'our connaître le trésor (|ue contient la philosophie 
des anciens, il faut étudier l'histoire; d'où la néces- 
sité des langues. L'intellect agent n'est pas une 
partie de notre âme, c'est Dieu. Il y a trois ma- 
nières de connaître : par Vaiitorilé. par la raison et 
par IV.r/'i'riciicc. Or l'autoiité ne suffit i)as sans 
raisonnement, et si Ve.vpérieiice ne vient pas confir- 
mer les données du raisonnement, celui-ci ne peut 
nous conduire à la possession parfaite du vrai. L'c.r- 
périence e>t donc l'unique source de certitude. F'Iu- 



i«5- 



' '""-" .i";...:;.;;,i,xt:..;:;;;;:' 

HAV.MON., ,.,,.,.K (.î.,5.,3,5) 

tn..ni,.lK ,|e> ,l„otrincs o,-.ll,Mlic,uc's. Cn.r cH-, il 
- s^v,. de la „h^. et .,. I. ,Lw, ,, ,;^;,;; „ ' 

u,.s voyages. O.nnne K', ,er lîaœn. il ,., 
"Ite pour lenule des langue. Il nu un j^rand 

-;.o.Hna_i;:::; ::-—:::-;:: 

-lefcnd la scoIastK,„e jusque la enseignée. Ce,, n- 



nn 
11 V»- 
iiar- 



MldlOCOrY RESOLUTION TEST CHART 

(ANSI and ISO TEST CHART No. 2) 




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1.8 



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1.6 



_^ /APPLIED IM/IGE In 

BF. 16S3 Cast Main Street 

S'.S Rochester. New York 14609 USA 

'■^S (716) 482 - 0300 - Phone 

^^ (716) 288 - 5989 - Fai 



— i86 — 



I 



I 



datit, l'exposé par trop imagiiiatif qu'il en fait la 
rend quelque peu confuse. 

193. Les doctrines phUosophiques de Eaymond 
Lulle. — Les averroïstes latins prétendaient oppo- 
ser la vérité à elle-même, de sorte que ce qui est vrai 
en philosophie peut être faux en théologie, et rtcc 
rcrsa. Ravmond Lulle. lui, voulut tout ramener a 
la raison et' enseigna que les mystères même peuvent 
être démontrés, parce qu'ils sont des vérités de rai- 
son, alors que les scolastiques soutenaient qu'ds 
étaient des vérités suprarationndks. intrinsèquement 
indémontrables par la raison. C'était s'opposer à l'ex- 
cès averroïste par un autre excès. D'après Raymond, 
il existe un sixième sens, afflatus, qui sert à nom- 
mer les choses. L'homme est un composé de corps. 
(Vâme et d'esprit. La terre est un être doué d'une 
âme motrice. Raymond Lulle croyait avoir décou- 
vert une méthode déductive. appelée ars mayna. qui 
conduit à la découverte de la vérité. C'est, suivant 
lui, une machine à penser, semblable aux machines 
à compter, avec cette différence que les idées pren- 
nent la place des Chiffres. Et ces idées, il aurait 
suffi de les combiner entre elles pour trouver la solu- 
tion de n'importe quelle question. Quatre tableaux 
ou figures constituent tout le système des connais- 
sances. Le premier tableau renferme tous les attri- 
buts qui peuvent convenir à un sujet. Le deii.vièmc 
tableau comprend les différents points de vue sous 
lesquels on peut envisager les attributs qui convien- 
nent à un sujet, par exemple, la supériorité. Véyalitc. 
Le troi.<:iènie est le résumé des deux premiers, et 



- 187 - 

permet d'arriver aux propositions. I,e quairicmc 
-elange des trois pre.niers. sert à trouvcr'le 3en 
terme du syllogisme. Il imagine trois cercles con" 
centnque.s, dont le tmnicr porte sur son contour "s 
sujets au nombre de neuf; le dcu.Ht,nc p<^rte le 
catégories d attnbuts sous fonne ,1e substances ou 
peuvent lu, convenir, au nombre de neuf, le /^ 
--M>one ces mêmes attribtus sous forL .ri 
ar nve a d.fïerentes combinaisons c,«i nous con- 
fie il f ""''; ^■''' ""'^ '-•""^'™^''- -''fi- 
celle dont le n,omdre mconvénient est ,rintrodt.ire 

e n ecan,sn,e en logK,„e. Quelcues historiens pré- 
tendent que Grégoire XI. dans une bulle spéciale a 
condamne Raymon.l Lulle. L'authenticité' de ceite 
bulle est contestée. La postérité lui a décernr L 
nom de Doctor illmninatus. 
194. Averroïsme occidental. - fusquà la fin d„ 

tateur pa excellence d'Aristote. l'resqt.e partout 
^■ans les écoles, ses doctrines eurent les „é„,es 1^-' 

enhtes a Par.s. D.sons brièvement en quoi con- 
Mste laverro.sme occidental ou latin, qui est aussi 

toTd-^r^ ^r" ^'■— -- antiscoLtique H 
tout d abord, les averroïstes latins sont asservis a 

^.osophedeStagire. Ils prétendent qu-Vverr" 

seu la co„,pns parce que seul, il s'est attaché à la 

lettre de ses ecnts. Les scolastiques. au contraire les 

^un^tta,ent au contrôle de leur raison, les con.m ^ 

ta.ent et les perlecfonnaient. Les averroïstes pro- 



— iSS — 

fessent le m<iii(>/>syiliisiiir : ils enseignent (|Ue l'intel- 
leet liuniain. agent et possiMe, est un pour tous les 
lioninies. Cette tlièse révoltait les docteurs scolas- 
ti(|ues <|ni y voyaient une négation de l'inmiortalité 
personnelle. Selcm les averroïstes. le inonde est 
éternel et proiluit par des intelligences, intermé- 
diaires entre Dieu et lui. Ces intelligeué-es ont été 
créées par Dieu. Celui-ci n'étant pas lauteur du 
monde, n'en est pas. non plus, la Providence. Les 
plus célèbres des averroïstes sont lioëce de Dace. 
liernier de N'evilles. et surtout Siger de lîrabant. 

SIOKR DK BRABANT ( — 1 283) 



195. Vie et œuvres de Siger de Brabant. — 11 y 

a peu de détails connus avec certitude sur la vie de 
•Siger de lirabant. Maitre es arts à F'aris. pendant 
inie dizaine d'années, il fut l'âme des agitations qui 
se succédèrent au sein de l'Université. D'un carac- 
tère altier et violent, il eut maille à partir plusieurs 
fois avec le recteur de l'L'niversité et le légat du 
l'apc. Il fut frap])é par plusieurs condamnations et 
mourut vers 1283. Son œuvre capitale est le [h- 
iiiiima intrllcctk'a. 

196. Caractères de la Philosophie de Siger de 
Brabant. — i" .hiti-tliomislc: il s'élève ouvertement 
contre saint Thomas et .Mbert le Grand; 2" Arcr- 
ra'/.ï/i'.- il se fait toujours le défenseur des doctrines 
du philosophe arabe. 

197. Doctrines philosophiques de Siger de Bra- 
bant. — Il maintient l'imité numérique de l'intelli- 



I8ii 



geiict dans l'csncic lniivaiM/. .., 
]::tnr„„- 1 , inm.aino. et se proiiuiue pour 

I éternité du ,n.,n<le et la thconc des dcu.v rclitcs 
sinvant laquelle, ce <,ui est f.ux en théologie p^ t' 
otre vraien philosophi,. ,, ,-/,,,,•/•.„ 



Troisième Phase 

(1300 ,433) 

DÉCADKNCE DK LA SCOI.A.STIQt,-E 

198 Causes de la décadence de la Scolastique. 

,7aeeti "'"''' ^/"'"^"/""•^■-La ,ualité cJc la 
place a la quantité. I.e „o„,bre de ceux qui s'occu- 
pent de phdosophie croit dans des proportions 
énormes D après un docun.ent <lu ten.ps. à la .,•„/.■ 
^aculte ,;es Arts de l'aris, il y avait .lus <le mZ 
nuuj,stn et au delà de dir nulle clères Les œuvrel 
A-..«;m.-/,.- non,bre„ses et appréciée, à l'époque 
précédente, étaient alors inconnues. Les ,LL 
seurs se bornaie-^. à commenter la pensée d'autrui. 
C eta,t absence .aie d'originalité. Les in.lividua- 
tes marquantes se faisaient de plus en plus rares 
Beaucoup d emre les professeurs faisaic^nt preuve 
<1 une Ignorance impardonnaWe. Plusieurs n'étaient 
nullement au courant des systèmes du X H !'■ siècle 
qu ds combattaient ou qu'ils défendaient 

2" Emplo, exagéré de la Dialectique. - .\ l'exclu- 
sion de toute sérieuse étude de philosophie, dans 



KJO 



certains milieux on se livrait à de sottes discussions 
dialectiques. Dans ses meilleurs jours, la scolas- 
tique avait donné à la logiiiue sa place véritable. On 
en avait fait un ensemble de notions propédeutiques, 
un instrument du savoir. .\près le XI II' siècle, les 
philosophes lui donnent une nouvelle orientation. 
Au lieu de la considérer a, e un simple moyen, ils 
l'envisagent comme un but. Les distinctions et sous- 
distinctions subtiles où se plaisait leur esprit, don- 
naient naissance à des mots sonores, nouveaux, vides 
de sens. Ue là ces barbarismes fréquents qui s'in- 
troduisirent dans la langue si pure de la scolastique. 
et qui portèrent une grave atteinte à sa précision et 
à sa clarté. 

3° La miiltiflication tics écoles. — A part l'Uni- 
versité de Paris, un grand nombre d'autres sur- 
girent un peu partout. Citons Toulouse, Pise, 
Prague, Florence. D'autres furent érigées à Dol 
(1421), à Poitiers (1431), à Caen (I^.32), à Bor- 
deaux (1439). Louvain eut la sienne en 1425. Ce 
qui amena une concurrence fatale et surtout le relâ- 
chement des études. Cette multiplication des uni- 
versités en facilitait l'accès, et l'on vit une foule de 
gens, séculiers et réguliers, les fréquentant par ma- 
nière d'acquit, sans aucun souci d'y apprendre quel- 
que chose, et souvent, sans aucun talent pour ce 
genre d'occupations. 

4" Le déclin de l'Unirersiié de Paris. — Jusque là 
incorruptibles, les autorités de l'Université de Paris 
cèdent peu à peu iux intrigues de tous genres qui 
pénètrent tout d'abord dans la Faculté de Théologie. 



— KJI — 

•■timccs, et le plus souvent nar l'antiô» 
'le grasses récompenses pécuniaires ou au rés T 
magxstn, adis, si sévères a<lm,.tt« f ^ • ' ' 

leur confèrent, sans autre garantie le H r'™''?' '' 
n„ . • .. ««"rantie, le diplôme (p<!ir.s 

On va jusqu'à écourter les années d'étude la côn 
equence est que l'acquisition de la science n'st l"" 

par ceux qui l.rSient 1 ^^ """" "''""'^ 

par leurs parentsTu bi „ j ur" """^"'.'"^^^' -' 

ti nt It î 1.' ^" '"'"P^' ^^''^''"'l <'e f^urv se 
Plajnt de vo.r les cha.res occupées par des inAc^ 

3 Les attaques des antiscolastioucs ~>^arii/ 
torieuse des luttes du yuu .'"7'^'"— Sortie vie- 

"lièrent aussi énormément à altérer lo .1 - 

-oiastique et â en troubler toute^'ltLmie:-^""^^^ 
b h.rncments politiques et reliaieuv \ . ,. 



— 19-J — 

(le la ix-te (|iii M\il .1" milieu du Xl\" siècle, et 
cntitril 1,1 à (léM)rgani>er les écoles, ce fut une pe- 
ricide d'agitations causées par la lutte entre l'ia- 
maiids et Anglais, et par la CiUerre de Cent ans, 

,\u.\ tP iiMes politi<|ues viennent s'ajouter les 
troubles religieux, l.e grand schisme d'Occident 
bat son plein, l'Kmpire est aux prises avec le saint- 
>iége. liref. tout semble conspirer pour faire des- 
cendre la scolasti(|Ue du piédestal où l'avaient placée 
les grands docteurs du XI 11' siècle. 



GtlILI.AUME D'OCCAM (1280 I347) 

199. Vie et œuvres de Quillaume d'Occam. — 

.\é dans le comté de Surrey. en Angleterre. (îuil- 
laume d'Occam entra de lionne heure dans l'Ordre 
des Franciscains et alla suivre des cours à l'aris. où 
il fut l'élève de Duns Scot. Sa vie fut cxtrêr -ncnt 
agitée, il prit part à toutes les luttes politi --reli- 
gieuses et disciplinaires de .son temps. Il défendit 
les sf'iritiicls. dénommés plus tard les Fratricclli 
(petits frères), qui portaient à l'extrême la pauvreté 
volontaire. Contre lîoniface NUI et Jean XXII il 
mena une campagne très active et refusa de recon- 
naître les droits temporels du Pape. Prisonnier à 
Avignon, il réussit à s'échapper et alla demander 
protection à la cour du roi Louis de l'.avière. Il fut 
excommunié et expulsé de son Ordre. Il mourut 
vers 1347. probablement récon^lié avec l'Eglise et 
relevé de son excommunication. 

Ses principaux ouvrages sont: Super mayis'nim 



i<)i — 



Si-iilcittiariim l.ihii II ' subtilUsumc ,iii,rxli„ius 
caviimqiic dk-isioiu-s. Siiiiima tot'uis loyinc. (Juixili- 
bcht ;■//. Dans lo Dialoi/iis. k- Dr Jiirisilitlwiic im- 
fcnUoris in cuiuis imilriiiiDiiiallhns. il attaque \c<\ 
<lroit> (lu saint-^iigc. 

200. Caractères de la Philosophie d'Occam. — 
1" Rc.itrUthv (Its droits de la raison: oiuiiuc Soit. 
il cil limite le champ: entre la pliilo.Mjphie et la tlié..- 
logie il accentue la séparation. Il refuse à la raison 
le pouvoir de démontrer l'existence de Dieu et se- 
attributs divins ainsi que d'autres vérités (|ui, pour 
les scolastiqucs, sont ré/'/i/é.j préambules de la foi. 
et partant, font partie du domaine de la faculté rai- 
sonnable. 2" Ori(jinaU\ surtout en psychologie. Il 
introduit dans la question de la connaisance. cer- 
taines innovation.s doctrinales qui lui sont propres 
et qu'on ne trouve nulle part ailleurs. 3" Féconde 
j'H erreurs : c'est une philosophie qui contient en 
germe plusieurs faussetés. Ainsi sa défiance en- 
vers la raison ouvre la voie au fidéisme tradi- 
tionnaliste, de même (|ue sa psychologie conduit 
au positivisme. Ses opinions sur l'omnipotence de 
l'Etat sont également le prélude de certaines théo- 
j-ies chères à la Réforme et à la Révolution. 

201. Psychologie d'Occam. — Elle est remar- 
quable par l'explication qu'il donne de la c nnai-- 
sance. Suivant Occam. toute connaissance est un 
signe ou terme qui. comme tout signe, prend la place 
de la chose signifiée. La connaissance est un sii/ne 
naturel par opposition aux signes artificiels du lan- 
gage et de l'écriture. Il distingue trois espèces de 



— 194 — 

connaissances : i" la connaissance si-iisiblc intuitive; 
2" la connaissance intellectuelle intuitive: 3" la con- 
naissance intellectuelle abstractive. Son innovation 
consiste à intercaler ent c la connaissan. e sensible et 
la connaissance abstraite une connaissance intermé- 
diaire, concept intuitif, dont l'objet est X'existence 
ou la non-existence concrète des êtres singuliers. La 
connaissance intuitive, intellectuelle et sensible, at- 
teint la réalité; d'où la théorie du terminisme. 
L'universel, objet de la connaissance abstraite, 
n'existe pas dans la réalité. Il n'y a pour terme 
qu'une représentation intime, pure construction de 
l'esprit. Et le rôle de l'universel est de tenir lieu 
(supponerc) d'être le terme, le substitut d'une mul- 
titude plus ou moins grande de choses au.xquelles 
on peut l'attribuer, li reconnaît à l'universel une 
valeur idéale. Et voilà pourquoi Occam doit être 
considéré comme un conccptualiste et non un nomi- 
naliste. Mais si l'universel n'a aucne valeur objec- 
tive, -omme, pourunt, il est l'objet de la science, 
celle-ci est donc illusoire. Occani répond que l'objet 
de la science n'est pas l'universel considéré comme 
réalité, mais comme terme, substitut des choses indi- 
viduelles avec lesquelles il a des relations extrin- 
sèques. Ainsi, il explique que la science reste en 
contact avec la réalité. Or cette réalité, c'est le sin- 
gulier, l'individu. Il en résulte donc que la sciencv'; 
a pour objet l'individu: Scientin est de rébus singu- 
laribus. La connaissance, pour Occam, est un acte 
immanent qui est le signe, le terme de Vobjet. Ves- 
fècc sensible ou intelligible qui est la similitude 



ji'il 



I 



— "J5 — 
intentionnelle .le lobjet dans le sens et d«-,s Viuul,,. 

nl'iirr" """""'"' "^'"■■'''*'^*- Conséquemment. 
1 ntellect agent qu. imxluit res,,èoe intelligible na 
plus sa ra.son d'être. Il est ..«/««/«r/./rdans la 
oroe.l„n,ot. H prône c utre nu-su^e la supC-riorité 
<h la volonté, ht cette autono.nie abso':- ,|c L 
volonté Un fait enseigner „„e du !«.„ vo ,h,ir de 
1 au d..,,en.lent le> essences des choses. J.a volont! 
l..re .-onst,tue IVssence .le lame. Or lessence d 
choses nadnvt pas de degré. Conséquennnent pas 
le . nn.nm,on m d'accroissement ,x,ssible dans la 

-rte. n y a .la..s l'homme trois formes substan 
t^les d.stn.cccs: la funne d. ,a corp„rm. Vànu- 
ou forme s,„smr,, <)ui est étendue, matérielle; lame 
on forme ,«W/.v/,ve qui es, inétendue, immatérielle 
>■ '.jm,atenah,e et la spiritualité de i'âme ne peuvent 
se^den,ontrcr par la raison. Ce sont -les vérités .le 

202 Théodicé, d'Occam. - Fidèle disciple de 
•s^ot Occam ense>gne que la certitude ,le l'e.xistence 
•'e D>eu nest pas l'ouvre de la raison, mais ,1e Z 
-eveatmn. Il „e f,it aucune distinction entre les 
aur,ln,t.s ue D,eu et s.>„ essence. Dieu, d'après lui 
est ' arbitre souveram du bien et du n,al qui, comn,e 

Su; ZrT, ""*" '■" "•• Consé,ae„,„K-nt. il 
peut faire, s ,1 le veut, qu'un acte réputé g.mérale- 
-nen, „,auva,s soit bon. Dans cette théorie la haine 
■le Dieu peut devenir méri .ire. 

203. Les OccRinisteg. - L'occan-.isn.c eut une 
grande vogue à 1 Université de Paris et à l'étranger 
On essa>- ^n vam d'enrayer le mouvement ,1e reac- 



n/i 



tint) et lU' iiciiivi'aïUr aii'iuil il avait dniiiu' lien. I.i"t 
prc)lli))iti>lIl^ (itiii-iillo l'iiiiiit iini)ui>-:inti'^ à li- faire 
(li'-paraitrc. l.i-> prim-ipaiix iiicaini>tc>. i|ui liril- 
Urent au \1\' ^iiclc funiit Jean liuridaii. Mar^ilc 
frin({ln.'n it l'icrre d'Ailly. 

204. Pierre Buridan fut tleve (roii-uu. à rari>. 
recteur «le H'iiiver«ilé et |)nife>seur. C'e>t au pm- 
hlèiiie <le la liberté i|u'il consacra se> étuile>-. Ses 
principaux ouvrage^ sont : Siimiiiii i/c diaUcthu. 
CoiHl<i-ii(liiim l.tHiiciC. 11 fut un partisan acharné 
(lu dcli-nniiiismi />i_vi/i('/('</'i;"<'- '•:> volonté a un 
attrait spontané, naturel, appelé amfUiCi-ntia. pour 
le bien <|Ue lui propose rititelligencc. Si elle s'aban- 
donne à cet attrait, à cette comfhiiiitia. elle choisit 
iiéci'ssainmiiil entre «leux biens celui <iui lui appa- 
raît le iiu-ilU-iir. Cependant, faculté libre, la vo- 
lonté pourra suspendre son choix et obliger Tintel- 
ligence à faire un nouvel examen plus judicieux. 
Mais, quand elle aura accepté définitivement le juge- 
ment <le l'iiitelligence, alors elle choisira nécessai- 
rement le bien qui lui apparaîtra le nv ill« ••. C'est 
là, pour Huridan. l'essence même de la llhcrté mo- 
rale. Cette conception de la liberté se rattache à 
l'histoire de Vâne de Buridan. se laissant mourir de 
faim entre deux bottes de foin de ctualité et quantité 
égales, vu que l'une des deux ne lui apparaît pas la 
meilleure et. partant, qu'il ne peut nécessairement la 
choisir. Cette histoire n'est pas dans les ouvrages 
de Buridan • on suiipose que ce dernier s'en servait 
dans son enseignement oral. 11 va sans dire qu'il 
s'agit ici d'un bien particulier. Quant au bien uni- 



>'J7 



vitmI. omiiiK' li's thn|ni^t(•v. lltiiidan .iiliiut cinil 
tntrriiiU' tmijour- ii.'a-.«ainimiu l'adluMnii di. la 
vnlontr. 

206. Martile d'Inghen inopanta au-^i U^ idiis 
d'Ociani. On dit ((u'il cm tant de muW-s ccminic 
pLifcssair, (|iic If, liuaiîN do la ■•■acidtc dc< Arts. 
(■Il il enseignait, étaient devenus iiisuClisants |),,ur 
leieviiir la foide des auditeltis. || prit une part 
liréiHinilerarite au seliisuie d'( Uiident. Il fut le 
premier recteur de ri'niversite d'I leidellier);. Son 
principal ouvrage est i: ■ coniinentaire sur les .u-ii- 
triiir.i ■ (Juaslioii,:'! in i i'.hrum Si-ntcnliunim. 

206. Pierre d'Ailly exerça une intluence omsi- 
déral)le au Concile de Constance oi'i. dans le luit de 
faire éteindre le schisme, il contrilm,- à l'élection de 
.Martin \'. C'est ilans -on traité ',• aitiimi (|u'il 
expose ses théories, d'ailleurs en ..ir faite confor- 
mité avec celles d'( Vcam. Il y a aussi chez li-i (|uel- 
i|ues tendances au nivsticisnie. Il fut le maître le 
Jean (".erson à ()ui plusieurs historiens attrihu , 
Y I mitat'wi lie Jcsus-Chrisl. '.c plus heau livre so .. 
de la main des hommes, selon l'ex])ression de l'on- 
tenelle. 

L'histoire mentionne encore (|uel(|ues autres oc- 
camistes d'un certain renom, tels (|ue 1 leuri de 
Hesse. Albert de Sa.xc, .Vicolas d'( )rcsnie, Johannes 
Doqj. Les doctrines d'Occam ont été plusieurs 
fois condamnées, l^lles furent hamiies des écoles 
par un décret de I.ouis XI. le |-' mars 1473, ^'t '^" 
réalisme thomiste ou scotiste devint l'enseignement 
obligatoire. 



4." 



198 



207. Les Scotiates. — Sans prendre autant d'ex- 
tension que ses puissantes rivales, l'école scotiste, 
formée de la fraction la plus imposante de l'Ordre 
Franciscain, eut une grande célébrité au XIV' siècle. 
Tout en gardant les principaux caractères de la 
philosophie de Scot, les disciples renchérirent sur 
le maître. Ils accentuèrent, outre mesure, son for- 
malisme. Les plus célèbres parmi les scotistcs sont: 
François de Mayron qui. par ses exagérations doc- 
trinales marquées a il coin de la plus excessive sub- 
tilité, a mérité le titre de Magister acntiis absfrac- 
tionum; Antonio Andreœ, dnctor ditlcifluus; Jean 
Canonicus, Jean de la Rive, Jean de Bassoles, Wal- 
ter Hurleigh, doctor planus et pcrspicuns; Alex- 
andre d'Alexandrie, Nicolas de OrbelKs dont le com- 
mentaire des sentences — Commentarius in II' libros 
seiiientianim — fut adopté comme manuel classique 
dans les Ecoles Franciscaines au W' siècle. 

208. Les Thomistes. — La canonisation de saint 
Thomas et le retrait des condamnations portées sur 
quelques points de sa doctrine — condamnations 
qu'Occam lui-même taxait d'arbitraires — firent 
qu'aux XIV' et X\'' siècles, le thomisme eut de nom- 
breux et ardents disciples que l'on trouve en dehors 
de l'Ordre Dominicain, mais surtout parmi les Frè- 
res-Prêcheurs. Gérard de liologne. prieur général de 
1 < )rdre des Carmes, Jean Dumbleton d'Oxford, 
Raoul le Breton et Jean de Fouilly le sorbonniste. 
adhèrent aux doctrines thomistes. Parmi les Domi- 
nicains, citons Hervé de Xédellec, Jean de Xaples. 
Pierre de Paludc. Durand d'Aurillac. Au XV' 



/ 



— 199 — 

siècle il y eut Capréolus, chez qui l'on remarque, à 
cote de rares mérites, certains vestiges de déca- 
dence, et Antonin de Florence. Ce qui, chez les 
Frères Prêcheurs, accrut le nombre des partisans 
du thomisme, fut le renouvellement successif de 
l'obligation imposée par les chapitres généraux aux 
différentes maisons d'étude de l'Ordre de suivre 
l'enseignement du Docteur Angélique. 

209. Les Mystiques.— Aux XI\ > et XV siècles. 
il y eut une recrndescence de mysticisme causée 
probablement par les disputes entre occamistes et 
réalistes, \oyant les graves abus auxquels s'aban- 
donnaient les philosophes, constatant combien peu 
sérieuses étaient parfois leurs théories, quelques 
esprits distingués en arrivèrent à se convaincre que 
tout cela était vanité, et se tournèrent complètement 
vers les choses divines. Certains d'entre eux dé- 
passèrent la mesure. Ils allèrent jusqu'à identifier 
la nature divine avec la nature humaine, sous pré- 
texte que l'âme doit tendre à l'union la plus intime 
avec Dieu. On les a appelés les mystiques hétéro- 
doxes, parmi lesquels il faut citer principalement 
Marguerite P.rrette et Blommardine. dont les écrits, 
empreints de quiétismc et de panthéisme, furent 
condamnés. Ceux qui se tinrent dans de justes 
limites sont appelés mystiques orthodoxes. Ce furent 
Jean Tauler; le bienheureux Henri Suso, domi- 
mcain; Jean Gerson ( 1364-1429). chancelier de 
Pans, qui composa un grand nombre d'ouvrages où 
se retrouve le mysticisme de saint P.onaventure. et 
qui. malgré certaines tendances favorables à Oc- 



cam. combattit fermement le formalisme scotiste; 
Thomas à Kcmpis, l'auteur le plus probable de 
Vfmitatioii de Jcsiis-Christ; Denys le Chartreux, 
surnommé le Doctor extatitus, lequel, en philoso- 
I)hie. se rattache au thomisme. 

210. Les dissidents. — Nous appelons ainsi les 
cclccti(|ues (le l'époque précédente. Tout en res- 
tant attachés à l'enseignement traditionnel, ils lais- 
sent s'infiltrer dans leurs doctrines des éléments 
hétérodo.xes, voire des erreurs. Les principaux sont : 
Jean de lîacon. Maître Eckhart. dont les doctrines 
mystiques reflètent le quiétisme et le panthéisme; 
Raymond de Sabunde qu'on appelle à tort le précur- 
seur du rationalisme moderne. Ce philosophe ensei- 
gnait une thcosofihic qui. contrairement au rationa- 
lisme moilerne. ))rétendait démontrer d'une façon 
npoclictiqiif la vérité des <logmes révélés. Les ratio- 
nalistes modernes n'admettent jias Viwistcncc de ces 
dogmes révélés qui, pour Raymond de Sabunde, 
|)euvent se démontrer intrinsèquement. Le plus cé- 
lèbre des dissidents fut. sans conteste. Nicolas de 
Cuse. 

NICOLAS DR Cl-SF, (14OI I464) 



211. Vie et œuvres de Nicolas de Cuse. — Nico- 
las Chrypfl^s naquit à Cuse, en 1401. Il étudia le 
'cTroit à Padoue et s'adonna avec enthousiasme aux 
mathématiques. ,\près avoir été chargé de missions 
importantes, il fut créé cardinal par N'icolas Y et 
mourut à Todi. en 1464. Ses principaux ouvrages 
de philosophie sont: De docta ignorantia, Apohgia 
doctœ iynarantiie, De conjectiiris. 



— 20I — 



212. Caractère» de la Philosophie de Nicolas de 
Cnse. — I" Bizarn- étrange dans ses théories la 
philosophie de Xicolas de Ciise, n'a pas «l'orienta- 
tion précise, elle se meut dans les .lireetions les plus 
diverses. 2" Comfositc: elle forme un assemblage 
.li-sparate du passé, im alliage de théosophie. de (|uié- 
tisme et ,1e quasi-panthéisme. 3" .Inti-anstalcH- 
cicmw: c est .\icolas de Cuse qui. le premier, lance 
\e cri de guerre: "à bas la secte aristotélicienne". 
Ce n est pas tant à l'aristotélisine (|u'il en veut, 
qu'aux dialecticiens qui critiquent ses o|)inions 4'' 
Piccurscnr de la Kcuaissamc: sa philosophie con- 
tient en germe des principes qui causeront les boule- 
versements de la Renaissance. 

213. Doctrines philosophiques de Nicolan de 
Cuse. — Son ouvrage capital /;.- docta Ujnorantia 
se divise en trois parties qui traitent successivement 
de Mufim (Dieu); du fini (l'homme et l'univers) 
et des relations entre le fini et l'infini. Sans la lu- 
mière surnaturelle, l'esprit humain est semblable à 
I aveugle-né; d'autre part, la raison, n'étant que 
1 épanouissement de la foi, peut arriver à la connais- 
sance démonstrative des vérités révélées. Dans 
l'homme il y a une triple connaissance : l'une sensible 
(seiisiis). l'autre rationnelle (ratio), la troisième 
intuitive (intelleetns). Les deux premières ne peu- 
vent être appelées vérité. Seule Vintellectns. soutenu 
par le secours surnaturel, nous élève à l'intuition de 
1 umté divine. Dieu, la vérité immuable. Et donc, 
de nos propres forces, nous ne pouvons pas con- 
naître l'nfini. Cette conscience de notre ignorance 



202 ^ 



\vml 



est la véritable sagesse, c'est la docla ujnorantia qui 
doit servir de base à la théologie négative, nouvelle 
théologie, destinée à remplacer la théologie posi- 
tiie dont les spéculations sont fausses. En Dieu les 
contradictions s'unissent. C'est la théorie de la 
coincidentia opfositorum. Cette coïncidence, d'après 
Nicolas <le Cuse, est semblable à la ligne courbe qui 
se confond avec la ligne droite lorsqu'elle (ligne 
courbe) est diminuée à l'infini. Dieu, dit-il encore, est 
l'infîniment grand. Mais, comme il ne saurait être 
moindre qu'il est, il est à la fois l'infîniment 
petit (!). Pour lui, l'univers contient explicitement 
ce que Dieu renferme implicitement, ou, suivant son 
expression, les choses sont des théophanies divines. 
Nicolas de Cuse a-t-il été un panthéiste? On pré- 
tend, pour sauvegarder son orthodo.xie. qu'il n'a pas 
déduit logiquement toutes les conséquences que con- 
tenaient les principes énoncés dans ses écrits. 

214. Les Antiscolastiques. — Ce sont les philo- 
sophes qui prirent franchement (josition contre les 
grands docteurs de l'époque précédente. Il convient 
de nommer Jean de Jandun et Jean de Gand, dont 
les œuvres sont infectées d'averroîsme ; Thomas 
Rradvvardine et Nicolas d'.Vutrecourt. regardé 
comme un des précurseurs du phénoménisme 
(théorie qui nie la réalité des substances), et qui 
prétendait qu'aucune vérité n'est certaine si elle 
n'est pas réductible au principe de contradiction, 
pour cette raison — d'après lui *^- jours — que le 
principe de contradiction est le seul principe évi- 
dent par lui-même. 



— 203 — 

TroWème Période 

LA PHILOSOPHIE DE LA RENAISSANCE 

Coïst k'^K**""" "• '' «•'»i«ance. - Suivant 
Cousm, la Renaissance est " lë.lucation de la pensée 
moderne par la pensée antic.ue ••. Cette défi'nido, 
ap„hq,.e aussi bien à la philosophie qua la liuéra 
lire. C est le retour vers l'antiquité. Elle constitue 

âge et la philosophie moderne. Ce mouvement de 
n'tnu>, comn,ence .labord en Italie, se propagea 
rapidement en France, en Angleterre, en AllemaX 
II eut pour causes principales: ," Vinrcntiord 

Z'Z'"- r ^"""'"'"^ ' ^^P-''- -^ Europe 
avec une prodigieuse rapidité, des .euvres nouvelles 

Itahr, Deux raisons expliquent cet exode: Thos- 

ï; , 'r;"":r ^"'\ -«•■"■■-' - ftane. ni 

a^ant 1453. et la prise de Constantinople. Ces sa- 
vants apportèrent avec eux les ouvrages originaux 
'lAnstote. de Platon et de Plotin. 3" La J/Wmc 
.«..doi-, est sorti le libre J^n^^Z 
gendre nécessairement Imdépen.lance. ennemie de 
toute autorité.. 4" /.<•. .jrandcs dccourcrtcs scicntt 

S -cnr""' r"'""'"' ""' '"™'""'^^ """^•^"'' '■' '■•ccen- 
tuyc^it outre mesure la soif du nouveau. 

„h?, ~w '"" ''•'■■"•'"''' ''■■ '" '^olostiquc: cette 

1 1 . osophie en effet, se donne pour mission de sup- 
planter Anstote et de le remplacer par des philL 



— 204 



In î 



1 ' 
',1 



-•l-hc. .le s.co,„l onlrc. 2" Dàhujm-isc ,ln do,,mc 
'M,iu,. autant la philosophie scoIasti,,ue' ,h, 
\IH' siècle avait été respectueuse de la vérité révé- 
lée, autant la philosophie ,1e la Renaissance se mon- 
tra dédaigneuse à son égard. 3" Passionner fur 
tonte nonvcautc: tout ce <|ui est nouveau a ses préfé- 
rences |'o„r elle, les anciens systén.es sont passés 
<Ie n,o.le. 4" llctcro<,cnc: elle renferme les svstènies 
es |,lus opposés et les théories les plus incompa- 
tibles. 5 Inorfianiquc: les éléments épars dont elle 
est faite, empêchent qu'elle forme un tout compact 
et une synthhc harmonieuse, à re.xemple de la sco- 
lastique. a 1 époque ])récédente. 

217. Influences des différentes écoles. - \ cette 
période de renouvellement, les anciennes écoles exer- 
cèrent une influence prépondérante, .Ainsi les idées 
pyt hagonciennes avaient été remises en honneur, 
.Illustre et savant canlinal liessarion, Marcile 
1' .cm Jean Pic de la ^îirand,>Ie, Fran.vis Patrizzi 
qui. (1 aristotélicien qu'il était, devint fervent adepte 
de [ laton. représentent l'école platonicienne Ale.x- 
andre .Achillini, .André Cesalpini, se montrèrent les 
antagonistes des pîatoniciens en propageant 1 - idées 
de 1 école i>éripatéticienne. L'école panthéiste trouva 
un fervent adepte dans Giordano l'.run,,. moine 
'l<>"iip<cain qui, à cause de ses erreurs et de ses 
égare ems. fut jugé comme relaps et con.lamné à 
être brule a Rome, en ,600, VaUhimic et la manie 
eurent a cette époque de nombreux partisans, 

218. Les phUosophes. - La Renaissance eut un 
double courant. Elle se manifesta <lans les sciences 
th,losoMiHincs et ^/,v./,/,„^. Xommons simplement 



— JOt — 



<|Uel<,uos fhil.soMu-s et q«d<,ucs s,na„h ,Ic cette 
opoqui.. l'.,n,ponat ( 1462-.526), dans ses .mvraee, 
en sa,,,,nya.U si,r ram,.rite ,rArist„te. tache <Ie' 
p-.ouver la morUUitc .le I an,e hun)ai.,e et la non- 
e.x.:-e.,ee ,1e la liberté qui, daprés lui. est inc.nei- 
.able avec la l'n.vidence. Son disciple \ani„i 
'5f<.-i6r9,. interprète Arist„te à la „,aniOre 
-lAverroes et enseigne léternité de la matière 
lelesu. (■50S-,.SK«). |„i, K„t, ,,,^. ,,,,ar„enK.nt 
contre le Stag>nte ; d'où son snrnon, ,r " ègorgeiir 
<le la phdosophie peripatèticieinte •■. Campanella 
i5<;>3-î639). aitteur ,1e la Cite du S.lcil. soutient 
U-s Klees ,|ne Platon expose ,lans sa AV/.»W,V/„.. 
(..onlano lîruno , ,S48-,(x „ se signale pour son 
pant u.snie myst.qne. Ramus (■ 5 . 5- . 572 ) combat 
Anstote^ prmcipalenient sur le terrain ,1e la logique 
219. Les gavants. - On cite au premier rang le 
célèbre pemtre Léonard ,1e \i„ci ( .425-5.9). qui 
ut un savant ,1e gran,l renom. On lui doit de nom- 
breu.x et remarquables travaux scientifiques. Dan. 
les sciences astronomiques à cette époque, brillent 
topennc (.473-,543). qui présenta comme hvp,,- 
Msc la théorie de 17,<V/o,-<-«/n-^«,<-,- (îalilée ( .47,- 
1543) qu. énonça cette même théorie comme thèse- 
Kepler (.570-.630). auteur ,1e lois astronomiques 
qui portent son nom. Dans les sciences naturelles 
sont clignes de mention: Paracelse (.493-. 54.), 
\an Hdmont (.577-1644). Michel Servet (fjoi 
1543). V esale (.5.4-1553). Au rang des mathéma- 
™ citons Tartaglia. Cardan (.50.-.S7S) et 
^■ete (1540-1603). ^' 



miil 



— 206 — 



BIBLIOGKAPHIE 

AtURD. — Histoire des ferséculioiis. 
pl^hsopHû""" •" '" ''"'"•"'PX''- OiCionnaire d, 

cL^AY"-T"inlf' t '" /'"'fe-"""-^ médiévale. 

i;Rfipi Kt. — Us apologistes chrétiens 
GoNZAui;/. - - Histoire de la philosophie 
Hakau. - La philosophie s/olastique 
ui^^'Z.^'ii,''"'''" " /,<*"'lolélisme. 
jANgT ET Séaiuks. — «M/oir; de la philosobhi.- 

aX ' -" tlolo^ophie scolastique exposée et di- 

DEZ^Rnavr-^T' ''S'»^?'""" " l-Averroisme. 
-iseaines ^■~'''' ""'''""«e et les traditions fran- 

W^J'J'°~J''&"''"^'""" <'' '" icolastique 
VfmsR. - H,sto,re de la philosophie européenne. 



I 



TROISIÈME ÉPOQUE 



LA PHILOSOPHIE MODERNE 

m. Oaraotèrei de la Philorophie moderne. - 

1 Bmiemie de toute autorité: autant la philosophie 
du moyen âge avait respecté - sans y adhérer en 
tous points - l'enseignement des grands penseurs, 
autan celle de lepoque moderne fut insoum.se et 
mdependante. Elle ne fit aucun cas de ce qui avait 
ete d.t avant elle. Quelle que soit l'opinion des 
autres, même s'ils jouissent d'une haute réputa- 
_t.on, la vente n'en .lépend pas, puisque, selon Bacon 
la vente est fille du temps (c'est-à-dire de l'expé- 
nence), non de l'autorité". Et cette indépendance 
de toute autorité amène nécessairement la sépara- 
t...n totale de la philosophie et de la théologie, de la 
raison et de la toi. 2» Préoccupée à l'extrême de la 
méthode: a celle-ci, en effet, elle donne une impor- 
tance exagérée et la renouvelle complètement. La 
méthode devient subjective et consiste dans une cri- 
tique de lesprit, de ses lois, de ses moyens de con- 
naître. Dans cette critique, dans cette analyse sub- 
jective de l'entendement, on cherche les conditions 
et les limites de la science. Jusque là, on avait suivi 
une marche plutôt synthétique. La philosophie mo- 



— jo8 — 

,krnc à la syiillti:<:^- substitue l-<./i<./.v.v.-. yobscnation. 
mais <l'unc niaiiiorc exagircc. 
221. DiviriOM. — Nous iiartagerons cette ci>o(|ue, 

ininiiH- les prOcedcntes. en troi> ffriodcs : 
!"■ /-.wiix/.- ; le (/i.i-.«.-''fiV"i.- sihl'-- 
2"" l'criixl,- : le tiix-hiiiliciiii' sii\U\ 
3'"' i>cr'wili- : le rt'i.i-iir/i: iàiic sihU: 

Première Période 



LK DIX SKPTliîME SifeCLK 

222. Caractères de la Philosophie au XVII' 

gj^cle. 1" Empirique au eiminuiicenient a"cc !!a- 

con qui. substituant l'analyse à la synthèse, ne prône 
que lex(iérience coirnie méthode digne de ce nom. 
L'empirisme de lîacoii dégénérera en sensualisme. 
2" Kafwnc: ^tc avec Descartes qu. se tient juste a 
l'opposé de llacon. Le célèbre philosophe français 
remet lu déduction à sa i>lace d'honneur. Male- 
branche. un des disciples.de Descartes, poussera le 
rationalisme du maître jusqu'à l'idéalisme. 3" Eclec- 
tique avec Leibniz dont l'ambition était " de prendre 
le meilleur de tous côtés et d'aller plus loin encore . 

FRANÇOIS BACON (1561-1626) 

223. 'Vie et œuvres de Bacon. —Né à Londres. 
Bacon fut d'abord attaché d'ambassade en France, 
puis avocat dans sa ville natale. Par ses intrigues 
et par son ingrate conduite envers son bienfaiteur 



— 2a) — 



le comte il'r.»i'.\ t|ii 



sur ronlrc «l'HIizalwlIi. tut \\\ 






tête tranchée, il arriva aux plus hautes charges de 
son pays. NoniniO grand chancelier d'Angleterre par 
Jac<|ues I" avec les titres de han.r de \ erulain et 
de vicomte <le St-.Mhan. il ne jouit pas longtem|.> de 
ces honneurs. On Inccusa devant le Parlement de 
malversation dans l'exercice de ses fonctions, lîacon 
avoua ingcmuiiient (|u'il avait fait comme ses i)ri:-di- 
cesseurs. .1 fut condamné à être dépouillé de ses 
«iignités et à être enfermé dans la tour de Lon.lres. 
Le roi l'exempta de la prison et de l'amende sans 
toutefois le rétablir dans ses hautes fonctions. Rendu 
à la vie privée, lîacon consacra ses loisirs à l'étude 
des sciences et de la philosophie. Son principal 
ouvrage est intitulé: /iislaiiratio matjna. grande res- 
tauration des sciences. 11 comprend six partie^ 
dont les deux premières seules sont achevées, \oici 
les titres de ces six jiarties i" De diynitatc et aiii/- 
meniis seientiarum: 2" Xorum Oryannm; 3" Histo- 
ria naturalis, 4" Scala intelleetiis; 5" Prodrnmi, sue 
anticifationcs phihsophicr secundo: ; 6" l'hilosophia 
secundo rel activa. 11 y a encore: Dcscriptimi du 
globe intellectuel; Système du ciel; Essais de mo- 
rale et de politique ; De la sagesse des anciens. 

224. Caraotèrei de la Philo»ophie de Bacon. — 
1" Dédaigneuse de l'antiquité : malgré quelques 
éloges décernés aux sages de la Grèce. Bacon ne 
ménage pas les anciens. Il trouve leur conception des 
choses, enfantine, leurs observations, incomplètes. 
et les appelle babillards. Il les accuse de n'avoir 
cherché dans la science qu'un vain plaisir de l'es- 



— 9IO — 



prit, et qualifie Socrate, l'Iaton et Aristote, de vul- 
yaires sophistes. 2° Utilitaire : le but de la science 
n'est pas la recherche de la vérité pour la vérité, 
mais l'amélioration des conditions de la vie humaine. 
Il le dit lui-même dans son Notmm Organum, I. 82 : 
" La fin véritable et légitime des sciences consiste 
uniquement à doter la vie I <imaine de nouvelles in- 
ventions et de nouvelles richesses. " 3° Expérimen- 
ile : il insiste beaucoup sur l'observation des faits 
set -.ibles. Aursi bien, ses préférences vont .. l'in- 
duction. Les raisonnements déductifs des anciens 
n'ont, pour lui, aucune valeur. Ils ont été la cause 
de bien des erreurs. Le syllogisme, dit-il, est " un 
instrument trop faible et trop grossier pour pénétrer 
dans les profondeurs «le la nature ". 

226. Diviiion de la Philoiophie de Bacon. — 
Polir le philosophe anglais, le livre à commenter et 
à déchiffrer est celui de la nature. Donner à 
l'hotiiine une méthode qui lui permette de se rendre 
maitr< de la nature, telle a été la tâche que s est 
imposée Bacon. Laissant de côté les sentiers battus, 
il a viiulu ouvrir à l'intelligence huma':e une voie 
nouvelle. C est donc un travail de ré. ^[anisation 
qu'il entreprend. Son œuvre peut se ramener à 
trois ])oints principaux: classification des sciences, 
classification des erreurs et méthode. 

226. OlaBsifloation des soienceg d'après Bacon. 
— C'est dans la première partie de son Instauratio 
magna, intitulée : De la dignité et de I accroissement 
des sciences, que François Bacon donno cette classi- 
fication. Il part de ce principe: l'âme humaine est 



— 311 — 



- 

I 



le siège propre de la 



trois facultés • la mhn'T'^' *^'' ' "' '""""'"«^ " 

,.;V'*, ""'.'"""■'■ ^'^•I'..".! Vhisloirc. soit „«/„. 

£/'««/'.«. la poésù: l.a philosophie a L. Z!; 
D'eu, la nature et II,o,n„,e LU . . i • ' 

'ICS1)niKlpts loniMUUl^ à toU'cs 1rs v.-i,... 1 

.tu l,e cause matcrirHr et ..^,./.-„/.., „„■•/„/./, v./,,,' 
227 Olwriflction de. erreur, d'.prè. Bacon - 

:r:ur^:r^-— --=-= 

■««<-. v_ette partie deuxicme de Vlnstaumiin 
a,,,„ porte le non, Je Xorn^n OrnaJn ZZt 
Mt.on a rOrganon d'Aristote Le kn-,„,, n 
-.prend deux livres: le pre„i:r';;rS:::r 

•Srtrreroi.T^ ''" ■' ^ "°"^ '^"^ "^ "-"-"^ 

moyens de reahser ce progrès. Les obstacles, le. 



i 



difficultés, il les appelle faiitûmcs. ou mieux idoles. 
parce qu'on leur rend les hommages dus à la 
seule vérité. Ces fantômes, ces idoles sont au 
nombre de quatre. 

I" Idoles de la tribu (idoki tribus), idoles, fan- 
t.jmes de la tribu humaine, de Vespcee humaine toute 
entière. Ils sont fondés sur la nature même de 
l'homme. 2" Les idoles de la caverne {idola specus): 
ce sont les préjugés propres à chaque individu. 
Chacun a comme sa caverne " où la lumière natu- 
relle, dit '.îacon, ne pénètre que brisée et corrom- 
pue ". 3" Les idoles du forum ou de la place publique 
{idola fori): ce sont les erreurs qui viennent des 
relations sociales, engendrées surtout par le lan- 
gage. Des mots mal compris, obscurs par eux- 
mêmes, occasionnent très souvent ces erreurs qui 
ont cours partout. 4" Les idoles du théâtre (idola 
thcatri) : ce sont celles qui naissent des fausses 
théories, des faux systèmes. On les appelle idoles 
du théâtre, parce que les systèmes c|ui les causent 
'• sont autant de pièces de théâtre, dit Bacon, que 
les divers philosophes sont venus jouer, chacun à 
leur tour ". 

Au reste, ces erreurs ne doivent i)as nous décou- 
rager. Le seul moyen de s'en affranchir, c'est de 
suivre la vraie méthode, et par elle, on est sûr d'arri- 
ver, à la fois, à la science et à la puissance, car 
science et puissance sont synonymes: Tantum pos- 
sumus quantum scimus. 

228. Méthode de Bacon. — Il expose sa méthode 
dans le deuxième livre de son Novum Organum, 



— ^13 — 

cest-à-dirc dans la Pars informons. La n.ethode 
baconienne est lart crinterprétcr la nature. Le Init 
de la science n'est pas tant <Ie comprendre la nature 
que de son rendre maître. On y parvien.lra par 
1 étude des causes : tr.<- seire. per causas scire ; no,. 
|)as ..es causes finales qui font l'objet ,1e la théo- 
;/n'. mais des causes formelles, c'est-à-dire des /„,> 
'|U. régissent les phénomènes. La vraie méthode la 
seule capable de nous procurer la connaissance des 
lois, c est 1 mdnction qu'il faut nécessairement mettre 
a la place des vains raisonnements de la dialectique 
Car, la déduction ou le .U'ilogisme est un procédé de 
logi-iue formelle, non de logique réelle, il lie l'esprit 
n,m les choses, assensum astrintjit non res. Et cette 
.nduction baconienne ne va pas. comme d'un bond 
'les faits particuliers à <!es généralités abstraites et 
vagues — c'est le reproche qu'il fait aux anciens — 
mats elle procède lentement, .jraduellement. sans 
omettre aucun intermédiaire, parce que. ce dont a 
Desom le savant, ce ne sont pas des ailes, comme le 
croyait Platon, mais des semelles de plomb, non 
"las sed plnmbum. La méthode baconienne com- 
prend trois degrés: ,'■ Y observation des faits- v> 
I expérimentation; 3" Vindnction des lois. 

V l'observation des faits : c'est ce par ,|u.)i il 
faut commencer. Les faits de la nature n'ont pas 
tous la même importance. Les uns sont, plus que 
les autres, dignes d'attention, liacon les appelle- 
tM,ts privilé;,,és. Ces faits privilégiés sont ou ^.- 
tensifs. s ils montrent manifestement la nature étu- 
diée, par exemple, la raison dans l'h.mime ; ou ,/<7h- 



^' 



— 214 — 

destins, s'ils ne contiennent qu'à un infime degré la 
propriété cherchée, par exemple : la cohésion est très 
faible dans les fluides ; ou faits de migration, si chez 
eux, la propriété en question passe du néant à l'être 
et inversement, par exemple : la blancheur du papier 
diminue quand on le mouille; on distingue encore 
les faits limitrophes, les faits irrégulicrs, les faits 
aberrants, etc., etc. 

2" L'expérimentation : il faut aussi expérimenter, 
c'est-à-dire provoquer les faits instructifs. L'expé- 
rimentation, suivant l'expression de Bacon, a pour 
but de forcer la nature à livrer ses secrets. Après 
avoir provoqué le plus grand nombre de faits pos- 
sible, on doit les distribuer en trois tables : table de 
présence, où l'on notera toutes les circonstances pré- 
sentes, qui accompagnent le fait dont on cherche la 
cause; table d'absence, où l'on notera soigneusement 
si le fait dont on cherche la cause, ne se produit pas 
lorsque telle circonstance n'existe pas, ou est ab- 
sente ; table de degrés, où l'on remarquera si le fait 
dont on cherche la cause, croit ou décroît avec la 
variation croissante ou décroissante des circon- 
stances. L'expérimentation faite, si telle circon- 
stance est présente. lorsque le fait dont on cherche 
la cause est présent, si elle est absente lorsqu'il est 
absent, si elle rarie dans les mêmes proportions, 
al(irs on conclura que cette circonstance est la cause 
du fait ou du phénomène donné. 

3" L'induction des lois: c'est la troisième phase 
du procédé baconicn. Elle consiste à tirer des faits, 
des phénomènes observés, expérimentés, telle loi (|ui 



— 215 — 

s'appliquera à tous les cas. Cette troisième phase 
est 1 oeuvre de la ..«/. raison et constitue la méthode 
tnaucttvc proprement dite. 

229 Appréciation. - Il serait faux de prétendre 
que Lacon a ete 1 mventeur de la méthode induc- 
tive. Cette méthode était déjà connue et expliquée 
par les ancens. voire par ses contemporains. Aris- 
ote, Albert e Grand, saint Thomas, Roger Bacon. 
Léonard de \ mc>. Copernic, Kepler et surtout Ga- 
hlee eta.e, des observateurs avertis de la nature 
Cependant nous devons savoir gré à François Bacon 
d avoir m,s en lumière cette méthode, d'en avoir 
^rmule les règles et de lavoir i,i,posée à l'attention 
cle ses contemporains. 

Bacon a commis une très grosse erreur en reje- 
tant la déduction : rejinm,.s igitur syllogismum, 
repete-t-.l a plusieurs reprises. Sans compter les 
services mappréciables rendus par ce procédé dans 
les sciences spéculatives, il est historiquement dé- 
montre que le syllogisme, dans les sciences expéri- 
mentales, a conduit à iJusieurs <Iécouvertes L'ex- 
emple de Le\-errier prouve assez qu'on ,,. ut arriver 
a de véritables découvertes scientifiques en dédiii- 
sant dun prmcipe donné les conséquences qu'il 
renferme. Et Stuart Mill l„i-„,éme. avec toute son 
admiration pour la inétho<Ie bacniennc reconnaît 
q-e les sciences ne peuvent faire grand progrès sans 
1 emploi alterné de Vi„d,ution et de la dcductio,, 

Aussi bien, pourrait-on dire que lîacon a été plu- 
tôt 1 interprète du mouvement scientifique de son 
époque qu'il n'en a été l'initiateur. Suivant son 



u 

: t 



— 2l6 — 

expression, il s'est fait le héraut {bnccinalor, de la 
science; Il a "ouvert la route aux générations fu- 
tures , il a été •• le clairon qui sonne la charge le 
sonneur <le cloche qui, le matin, se lève le premier 
I)our éclairer les autres ". 

Quelques passages de lîacon le justiHent facile- 
ment du reproche d'athéisme. C'est lui qui écrivait- 
.(aimerais mieux croire toutes les fables de la 
Légende, du Talmud et de l'Alcoran. que de croire 
que cette gran.le machine de l'imivers. où je vois -m 
ordre si constant, marche toute seule, et sans qu'une 
intelligence y préside. " et encore: " Si peu de phi- 
losophie naturelle éloigne de IJieu, beaucoup y ra- 
mené. Toutefois, il n'en a pas moins ouvert la 
voie a l'empirisme moderne en prônant, comme 
méthode surtout, l'expérience sensible. 



i 



THOMAS HOBBBS (1588-I679) 

230. Vie et œuvres de Hobbes.-Thomas IFobbes 
naquit a Malmesbury. en .Angleterre. Après avoir 
fait ses études à Oxford, il fit. en France, plusieurs 
voyages qui le mirent en relation avec Gassendi, le 
1 . Mersenne et Descartes. 11 mourut en 1679. Ses 
pr.ncipaux ouvrages sont le f.criatlwn qui contient 
sa métaphysique; le Dr Chc où il expose ses théo- 
ries politiques, et un Traite de h nature humaine. 

231. Caractères de la PhUosophie de Hobbes. ^ 
1 \Iatér,al,ste : l'immatériel n'existe pas pour 
Hobbes. ou du moins, s'il existe, sa connaissance ne 
relevé pas de la philosophie, mais de la théologie 



— 217 — 

.action. la recherche ,lu plaisir, la fuite .le la 
''""leur. 3" ncsMUme: le ,Iesp.ti,.„,e est a Lil- 

:::ir^ '' '"'''-'""■' -'' ^--^ -- «^ 

232. Philosophie spéculative de Hobbes. - i-He 
est nonu.ahstc et ..<•;,.„„//.,,, ,.„„, ,„■ ,.. ,.^. ^.^ 
verselle, générale na ,u'une realité verhale. Elle 

cerveau. Toute substance est corporelle. I.anie 
elle-même n'est que matière. 

233. Philosophie pratique de Hobbes.-Sa .no- 
rale est ut.htaire. Elle nest <,,e lart de jouir le Z 
possible avec le moins de peine. C'est le règ^e .! 
Icgo.sm,; et cous les sentiments en sont la^nétâ 
morphose. Vt donc, la société nest pas natt eÎe 
Letat de nature, c'est la lutte de tous contre tous .' 
musqué l'homme doit avant tout chercher sa jou V 
sance personnelle, son propre intérêt deviendra 
nécessairement en conflit avec celui de son v'Î 
l'omo ,,om,m lutus. Mais bientôt. les hommes 
^ aperçoivent que cet état de guerre est le pire Z 
os les maux. Us se réunissent, et pour ohlenlr la 
aix Ils conviennent de renoncer à tous leurs droits 
>ls forment le pacte social. Par ce pacte ils re- 
mettent la puissance .sociale entre les main d'un 
ul homme qui a tous les droits avec le .Icvoir de 
"lamtenir la paix. Sera hn.,. ce que décrétera le 
•Weram; sera mal. ce qu'il interdira. C'est le 
despotisme et Vabsolulismc. 
234. Appréciation. - Thomas Hobbes a été très 



2l8 



conséquent avec lui-même. L'enchaînement des con- 
clusions qu'il a énoncées est d'une logique impec- 
cable. Disciple de Bacon, il en diffère cependant 
par sa méthode qui est plutôt déductive. Il a ix)rté 
le sensualisme baconien jusqu'à ses dernières limites. 
Les tristes lonséquences auxquelles ont donné lieu 
ses théories socialei nous sont un excellent argu- 
ment pour nous en faire comprendre toute la 
fausseté. 



GASSENDI (1592 1655) 

236. Vie et œuvres de Gassendi. — Surnommé 
le saint abbé de Provcnic. Gassendi naquit à 
Champtercier près de Digne. Docteur en théologie 
de l'Université d'Avignon, il professa la philosophie 
à l'Univei ^ité d'.\ix et les mathématiques au Collège 
Royal. Il mourut en 1655. Ses princii)aux ou- 
vrages sont : E.vcrcitatioiics paradoxiccc advcrsus 
Aristotcleos; Dis.ijiiisitio mclaf'liysica adicrsiis Car- 
tcsinni; Diibitationcs; fnslanti<r advcrsus Cartcsii 
iiii'ta/>li\'siiam ; De vita. moribiis et phnitis Epieuri. 

236. Doctrines philosophiques de Gassendi. — 
Il combattit toujours la scolastique et le cartésia- 
nisme, (jassendi tenta de réhabiliter Epicure en 
essayant de concilier les enseignements du philo- 
sophe grec avec la théologie catholique. i\dversaire 
de Descartes, admirateur de ISacon. il rejette la 
théorie de l'innéité des idées et se déclare empi- 
rique dans cette question. " Toutes nos idées 
viennent des sens. " c'est ce qu'il en.seigne exprès- 



— 219 — 

sèment au début de sa logique. Il fut aussi un 
astronome de haute envergure. 

JOHN LOCKE (1632-1704) 

237. Vie et œuvre, de Locke. - Locke naquit 
en 1632, a W nngton, près de liristol. en Angleterre 
ttudmnt a Oxford, il prit un grand intérêt a^a phi- 
losoph.e de Descartes et s'appliqua à letude ,1e la 
physique, .le la chimie et surtout de la médecine 
Au sortir dOxford, il entra au service <le Lord 
Ashley, plus tard, comte de Shaftesbury, dont il fut 
successivement le secrétaire et le médecin. Après la 
déchéance et la mort de son maître. Locke alla rési- 
der e., fiollande (,683). Il y demeura jusqu'en 
I0«9. A cette époque, il rentra en Angleterre à la 
suite de Guillaume .l'Orange, et mourut à Oates 
comte d Essex-, en ,704. Ses principaux ouvrages' 
^onv hssm sur le ,joHrcn,emn,t chll; Lettres sur 
la tolérance .■ Pensées sur rédneation ; Essai sur 
I entendement humain. 

238. Caractères de la PhUosophie de Locke.- 
I Emfmque : adversaire .le Descartes, le philo- 
sophe anglais rejette l'innéité de n.xs i.lécs. i>„ur 
lui, elles viennent de l'expérience. Aussi bien 
comme t.uis les empiriques anglais, Locke appliqua 
la metho.le inductive à l'étude de l'entenclcment 
Himam. Il faut ajouter qu'il n'est pas un empi- 
rique sensualiste. Suivant sa d..ctrinc, les sens ne 
sint pas 1 unique source de n,)s cmnaissancc^ • et il 
enseigne que beaucoup .l'i.lécs nous viennent de la 



i20 — 



reflexion, qui est " la ijcrception des opérations de 
notre âme sur les i<léces remues par les sens ". 2" 
Anti-cartésicnuc: la pliilusophie de Uocke se carac- 
térise par une réaction exagérée contre l'idéalisme 
de Descartes, bien (|u'elli.' lui cnii)runte plusieurs de 
ses théories. 3" [Itilituirc: c'est l'intérêt i|ui prime, 
chez l.ocke. et souvent, est comme l'âme de tous ses 
écrits. Toute la loi morale, pour lui. se réduit à la re- 
cherche du bien-être. Cependant l'.acon s'(K-cupe peu 
de l'autre vie. Locke, au contraire, met au premier 
rang les vérités (|ui sont nécessaires à l'obtention 
du bonheur dans l'autre monde. 4" Libérale, en 
politique surtout. Kocke combat le despotisme 
absolu de I lob' s. et, à ce point de vue. on i)eut le 
considérer comme l'un des fondateurs du libéralisme 
moderne. 

239. Psychologie de Locke. — La théorie de la 
connaissance est l'objet de la psychologie de Locke. 
On peut dire que cette théorie est basée sur un 
double principe : il n'y a l'as d'idées innées, nos idées 
viennent de l'expérienee. 

Il n'y a l'as d'idées innées. Locke consacre la 
première partie de son Essai sur l'entendement hu- 
main à démontrer (|uc nous n'avons pas d'idées 
innées. Il observe (|ue Vnnirersalité de certaines 
idées parait être une i)reuve de leur innéisme. Or, 
ces prétendues idées innées, n'ont pas cette univer- 
salité. En effet, les enfants, les idiots, les ignorants 
ne connaissent aucunement le principe d'identité et 
le principe de contradiction. Kt d'ailleurs, ces idée>" 
fussent-elles, à un moment donné, commîmes à tous 



— JJI — 



les esprits ra-sonnaLk-s. il fa,„|rait al..rs pnnivcr 
qii elles n ont pas une origine empirique. Ces idée, 
sont-elles ,lans l'esprit à IVtat latent:- Pas p|„s re 
pon-l Locke: r/n- ,/.,„. l\-si<nt et être amm,. p..„r le 
ph,los..phe anglais, sont une seule et ,nén,e chose 
Lne Klee .nconsciente. c'est une contra.liction ,lan^ 
es termes I. nrncUmc .les idces est .lonc une inve.i- 
t.on sans fon.Ie.nent. .Votre esprit, à son origine 
est con,n,e une feuille hla„c!,c. ou. suivant le n,o, 
<1 Aristote. connue une lahic rase. 

Xos idées :iemient de rexl^érienee. C'est ce .lu'il 
|>rouve<lans la seconde partie .le son ouvrage II v 
a .leu.x expériences, enseigne Locke: la sens.,tion .,ui 
est la perception .les phénomènes extérieurs au 
moyen .les sens, la réflexion .,„i est la perception 
des phénomènes intérieurs. c'est-à-.Iirc .le l'activité 
<le I mtehgence elle-même. Les i.lées sont de deux 
sortes: les idées simples et les i.lées composées. 
Les Idées simples sont celles qui vierment .le la sen- 
sation et de la réflexion séparées ou réunies, l'intel- 
Lgence restant tout à fait passive: par exe.npie: la 
couleur qu, est fournie par la vue (sensation). 
Klee .le volonté qui est fournie par la réflexion 
1 >dee d imité qui est fournie par les .leux I es 
Idées composées sont celles que forme l'esprit lui- 
même en •• répétant, combinant et comparant " des 
.dees sinn^les. Au XII' chapitre <Ie son Essai. 
Locke d.vise les idées composées en trois classes ■ les 
Idées de modes, les i.lées de substances, les i.lées .le 
relation. Les modes, à leur tour, sont simples lors- 
qu Ils sont la combinaison .le la même i.lée simple 



I 



— 212 — 



Ainsi la distance, la surface sont des combinaisons, 
des modifications (modes) de l'idée simple Aesface. 
La mémoire, le raisonnement, le jugement sont de 
simples modes de l'idée de pcisêc. Les modes sont 
mixtes lorsqu'ils sont la combinaison de diflferentes 
sortes d'idées simples, .\insi. l'idée de sacrilège, de 
meurtre, est faite de la combinaison des idées simples 
tVaction, de drconstamw de motif, etc. 

Ouant à l'idée de substance, ne [louvant pas con- 
cev'oir cniimient les idées simples se soutiennent 
elles-mêmes, nous imaginons une idée complexe de 
substance comme un substrat <iui supporte les idées 
simples unies ensemble, l/i.lée de substance, somme 
toute, n'est donc qu'une collection d'idées, de qua- 
lités simples. Les idées innées de Descartes ne sont 
que des idées complexes, c'est-à-dire des combinai- 
sons d'i.lées simples. Et donc, l'idée d'infini résulte 
de l'addition du fini au fini. L'idée de rWodoii sur- 
git de la comparaison faite par l'esprit entre deux 
choses. Elles sont innombrables, les relations. Les 
principales -ont celles de causes et d'i'(/c/i<i/c. Tour 
Locke, la cause n'est qu'une relation et il la définit 
•• ce qui produit ". h'ideutitc surgit, lorsque consi- 
dérant une chose dans un temps déterminé, nous la 
comparons à elle-même dans un autre temps. 

Si donc, comme le prétend Locke, toutes nos 
idées viennent de l'expérience, les limites de nos 
connaissances sont celles de l'expérience même. Et 
cimséquemment. tout ce qui dépasse les phénomènes, 
tout ce qui appartient à "ordre métaphysique, nous 
est inconnu., .\insi la substance existe, elle ne peut 



— •»-«3 — 

être connue. Cependant, le philosophe anglais croit 

que I existence ,1e Dieu peut être .lén.ontr.fe. et pa - 

ant. connue, par Tordre qui existe ,lans l'univers 

Quant a la sp.muali.é de l'âme et à son immortal té' 

V,.^' '"°"'îf/''.'"ieur. les phénomènes, il les admet 

it^nieri :".''" '■"''" -^^"'■''"""- semble 
les n,er. 11 part de ce principe que l'entendement ne 
perçct que ce qui lui est immédiatement présont 
Or les choses extérieures ne peuvent pas ui être 
.mmed,atement présentes- cela se comprend. E 
-lonc. ce ne sont que leurs n'trcscUations qu'il per- 

240. Morale et politique de Locke. - U n,nrale 
et la poht.que de Locke ont le caractère général de 
sa philosoph.e spéculative, cest-à-dire qu'elle, ont 
une ten a à ,,,,,,,iHsme. Pour lui, Is n^til 
e h,e„ et de mal. ne sont pas absolues, elles varient 
su.vant les temps et les lieux. La loi morale. so„,me 
oute. se réduit à la recherche du bien-être. En poli! 
■que. d combat l'absolutis„,e de Hobbes, et niain- 
t.ent que 1 homme „'a pas perdu ses droits en pas- 

Ircts. est e droit naturel de garantir et de déve- 
lopper sa hberté. et par suite, le droit de posséder le 
produit de son travail, le droit de se défendre Ft 
des lors-contrairement à l'enseignement de Hobbes 
-letat naturel des hommes entre eux n'est pas la 
guerre. „,a,s la paix, fruit naturel de l'harmonie .les 
I-bertes. Et pour défendre ses droits, l'homme sent 



— 2i4 — 

le iK-soiii de foriiUT la sjK.Mété. Kn entrant dans 
la MK-iétr, il ne remmoc pas à ses druits. Il ne fait 
<|iie confier à raiitorité livilc son droit de légitime 
ili-fense (|iii devient, pour l'Ktat. le droit de punir. 
211. Appréciation.— Nous ne diro.ns pas, comivie 
\oltaire. "qu'entre Platon et l.mke il n'y a rien en 
philosophie ". Cet éloge décerné au i)hilosophe an- 
glais i>orte à sourire, l.eihniz a plus raiso" lorsqu'il 
écrit que " M. I.ocke avait de la subtilité et de 
l'adresse, et (|uel(|u'esiH>ce de métaphysique super- 
ficielle c|u'il savait relever ", Certains auteurs se 
plaisent à le proclamer le fondateur de la psycholo- 
gie expér'inentale. Son empirisme est marqué au 
coin de la plus grande modération. 11 a exercé une 
énorme influence sur ses contemixirains. Ses ou- 
vraees ont été lus et relus par tous les philo- 
sophes de cette épf)que et ont inspiré quelfiu»- v: 
teurs |)eu recommandables. Ainsi J.-J. Rousseau, 
dans son lîmilf. expose certaines théories qu'il a 
empruntées aux Pcnscfs sur l' Education; V Essai sur 
le (jouvcrucmcnt civil a préparé les voies à VEsfrit 
des lois de Montesquieu. 

DKSCARTES (1596- 1650) 



242, Vie et œuvres de Descartes, — René Des- 
cartes naquit à La Haye, en Touraine, le 31 mars 
1596, d'une famille noble de Bretagne, 11 fit ses 
études sous la direction des Jésuites, au collège de 
La Flèche, réputé alors pour " l'une des plus célè- 
bres écoles de l'Europe ". Il en sortit à l'âge de 



— 225 — 









écrit 11 ,lc tant ,1c doutes et derrcurs, quil ,„.. sem 
blau „ avoir fait aucun profit en tâcLnt de m'i, ' 
mure, s,n.,n ,ue javai. .lécouvert de , us en , u," 
non Ignorance. •• K„ ...j..^^, ,, .J^^-^l^l 

. ans ^. pendant <,uel,uete.„,s,ii a, .alr^^^ 
Uude e sa,lonna a la vie nion.laine; mais ce fut de 

nT . J ^ '"""■ y '""''""cr ses travaux 

IX. en„,ne a chercher la science dans le grand H rc 
<le la nature, de .6,,, à ,6.5. i, parcourt la Si iie 

'f'>7. .1 s était engagé au service du Prince .le Va 
-a«. et p us tar.1. à celui de l'Klecteur . e t^^ 
C es, pendant son service dans larinée ,1e IKlec eur' 
le .av-ere qu ,1 découvrit sa méthode et lapplic-^ f 
^e a gebre a la géométrie. Après un c. Jt :éi, u 

"lient" f ' '''"^' "" ''"'"^ "^- -""«'^ ^' 
<i.sokment - choses nécessaires au.x recherches 

(629) ou ,1 séjourna près ,1e vingt ans. IC, ,647 il 
fit un voyage en France ■• P„ ■.• .'"■♦/•" 

«;^nds i^Ls. efr servt^s—^ÎlLih^ 

qS^iri ! r"^/t^"-" "e retour en Hollande, 

que Christine, reine de Suède, le sollicita de venir à 
sa cour lu, apprendre la philosophie. Ap è nùeN 
ques résistances, Descartes céda aux désirs de la fini 



ItM 



— 226 — 

,1e Gustave-Adolplie. Arrivé à Stockolm au mois 
d-octobre 1649. il y nw«rut le .1 février 1650, vic- 
time des rigueurs du climat. Ses principaux ou- 
vrages sont Discours de la mcthodc.-D.ottnque. 
MHcorcs.-Traitc de fassions. Ces écrits ont ete 
publiés en français. Parmi ses ouvrages composes 
en latin, il v a les Meditationes de frma phdoso- 
phia les Primifia Philosofhicc. Le Traite du 
monde et de la lumière, le Traité de l'homme et les 
Rè,,les tour la direction de fesprit nont ete livres 
au public qu'après la mort de Uescartes. 

243. Caractères de la Philosophie de Descartes. 
_ 1" Originale, plutôt <lans la forme ciue <lans e 
fon.l : en réalité, sa principale contribution a la 
philos<,phie réside dans sa méthode. 2» Sfmtuahste 
à l'erccs : en effet, il prononce un divorce complet 
entre 1 ame et le corps, il établit dans notre nature 
un dualisme exayéré. L'âme, dans la philosophie de 
Descartes, n'est pas une âme humame. mais plutôt 
une intelligence pure. 3" Dédaicjneuse du passe: il 
reiette l'autorité des anciens et entreprend de re- 
construire sur d'autres bases l'édifice de la vente. 
Cependant - très religieux lui-même - .1 se garde 
bien de porter atteinte aux vérités de la foi qu il met 
à part comme dans une arche sainte. 4° Déductive 
à outrance: passionné pour les mathématiques, 
grand mathématicien lui-même. Descartes a voulu 
appliquer la métho.le des mathématiciens a la phi- 
losophie, en y introduisant la rigueur du raison- 
nement déductif. 
244. Philosophie de Descartes. — Descartes a 



— 227 — 

esquissé toute sa philosop!-:. r)..-, son Discours de 
lajcnodr. Une rapio • analy.- ,.: cet ouv âge 

■ su "; ";'f' ".f '^'""-- - - .jouterons un ,not 
Zotl " tMosopUic et les Médi- 

245. Méthode de Descartes. - Elle comprend 
s^x par,es. Les trois pre.niùres exposent la n,é- 
thode. les tros autres nous en font voir les diffé- 
rentes applications. 

La t^cmièrc partie est une considération sur 
ou es les scences. Elle nous n,ontre ,ue chacune 
<lelks „e peut nous donner cette certitude rigou- 
reuse que nous désirons si anlen,n,ent. C'esf ce 
qu> a déterminé Descartes à les abandonner et à 
chercher a vérité en lui-même ou ,lans le lirre du 
»'o„de Ma.s d saperçut bientôt, en voyageant 
que le /,:.. du ,noude ne renfennait pas ce qu'if con- 
^o.talt. Il rencontra autant de contradictions dans 
les n„eurs .les hommes que dans les opinions des 
'■■'osophes. Cest pourquoi, il prit la résolution de 
demander la venté à lui-même seulement. 

La deuxûme partie nous renseigne sur ce que 
Descartes trouva en lui-même. Après sëtre entre- 
tenu quelque temps -avec ses pensées -. il arriva à 
cette conclusion que " les ouvrages les plus parfaits 
-mt ceux auxquels un seul iiomme a travaillé" Et il 
ajoute que " les bâtiments qu'un seul architecte a 
entrepris et achevés ont coutume d'être plus beaux 
■lue ceux que plusieurs ont tâché de raccommoder " 
Et pour lui. il en est de même de l'édifice de nos 



228 — 



connaissances. Construit .lopinions, d idées, venant 
d'un peu partout, cet édifice n'est nen moins que 
solide. 11 est par trop composite. Ce qu il y a de 
mieux à faire, c'est de se débarrasser de ses opi- 
nions, de ses idées, et de les remplacer par d autres 
plus fermes, ou bien les reprendre de n.,uveau après 
les avoir -'ajustées au niveau de la raison .Cette 
manière de procéder est connue dans l'histoire de 
la philosophie sous le nom de chute mcthodiquc. 
Elle consiste à tenir provisoirement pour fausses, 
ou du moins douteuses, toutes les opinions admises 
jusqu'à ce jour, afin de les soumettre à un nouvel 
examen. Et en s'engageant dans cette voie celui 
qui veut arriver à la certitude, devra se conformer 
au.x quatre règles suivantes: 

1" Xe recevoir jamais aucune chose pour vraie 
qu'elle ne paraisse évidemment telle. Règle de Vér,- 

'^""''Diviser chacune des difficultés en autant de 
parcelles qu'il se peut et qu'il est requis pour les 
mieux résoudre. Règle de ïanalyse. 

3« Conduire, par ordre, ses pensées, en commen- 
çant par les objets les plus simples, pour s'élever^ par 
degrés, à la connaissance des plus difficiles. Règle 

de synthèse. , 

4»" Faire partout des dénombrements si entiers et 

des revues si générales que l'on soit assuré de ne 

rien omettre. Règle de contrôle. 

En résumé, on peut dire que Descartes admet 

comme point de départ ce qui est clair, simple, et 

comme point d'arrivée ce qui est obscur, compose. 



— 2jy — 



Et donc. Vintuition de rMdcnt et la déduction de 
l obscur; tels sont les deux procédés essentiels <le 
la méthode cartésienne. 

La troisième partie nous fait voir comment Des- 
caites. effrayé .les consé(|uences que pouvait en- 
tramer IVeuvre <le démolition entreprise, se pourvut 
d'un abri, lion chrétien, il met de c6té certaines 
maxniies auxquelles il tient beaucoup. Il se fait une 
morale provisoire. Quant aux vérités de foi, elles 
ne sont pas soumises au crible de sa méthode. Ses 
maxmies niorales peuvent se ramener à quatre : 

I" Obéir aux lois et aux coutumes de son pays 
Carder la religion dans laquelle on est né; et, en 
toutes choses, se conformer aux opinions 'des 
hommes sages. 

2" Rester ferme et résolu dans ses actions. 
3" Tâcher à se vaincre plutôt que la fortune et à 
changer ses désirs plu t ,e Tordre du nion.le. 

4" Regarder loccup. ju'on a choisie comme 

la medleure de toutes et croire qu'on ne saurait faire 
mieux que de cultiver sa raison. 

La quatrième partie, ainsi que la cinquième et la 
sixième, contiennent des applications de la méthode 
Et dabord, pour être logique, Descartes rejette 
tout ce qui est susceptible du moindre doute: les 
sens, parce qu'ils nous trompent quelquefois; la 
raison, parce que les hommes en abusent et que, 
souvent, il font des paralogismes ; ses propres pen- 
sées, parce quelles peuvent être les mêmes dans le 
sommeil et dans le rêve. Dans la connaissance des 
ventés nécessaires, Descartes va jusqu'à supposer 



n 



— 230 — 

••! TZ Et il conclut que lui qui pense <lo.t 
k qu'il raccepta sans scrupule p.ur le t^m^ 

t Tl r èndra donc pour règle générale de la 
être. 11 prenora u ^^j,_ 

toutes vraies . Ce »era le friii ,. j^tence de 

De l'existence du n,o. .1 V'^''\\]''^''ll^,^ je 
Dieu II en donne trois preuves l Je """«. ' 
■ t ;» rir Vimltarhat suppose 1 iae<- 

néant, puisque celui-ci n existe P^ ; '^ " /^ „ ^■^,, 
selnie. 



— 231 — 



Parn» les attributs divers, il en est un qui joue 
un rôle capital: cesi la rcradté: celle-ci est le fomle- 
nient de 1 evdence. Et sur la véracité est basée 
aussi la croyance aux données des sens. Parmi ces 
croyances il y a celle à l'existence du monde extél 
neur. Donc, le monde extérieur et les corps sont 
des réalités ,Iont on ne peut <louter. parce que Dieu 
ne peut notvs tromper. Et dans ce momie existant. 
qu> a-t-il de ,/<,,.. .Vcvidcut ? Uctcd.r. répond 
Descartes. LcU-nduc. voilà lessence de la matière 
comme la Miser est lessence de Pesprit. La ma- 
tière étant pure étend-:, elle est partout la même. 
^ est Dieu qui lui communique le r.iouvement II 
s ensuit que la physique ictnde du monde matcncl) 
e-st un simple problème de géométrie (étendue) et 
de mécanique (mouvement). "L'univers est une 
vaste machine où il n'y a rien du tout à considérer 
que les hgures et les mouvements de ses parties " 
La cimimcmc partir continue à faire différentes 
applications de la méthode. C'est là surtout <(Uo l'„„ 
trouve les principes ,Ie la physique cartésienne. 
Nous 1 avons vu. Descartes ramène tout à une inire 
mécanique : et les phénomènes du monde inorga- 
nique, et ceux du monde o-?aniquc. Aussi bien la 
vie en général ne lui semble qu'un /.„,- mrcauhmr. 
t- est pourquoi il ne voit cans les bêtes que de purs 
automatrs. machines sans àme pensante, aussi par- 
faites que nos corps et distinctes de ceux-ci parce 
qu elles n ont pas la paroir et qu'elles ne peuvent ,,as 
agir avec autant dr varirtc que nous: ce som là les 
deux grandes différences qui existent entre l'homme 



^1 ! 



mi 



w 



— 232 — 

et la brute. Quant à la vie humaine, elle est aussi 
un mécanisme résultant du mouvement du sang et 
des esprits animaux. Et à ce pro]X)s. il disserte 
longuement sur la circulation du sang <iu'IIarvey 
venait de découvrir, l'ar esprits animaux, il entend 
une esiîèce de fluide semblable au feu^ qui sert d'in- 
termédiaire entre 1 ame et le corps et en explique les 
mouvements correspondants. Et c'est au moyen de 
ces esjjrits animaux que l'âme, résidant <lans la 
glande pénéale, exerce son action sur tout le cori)s. 
C'est dire tout de suite (|Ue. pour Descartes, et con- 
trairement à la saine philosophie, l'union de l'âme 
et du corps n'est pas substantielle et f'Cisoiiiicllc. 

Comme, d'une part, l'essence de l'âme est la pen- 
sée, et que, d'autre part, les bêtes ne pensent pas, 
le philosophe français en conclut que les animaux 
n'ont pas d'âmes et partant, ne sont que de pures 
machines, de simples automates. Et il croit qu'ad- 
mettre l'existence de l'âme dan.-: les brutes, ce serait 
compromettre l'immortalité de l'âme humaine. 

Toute cette psychologie de Descartes n'est qu'une 
conséquence de sa métaphysique. Tour lui, il n'y a 
dans le monde que deux substances: la pensée et 
l'étendue. Conséquemment. ce qui n'est pas vrai- 
ment pensée, n'est que pure étendue. 

La sixième et dernière partie résume les principes 
établis précédemment et discute les conditions pour 
"aller plus avant en la recherche de la nature". 
Descartes y traite de l'importance des sciences de la 
nature, et de la nécessité d'une philosophie pratique. 
De toutes les sciences naturelles, il proclame la mé- 



— ^33 — 



clecine la plus utile. 11 fai. voir aussi lavantagc des 
expériences qui " sont d'autant plus nécessaires que 
1 on est i)lus avancé en connaissances " 

246. Les principes de la PhUosophie.'- C'est u„ 
ouvrage écrit en latin et tra.luit par l'abbé Picot II 
con,prend quatre parties: ," des l»wd/<,s rf.- h a,,,- 
,w,ssancc- r des /^rmdf<cs des choses matcricUcs- 
3 >hi monde visible; 4- de la Terre. Xo„s ne parle- 
rons K-i que des prineites de la eonnaissauce. 

Dans la première partie. Descartes v résume ce 
qti.l a déjà dit dans le Discours de 'la Méthode 
Prônant toujours c.mme moven le doute métho- 
dK/ne, .1 enseigne que la première connaissance ac- 
quise est la connaissance de nous-même. et ensuite 
celle de D,eu. La question qu'il développe le plus 
longuement est celle de nos erreurs. Elles ont quatre 
causes principales: ,» Les préjugés reçus dans notre 
entance. 2" L'impuissance on nous sommes d'ou- 
blier ces préjugés. 3" La fatigue éprouvée par notre 
esprit en voulant se rendre attentif à l'objet de nos 
jugements. 4" L'e.xpression inexacte de nos pensées 
par nos paroles 

247. Les Méditations. — Elles parurent en 1641 
et furent traduites en français par le duc de Luynes 
SIX ans plus tard. Descartes approuva cette tra- 
duction. Les méditations sont au nottibre de six 
La première énumére les choses que l'on peut révo- 
quer en doute; la deuxième traite de la nature de 
I esprit humain; la troisième a pour objet l'existence 
de Dieu ; la quatrième parle du vrai et du faux • la 
auqu.ème disserte sur l'essence des choses maté- 



;i: 



i «1 



— 234 — 

ricUes; la si.vihnc montre la <listinction réelle qui 
nvi^te entre l'âme et le corps. 

248 Appréciation. - Le doute méthodique est 
au!* ;.'../ que celui des vrais sceptiques et auss. p«. 
fondé 11 est aussi universel •• Ce procède - tel 
itployé par Descartes-ne va pas sans de graves 
dàngs. Au reste. Des-.rtes le reconnaît lu.-meme, 
ÎS'il nosc pas le conseiller. Et rexcu^qu. le 

ustirte d'avoir pratiqué cette méthode, c est eu 1 
n'avait person.ie pour le diriger dans ses recherches. 
Cndant, on ne peut nier que Descartes a exerce 
une influence considérable sur son époque et sur Ij 
. \„ vvll' sède. en France, 
siècles qui smvirent. Au -W 11 s.tiit. 

sa philosophie était celle du grand nombre. L Aile 
'agne. la Hollande et l'Angleterre sub.rent son 
a codant. Au X\lll' siècle il y eut un declm. Le 
^Lbranchisme et le condillacisn.e lu. firen oppo- 
sition. Et. pourtant, même a cette époque le carte 
sianisme con.pta de fervents «"ura «r . Au 

rinesdel'époqj.^d«2.Tç.te^^^^^ 

rsS^é'rtn<^;i^:tdocfinescané- 
siennes! De nos Jours, la philosophie 'le Descartes 
n'a pas pour elle la majonte des penseurs Son 
esprit règne plutôt dans la science; de fait, d la 
enrichie de nombreuses découvertes. 

Descartes eut tort de vouloir appliquer la méthode 



Cf. Mercier, CrilMologie gitèrale, p. 7» et siiiv. 



— 235 — 



mathétiiati(|ue à tous les ordres de connaissance, 
l'jur avoir été par trop déductif. il est arrivé à un 
idéalisai!; dont la conséquence extrême a été la néga- 
tion du réel. Et à ce point de vue, il a ouvert la 
voie au iihilosophe de Kienigsberg. Emanuel Kant. 
Pour parler comme W Cousin, " le démon <le la 
géométrie fut le mauvais génii de IJescartes ". Il 
n'a pas tenu aussi assez compte de ce (|ui avait été 
dit avant lui. Il déclare à Oassendi " qu'il ne s'in- 
quiète pas même de savoir s'il y a eu des hommes 
avant lui, et qu'il va i>liilosopher comme s'il était 
seul au monde ". 

Enfin, nous ajouterons que, malgré ses erreurs, 
le cartésianisme reste une des doctrines qui ont tenu 
le plus de place dans l'histoire de l'esprit humain. 
Quant à l'appréciation en détail des théories carté- 
siennes, nous renvoyons au.\ différents manuels de 
philosophie. 

249. Arnauld (1612-1694) fut im des disciples 
de Descartes. (In l'a surnommé le grand .\rnauld. 
Fidèle à l'enseignement du maître en logique, il 
s'en sépare sur la question !o l'origine des idées 
pour se ranger à la théorie d'.Vristote et des scolas- 
tiques. 

250. Pascal ( 1623-1662). —On <listinguc généra- 
lement dans la vie de Pascal deux périodes, l'une, 
la première, ( 1623-16J4) où il est cartésien; l'autre 
(1654-1662) où il est janséniste et subit l'influence 
de Port-Royal. .\ la première période de la vie de 
Pascal appartiennent les ouvrages intitulés : De l'au- 
torité cil matirrc de pliiloso l'hic : Fragments sur 



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oal écrivit r/i"'^'"'-" "^■'•' •"•''' •' ■ 

et les /■n.:iHn«''-*- ,. ^^ ^i,., ,„ains «le 

Uescartcs pour les apv^.uer^^;^e^,„^^^^^^^^ 
,..s <run autre ordre. '«^ ^ '^ ,„, ,,,iver à ne plus 
nécessite du doute 1'--;-^;:^' , ^e Vautorité dans 
<'--^'^"T':SrE:ainedelaioi;levi- 
t.,«t ce qui nest pas 'i „^. ,ç y„. se 

distingue du taux. 

révidencc". r .tc.-mv </i- ''<''""' '■''^"''" 

>•-'•--' ='"^:: r:^ r::.: .ue de si.np.es 

dans la ^■"^•'•'• ^' " " '"^"^ 

""'"'""''■'■ , . ,v,rt-R„val sur l'ascal se manifeste 
L-inrtuence <le l ort K va ^^^^^^.^^^ ,^^ 

surtout dans les '^^ ''^ ^^Vl^e'au hasard, et 
matériaux ecnts sans ""'^ -stiarnsmc. Les pen- 
appelés d'alx,rd . ^ oi/- rf -';;^„, la première 
,ées comprennent deux par e ^^^ 

.. Pascal voulait redmre > J— ^.^ ^i, grandeur, 
„„ n^elange monstrueux 'l^^^^ .^„i,,„t .„al cette 
et eue. d-aiUeurs, les P'^'-"'^^^; ^ partie, après 
douloureuse en.gme. Dans '^^ j^ {„;,„„ des 

avoirreietélesphilosophie .t ave j^^.^^.^^j^^, 

religions. ^'^^-^JX Jt que seuU il explique 
est la religion véritable, et que. 

tout - "• 



~ '37 — 



SouvciU. cc.iiitiic à |>lai>ir, on parle du scepticisme 
de Pascal. (Juil fût, à proprement |)arlcr. im scep- 
tique, on ne pourrait laftiriucr avec certitude. Cepen- 
dant, Pascal .semble avoir fourni des armes au.x 
sceptiques. (Juant à la raison humaine, il ne proilame 
pas son imfiiissamc mais plutôt son insiiffisamc: 
celle-ci. toutefois, il l'a exagérée '. 

281. Bosiuet (1(127-1704) fut un cartésien mo- 
déré. Dans le 'l'initc dn lihr,- arhitr,-. dans la /,<-- 
l/iijiu- et la (.'oiimus.uiiiii- de Dici: cl de xoi-mciiH-. il 
est plutôt partisan d'.Vristotc et de saint Tlionlas 
que de Descartes. 

Le Disiiiiirs sur riiistoir,- iinkrrsdlc "contient 
une vérilal>le philosophie de l'histoire, telle que la 
raison, d'accord avec la foi. permet de la concevoir. 
Tous les événement- accomplis depuis l'origine de 
l'hiniianité y sont rapportés à l'(euvre de l'Incarna- 
tion et de la Rédemption du monde. 1,'idée mère 
de la Cité de ');.,, de ^aint Augustin, y est reprise 
et jii..tiliée. ;.u... . qu'un génie égal peut-être à celui 
de l'évêquc d'IIippone pouvait le faire au Wlf 
siècle - ". 

L'afïermissenicnt de l'homme dans la foi. <lans la 
piété et la morale, tel fut le but de la philosophie de 
l'évêque de Meaux. Bossuet fut nn des esprits 
philosophiques les plus remarquables, " sinon |.ar 



J.1 •■/ ^'ii'^8f Gouraud, Stiides analyligues sur les auteurs 
pAilosofAiçues.-H. Petitot, Pascol. sa vie religieuse e/ sou 
apologie du christianisme. - F. Strowski, Pascal et son 
temps, t. III. 

a. E. Blanc, Dictionnaire de Philosophie. 



'M\. 



• 4 

^ I II 



Il 



M i 



-238- 

roriginalité de la .Icxtrinc, .lu moins par la force et 
la clarté de la pensée, par réru,lit...n soli.le et par la 
fermeté et la profondeur des jugements ' 

162. FéMlon ( 1651-1715» '»*« I"'«"^'« ''"" "*■■ 
tésianisme plus prononcé <lans ses écrits, entre 
autres, .lans son Traite de MsU-m" ./.• Du-,, ou .1 
expose les argu.nents <le Dcscartes et réfute le maté- 
rialisme .l'Epicure, le panthéisme .le Spmoza et 
r,.ptimisme de Malebranclie (lui. sans conteste fut 
le plus célèbre des discii.lcs de Descartes, .\ussi 
mérite-t-il une place à part. 

MALEBRANCHK (1638-1715) 

263 Vie et œuvre» de Malebranohe. - Male- 
branche na.,uit à l'aris. \u sa faible constitution, d 
dut faire ses premières étu.les à la maison pater- 
nelle .\ l'âge <le sei^o ans. il entra en phiU.sOph.e 
au Collège de la Marche. Après avoir choisi la 
carrière ecclésiasti.iue. il alla faire sa théologie a a 
Sorbonne. Mais bient.rt après, il fut a.lnis dans la 
célèbre congrégation do l'Oratoire. Malebranche 
était alors âgé de vingt-trois ans. On raconte .lUe 
ce fut la lecture <lu Tniité de l'homme de Descartes 
qui .lécida sa vocation ecclésiastique; et. au chrc <le 
Fontcnelle. les doctrines exposées dans cet ouvrage 
lui causèrent des émotions si vives e' si enthou- 
siastes, .pie des battements .le coeur l'obligèrent 
d-:ibandonner ce volume pour que' que temps. Ses 



I. Mgr Crfjuraud, op. cit., p. î96- 



— 239 — 

théories philosophiciue, et théologi<|ucs .nan.uécs 
au coin des plus étranges nouveautés, suscitèrent .le 
mes ,l.scussions. Aussi „est-il pas et.mnant quil 
a t ete ombattu par ArnauW, Itossuet et Fénel.m 
' ■"<'""" en ,7,5. (,„ ra surn-unnu'. le l'iaton 
^-hrefen II publia la Halu-nlu- ,lr la rcrilr H 
Jra.tc </.■ Iana,,,r,- ,7 ,/, /„ ,,„î,,, ,,., .,/.:,/„„„;,„, 

', uVy- ■' ^'""' '''■ "'"■"'••• '^'^ '^'"""'"•' "'^ 
la Mi-lafliysi,;,,,- cl sur la licli,/i<,„ 

264 Oaractèrei de la Philogophie d« Male- 
branohe. - ,"/Wson,u-IU- : tout en .tant .lisciple 
' f Fieseartes. Malebranche ne se ren.l pas lesclavc 
.les théories -u „,aitre. Sa philosophie otïre beau- 
coup de dissemblances avec le oartéMa-„-,ne et elle 
porte en elle un cachet .l'originalité. .." iKMpu-au- 
de « snaur ,U, tasse: en cela. la philosophie ,1e 
-Malebranche est bien cartésienne, l'our lui il y 
a plus ,1e vérité dans un si.nple principe ,1e niéta- 
l'h.vs„|ue ou ,Ie ,n,.rale que ,Ians t.n.s les livres histo- 
riques. 3" Mystique: faire connaître et aimer Dieu 
connue cause "n^.. ,,lle et souverainement elli.ace 
'le toutes choses, tel a été le but ,1e la philosophie ■ 
de Malebranche. Letu.Ie approfondie .le saint \u- 
gustm fut cause de lenthousias.ne .lu gran,l philo- 
Jhe français pour i'iaton; de là. ce surnnn, ,lc 
lat.,n chrétien et ce mysticisme ,|ui contraste avec 
1 mtellectualisme de Descartes. Les principales théi- 
nes de Malebranche peuvent se ramener à trois- la 
■mon de n,a,. les causes occasionnelles et VoMi- 
mismc. ' 

266. Vision de Dieu. - Disciple de Descartes, et, 






i 



« 



— 240 — 

par conséquent, partisan du dualisme irréductible 
entre la pensée et l'étendue, Malebranche a recours 
à un intermédiaire pour mettre l'esprit en relation 
avec le monde extérieur. Dieu est cet intermédiaire. 
Et donc, ce que l'esprit perçoit tout d'abord, cest 
Dieu, primum caynitum; et, en Dieu, il voit toutes 
choses indirectement. Ce ne sont pas les choses 
elles-mêmes que l'esprit voit en Dieu, puisqu elles 
sont étendues et que l'étendue n'e.xiste pas en Dieu; 
mais ce qu'il voit, c'est ce qu'il y a d'intelligible dans 
les choses, leur essence, leur modèle, bref, leur idée 
qui se trouve de toute éternité dans l'intelligence 
divine D'après lui, le néant ne peut être pense ; par 
conséquent, tout ce à quoi l'on pense existe, est une 
réalité Cette réalité, c'est Vidée de la chose pensée. 
Or le fondement de cette idée n'est autre que Dieu 
et voilà pourquoi nous la voyons en Dieu; et comme 
nous ne vojons les choses que dans leurs idées, .1 
s'ensuit que nous " voyons tout en Dieu . Le monde 
matériel, puisqu'il n'est pas perçu directement et 
immédiatement, comment sait-on qu'il existe ? Un 
est assuré de son existence par la révélation, repond 
Malebranche. 

266. OocagionalUme. — D'après Malebranche, 
Dieu ne peut créer de véritables causes parce que ce 
serait communiquer sa puissance aux créatures, ce 
serait en faire des dieux. Les êtres de ce monde 
ne sont pour Dieu que des occasions d'agir, ou 
mieux, des causes occasionnelles; et lorsqu'ils sem- 
blent agir, " Dieu accommode l'eflficace de son action 
à l'action inefficace des créatures". Conséquem- 



— 241 — 

yuant . 1 ordre qui ex.ii, d«n. le monde II remit, 

sa .sagesse et à sa gloire de faire le melZdC 
258 ApprécMtion. - Les théories de Maie- 

ri™V;trrrri!L':ts:î,t 

sagesse de Dieu et que l'optimisme est coSe à la 
pertect.o„ diWne. Nous ajouterons que le T^tèm 

«.partant, au fatalisme qui en est une conséquence 
bien qu, 3,t „,.„,.^^ p^^^^^^. q ^. 

pas voulTtr/- " "' ^^^' ''"^ Malebranche :-a 
de foi l'a n" t\T' *^°"^^''"--«= -n grand esprit 
Ha Dosé T^"^''.'^"?^"* ■■«'«"" sur la pente. Mais 
■I a pose des principes d'où fatalement devaient 
découler des conclusions fausses. Un des plus grand 
reproches que l'on doit lui faire, c'est S trop 



! 



! i 



— 242 — 

abaissé la liberté humaine " Il «f P»;™' «;;;;,,f ^ 
au dix-huitième siècle, réduisirent le libre arbitre a 
une véritable impuissance." Et suivant le mot de 
Bo'sue" sa doctrL fut belle, nourcllc, mais fausse, 
ptilchra, nora, falsa. 

SPINOZA (1632-1677) 

269. Vie et œuvres de 8pino.a. - «^.^^'Vf P'- 
noza naquit à Amsterdam de P--^^ '"'J^^^'^'^; 
gais II reçut sa première éducation a 1 Académie 
5ve de cette ville, et plus tard. . etu.lia 1 s 
Sences naturelles - ^L t^" End "" lTS 
ïï--T:^;irrm-"-Ïlmudetde. 
pWlosophie. En 1656. Spinoza fut expulse de la 
svnaeogue à cause de ses opinions hétérodoxes, et 
oS S quitter sa ville natale. Il refusa toujours 
Îs honneurs, entre autres, la chaire de philosophie 
à 1-université d'Heidelberg et mourut dans la plus 
grande pauvreté. 

Les ouvrages publiés par Spinoza sont. La Jrc 
mi^re et la seconde partie des principes de la pnlo- 
Zphi de René Descartes démontrées d'une façon 
géoZtrme: c'est le résumé de la philosophie carte- 
tienne; un Traité théologico-politique, ou .1 expose 
s ,:™pres idées; VEthi,ue. qui est son œuv^ 
principale. Elle contient sa metaph>;sique. Cet 
ouvrage parut après sa mort, de même que e 
Trai^fdela réforme de l'entendement, le Tratte poh- 
tique. les Lettres et la Grammaire hébraïque. 



— 243 — 

~?V,S!T*^ 1* " ™"»«l'U« <!. «I*..». 

i-xp^^c. ,u, ■,„„,„ i„ .k„„r7'„ ''«' 

ny a qu'une substance u„ic,ue. infinie, d;„f^e. 1 
d hcafons expliquent la diversité des êtres exislnK 
C est d une fausse définition de ia subs^n^e-^re 

ritor™^'''"^''^'"-^'""---'^'-héisn^^ 

trouUme, ,, passions; le ,,a,nèn,c. la e vitJe 
hun,a,ne; le .•„,„„,,, „ .^erté hun^ain^ Trol 
clefinuions sont à la base de son système- ,« la défi 

3 la définition du mode. Par ^,,6^^,,,,, j, entend 
ce qu, est en soi et ce qui est conçu par soi " paï 

comme constituant son essence"; par modes 'le! 



j^- 



— 244 — 

3" la morale et la tolittqnc. 
262 Métaphysique de Spinoza. - De sa tien 
•. H. il substance Spinoza tire trois co.ise- 
nition de la sUDSianti. ^f j-^ii,- même- 2° 

miences- i" la substance est cause delU-meme. z 
quenceb. i ■ c.ibftance est unique, 

la substance est '»fi'"' ^ .^ J''''''''*Z Jul est sub- 
Et <<mme conclusion générale: Dieu sail est 

,tim:c et la substance est Vicu. ■ cl ■ m 

=:^:£inS,sé.«e,n,a.p..ôt.J.ser^de 
toute contrainte extérieure. . Ë" .effet- le D.eu de 
Spinoza, sans être poussé a «^,^^^,,"1 
étrangère, est, toutefois, .létcrm.ne a 1 act.on par 

^"SeTb^Lce divine, unique, est douée dune 
foule dattributs; mais nous n'en conna.ssons que 
lïx- rendue et la pensée. Ces attributs se mam- 
Sent n unTinfinite de modes finis et passagers. 
Le IdL de la pensée sont les âmes ; et les corp 
sont les modes de l'étendue. D.eu est donc la cause 
les êtres existants, non pas la cause au sens propre 
Sis la cause immanente, le substratum des choses 
Tconfondant avec elles C'est '^J'^^^^^^ 
Dieu considéré comme la cause de tous les êtres 
?SieUe natura natnrans; si nous l'env.sageons dans 



— 245 — 

la totalité des effets dont il est la source, alors, il est 
la iiatura naturata. 

263. Psychologie de Spinow. - S'il n'y a qu'une 
seule substance qui est Dieu, l'homme n'en elt pas 
une. Il est une modification de l'étendue et de la 
pensée divines. L'âme est une série de i>ensées le 
cori.s, une suite de mouvements. Entre ces deux 
ser.es .1 y a correspondance, parallélisme; en effet 
a chaque pensée correspond un mouvement corporel' 
et a chaque mouvement corporel, une pensée F t 
voila pourquoi Spinoza définit l'homme: " Tidentité 
de lame et du corps". Et aussi, c'est à cause de 
cette correspondance mutuelle, que chaque sensa- 
tion, phénomène corporel, coïncide avec la hcnch- 
tion, phénomène mental. 

l. ame n'a pas <le facultés : tout de même, il y a 
en nous la connaissance et Vactivitc. 

La connaissance admet trois «legrés qui sont- i" 
\may,„atio„ ou connaissance des phénomènes' et 
des modes fugitifs, par laquelle nous acquérons des 
Idées confuses, sans aucune valeur scientifique- 2" 
1 entendement ou connaissance des causes et des 
attributs, qui nous fournit des idées claires et vrai, 
ment scientifiques; 3° la raison ou connaissance des 
premiers principes et de la substance. Ce troisième 
degré constitue la connaissance parfaite, absolue 
adéquate. ' 

A la connaissance correspond l'activité, l'our Spi- 
noza, la loi fondamentale de toute activité finie se 
formule comme suit: Toute chose autant qu'il est en 
elle, tend à persé'-érer dans son être. Cette tendance 



— 246 — 



! ; • 
i I 3 



\] 



s'appelle volonté si nous la considérons dans l'âme 
;eule; envisagée dans le corps et l'ame tout en- 
semble, on la nomme appét.t ou des,. L appétit ^ 
favorisé, engendre la joie; contrar.e .1 pro lu.t la 
tristesse. L'appétit correspond aux .dees confuses 
de l'imagination. La volonté, au contraire, repond 
aux idées claires de la raison. Et P»-^"- «"^^ 
volonté n'est qu'un mode de »» P-^^. ".y."';'.,f , ,^', 
jouit donc pas de la liberté. Et. en reahte. 1 homme 
n'est qu'un automate stiritucl; et la croyance au 
libre arbitre est une pure illusion de la consc.etjce. 
264. Morale et politique de 8pmo«a.-Il semble, 
de prime abord, que Spinoza devrait mer toute 
niorale. parce qu'il n'admet pas la «berte huma.ne^ 
11 n'en est pas ainsi. Il croit à la poss.bd.te dune 
morale. Il l'explique à sa manière. Selon lu., il n y 
a en soi ni bien ni mal. Cependant, pour 1 ame d 
V a Hrs choses bonnes ou mauvaises, suivant qu elles 
satis nt ou contrarient ses désirs. Les choses 
bonnes à l'âme augmentent son être, les choses 
mauvaises, le diminuent; et. pmsqu .1 y a dans tout 
être une tendance à sa propre conservation, lame 
devra nécessairement chercher ce qui lu. procure 
de la joie, c'est-à-dire ce qui est bon et la perfec- 
tionne, et éviter la tristesse qui lui est un mal et la 
<létériore. C'est dire (|ue nous devons mener une 
vie raisonnable, une vie conforme à la raison. Et 
la raison, avons-nous vu, est le deux.e.ne degré de 
connaissance qui nous procure <les idées claires, d.s- 
tinctes. vraiment scientifiques. Et donc^ la scence 
nous élève à la vie de raison, nous aflfranch.t du 



— iA7 — 



joug des passions et nous conduit à la béatitude 
laquelle n'est autre chose que connaître Dieu, laimer 
et vivre en lui. 

Quant à la politique de Spinoza, elle est semblable 
a celle de Hobbes. du moins, en principe. Avant 
1 établissement des sociétés, rhonime vivait à l'état 
de nature; il n'y avait d'autre droit que la force 
C était la guerre de tous contre tous. Ceiiendant 
1 homme s aperçut vite que son plus grand intérêt 
était de vivre en paix et en société avec ses sem- 
blables: d'où le pacte social. Mais contrairement 
au philosophe anglais, Spinoza soutient que le pacte 
social ne comporte pas une aliénation totale de la 
puissance indivi.luelle. Pour lui, le plus stable des 
gouvernements n'est pas le despotisme, ou le gou- 
vernement d'un seul, mais la république ou le gou- 
vernement fondé sur la volonté <lc tous. 

266. Appréciation. — Xombreuscs et diverses 
sont les critiques faites de Spin<«a et de sa doctrine 
Durant sa vie, il fut exécré et aussi pendant tout le 
X\ III' siècle. ^^^ XIX' siècle, on l'a exalté outre 
mesure, en Allemagne, surtout. Ce qui a donné beau- 
coup de vogue à Spinoza, c'est sa doctrine connue 
sous le nom de panthéisme. Rempli de contradic- 
tions, ce système est fécond en conséquences les plus 
absurdes et les plus immorales. Suivant M. Saissct 
Il soulève "à juste titre la réproliation du sens 
commun ". Pour ce qui est du cartésianisme de 
Spinoza, nous dirons avec Leibniz qu'il fut immo- 
<lcrc; car, avec Spinoza, l'idéalisme cartésien aboutit 
au panthéisme, comme, avec Hobbes. lempirisme de 
liacon. dégénère en grossier matérialisme. 



( , 

É 






— 248 — 
L8IBNIZ (1646-1716) 

266 Vi. rt «nvTM de Leibiui. - Leibniz naquit 
à L^vzl en 1646. Dès son bas âge, .1 montra un 
^oùtSfpronon'cé ,K,ur Vétude goût J-nse ^U' U 
leurs oar des talen'^ remarquables. A qumze ans 
avSfin ÏÏ humanités et entra à Vimivers.te de sa 
vÏnatale où il suivit les cours de <^o^^^]fl 
losophie. La faculté de Leipz.g Un refusa le d 
plôme de docteur à cause de son )eune âge - 1 
n'avait que vingt et un ans. 11 alla se fane recevoir 
à \lt oSen Bavière. Plusieurs voyages le m.rent 
en rat on avec les savants de l'Europe, et comple- 
Ln es connaissances. A Paris, à Londres et a 
S^rdam. il se fit remarquer par 1 étendue de e 
Connaissances et la profondeur de son gen.e. Le.b 
Sa été le fondateur de rAcadémie des s.en^es d 
Berlin dont il fut le premier président. De (.70 a 
sa mort, en 1716, il demeura à Hanovre ou d ava.t 
été^ommé conservateur de la bibbotheque. 
nrpriUaux ouvrages sont : ««-f; 
sur l'entendement humain, ou d réfute Locke et 
défend les idées innées de Descartes ; Mona- 
;S, qui est le résumé de to-te sa phdosoph, 

Essais!' Théodicée, -^ '« ^^'^où U èL e 
liberté de l'homme et Vorigxne du mal ou d expose 
ses théories du déterminisme psychologique et de 

'°^" o",^r«. de la Philosophie de Uibniz- 

roElectique: Leibniz eut l'ambition de prendre. 
uivÎnt propre expression, "le meilleur de tous 



n il 



— 249 — 

les côtés et daller plus loin encore ". 2" Sxn,hêliquc 
cest une conséquence .le l'éclectisnic. " Tous ces 
éléments épars. cueillis «n peu partout, il les a unis 
ensemble ,1 en a fait une synthèse générale. Aussi 
Le.bn.^ fut-.l un esprit conciliant, plus enclin à 
rapprocher (synthèse) qua séparer (analyse). 3» 
Deductr.,: comme Descartes, il applique à la philo- 
sophie la méthode rigoureuse .les .nathématiques 
Ma.s contrairement à Descartes qui fait reposer sa 
méthode sur le principe d'identité. Leibniz fait appel 
au pnncpe .le raison suffisante; cest-à-dire que 
l'-r exister, il ne suffit pas quun être .oit possible 
.na.s en plus, il lui faut une raison suffisante à son 
existence. Les doctrines philo.sophiques de Leibniz 
l^euvent se ramener à trois jx.ints principaux : \]éla- 
fliymiuc. Psychologie. Thâodkcc. 

26?. Métaphysique de Leibni,,_Elle compren.l 
la theonc de la substance et Vharmonie préétablie. 
I Iheone de la substance. Pour Descartes la 
substance matérielle était res e.vtensa. une seule 
étendue géométrique constituant l'essence des corps 
A cette notion d'étendue, Leibniz substitue celle 
de force, et c'est dans celle-ci qu'il place l'es- 
sence de la substance matérielle. Autrement, selon 
lui, on ne pourrait expliquer l'activité qui se mani- 
feste au moins dans tout phénomène de résis- 
tance. Mais les corps, étant comijosés. sont divi- 
sibles, non pas cependant à l'infini; c'est [wurquoi 
■i faut arriver à des éléments premiers, indivisibles 
partant, simples, immatériels: ce sont les monades. 
tM nombre infini, différentes les unes des autres 






— 250 — 

.1 „» indivisibles, (louées seulement d'une 

r:;^-:^it::::^nïies ne ..uvent subir ij.^ 

d'au une cause étrangère ni influer sur nen. Chaque 
12 a deux propriétés essentielles : la perce^^^^^ 
et rap,>étition. La perception est cette t»culte qu a 
L monade de représenter toutes les av..res^ Sur 
chacune d'elles comme sur un m.ro.r v.ent se refle 
.hir l'univers tout entier, fappet.on est cet effort 
1 Ttla monade pour changer de perception 
c-rst-à-dire pour passer dun état momdre a un e at 
supérieur Les monades sont au nombre .le quat e . 
X m«»arf« fou.cs »»«, dont la «umon cor^. tue 
les corps bruts. Ces monades nont que des percep 
ÏonTTnconscientes; 2" les monades des a.,mau.. 
don le" perceptions vont jusqu'à l'm,agmat,on et 
?a mènoire; 3" '" '""uadcs raisonnables or^ âmes 
bu,Xs. d'ont les perceptions atteignent es ve^^^^^^ 
éternelles et nécessaires; 4" la «monade parfa,U qu. 

""'r l'harmonie préétablie. Les monades om en. . 
elles des rapports de eoe.vistence qui. .lans les corps, 
aient la'notion d'étendue Mais cette etenclue 
n'est qu'apparente, 1--^- 'es monades, en el « 
„émes, sont des for^smaeml^sj^l-^ 
monade ne peut agir sur u.ie autre . seun.. 
suprême et par'-ite. Dieu, peut directement influer 
s"' les autr s n.^nades. Et pourtant, il y a corres- 
;:„Lce entre leurs mouvements. Çominent esp .- 
Ler ce phén<.mène? Leibniz repond en disant que 
Wen que les choses se passent comme .. les monades 
aïssaient réellement les unes sur les autres, il n en 



— ■*5< — 



est pas ainsi. Donc, là nest pas la cause de leur 
correspondance mutuelle. Mais cette correspon- 
dance a pour raison l'intervention <le Dieu lui-même. 
En effet, lorsqu'il a créé une monade, par égard aux 
autres, il a réglé tous ses mouvements tous ses 
changements d'après l'état de celles avec lesquelles 
elle devait se trouver en rapi«)rt. C'est Vharmom,- 
f>rcctablii\ 

269. Piychologie de Leibni». - lilie se ramène 
a la théorie (/<• la amiinissaïur et à la théorie du 
déterminisme psyclwloyiqnc. 

1" Thcoric de la coitiwisaïui: Disons tout d'abord 
<)u'entre Vàmc et le cur/ys. Leibniz n'admet pas 
<lunion substantielle. Il explique leur mode de 
vivre, leurs relations mutuelles par Ihannomc pré- 
établie, décrite plus haut. C'est dire que, sur ce 
pomt. il est plutôt idéaliste qu'empiriste. De même. 
<lans la question de l'origine de nos idées, il combat 
le sensualisme de Locke et se range du côté de Des- 
cartes. Faisant la distinction entre les vérités né- 
cessaires et les vérités contingentes, il conclut que 
les premières, à cause de leur nécessité, ne peuvent 
pas venir des secondes, et i)artant. sont innées à 
notre esprit. Tout de même, il ne préteivl pas <|ue 
nous naissons avec les vérités nécessaires gravées 
en nos âmes " comme l'édit du préteur sur son 
album " ; mais ce qu'il soutient, c'est que ces vérités 
sont en nous virtuellement et en puisance. et pour 
devenir en acte, il leur faut le concours des objets 
externes. Ht donc, pour Leibniz, ce qui est pro- 
prement inné, ce n'est pas l'idée, mais les facultés 
intellectuelles avec la tendance à la former. 



Il 



— J52 — 

Pour Leibniï. " notre àme nest pas un table rase 
,„ m,a itihil scriftum, ni une cire molle qui se prête 
à tous les hasards «le rexi.érience ; elle est plutôt 
cmme un marbre sillonné <le veines naturelles qui y 
dessinent une statue, laquelle apparaitr.n ,u momdrc 
chcK- de la réalité ' ". . 

Deux grands principes oH à ia base de l opéra- 
tion de l'intelligence : le pimciiK de contradiction 
et le principe <le raison suffisante. Du principe de 
raison suffisante découlent: l° /.' frincifc de causa- 
nte- il n'- i pas d'effet sans cause; 2» le pnnafc de 
finalité tout ce qui se fait a une fin; 3" le /"•'»"/"• 
</. ntinuitc: tout se tient dans l'espace et le temps; 
X' 'c principe du meilleur: de toutes les raisons suffi- 
santes ,x,ssibles, la meilleure est celle qui nous 
peniiet d'obtenir les plus gran.ls effets avec les 
moyens les plus simples et les plus faciles; 5' le 
principe des indiscernables: il n'y a pas deux êtres 

semblables. 

2" Théorie du déterminisme psycholoyique. 
lYaprès le principe de raison suffisante, rien n'arrive 
sans une cause qui fasse que la chose soit de telle 
manière plutôt que de telle autre. Et il serait con- 
traire à ce principe que la volonté puisse jamais se 
déterminer sans aucun motif, c'est-à-dire, sans rai- 
son suffisante. Et il conclut en exposant le déter- 
minisme psychologique ou rationnel, suivant lequel 
la volonté subit nécesairement l'influence du motif le 
plus fort. Nous savons que ce motif le plus fort 



I. Lahr, Cours de Philosophie, t. II, p. 5»»- 



Ml 



^53 — 



n entraîne pas toujours la volonté. Et ,laillcur> 
Leibniz altère la notion de la liberté en disant quelle 
nest <,ue la spontanéité de lètre intelligent. Il com- 
pare la volonté à une l«lance iiii incline néces.saire- 
ment du coté du |)oids le plus lourd. Mais il ne faut 
pas oublier que ^ser les motifs, c'est l'œuvre <le lin- 
telligence. et que la volonté reste toujours maitresst- 
des décisions malgré l'attrait du plaisir, les conseiN 
de I intérêt, voire le commandement du devoir I-t 
cette maîtrise des décisions est précisément la 
libertc. 

270. Théodloie de Leibni.. - Dans la théo<licéc 
Leibniz se projKise de justifier la Providence. De 
toutes parts surgissent contre elle des objections 
tirées de l'existence du mal dans le monde, et il 
s efforce de les résoudre. 

n commence par démontrer l'existence de Dieu 
Il emploie pour cela les j.reuves « posteriori ■ le 
principe de raison suffisante. l'harmonie préétablie 
la possibilité de Dieu. Ce dernier argument est 
celui de saint Anselme. Ce Dieu existant i^ssé.le 
toutes les perfections i un degré infini et il est 
tellement bon <)u'il a dû faire ce qui était le meil- 
leur. Or, créer est mieux que de ne pas créer: d'où 
la nécessité de l'acte créateur; ensuite, pour la même 
raison, parmi tous les mondes possibles, il a dû 
choisir le meilleur. Et alors comment expliquer le 
mal dans le monde? Leibniz l'attribue à la nature 
imparfaite des créatures. Et, ce mal est une per- 
fection, si on le considère dans l'ensemble, relati- 
vement au reste de l'univers. 






— 254 — 

271. Appréciation. — On peut affirmer de la 
philosophie fie Leibniz ce qu'il disait lui-même de 
la philosophie scolastique: il y a de l'or mêlé de 
scories. En effet, dans cette vaste synthèse qu'est 
le système leibnizien, à côté des erreurs, il y a d'im- 
portantes vérités. Ce qu'il y a de remarquable dans 
sa philosophie, c'est que tout se lie, tout s'enchaîne, 
tout concorde. Leibniz, avons-nous dit. est un 
esprit essentiellement conciliateur; toujours il s'est 
appliqué à mettre en harmonie le mécanisme et la 
finalité, l'expérience et l'innéité. la providence et le 
mal, la raison et la foi. Si quelquefois, chez lui, 
l'imagination l'a emporté sur le bon sens, on doit 
dire qu'il fut un métaphysicien doublé d'un savant. 
et on peut s'expliquer que Fontenelle lui ait décerné 
cet éloge : " Il y a plusieurs grands hommes chez 
Leibniz. " 



Deuxième Période 



LE DIX-HUITIÈME SIECLE 

272. Caractères de la Philosophie au XYIll" 
siècle. — 1° Empirique : l'influence de Bacon se fit 
beaucoup sentir au XVIII" siècle. La méthode in- 
ductive exposée et défendue par le philosophe an- 
glais compta, durant cette époque, surtout en France, 
de nombreux adeptes. 2° Matérialiste: c'est une 
conséquence logique de l'empirisme. Si tout réside 
dans l'expérience sensible, alors les sens suffisent, et 
la substance spirituelle n'a pas sa raison d'être. 3" 



— 255 — 

Angleterre, surtout Fn vou^ln. .^"^'"J"'- «" 
sensualisme de Locke on ,^^ "^^^' ^"""^ '^ 
tence du mon.e'rxtÏie:"/ o i":^. f' '•-- 

«ItTelipZ^ "^'r-- '^ '''^^^- 
lame" r^T' ""' '^'^'°''-^ "«tu-'elle de 

pour cela il fi/ i «-opemic en astronomie. Et 



273. 

noble, 

croire 

encore 

cause. 

Paris. 

sacrés. 

Flux 



I.A PHILOSOPHIE BN PRANCS 
CONDILLAC (1715-1780) 

Vie et œuvres de Condillac. - Né à Gre 

Etienne Bonnot de Condillac, s'il faut en 

I .stoire. à l'âge de douze ans, ne savait pi: 

Labbe de Mably, son frère, l'emmena à 

Dans cette vdle, Etienne reçut les ordres 
Il fut ensuite abbé de Mureaux, puis de 
ae neanat^wf-^r n j . 



près 



ugeiîcy. Cependant, il 



1 exerça 



n 



¥■ 



— 256 — 

jamais les fonctions ecclésiastiques. Précepteur de 
Ferdinand, duc de Parme, ami intime de Diderot et 
de Rousseau, membre de l'Académie française, Con- 
dillac avait toutes les raisons de se produire a 
rextérieur. Mais toujours il préféra la vie de 
retraite. 11 mourut en 1780 à labbaye de Flux. 

Ses ouvrages sont: Essai sur forujinc des con- 
naissances humaines; Traité des systèmes; Traité 
des sensations; Traité des animaux; Cours d'études 
pour l'instruction du Duc de Parme; Le Commerce 
et le Gouvernement considérés relativement l'un a 
l'autre; Logique. 

274. Caractères de la PhUoBophie de CondiUac. 
_i» Sensualiste à outrance: continuateur de Locke. 
Condillac le dépasse de beaucoup. Selon lui, toutes 
nos idées ne sont que des sensations transformées. 
2» Inconséquente avec elle-même: en eflfet, le point 
de départ de la philosophie de Condillac devait fata- 
lement le conduire au plus grossier matérialisme. 
Mais, pour parler comme Cousin, " sa raison et les 
bienséances de son état " le retinrent sur la pente. 
Aussi bien se déclare-t-il franchement spmtuahste. 
3° Avide de simplification : c'est ce parti pris de 
vouloir tout simplifier qui a porté ce philosophe a 
commettre des confusions regrettables, par exemple, 
confusion de la sensation avec la connaissance pro- 
prement dite, de l'idée avec l'image, etc. 

276. Doctrines de Oondmac. — Toute la doc- 
trine de Condillac est exposée dans son Traité des 
sensations et est généralement connue sous le nom 
de Sensation transformée. Nous allons expliquer 
brièvement cette théorie. 



— 257 — 



Condillac enseigne que ••toutes nos connais- 
sances et toutes nos facultés viennent des sens ou 
pour parler plus clairement, des sensations " Et 
pour nous faire comprendre le commet de ce phé- 
nomène. Il a imaginé l'hypothèse aussi étrange 
quorigmale de Vliommc-statiic. 

Supposons une statue intérieurement organi- 
sée comme nous, dont l'intelligence n'a encore reçu 
aucune espèce d'idées, et qui est empêchée d'avoir 
des sensations à cause de l'enveloppe de marbre qui 
la recouvre. Il commence par se demander quelles 
seraient les connaisances de cet homme-statue si 
faisant disparaître une partie de l'enveloppe de 
marbre, il avait l'usage d'un seul sens, celui de 
I odorat, par exemple. Alors, dit Condillac -'les 
connaissances de notre statue ne peuvent s'étendre 
qu'a des o.leurs ". Et de cette unique sensation de 

I odeur, par v.ie de génération et de transformation 

II déduit l'existence de l'âme et de ses facultés. 
Celles-ci, il les divise en intellectuelles et en afïec- 
tives. Les facultés intellectuelles, qu'il ramène à une 
faculté générale appelée entendement, sont l'atten- 
tion, la mémoire, la comparaison, le jugement, la 
réflexion, l'imagination, le raisonnement. A leur 
totir, les facultés affectives ramenées à une seule 
qm est la volonté, s'appellent le plaisir ou la peine, 
le désir ou l'aversion, l'amour ou la haine, l'espé- 
rance ou la crainte, . , Et ainsi, se posant toujours 
la même question : à quoi se bornerait la connais- 
sance de notre homme-statue s'il avait en plus l'usage 
du sens de l'ouïe, de la vue, du goût. . . il conclut 



I 'i 



-258- 

cme '• la sensation enveloppe toutes les facultés de 
l'âme", ou mieux, que toutes nos connaissances 
n'ont qu'une seule et même source: la sensation; ou 
bien elles ne sont que des sensations transformées. 
Cette conclusion dépasse celle de Locke qui 
admettait la réflexion comme une des sources de 
nos connaissances. Plus fidèle à l'enseignement du 
philosophe anglais dans son Essai .".r l'origine des 
connaissances humaines, CondiUac" s'en sépare dans 
le Traité des sensations. Aussi bien l'homme-statue 
s'identifie avec la première sensation qu'il éprouve. 
" Si nous lui présentons une rose, dit-il, elle sera. 
par rapport à nous, une statue qui sent une rose; 
mais, par rapport à elle, elle ne sera que l'odeur de 
cette fleur", c'est-à-dire, odeur de rose, il en 
est de même pour les autres sensations. La con- 
séquence est la négation de la substantialité du mot. 
qui devient une collection de sensation-. Le philo- 
sophe français s'occupe beaucoup de la question du 
langage. Il en admet l'origine artificielle et conven- 
tionnelle. Pour lui, les idées abstraites ne sont que 
des dénominations: c'est du nominaliste outré; l'en- 
tendement et la volonté sont simplement des signes, 
la science n'est qu'une langue bien faite, l'art de 
raisonner n'est que l'art de parler. . . 

276. Appréciation. — Le tort de CondiUac est 
d'avoir mis à la base de son système une hypothèse 
qui est loin d'être scientifique. Au lieu d'étudier 
l'homme tel qu'il est, il suppose un être fictif, unp 
statue, intérieurement organisée comme nous. C'est 
le cas de dire qu'il n'observe pas, mais qu'il suppose. 



— 259 — 

', " !f ' ''■'! .^""^'"- '« 'lénionstration personnelle 
de cette ver.te que l'empirisme n'est pas, de tous les 
systen,es celu, qui se soucie le plus de l'expl 
nence ■. Dans sa philosophie règne la plus grande 
confusion ; sensation et idée, désir et volonté sont 
pour lu,. Klentiques. Et. tout naturelle„,ent. il dé ru t' 
a personnalité humaine en ra.nenant la substance à 
une collection de phénon,é„es. et il nie la libertc en 
enseignant que toute connaissance est une sensation 

^.I ac a ete heureusement illoyi^uc. Les principes 
po es par lu, aboutissent nécessaire.nent au maté- 

oht'"; '^^•'r"--' "-^ y conduisirent dautts 
philosophes de l'époque. Lui. au contraire, fut tou- 
jours frauchcmcnt spiritualistc. Au point de vue des 
bienséances de son état " - comme dit Cousin - 
c est un Illogisme qui l'honore; mais en stricte philo- 

ÏÏt ■ pl'-f '"""^^1"^"<^^ "a Hen de glorieu.v. 

277. Philosophes matérialistes. - Les doctrines 
sensuahstes de Condillac donnèrent naissance à une 
école appelée Ecole matérialiste, dont les chefs 
furent Diderot (.7,3-1784). auteur des Pensées 

ut7:iT' \" n'""^ (•709-75.). Ilelvetius 
(171S-1771), et le Baron d'Holbach (172^,780) 
Tous ces écrivains allèrent aux extrêmes' consé- 
quences du sensualisme, c'est-à-dire au plus vulgaire 
mater,al,sme. Et parmi eux. le plus tristement 
cekbre. est le Baron d'Holbach qui fut cyniquement 
athée et msulteur de toutes croyances religieuses 



I. Histoire de la Philosophie, 10e leçon. 



200 — 



m 

r 



278 Voltaire (.694-1778) P^r ses Lettres philo- 
.X.- -ndaluses et impies, tie- - es^e- 
niiùres places parmi les philosophes du XVIU siecie. 
rrii la science était synonyme d .rrehpon. 
r t ^nisan de la philosophie de Locke; toute o,s 

,mrc' le philosophe anglais, il combat a morale de 
• m et ^1 croi à l'existence de D.eu, a la spmtua- 

"âme et au libre arbitre, mais^dnjea^l W- 

acnce Kn philosophie, .1 représente le ok rat.o 
aUs e 11 ne dut son succès qu'à ses talents htte- 
.Ïril et à cette verve in,pie qui sédu.s.t «n trop 
grand no.nbre <le lecteurs <le cette époque. 
'279. Montesquieu (.689-755) f"t un des plus 
céltbres représentants de l'école econ.mn.ste au 
XV m. siècle. Son pri,.cipal ""-^e /• .■. n^ rf. 
/.„;. eut une influence très cons.derable. II definU 
es lois: " les rapports nécessaires qm denv^eut de la 
„at re des choses". Et donc, tous les êtres ont 
eu lois Ces lois, découlant de la const.tut.on des 
et s'appellent lois de la nature et ex.stent avant 
^Ites X^'lois positnes, religieuses - n-ale. - 
^il,. ou politi(iues. Il y a. en effet, sans les lo.s 
;laines! quelque chose de bon - -"— 
C'est ce qu'enseigne Montesquieu. Dire qu.l ny 
: vien de juste et d'injuste que ce qu'ordonnent ou 
éfendent les lois positives, c'est dire qu'avant qu on 
èù t acé de cercle tous les rayons n'étaient pas 
égaux Une de ces lois de la nature porte l'homme 
?vivre en une société dont les lois ne sont pas con- 
ventionnelles, mais reposent sur les rapports neces- 
I"r des choses. Une étude mûrement réfléchie 



26l — 



des différentes formes de gouvernement ramène à 
donner ses préférences à la monarchie représenta- 
tive dont il emprunte le type à l'Angleterre. On 
peut reprocher à Montesquieu de ne voir dans les 
lois qu'un rapport nécesaire et de ne pas faire assez 
cas de la liberté morale dans leur genèse it leur 
api)lication. 11 s'est plutôt attaché à décrire ce (|ui 
est que ce qui devrait être. On doit reconnaître 
cependant qu'il a préparé les voies à d'importantes 
réformes sociales, notamment à l'abolition de l'escla- 
vage, à la révisio'i du code pénal et à la répartition 
de l'imjKit. 

280. Jean- Jacques Roiuseau (1712-1778).— Ce 
sont certainement les théories philosophiques de 
Rousseau qui, depuis cent cinquante ans, ont eu le 
plus d'influence sur la destinée des peuples. Le prin- 
cipe fondamental de la philosophie de Jean-Jacques 
est que Vlinmmc naturellement bon et heureux de- 
vient misérable et dépravé lorsqu'il vit en société 
avec ses semblables. D'où il conclut que l'honime 
vivant aujourd'hui est un individu gâté formant 
partie d'un tout ou de la société qui est la cause de 
son malheur. Voilà pourc|uoi il prêche la restaura- 
tion de l'individu dans son Emile et celle <le la 
société dans son Contrat social. L'enfant, selon lui, 
doit être élevé en dehors de l'influence de toute 
société et d'une manière conforme à la nature; 
et partant, il faut développer chez lui la partie 
physique, instinctive, et ne pas lui parler de relit/ion 
positive, mais lui faire voir seulement le Dieu 
connu dans la nature, jusqu'à sa quinzième on 



— 203 — 



seizième année. A cet âge. il fera son choix. Quant 
au contrat social, sa thèse principale est que la 
société nest pas naturelle à l'homme, mais repose sur 
un pacte ou convention née du besoin de se protéger, 
besoin éprouvé par les êtres humains vivant à l'état 
de nature pure. Par ce contrat, les hommes libres 
et égaux créent un pouvoir collectif et s'engagent 
à lui soumettre leur volonté individuelle. Tour le 
sociétaire, cette aliénation de sa volonté n'est pas 
un esclavage: il n obéit qu<) itii-mèmc. par cela qu'il 
veut que la volonté générale soit respectée. Cette 
volonté générale, collection des volontés particu- 
lières, arbitre suprême, inaliénable, absolu, égal 
pour tous, tout puissant, se manifeste par la loi. 
que le peuple est toujours maître de changer. Les 
tristes résultats auxquels a donné lieu la théorie 
purement hypothétique du contrat social, sont une 
preuve amplement suffisante de sa fausseté. Pour 
ce qui est du système d'éducation prôné tlans 
VEmile, disons seulement qu'4 l'âge de quinze ou 
seize ans. le jeune homme aura déjà une formation 
qu'il sera diiificile de changer. Ce n'est pas alors 
qu'on pourra lui parler de religion et de Jésus- 
Christ. 11 répondra que. si toutes --es choses, dans 
l'histoire, ont l'importance qu'on .eur veut don- 
ner, ses éducateurs qui avaient pour but de lui en- 
seigner au moins le nécessaire, l'en auraient cer- 
tainement instruit 

281. Quelques autres. — Quesnay (1694-1774)- 
fondateur de l'école économique dite des Physio- 
crates. 11 part de ce principe faux: le sol est 



-263- 

Vuniquc source de la richesse. Turgot ( 1727-1781 ) 
et Condorcet (1743-1794). tous les deux, par des 
ouvrages diversement appréciés, se sont placés au 
premier rang des économistes de leur siècle. 



■y 



LA PHILOSOPHIK KN ANGLKTKBRK 
BEKKKI.HY (1685-1753) 

282 Vie et œuvres de Berkeley. - (Georges 
Herkeley naquit à Dysert, co.nté <Ie Kilkenny. en 
Irlande. Après ses études élémentaires à Kilkenny 
«n 17c», il entra au collège Trinitv. à Dublin, où la 
philosophie de Locke était en grand honneur. l'Iu- 
sieurs voyages en France le mirent en relation avec 
Malebranche. Il visita aussi ritalie, l'Amérique 
Nomme évèque (anglican) de Clovne, en 1734. il se 
retira à Oxford, en 1742. et y mourut onze ans 
après. 

Ses principaux ouvrages sont : Hssai sur une nou- 
'.rllc Ihcoric de la vision, l'rincipcs de la con- 
naissance humaine. Alciphir.^n ou les Petits philo- 
sophes. Dialoyues d'Hylas et de PhilonoUs. le pre- 
mier personifie la matière, le second, l'esprit. 

283. Caractère» de la PhUosophie de Berkeley. 
l" fntmatcrialiste voulant rèatjii contre k^ o.iisé- 
quences matérialistes logi,|u,inent déduitt . de lem- 
pirisme de Locke. lierkcU \ alla jusqu'à nin l'xsi,- 
tence de la matière. 2" Idéaliste: pour ,v plulv.sopho 
il n'y a que des esprits qui connaissent et dc^ idées 
qui sont connues: e.t.ie est fercipere mt percipi. 3» 



— 264 — 



i 



Myslitjiii-: la i)liilosophic de lîcrkelt'y est celle de 
Malcbrancho, simplifiée. L'esprit infini est la cause 
(les sensations (|iie nous éprouvons. 
384. Doctrines philoiophiqnet de Berkeley. — 

Toute la philosophie de l'.erkeley est connue sous 
le nom iV'mmnlcrialismc. l.iH-kc avait enseigné 
que nous ne connaissons pas les corps directement, 
mais seulement les idées qui les représentent : c'est 
la tUcoric tics idées n'tircscntatixrs. S'eniparant de 
cette opinion. Uodwell et Collins, en Angleterre, 
tirèrent de l'enseignement du maitrc des conclusions 
qu'il eût certainement désavouées, et firent de son 
empirisme un aliject matérialisme. Berkeley, pour 
lutter contre cette doctrine, nia l'existence de la ma- 
tière Si nous ne connaissons pas les corps direc- 
tement mais seulement les idées <iui les représentent, 
comme les idées — modifications de l'esprit — ne 
peuvent exister en dehors de nous, il n'y a donc rien 
qui nous garantisse la réalité du monde extérieur. 
A quoi bon admettre une substance dont la nature 
nous est complètement inconnue? Ce ne sont que 
les représentations de cette substance, de cette réa- 
lité, que nous connaissons. Donc, ce qui existe réelle- 
ment pour nous, c'est ce qui est perçu, c'est-à-dire, 
les représentations ou les idées des choses, et ce 
qui perçoit. Donc, la réalité est pcrcexoir (esprit) 
et être perçu (idées) ; ou mieux, comme l'exprime 
Berkeley: être, c'est percevoir ou être perçu. Bsse 
est pcrcipcre aut pcrcipi. Ce que nous appelons 
corps est un ensemble de sensations que nous asso- 
cions. Cette association résulte de l'expérience et 



de Ihabitudc. Ces idées représentative, .,».. „„us 
percevons ont une cause. T.t celte cause ce ne 
sont ,,as les objets matériels, puis.p.ils nexistent 
pas; ce n est pas nous aussi, puisque parfois ces 
Idées s imposent à ncnis. malgré nous. Cette cause 
cest Dieu, l'esprit inlini. Cmme nous le voyons" 
<mm„lcnalism.- .le lîerkeley est la théorie ,1e .Male- 
bramlu amplifiée et combinée avec re.npirisme de 
Locke. 

288. Appréciation. - Merkelev avait certaine- 
ment d excellentes intentions. Si la matière n'existe 
pas, le matérialisme n'a droit à aucune justitication- 
et. <lun autre cMé, Dieu, esprit infini, étant la cause 
de nos ,dcrs n-prcscUUircs. son existence ne peut 
faire aucun doute, .\ussi bien, le philosophe an- 
glais pensait-il trouver dans son idéalisme ime arme 
puissante contre l'irréligion. Mais son svstème 
pèche par la base, et il prépare les voies à Hume qui 
non content de nier l'existence des corps, nie aussi 
celle <les esprits et aljoutit au ,,lus pur phénomé- 
nisme. 

DAVID iHT.viK (1 711- 1776) 

286. Vie et œuvres de Hume. - Né à Edim- 
bourg. David ll.mie commença par étudier le droit 
qu II abandonna bientôt pour s'adonner à la litté- 
rature et à la philosophie. Pendant un séjour de 
trois ans en France, 1734-1737. à Reims et à La 
Flèche, il publia son Traité de la nature humaine. Ce 
premier ouvrage n'eut pas de succès Plus tard, il 
se livra aux études historiques et publia une Mis- 



j<j6 — 



il -:.i " 

h, 



loirc dWntjU'tcrrc qui le rendit célèbre. Kn 1741 et 
en 1763, il fit successivement deux voyages aux 
cours (le X'iennc et de \ersailles. Il mourut à Kdim- 
bourg en 1776. 

Ses ouvrages sont: lissai de la nature humaine. 
Essais sur l'entcudcmenl humain, lissais moraux 
et foliliques. 

287. Oaraotèra de la Philosophie de Hume. — 
I" Phénoménistc: clic ramène tout à de pures appa- 
rences, à de simples phénomènes fatalement asso- 
ciés entre eux et qui nous donnent l'illusion de la 
réalité en soi. 2" Criticiste: Munie se demande si nous 
pouvons connaître les choses en elles-mêmes ; comme 
nous le verrons, il conclut pour la négative. Sa 
théorie est donc de limiter notre connaissance après 
avoir fait la critique de sa valeur. 3" Subjective : 
la certitude, dans cette philosophie, n'est plus la 
ferme adhésion à une réalité objective, mais une 
illusion de l'esprit. 4" Ennemie irréductible de toute 
métaphysiciue: c'est une conséquence inévitable de 
l'explication des choses objectives, par l'association 
fatale des idées ; laquelle association nous fait 
prendre un rapport pour une réalité absolue. 

288. Doctrines philosophiques de Hume.— Dans 
l'histoire de la philosophie on api)elle la doctrine de 
Munie, le phénoménisme. Et tout d'abord, le phé- 
noménisme consiste à nier la réalité eu soi et à 
n'admettre que des apparences, c'est-à-dire des phé- 
nomènes, soit dans l'ordre ontologique ou réel, soit 
dans l'ordre Unjiqne. En d'autres termes, c'est la 
négation absolue de l'existence des corps et des 
esprits, comme choses en soi. 



-367- 



Hume, ,1 une manière générale, s'efforce clétablir 
que les idées de causes et de substances son» 
ch.Mieruiues. Kt il ajoute <|uc bien des idées accc • 
tees sans e^anlen comme des données premières 
sont le fruit ,1e lexpi-rien.e et de Ihabitude' 
A ces domurs frcmUra. à ces pliénomén. n.ternes 
t faut apphquer la métho<lc danaivse. ,|ui v^mprcn.l 
dtux phases : ," dca,m/<0Si-r les tl'cnomhus ni 
leurs clcm.nls ; r dcicnmm-r U-s /-m- sdon les- 
•tifllrs a-s phiiwmbncs se ,„ml>iiui:t. Mtmic en- 
treprit donc l'analyse <le nos pl.éno„u.uc-s l.uorius 
Voici ce qu'd a découvert. Il constate .|iie no« per- 
ceptions se ramènent à deux classes, i^rcci lu.ns 
plus vives, appelées impressions, ce sont I,- p, ,- 
ceptions des sens en général auxquelles il joint 
1 amour, la haine, les volitions; ,H;rceptions mcii.s 
vives. api,elées idées, qui sont les copies, les image-, 
affaiblies des premières. Et les impressions et les 
ulees sont de purs événements psychiques qui nous 
renseignent avec certitu.lc sur leur existence propre 
mais ne peuvent rien nous apprendre sur celle des 
choses extérieures. Ces éléments, impressions et 
Idées, trouvés par l'analyse, comment se combinent- 
ils entre eux? Hume rqwnd qu'ils s'ass.xicnt entre 
eux. sans notre intervention, suivant une triple loi 
naturelle qu'il énonce comme suit: i" loi de conti- 
<J>>>tc dans Vcstacc et le temps: r loi de ressem- 
hlanee et de contraste: 3" M de eausalitc. Par 'rap- 
port aux phénomènes de cons<ience, ces trois lois 
jouent le même rôle que la gravitation vis-.i->is des 
phénomènes physiques. 



,m 



— 268 — 



Ces trois lois reii.lent compte d'aborcl de la rela- 
tion qui existf entre la cause et l'effet: relation qu. 
nratiquement. règle tous nos raisonnements Tout 
effet a une cause : c'est l'énoncé du pnnc.pe de cau- 
salité Parce (lUe rien n'est inné à l'esprit humain, 
ce principe n'est donc pas inné. Au reste, .1 ne 
résulte pas n.jn plus .l'une perception, -lune con- 
naissance immédiate de la force cachée par laquelle 
une chose en produit une autre. L'expénence, 1 ob- 
servation de chaque jour nous fait bien voir que 
deux phénomènes se s,u-cèdcnt, mais elle ne nous 
renseigne jamais sur le lia nécessaire qu. enchame 
l'effet à la cause. Prenez deux billes -le billard, 
frappez l'une avec l'autre, toutes les deux vont se 
mouvoir successivement, mais vous ne verrez t.as 
comment le mouvement de l'une produit le mouve- 
ment de l'autre. C'est une affaire d'lw<^'UHie fortifiée 
par la répétition qui nous fait attri. . r un phéno- 
mène à un autre, comme l'effet à sa cause, lorsqu ils 
se succèdent. C'est en vertu des lois fatales de 1 asso- 
ciation que nous croyons que les choses se passent 
ainsi. T'ar conséquent, le principe de causalité est une 
habitude subjective dont nous faisons une loi des 
eUoses-mais qui. en réalité, ne l'est pas. Il en est de 
même iwur toute notre vie intellectuelle Le monde 
et le moi, bref, tout, en nous et hors de nous, se ra- 
mène à une association il'idées. Ainsi le moi n'est 
qu'un faisceau d'impressions unies ensemble, la sub- 
stance est une collection de modes, de qualités reliées 
entre elles par la loi de l'association: nous transfor- 
mons un rapport constant en nue réalité. Tout ce qui 



J 



— 269 — 



semble exister en soi, est une illusion subjective qui 
répond à une habitude tic l'esprit. C'est le phctui- 
ménismc pur et simple. 

289. Appréciation. — Hume sest certainement 
trom])é sur la notion de la cause. Pour lui, l'idée de 
cause se ramène à la i-oiiiu'xioii eoitstaiitc entre deux 
phénomènes de conscience; Stuart Mill la définira 
plus tard: "un antécédent invariable". Avant Hume, 
Locke l'avait délini : la sinicssioii loiislantc entre 
deux c'cnemcnts. L.i cause n'est pas cela. La 
cause est ce qui produit c|uekjue chose. Sans doute, 
l'action véritable de la cause est invisible aux sens. 
Mais au delà de la réalité sensible, il y a la réalité 
supra-sensible, métaphysique, qui n'est pas une ap- 
])arencc, mais un être eri soi. un UDincne. pour parler 
comme Kant. Hume, pour avoir été conséquent 
avec lui-même, n'en a pas moins défendu des théo- 
ries contre lesquelles ])roteste la conscience. Par son 
phénoménisnie et son criticiMne, il a préparé les 
voies à Kant. 

290. Adam Smith {\T2y\y<)0) est un des princi- 
paux représentante de l'Ecole Ecossaise qui. au nom 
<lu sens conuiiun, voulut réagir contre l'empirisme de 
l'école anglaise, et surtout, contre le phénoménisnie 
de Hume. Cette école comprend deux classes 
d'adeptes : les psychologues et les moralistes. Parmi 
ces derniers, il faut ranger Adam Smith. Selon lui, 
le fondement de la morale est la sympathie, l'ne 
action est bonne ou mauvaise, suivant qu'elle cau>c 
de la sympathie ou de l'antipathie. Smith fut aussi 
un économiste distingué. Contre le^ physiocratc^. i! 



m'^ 



— 270 — 

démontre que la vraie source de la richesse, cest le 
travail pour lequel il faut réclamer toute liberté 
d'initiative. 



THOMAS KEID {17IO 1 796) 

291. Vie et œuvres de Eeid. — Thomas Reid na- 
quit à Strachan, en Ecosse, où son père était mi- 
nistre protestant. Ses études classiques terminées 
au collège Mareschal, à .Vberdeen, il fut nommé 
bibliothécaire de ce même collège, et ensuite, choisi 
comme pasteur de New-Machar, dans le comté 
d'Aberdeen. Successivement professeur aux Uni- 
versités d'Abenleen et de Glasgow, toute sa vie 
durant, il donna les plus beaux exemples de lamour 
de l'étude, de la sobriété et d'un profond attache- 
ment au christianisme. 11 mourut à l'âge de quatre- 
vingt-six ans. 

Les principaux ouvrages de Reid sont : Re- 
cherches sur l'entendement. — F.ssais sur les Facultés 
intellectuelles de l'homme.— Essais sur les facultés 
actives de l'homme. 

292. Caractères de la Philosophie de Reid. — 
I» Psychologique : pour le philosophe écossais, la 
philosophie se réduit à " une histoire naturelle de 
l'âme ", à l'observation des faits psychiques afin d'en 
dégager les lois qui les régissent. 2° Ennemie de 
toute spéculation métaphysique: dans les solutions 
de cause, d'origine, de fin. dans celles qui sont rela- 
tives à la légitimité de nos connaissances, il fait 
appel au sens commun et à la croyance générale. 3" 



27' 



Anti-cnkpirislc- elle fut une réaction contre la phi- 
losophie de Lock et, par suite, contre Tidéalisme de 
Berkeley et le phénoménisme de f fume. 
293. DoetriiMi philOMphiques de Keid. — A la 

théorie des idées représentatives de Locke. Reid 
oppose le système de VimmcdiatUmc, de Vintuition- 
msmc. Ce que nous percevons directement, avait 
enseigné Locke, ce ne sont pas les choses exté- 
rieures, mais les idées qui les représentent. Le 
philosophe écossais, au contraire, soutient que 
nous percevons Is choses extérieures directement, 
sans intermédiaire; nous en avons l'intuition. L'idée 
représentative tic Locke, indépendante et du sujet 
qui connaît et de l'objet connu, n'est qu'une 
pure abstraction. La perception extérieure. p(jur 
Reid. est une suggestion immédiate qui se ra- 
mène à trois éléments : la sensation, l'idée ou 
conception d'un objet extérieur, et la croyance irré- 
sistible à l'existence de cet objet. Lorsque nous 
avons la sensation d'une chose, elle nous suggère 
immédiatement l,i conception ou Vidée d'un objet 
extérieur et la conviction invincible de son existence. 
" C'est une loi de notre nature, dit-il. que la concep- 
tion de l'objet perçu et la croyance à sa réalité 
suivent constamment et immédiatement la sensa- 
tion. " 

A part Vitnmédiatismc et Vintuitionnisme connus 
sous le nom de perception extérieure, il y a encore, 
chez Reid, la théorie du sens commun. S'il faut l'en 
croire, le sens commun est comme la racine, le fon- 
dement de toute philosophie. Pour lui, le sens 



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' 



» M, 



2/2 ^ 



il 



cnnmun. c'est lensemble de ces jiiycmcnts primitifs, 
de ces friiicitfs premiers, immuables, universels, 
implantés dans l'esprit de t.wt homme. Nous 
v.,vons par là (|u'il n'accepte pas la théorie de la 
hMe rase. Et sur cet ensemble de jugements prnni- 
tifv. de vérités a priori qui constituent le sens com- 
mun, lequel, à son tour, prend la place de la raison, 
est fondée la croynncc invincible à la réalité du 
monde extérieur, de l'âme et de Dieu. 

294. Appréciation. — La philosophie de Reid a 
un caractère superficiel. Elle se borne à recueillir 
une foule de faits intéressants, sans nous en ofïnr 
la synthèse. Tour s'être trop <léfié <le la métaphy- 
sique et avoir tout ramené au bon sens, Reid enlève 
•i son (cuvrc le cachet vraiment scientifique. Comme 
bien d'autres, il a été trop loin. \'oulant combattre 
l'hypothèse des idées représentatives, il fait une 
guerre exagérée à toute supposition et déclare que 
toute philosophie doit être assise sur des principes 
ciui sont évidents par eux-mêmes. Ea philosophie 
de Reid exerija une grande influence en France, au 
commencement du XIX' siècle. "A son école, dit 
M. noutroux, se sont formés de solides ou brillants 
écrivains. . . toute une phalange de maîtres qui, par 
leurs écrits théoriques, polémiques, historiques, ont 
vaillamment soutenu après Cousin et Jouflfroy, la 
cause du spiritualisme platonicien et cartésien '. " 

296. Dugald Stewart (1753- 1828). —En rigueur 
de date, Stewart devrait être classé dans le XIX' 



Boutroux, /i/udes d 'Histoire de la Philosophie, p, 44i- 



— 272, — 

siècle. Mais on le i)lace immédiatement après Keid. 
parce qu'il fut son plus fidèle et son plus célèbre dis- 
ciple. C'est dire que Stewart continua Reid avec 
cette seule différence qu'il attache plus d'importance 
que son maitrc à Xassoc'mfwn ilcs idées. Il a fait la 
distinction entre les associations essentielles et les 
associations accidentelles. I,cs premières com- 
prennent les associations de |)rincipe et de consé- 
quence, (le genre et d'es|)èce. de cause et d'effet, de 
substance et de mode, de moyen et de fin. Les deux- 
ièmes contiennent les associations de contiguité. de 
ressemblance, de contraste et de signification. 

296. William Hamilton ( 17S8-1856) fut aussi un 
fervent adpte de l'F.cole Ivcossaise, et pour cette 
rai.son, logiquement, il appartient au WIIl' siècle. 
Il a été surnommé le Kantien de cette école. |)arce 
qu'il y a introduit le criticisme. Kn psychologie, il 
proclame que le relativisme est la loi essentielle de 
l'intelligence. Quand l'intelligence fense, elle établit 
une relation entre elle-même et ce qu'elle pense. 
Penser une chose, c'est la eomiilionner. c'est la limi- 
ter à celui qui la pense. Et donc, l'intelligence est sou- 
mise à la loi de la relativité. De cette loi il déduit 
que Vabsoht. Vinfini. sont ineonnaissables. l.'alisolu. 
en effet, l'infini, sont illimités, ineonditionnels. Kt 
nous savons que cotmaître, c'est conditionner, c'est 
limiter. Par conséquent, il est contradictoire que 
l'absolu soit connu, c'est-à-dire que Vincoiiditionnel 
soit conditionné. Cependant il faut croire à l'absolu. 
En logique on attribue à Hamilton la théorie de la 
quantification du prédicat dans une proi)osition. Jus- 



fc 



— ^74 — 

qu'à lui. seul, le sujet d'une proposition était soumis 
à la (itiantificathm. Quand on pense que Dieu est bon, 
on classe Dieu sous l'extension du prédicat bon, on 
délimite la partie du prédicat occupée par Dieu. Or. 
la logique a pour but d' " énoncer explicitement dans 
le langage, tout ce (|ui est contenu implicitement 
dans la pensée ". L'exposé et la critique ries théories 
d'Hamilton ont été faits par Stuart Mill. 



EMMANUEL KANT (1724-1804) 

297. Vie et œuvres de Kant. — lùiimanuel Kant 
naquit à Kienigsberg, en l'russe, de parents pau- 
vres. Après ses études, il fut précepteur durant 
neuf ans. dans différentes familles. Reçu maître 
es arts, il débuta à l'Université de Kœnigsberg. 
comme frivat-doccnt. A l'âge de quarante-six ans. 
il fut nommé professeur titulaire de la même univer- 
sité. Son enseignement a été très apprécié de ses 
élèves et du public. D'une régularité parfaite qui 
le faisait comparer à la grande horloge de la cathé- 
drale de sa ville. Kant mena une paisible existence, 
entièrement consacrée à l'étude et à la réflexion. Il 
mourut en 1804. 

Son ouvrage capital est La critique de la raison 
l>Hre. Citons encore: La critique de la raison pra- 
tique. La critique du juiicmcnt. La Religion dans 
les limites de la raison. Les Prolénomèncs à toute 
la métal^liyslque future. Les Principes fondamen- 
taux de la métapiiysique des mœurs. 

298. Caractères de la Philosophie de Kant.— 



Is. If 
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— -^75 — 

'-"Phie kantienne. Ts:.^.""'" ' '"" ''«^ '« I''"" 

""" pas ^iLs ; Ï ^ :!:r"'^'"]' ^ '"«^^''igence 
'^"es ,,ue les conc J , '" ^'"•••^-"^'"^■s. mai^ 

i-.seeV'i. ûu:: et: r Lr:;:^r- "•'^^' "-^^ "• 

""■'^'.'. ra.lhésion ferme '„'^^ ''"'"• •'"'"'""- 
;""'e crainte <,e se t.om^e 7r::Z- '"' ^^""" 
Kant. de ri.,r,li,r„cr ,1e la h" se et 1 " """"" 

"'-yanee. C'est, comme iï ri , ' """ •""'^''' 

-''-'-- en met,^4^n"':;-- 'a-'-- 

'e philosophe ,1e Ko'iJ ''"''•"'"'• ^'^■^^ '''><• 'l".' 

autre -(«e e 1 le .le S'T •■• ''"""^ ""'^ -'"ti'>n 

s'est ,., sO. Ces ,;.,■' ■'"'' '"■'■'"^■'"-^ •!" -i' 
1 >^s- \.es )iol)lenies. on „,.,„ i,, , ' 

300. Probleine de la science Un Kant.^,,, 

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276 



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nartit a i)our titre: HsthctUitu- lra»s,cmh;>laU- ; la 
seconde : AHalytiifu- transundamle . et la troi- 
sième : DMcctiqiu- transccndcntalc. Chacune se 
qualitie de tmnsccndentatc. l-arce que, (l'aies Knir 
auteur, toutes trois aboutissent à une soUuuh, b*.M, 
supérieure à celle qui fut donnée jusqu alors ,«r 
l-e'npirisme ou le epticisme de Hume, intellec- 
tualisme »u le d..gmatisme de Wolfe. 

1" /-«//lé/w".' niii-^ccndcntah- ou l ntuim de la 
scnihililc. l.a sensibilité compreml le .w„s inUmç 
,U conscience) et les ...... c.vf.rHC.. 1-lle f<ntrmt 

des nothn intcricnrcs sensibles et des «,.(....1.. cxtc- 

rU-iin"! Ces notions constituent la motuV-- <lc la 
connaissance ou Vêlement a tostcriori Mais t.mtes 
k-s sensations tactiles, visuelles, etc. (notions exté- 
rieures ) <iue nous éprouvons, nous apparaissetit 
étendues, et donc, dans l'espace. Aussi, les faits de 
conscience qui se passent en nous, paraissent se 
snccéder les uns aux autres; et donc, les ims sont 
avant les autres viennent après; autrement dit, ils 
sont .laus le tcm^s. lUfa^c tcm^s. s,.nt comme 
deux fornu-s qui localisent les sensations tachks 
'■istu-lli-<: et les phénomènes de conscience, a tel 
[•ndn.it et à tel moment. Ces formes s.mt appelées 
élémenh- a friori de la connaissance, hlles sont 
antérieures à toute expérience (interne et externe), 
elles sont, non des objets de perception, mais do 
mmicres de percevoir les objets, manières a nous 
imposées par la constitution <le notre esprit et non 
par Véridcnee ohjeetire. Ces formes jouent le rôle 
des lunettes qui impriment leur couleur aux objets 



— 27y — 

regardas V.x la conclusion qui sMn,«,,sc est <,uc U 
sens,b,hte nous fait connaître les cho,es se, s .1 
meneures et extérieures , non pas co„,„" 
sont en elles-„,en,es, mais l.ien telles quelle nous 
es représente aux n.oyens .le ces foL. .,,J^. 
'...->«»/..,<,., d'espace et .le temps. S„Xv. L- 
na.ssa„ce sensible se ran,èn. à .les apparence. 

2 Analytique lr,„.scc„dc,,lah: ou crili,,,,.- ,/, /•,,,- 
'''>d.m.,„. l'ar cette connaissana ..„liM, ,;, 
-nnnes en ,x.ss..ssion .U- la umt.ère brute .le la n 
na.ssa„..e. ou nncux, .le s.., apparence, par exen pi"- 
e apparence .le tel ..u tel ..bjet extérieur, ,1e tel l:,,' 
la de c-onscence. C'est encore là quel,,ue cbose 
I n.oberen , ,1e n,al .léfini, .rin.précis, e co„,n,e 
el. mcapable .l'offrir une prise à l'esprit. 11 a 
Uonc.,uece.,„el.pH-ch.,se-p,n.r.leveniri„,el,i! 
g k - subisse une transfonnation. .levienne cohé- 
rent, precrs .iH.n, bref, apte à é.re pensé. Ce t 

.euvre,lelase.-on,le faculté Mentemlcnent. Son 
rôle est .1 un,r les noti.,ns sensibles, intérieur.. . 
exteneures, de les subsun.er. .-..nmu. ,li, Kant , e 
J-s grouper s.,us une catégorie. ICn d'autres tenues 
1 entendement y„^... Ainsi, par la sensibilité no„; 
ayons les .ntmfons .sensibles de feu et .le brûlure 
L entendement s„bsumc ces deux intuitions s.ms la 
categiine de cause: le feu est la ,-;„ic,. i i i -i 
t^ar smte. 1 enten.lement .>u le jugement se n„„. 
pose .le .leux éléments: l'élément ., /,».<trrion „u 1, 
nmt.ere. qu> est l'intuiti.^n sensible de tel ..bjet .lans 
espace et le ten.ps, et l'éfânent . ^rj. „u ,a 
t-nne. .,„, .st la catégorie. Celle-ci. c„„„ne Ks 



il 



il 



Il 



_ 278 - 

.les r«/m(..-.u ...•«.!?./«. cmii ,„,,, ac 

<,ui. nous l'avons vu. ne sont c,uc ^'^^J^P 

. ■ i'.'. .. ,!.■>; i-atéeorii's. comme tormts. 

''Tes iueements sont ., posteriori et « /-n""-. Les 

sUDstanii i. i--- encore, us 

,,a,.lissa„t un ra,>,«>rt -;- j^^, ' ^^^ " /^He. par 
groupent <le purs concepts <Un^ une B 

^v,.n oie • tout événement a une cause, 
^^^^llivise les jugements a /.n<,n en ar^)- 

,,„^s et svnthéti-,,ues. Dans le )"gement ana t u,^. 
aV,ori. Vidée .1.. iattrilmt ou ,lu Vf ^ -^,^;, 

i;;,::'"^^ lun. du philosophe allemand, le ,uge- 



-■7'< 



iiK-iit ai.Jytiqiie .1.. ,„his apprend rioti. il i,t une 
pure tautologie. Il „en est |«s de n.èn.e du jugt- 
ment <; friori syntiu-tique. Ce juj;eiiuiit ajoute à 
I.dee du sujet .elle ,Iti prédicat. ,t .lotie, il no.,s 
apprend quelque cho^e de nouveau. i;t voilà ,H,ur- 
IU01. dans la philosophie kantienne, seuls les juge- 
ments a t,rwn synthétiques s,„it :rriu,hlnm„t siien- 
tlfiques. 

3" DiaUi tique Iraiisccndiiihilc ou cnfuiuc ,1c hi 
raison. Commencée par la seiisil.ilité. [H-rfectionnée 
par l'entendement, la connaiss.„ue s'achève par la 
raison En effet, («mr former (K/mitivement l;i 
science, les jugements <7 fnnn svnthiM,,ues ont 
hesom d'être c<j.,i,lonnés. d'être systématisés. Cette 
coordination, cette systématisation, est l'.euvre <le la 
raison. Elle se fa t en tant <|ue la raison rap|,..te 
les jugements à r , i.jees suiK-ri.ures .|ui sont 
comme des vues densemhli sur la nature <les 
cho.ses. Ces idées supérieures sont au nonihre de 
trois : le moi, le wandr et Diri,. l'Iles jouent le roK 
<rélément a friori. ou de forme, tandis (|ue les juge- 
ments sont l'élément o fo.Ktrriori ou la matière, l.i 
moi permet à l'intelligence ,V,inificr. .le coordoniu'r. 
de systématiser les jugements qui ont pour ohjet les 
tlicnomciii-s de conscience, c'est-à-dire les faits (|ui 
se succèdent en nous, ou les représentations tenip.,- 
relks. Le monde permet d'unifier les jugement- (|ui 
ont pour objet le> représentati..ns spatiales. Dieu 
permet d'unifier la t..talite des jugements .|ui 
ont pour objet l'univers cntiei . Ces tr.)is idées, 
formes ,; t^riori. s„„t aussi ,Ies l,)is subjectives impn- 



\r 



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MIOOCOPY RESOlUTKm TBT CHART 

(*NSI ond ISO TEST CHART No. 2) 




_^ ^■^PPLIED irvMGE In 

^5-^ 1653 Kaf\ Main Street 

S'^B "oc^Mter, Ne* York U609 USA 

^^5 ("6) *82 - 0300 - Phone 

^S (?16) 288-5989 -Fax 



28o — 



.ées par Imtelligence aux objets et qui ne lui per- 
mettent pas de sortir d'elle-même. Elles sont aussi 
des manières que possède l'esprit <le se représenter 
les choses, les cadres idéaux dans lesquels viennent 
s'unifier toutes nos connaissances. 

Donc en résumé, la nécessité et l'universalité, 
deux conditions essentielles de la science, ne vien- 
nent pas de l'objet pensé - car celui-ci ne peut être 
connu en lui-même — mais du sujet pensant. Autre- 
ment dit, la science se ramène à Vimtnancmc pure, 
au .mbjectirisme. La loi de l'esprit humain, selon le 
philosophe de K.enigsberg, n'est pas la recherche de 
l'évidence objective, mais celle de l'unite. Sous 
l'empire de cette loi toute subjective, l'esprit humain 
cherche à mettre de l'ordre dans le monde desor- 
donné des phénomènes, crée entre eux certains rap- 
ports fixes qu'il formule en lois, les range dans cer- 
taines catégories et les groupe sous certains concepts 
généraux. Bref, la solution du problème de la 
science, dans la philosophie kantienne, est une solu- 
tion idéaliste. Aussi bien cette théorie de la con- 
naissance est appelée idéalisme kantien. 

301. Le problème de la croyance selon Kant. — 
L'acte propre de la raison spéculative, c'est la 
science. Celle-ci, avons-nous vu, ne jouit d'aucune 
objectivité, c'est-à-dire, elle n'atteint pas les choses 
en soi, ou les noumènes. La raison spéculative est 
déclarée absolument incapable d'atteindre la vente 
en elle-même; et les formes subjectives, dont se 
compose la connaissance, ne font apercevoir que les 
apparences. On voit tout de suite la conséquence. 



2Sl — 



Avec cette théorie, les fondements de la foi s écrou- 
lent. Et cependant. Kant n'est pas un athée. Voilà 
pourquoi, après avoir admis rinconipétencc de la 
raison spéculative vis-à-vis de toute vérité, il fait 
appel à la raison prati(iue qui seule peut prononcer 
legitnnement sur les grandes vérités morales et 
religieuses. Kn effet, pour Kant, le meilleur moyen 
de soustraire ces vérités capitales à toute espèce de 
contestation, c'est d'établir l'absolue incompétence 
de la rai.son spéculative à leur endroit. r-:t si la 
raison spéculative n'est point capable de démontrer 
avec certitude ces vérités, elle ne peut rien, non plus 
contre elles. Or, l'acte propre par lequel la raison 
pratique, qui n'a rien de commun avec la science, 
prononce légitimement sur les vérités d'ordre iikj- 
ral et religieux, c'est la croyance. La raison pra- 
tique atteint le noumène ou la chose en soi. La 
croyance n'est i)as une connaissance proprement 
dite, elle est plutôt une affirmation autorisée par les 
be.soins pratiques. 

Dans la philosophie kantienne, la crovance est un 
procédé logique. Si, en effet, la raison spéculative 
n'a aucune valeur, il est naturel de s'en rai)porter 
à la seule raison pratique. C'est ce que déclare Kant 
lui-même: "je devais abolir le savoir pour faire 
place à la foi ". Bref, pour Kant, la croyance est, 
de tous points, irréductible à la science. 

Et cette croyance, sur quoi l'appuie-t-il? Sur le 
dcz'oir qu'il définit : la lu-ccssitc d'obéir ù la loi par 
respect pour la loi. Le devoir, qu'il appelle encore 
Vimpératif cqté(/ori(ji(e. est le (piid iiicoiiciissum que 



— 282 



... « 



rien negale en certitude. Je me sens oblige, c'est 
un fait tle conscience, dit Kant. Et cette obligation 
se formule en deux règk-s : Pais ce que ta raison 
te déclare obligatoire. — Agis selon une tna.vimc qui 
puisse ser'iir de loi universelle à toutes les causes 
libres. Aussi bien, elle postule certaines consé- 
«luences. Ainsi, pas d'obligation sans agent moral, 
c'est-à-dire libre, capable de mériter et de démériter. 
Le mérite et le démérite comix)rtent avec eux les 
idées de vertu et de bonheur, de vice et de ^nalheur; 
mais la vertu et le vice ne sont pas rétribués en cette 
vie, il faut donc qu'il y ait une autre vie et qu'il y 
ait un Dieu juste et bon, capable de récompenser ou 
de punir chacun, suivant son mérite. Et donc, l'exis- 
tence du devoir entraine l'existence de Dieu, de 
l'immortalité de l'âme et de la liberté. Ce sont les 
trois postulats de la raison pratique. Et ces trois 
choses que la raison spéculative ne peut connaître, la 
raison pratique les croit et les affirme. 

302. Appréciation. — Kant a certainement man- 
qué son but. \'oulant en finir avec les sceptiques, 
il leur a opposé son criticisme: c'était leur fournir 
des armes. 

Une réfutation complète du criticisme kantien 
nécessiterait une étude plus approfondie des théories 
de la connaissance. Nous nous contenterons, ici, de 
faire voir sommairement c|ue le système de Kant 
est la destruction des fondements de la foi et de 
toute science positive. 

Croire, c'est admettre des vérités sur le témoi- 
gnage d'un autre. Et donc, les arguments, dans 



- 2«3 



I acte de to,. som extrinsèques à la vérité admise 
par eNeniple, dans la foi divine, la révélation. Mais 
la révélation ne peut exister sans un Dieu qui en- 
seigne. Car ailleurs, selon Kant, la raison spécula- 
tive e.,t incapable (l'atteindre la réalité en soi. ni j.ar 
conséquent, la réalité transcendante (|ui est Dieu 
Toute tentative de la raison théorique [xuir prouver 
I existence de Dieu est condamnée <; /-Won. l,c 
principe de causalité, argument du théi.sme, nelt 
<ju une exigence de l'esprit, et partant, une manière 
de nous représenter les choses. 

L'existence de Dieu, reprend Kant, est un pos- 
tulat de la raison pratique. Celle-ci y croit ferme- 
ment. Tout ce qui est chassé du domaine <le la 
connaissance, c'est-à-dire, de la raison spéculative 
est retrouvé sur le terrain de la crovance. de la 
raison pratique. Nous répondions : la raison spécu- 
lative ou pure et la raison pratique ne sont pas deux 
.acuités distinctes. Et, si l'une n'a aucune valeur 
dans 1 ordre métaphysique, l'autre n'en aura pas 
davantage dans l'ordre pratique. La raison spécu- 
latn-e et la raison prat'que sont une seule et même 
fa-ilté agissant dans deux ordres différents, mais se 
s. ..nt des mêmes concepts abstraits et appliquant 
les mêmes règles logiques. 

Appliquée à l'exégèse et à la dogmatique, la théo- 
rie kantienne forme la base du modernisme solennel- 
lement condamné par le Pape Pie X dans son Ency- 
clique Pascaiili ym/is Domiiiici. le 8 sept. K/j;. û- 
modernisme, en effet, affirme que l'âme religieuse 
doit tirer d'elle-même, rien que d'elle-même, l'objet 



^^1 



284 



et le motif de sa foi. Il rejette toute commmiication 
révélée qui, du dehors, s'imposerait à la conscience. 
C'est donc le subjcctivisme kantien transporté dans 
le domaine de la foi, 

Quant à la science, le kantisme ne lui est pas moins 
funeste. La science nécessite des lois immuables, 
fondées sur la nature des choses et que la raison 
déduit de .lits observés. Mais, au dire de Kant, 
ces lois ne M)nt qu'une nécessité de la pensée, et 
non une nécessité des choses, 11 est vrai que le phi- 
losophe de K(enlgs])crg parle d'une science expéri- 
mentale opi)osée aux s])éculations de la raison pure. 
Mais, nous savons que l'élément empirique n'est pas 
le noumène ou la chose en soi. il est le phénomène ou 
l'apparence, la représentation purement subjective 
de la réalité. Et donc, la science expérimentale n'est 
l)as plus objective que la science spéculative, parce 
que le fait observé est absorbé tout entier par la 
forme a priori de l'intelligence. L'idée seule de- 
vient tout, l'élément emjjirique, en réalité, disparait 
complètement. 

On ne peut nier à Kant une grande force de 
pensée; et son influence a été considérable. Sa phi- 
losophie s'est infiltrée un peu partout. Elle a don- 
né lieu à toute une litl rature, tantôt bienveillante, 
tantôt hostile. Elle a opéré, dans le monde intellec- 
tuel, une révolution dont on ressent encore le contre- 
coup. Maïs le kantisme a été infructueux et fu- 
neste à plus d'un qui. pour ne s'être pas méfié, ont 
fait des chutes Jamentables. Considéré comme l'ad- 
versaire le plus redoutable du réalisme thomisme. 



- 2«S - 

lidéalisiiie kantien a vu lertaincnient lu dessous dan. 
la bataille, et il na pas pen o.ntriUié à faire voir 
sous un jour nouveau, tout le Ixm sens et Mute la 
valeur de la doctrine du Doeteur Angéli(|ue. 



FicHTE (1762 1S14) 

303. Vie et œuvres de Pichte. — .Vé en llautc- 
I.usace. Jean («.ttliel) Fielite fut sueeessiveinent 
profes.seur aux Universités d'Iéna et de lîerlin. l'our 
relever son pays et l'enflaininer contre la France, il 
écrivit ses Discuurs qui lui donnèrent beaucoup de 
célébrité. Son e.xistence fut des plus humbles, toute 
entière consacrée à l'étude et à renseignement. 

Ses principaux ouvrages sont: Pniui/<,'s foiuhi- 
mrntaii.v de la science et de la coiuiaissaiice. l'rii,- 
cifes fondamentaux du droit naturel. Traité de la 
destination de fliomme. Méthode /'onr arriver à la 
vie bienheureuse. 

304. Caractères de la PhUosophie de Pichte. - 
ridéaliste snbjectire: Kant laissait subsister le nou- 
mène. ou la chose en soi. bien qu'on ne puisse la 
connaître. Fichte ramène tout au sujet i)ensaiit. à 
l'esprit; pour lui. le noumène n'a pas sa raison d'être. 
2" Egoïste: c'est la philosophie du moi par excel- 
lence ; le moi est tout chez Fichte. 3" Panthéiste à 
rebours: c'est-à-dire, le moi prend la place de la 
substance qui, chez Spinoza, était unique et se con- 
fondait avec tout, voire avec Dieu. 4° .^foniste: non 
pas au sens matérialiste mais au sens idéaliste. Il 
n'> a qu'une seule chose qui existe, c'est le moi ou 
l'esprit. 



286 - 



306. Philosophie de Fiohte. — Fichte consti iiisit 
un système original (lUf hii-niénie appela ll'isscii- 
ihaftsli'hrc ou VidcaHsmc de l'nyir. vSon but était 
(l'é-vitcr une diliticulté insoluble soulevée par le kan- 
tisme. Celui-ci. en effet, admet l'existence du nou- 
niène ou do la chose en soi d'où provient le phé- 
nomène. Mais comment le phénomène peut-il venir 
(hi noumènc sans que le principe de causalité soit 
par là même objectivité? Car le nouinène est la cause 
du phénomène, l'apparence ( le phénomène l doit être 
l'apparence de quelque chose; et. ce quelque chose 
doit avoir une réalité. < )r. d'après Kant. le prin- 
cipe de causalité n'est qu'une loi subjective de notre 
esprit imix)sée aux choses; et celles-ci nous sont 
inconnues. Si les choses en soi nous sont incon- 
nues, (lit E'"ichte. nous n'en pouvons rien dire, ni 
qu'elles existent, ni qu'elle n'existent pas. Le 
mieux est de les supprimer t de n'admettre que 
l'existence de l'esprit ou du moi. d'un moi non pas 
humain, empirique, individuel, mais absolu, unique, 
doué d'une activité infinie, agissant pour agir, sans 
trêve. En agissant, le moi se développe et devient 
auto-conscient. Ce devenir comprend trois étapes 
appelées: tbi^sc. antithèse et synthèse. La thèse: le 
moi se pose, c'est-à-dire, se conçoit existant et iden- 
tique à lui-même. L'antithèse: le moi pose le non- 
moi dans le moi, c'est-à-dire crée le monde, non 
comme chose en soi — il n'y a que le moi qui existe 
réellement — mais comme objet de représentation. 
I,e non-moi est comme une sor' ^ de choc que subit 
le moi dans son développement. La synthèse: le 



- 28; - 

""<)i al.s,.lu prend cnsdencc .iiril est lin.itO par le 
non-nio, ( n,„i théorique, représentatif) et .|ue 
'antre part, le non-nwi est aussi „nmé par le n,oi 
absolu (n,o, pratique). De là. le .loul.le point .le vue 
<Ie s.,n système : ll,â>n.,ur et ^„//,,»... |)a„s la par- 
tie theoruiuc. il étudie la connaissance. Dans 1, 
partie pratique, il montre que le moi est théorique et 
. connaissant parce qu'il est prati.|ue et agissant Car 
c est grâce à sa ten<lance à agir que le moi, en se' 
deveIo,,pant. se crée sans cesse <!es objets de con- 
naissance, c'est-à-dire le non-moi. 

C'est aussi dans cette autonomie du moi poussé 
a 1 action pour elle-même que réside toute la mora- 
lité. Agit moralement celui qui puise dans l'action 
posée un mobile pour une action ultérieure- /'<„/,> 
rnur I agir. 

306. Àppréciation—Coinme on le v,.it. la théorie 
de Fichte est du pur subjectivisme. C'est un pan- 
théisme Idéaliste qui pousse à l'extrême la philoso- 
phie de Kant. D'après le philosophe de Kcenigs- 
berg, I esprit construit le monde extérieur au moyen 
<Iunc intuition sensible (élément empirique) a L,- 
'.•non, à laquelle il imprime ses formes a l^nori 
.Selon Pichte. l'esprit crée de tou^e pièce le non-moi 
oii le monde e.xtérieur. le tire complètement de lui- 
même. Aussi bien, et logiquement, ce monde n'est 
qu un objet de représent.Uion qui se confond avec 
le moi. Ce système a tous les inconvénients et 
toutes les contra.lictions du panthéisme réfuté <Ians 
les manuels de philosoi.hie. Fichte n'a pas fait école- 
tout de même, il eut beaucoup d'influence sur Schel- 
ling et Hegel. 



_ 288 — 
SCHKLUNt; (1775 '854) 

307 Vie et œuvref de Bohelllng. - Schelling 
nanu U a I.é..„l,crg, en Soual.c. A 1 àgc .U- se.zc ans. 
a au Son,inai,.. .le TuUnguc .m , etu.ha la 
U,^:;;io. la ,.hiloso,>hio et la ,.hilolog,c. 11 ense.g,|a 
'. Kna où il .-"t 1-Khtc n-Munc o.lleguc.. A pr > 
:JZ^s annOcs de „rofcss,.,.a ;. rUn,vcrs„o .le 
1 '.filin, il .".•unit dans cette ville. 

Ses .mvrages -ont: Idc.s s„r «m' pMosophu h 

308. Caractères de la PhUosopue de SoheUmg. 

_,■• Va,n,nc d^nitc: c'est «ne ,,hiU.s..,.h.c co,ti,x.- 
site ..n se renc.mtrent au nu,i<,s .m., ^^X^t^'"!''; f 
Idcalisic-ohjcctkc : dans lense.gne.nent de Schel- 
W k. n..i et le n.m-moi. la pensée et la nature ne 
Svent pas Tune de l'autre, ntais d'un nrmcrpe 
supérieur, ..l.jet. substance c-.mnu.ne aux ^e. ., ap^ 
Jlée ral.s..lu. 3" l'oMcistr: parce que 1 al -olu 
se devel..ppe suivant une doul.le scnaUon, ulea.. 
et réelle, et s'identifie avec t.mt ce qui est. 

309 PhUoaophie de Schelling. - La pi .l..s.,ph.e 
,,e Sciielling a passé par cinq phases .liffér.ntes que 
nous allons brièvement e.xp.-ser. 

l.a première se caractérise par s.m adhesi.m com- 
iilète à la pliilosopliic de Fichte. 

la seconde ph.se est appelée Vidéahsmc physu,.r 
ou l^lùlosoMnc de la nature. C'est l'histoire du non 
nioi inconscient, traversant, selon le rythme de 1 e^o- 



— iHij — 



hition alisdliie, li 



es ^•tal)t•^ (|iii cun^lii 



rognes de la nature. 
^ L'idciilisnif lraii.ii\-iiiii-iilal 
C'est l'histoir. di 



lient les divei- 



vient CM tniisiiiiic lie 



- .1 iiiiii oiinvicnt. 
Dans un- (luatrit-nie phase. Schelling niuntre ,M,e 
le n.or et le n,.n-in.,i snn.-sent en> Mnl.le <lans ,„, 
I'imn;.e o.ininun, <n,i est 1 ■,l.s„lu. i,„ve i,nin,.té- 
nelle. nnnianente au n„,,.„r.i (nature, .natière» 
auss, b,en ,|UaM ni„i (pensée), qui se trouve à letat 
s.Mnn.,lent ,lans les êtres inférieurs et prend e..n- 
saence <le lui-niènie <lans riioiu.ne. C'est un qua- 
trie. ,e systènie o.nnu s„us le non, ,1e flnlosofliic de 
I identité. 

L'absolu qui, fatalement, ii.ditïéreinnient. se .léve- 
l"ppc par gra.lations dans les êtres, est. plus tard 
pourvu ,r,ntei;,genee et .l'idées. Connnent cet Jh- 
solu doué d'intelligence et d'iclé-s. ,levient-il une 
ref.hte hnie.- Ce devenir est. pour Schelling. un fait 
me.xphcable. mais " libre •. On appelle cette cin- 
•:,i:ieme et dernié,. phase: tliiloso/,hu- de la lihcrtc. 
310. Appréciation. - Schelling fut par excel- 
ence un philosophe de la nature. \ersé .lans toutes 
les sciences naturelles de son temps, au courant de 
toutes les découvertes scientiHques. il vouLu rendre 
a la nature ce qui lui -tait dû. Et cei>en<lant. sa 
doctnne ofire des difficultés quasi insolubles. Sa 
puissance d'imagination qui présente tout sous des 
couleurs ur |x;u sombres, la subtilité des questions 
tlii II traite, ce va-et-vient cntinu à travers les diffé 
rents systèmes, rendent sa philosophie inaccessible 
a plus d un, A lui. comme à son devancier, on doit 



i^i ?• 



il 



— J<J0 



rcproihcr toutes les oontradictiims ilu panthéisme. 
Il ne peut rendre i-i>mpte de toutes les étapes par- 
courues par l'absolu qui part de lui-même i)our 
descendre aux ihoses finies avec lesquelles il 
s'identilie. 

iiKGKL (1770-1831) 

311. Vie «t œuvrei d'Heg«l. — Georges Frédéric 
Hegel na(|uit à Stuttgart. .\ dix-luiit ans il entra 
au Séminaire de Tubingue où il étudia si)écialement 
Kant et Rou-seau. C'est là aussi qu'il se lia d'ami- 
tié avec Schelling. Durant les années 1805, 1816 et 
1818, il fut successivement professeur aux Univer- 
sités d'Iéna, d'Ileidelberg et de Berlin. C'est dans 
cette dernière ville qu'il mourut en 1831. 

Hegel a publié la Phcnuménologie de l'esprit, la 
Logique qui est la première partie <le VHncyclopédie 
des sciences philosophiques, les Principes de la phi- 
losophie de droit, les Cours sur la philosophie de 
l'histoire, la Philosophie de la religion. VEsthétique 
et V Histoire de la phi' so ..ie. 

312. Caractères de la Philosophie d'Hegel. — 
1" Cohérente: malgré les obscurités de langage qui 
font contraste avec la clarté de Schelling, dans la 
philosophie hégélienne, tout est lié, ordonné d'une 
façon rigoureuse. 2" Idéaliste: pour Hegel, l'absolu 
ou l'esprit dans son devenir se développe suivant 
une nécessité inéluctable, d'ordre conceptuel; et, si 
son développement était complètement achevé, l'es- 
prit deviendrait tout, l'infini serait réalisé. 3" Pan- 
théiste : comme les doctrines de Fichte et de 






— 2iji — 

313. Diviaion de la PhUo»oohie d HeMl t -i, 

iin.r,,,x,.^,,j,;-;,;::':::;:;;*l- 
:,;t:i;';:;,,r'''"'' '- '"» «^" ■-":".: 

316. Philosophie de la nature d'Hem ni 

lut u,:^';: "--''"^ ^'«"^ -- ■.^' >c 

■'Pcre un rct.n r consoent sur lui-mê>nc; il /„*>„„ 
et sc„u- en même temps (la .svni'Kse ,. V. UP 

iX "".l"''^''/" passe par trois phases succès 

nés subjectue, objective et absol ,e. I.a 2], 

•bjcctne s'appelle P^vr/^ofo^/,-... elle a pour oÏÏ^f 

■ospnt bumain, elle étudie les' diverses ét^pe.: ÏÎ 



— 292 



El 



connaissance. La y/iaji' objcctkc s'occupe de \'cs- 
pccc humaine et de tout ce qui la concerne: les 
mœurs, lec lois, les cités, les familles. On l'appelle 
la science de l'esprit objectif. La phase absolue. 
nommée la science de l'esprit absolu, étudie l'art, 
la religion, la philosophie. 

On pourrait concrétcr toute la philosophie d'Hegel 
'dans la loi de V identité des contraires; car. ix)ur 
lui. penser, c'est concilier des contraires, et toute 
chose, pour se réaliser, doit se contredire elle-inême. 
Ce triadisme: thèse, antithèse et synthèse, c'est un 
rythme à trois temps suivant lequel toute chose 
devient et se développe. 11 est la loi inflexible, la 
condition essentielle de tout progrès dans l'ordre 
])hysique. intellectuel et moral. Ainsi, en l'hysique. 
l'attraction (thèse), la répulsion (antithèse) et la 
pesanteur (synthèse); en Logique, l'idée (thèse), 
le jugement (antithèse) et le raisonnement (syn- 
thèse) ; en Sociologie, l'individu (thèse), la famille 
(antithèse) et l'état (synthèse), sont, tour à tour, 
des manifestations de cette marche triadique et con- 
tradictoire qi ; suivent les êtres d'une façon imma- 
nente et incessante — mais toujours dans l'ordre 
conceptuel ou dialectique. 

Aussi bien, et avec raison, a-t-on appelé tour à 
tour le système d'Hegel, idéalisme logique, idéalisme 
transcendental, débauche d'idéalisme. Car, pour 
Hegel, Vabsolu, Vidée n'est pas la source de toutes 
choses: celles-ci ne procèdent pas de celle-là. mais 
l'idée procède dans les choses, elle en est le proces- 
sus. Et ce processus est indéfini, de sorte que tout 



— 293 — 

est dans un pcrtctucl devenir puisque, arrivées à 
eur tro,.s.en,e stade, cest-à-dire à la synthèse le! 
choses redevennent une thèse nouvelle qui .lét uite 
par son antithèse, reconstitue une autre svnthèe 
ainsi, indéfiniment. ' 

317. Appréciation. _ Hegel eut une influence 
extraordinaire sur ses contemporains et sur ses suc- 
c sseurs: ,„fluence à la fois positive et négativ 
Fidèles aux principes posés par le philosophe aile 
mand. Strauss et Renan se servirent de riLlt 
n.sme pour combattre la religion révélée, le pre.nier 
en niant 1 existence historique de Jésus-Christ le 
<leux.eme. en le plaçant dans la " catégorie d 
Idéal . Uuchner. Moleschott et Voght. au con! 
raire, voulurent réagir contre l'idéalisme à outrance 
egel. et dans leurs écrits, ils proclamèrent qu 
^nlc la ,nat,cre. éternelle et infinie, a le droit de 

Selon certains historiens, l'héglianisme est la svn- 

hese le dernier mot de toute la philosophie; seion 

autres, elle est comme le point de départ de tout 

un système a venir. Malgré les exagérations pour 

ens^r'." r' '"'" ^'"'"^^^'' '^" voulant unir 
ensemble les éléments épars des doctrines kan- 
lennes. et éviter les diflicultés restées insolubles pour 
e philosophe de Knenigsberg. est peut-être celui qui 

claTre |'"™'"'m '""°" '' "'"^ ^y"thétique et la plus 
claire des problèmes philosophiques. Faut-il ajouter 
que ses théories ont trouvé un fidèle écho <la„s les 
aspirations de son siècle .= Cest ce qui explique - 
en partie, du moins - leur grande vogue. U prin- 



294 



cipe du développement dont la part fut si large dans 
la philosophie hégélienne, a dominé toute la pensée 
philosophique et scientifique de l'époque où vécut 
Hegel. Et voilà pourquoi Vidéalismc transcenden- 
tal a été si bien accueilli. X'empêche qu'il est une 
doctrine fausse, susceptible des conséquences les 
plus funestes à la vraie foi et à la véritable science. 



Troisième Période 



LE DIX-NEUVIEME SIECLE 



m 



318. Caractères de la Philosophie an XIX' siècle. 

— i" Composite: au dix-neuvième siècle, en effet, la 
philosophie est le rendez-vous de toutes les opinions. 
2" Spiritnaliste au sens chrétien et au sens ratio- 
naliste, suivant qu'elle subordonne, ou non. la 
raison humaine à la révélation. 3" Eclectique 
avec Cousin et quelques autres qui font profes- 
sion de chercher ce qu'il y a de vrai dans les 
divers systèmes afin d'en faire une synthèse géné- 
rale. 4" Sensualiste avec les disciples de Condillac. 
5" Matérialiste, surtout, en Allemagne, où il y eut 
une forte réaction contre l'idéalisme hégélien. 6" 
Sociale-humanitaire, en France, où Saint-Simon, 
Fourrier, F'roudhon, comi)tèrent de nombreu.x dis- 
ciples. 7" Bvolutiouniste en Angleterre avec Dar- 
win. 8" Positiviste: elle ne se contente, chez plu- 
sieurs, que du fait brut, et renonce à en chercher 



— 295 — 

la cai..se sous prétexte quelle ne peut la connaître. 
9 Sccpuquc: le scepticisnie de la philosophie, à 
cette époque, se présente sous différents noms il 
rappelle tantôt néo - criticisme. tantôt phénomé- 
n.sn,e, tantôt relativisme. ,o" RctUjicuse: malgré les 
aberrations des philosophes au XIX' siècle on 
trouve encore dans les différants pays des hommes 
respectuet^x des croyances catholiques et soucieux 
de den,ontrer que la science et la foi ne se contre- 
«Usent pas. 



I.A PHItOSOPHIK KN FRANCK 

irSf ■ .f'^**""*" «»« 1" Philosophie française au 
XIX sièc e. _ ,« Subrersirc. ennenue de l'ordre 
soc.al etabl, Elle prêche la guerre à la propri t" 

.ohf'Trr' f" """"" ' '^ '■«■'^'^■■^he de l'ab- 
solu, objet de la métaphysique, qui, pour elle est 
une entité cachée inaccessible à l'esprit humain x" 
Eclcctume: ,ih se forme de la synthèse de pré- 
tendues ventes recueillies u.. peu partout. 4° Tra- 
d,t,„„al,stc': voulant réagir contre les écarts de la 
ra,so„ humame, elle la déclare absolument inca- 
pable darnver à la connaissance de la vérité, sans 
le secours «l'un enseignement, d'un magistère ^» 
Chrctu;n,c: à côté des partisans des pernicieuses 
doctrmes, a l'époque dernière, la France co.upta 
toute une ple.ade de philosophes qui combattirent 
vadlamnient pour la cause des principes chrétiens. 
d20. Les socialistes.— Saint-Simon (.760-1825) 
<Ians son .\o„:rai, Chnstimhnw. enseigtie eue 



-296- 

l'homme, ici-bas, est fait pour le bonheur et que 
celui-ci consiste dans la satisfaction de tous les 
apix-tits. Le moyen, d'après lui, d'arriver à cette fin, 
est la suppression de la propriété, source de mal- 
heurs. Charles Fourrier (1772-1837) met en pra- 
tique les en.seignements de Saint-Simon par la créa- 
tion de son fhalanstèrc ou commune socialiste. 
Pierre Lerou.x (1798-1871) prétend que l'homme 
est indéfiniment perfectible, et que cette perfection 
s'accomplit par une série de vies sucessives sur la 
planète terrestre. Pierre-Joseph Proudhon ( 1809- 
1865) a pour devise cette fameuse phrase tant de 
fois répétée après lui : la propriété, c'est le roi. Xous 
dirons seulement que toutes ces rêveries méritent à 
peine le nom de doctrines philosophiques. Les 
tristes conséquences dont elles ont été la cause sont 
à elles seules, une preuve manifeste de leur fausseté. 



m.. 



AUGUSTE COMTE (1798 1857) 

321. Vie et œuvres d'Auguste Comte. — \é à 

MontiJellier. Auguste Comte fit ses études classiques 
au Lycée de cette ville. .Admis à l'Ecole polytech- 
nique, à Paris, après un e.xairien exceptionnellement 
brillant, il en fut chassé pour raison d'indiscipline, 
avant la fin de son cours. Pour gagner sa vie il dut 
donner des classes de mathématiques Alors com- 
mença pour lui une existence fort pénible, partagée 
entre l'incertitude d" lendemain et les tracasseries 
de famille. Trois années durant, 1826-1829. '' <lut 
suspendre, pour cause de folie, ses cours de philo- 



— 297 — 

Sophie ,«sitive à peine commencés. II sen ressentit 
)u.squa sa mort. Cette religion de Ihnmanité .Ion 
-se ht le pont,fe. et où se coudoyaient le pi" 
étrange „,vst,c,sn,e et les ph.s tristes excentric té 
en est la prenve. 11 „,ourut en ,857. Ses princi- 
paux ouvrages sont : Co„rs de l^losotUi^Z- 

l:.i,]c^T'' '" '"'""•" '"""-'■ ^' ^■"'"- 

I ^^u" , °""**'"«' «»« la Philosophie de Comte.- 

La phUosophie de Comte est : ,- Positiviste c'est- 
a-.I.re quelle s'abstient de toute recherche sur 
es causes prennéres et sur l'essence des choses 
Les phénomènes et leur enchaînement, voilà, d'après 
Comte. I objet de la vraie science. ." .IdrerLrl 
nrcducM, J, la métaphysique: c'est une c" n- 
-quence du système qui prétend mortes les 
causes prem.eres. les essences ,les choses, et, par- 
tant, la métaphysique de laquelle ces causes et ces 
essences relèvent. 3" Mystique: surtout .-i la der- 
nière ,)enode de la vie d'Auguste Conne. Lui qui 
avait reme toute religion, peu avant sa mort, se ht 
I apôtre dune religion marquée au coin du mysti- 
csme le plus bizarre, ap,.elée la Religion de ri,„- 
Mainte. 

323. Doctrines philosophiques de Comte. - 

Comte est le ,.ère du Positivisme. Cette .loctrine 
peut se résumer dans cette phrase de son fondateur- 
" ny a quune maxime absolue, c'est qu il n'v a 
nen d absolu ". Le fait seul, le fait brut, qui tombe 
sous les sens, voilà le véritable objet de la science 
Les causes. les essences, bref, l'absolu, l'incondi- 



— J98 — 



9 



tionnel. tout ce qui est au delà de l'expérience sen- 
sible, est objet (le foi et de croyance, une pure con- 
ception de l'esprit, une affaire de sentiment, indigne 
de la science. Comme le dit si bien un auteur, M. 
Cersot, le positivisme est VabstinciiCi- de métàth\- 
siqiic. 

Le principal argument invoqué à l'appui de cette 
théorie, est la famei.se loi connue, en histoire de la 
pliiloso])hie, s(jus le nom .le loi des trois états. Comte 
ne peut revendiquer la paternité de cette loi. Il l'a 
empruntée à Turgot. Dans ses évolutions succes- 
sives vers la véritable science, l'esprit humain passe 
par trois étapes, trois états, appelés chacun: état 
théologiqiic, état métaphysique et état positif. Dans 
le premier état, les hommes rendent compte des 
faits, des événements, en recourant à des causes 
surnaturelles. C'est ainsi que l'on explique le féti- 
chisme, le polythéisme et le monothéisme qui, suc- 
cessivement, se sont rencontrés au berceau de tows 
les peuples. Plus tard, n'ctant pas satisfaits des 
réponses données par les idoles, par les dieux, ou 
par Dieu, les hommes sont allés chercher dans les 
causf-s naturelles inhérentes ai-x faits, aux événe- 
ments eux-mêmes, la solution des problèmes qui 
faisaient leur tourment. Ces causes naturelles sont 
les essences, la substance des choses : autant d'entités 
cachées et de qualités occultes qui échappent à la 
perception sensible. C'est l'état métaphysique. Enfin, 
ces entités cachées, ces qualités occultes, cet absolu, 
être suprasensible ,,u métaphysique, n'a pas donné 
entière satisfaction à l'esi^rit humain qui a faim et 



— 299 — 

«.if <le .ciencc. Et donc, les hon„„c.s ont «leniandé 
lIcuTs la solution tant désirée. Cette fois Tu t 
'le tenter fortune dans le .|o„,ai„e de Tau de^à Tl 
- sont d,t: contentons-nous du fai, seul e 'u 
nous a,,.a,.ai,. Lui seul, appaiee, phél]: 
es de nature a nous satisfaire, il est capable detre 
"l^et de .scence; iK.rnons-nous à l'unique ol.ser- 
vat,on du fa,t et à la découverte ,1e ses lois eV "r - 
mentalement démontrées. Ce troisième état le 1 s 

leurs rapports e.npiriques de concomi ance elde 
séquence leur comment sans s'occuper de leur Lt 
^l^vç... pour les positivistes, le, -le de la sc^::. 

etc.. sont, a leurs yeux, objet de pures hypothèses 
Is ne se prononcent ni pour, ni contre Ils Ten 
;7""""-"'-. .Les athées et les matérialistes; eu. 
Ils irnieT;"'"r "" "f'^ ' '''''' "«^ '•""-'''• 

L'abstention, l'absence de métaphysique qui est 
le fond du posnivisme nous dit pourq'uoi CouUe 
dans la class.hcation de.s sHences. n'a laissé aucune 
place a la scence de l'absolu. Cette classification 
dan ':, '"""^"! "«-^ =' '■«'-■ rfe la critique; cepen- 
dant, el.e a quelque mérite. L'auteur dassifie les 
suences d après leur co„,plexité croissante et leur 
snnphcte décroissante. A la base sont les mathén^ 
t ques. pu>s viennent l'astronomie, la physique la 
chmne. la b.ologie et la sociologie - chlcune'de c s 
suences forme un degré nécessaire à celle qui la suit. 



300 



I 



^\insi, la science de la société (sociologie) est imiios- 
sible sans la science de la vie (biologie), celle-ci ne 
se conçoit pas sans la chimie, etc. La socioloyic 
d'Auguste Comte qui, dans la classification, est au 
sommet, parce (|u'elle c ' plus complexe, plus spé- 
cialiste et moins abstraite, se divise en deux par- 
ties : socioloyic stutitinc et socioloyic dyinimiqiic. 
Dans l'une, il énonce les lois <|ui assurent le bon 
équilibre et la iwrnianence de l'ordre social, dan.- 
l'autre, il donne les conditions essentielles à son 
progrès. Quant à la psychologie de Comte, elle se 
ramène à la physiologie et à la biologie. En me raie, 
il est disciple de l'Ecole Ecossaise, et fait larije le 
rôle du sentiment qu'il désigne du nom d'altruisme. 
La religion comtiste appelée rcliyion d: l'humanité, 
est un retour au paganisme. 11 n'y a point de Dieu, 
il n'y a jwint d'âme, du moins immortelle ; l'être 
suprême, c'est l'humanité, qu'il nomme le Grand 
Etre. Cette religion a aussi sa trinité : le Grand 
Etre, c'est-à-dire l'Humanité, le Grand Fétiche, 
c'est-à-dire la Terre, source de tous les êtres, et le 
Grand milieu, c'est-à-dire l'Espace. C'est 1 huma- 
nité qui représente la perfection suprême, c'est elle 
surtout que les hommes doivent adorer. 

324. Appréoiation. — L'influence de Comte, soit 
en France, soit en Angleterre, fut indéniable. Ses 
disc'])les. infidèles sur certains points de la doctrine, 
gardèrent les parties essentielles. Eux. comme le 
maître, continuèrent et continuent encore à prôner 
que la vraie science n'est que Y observation des phé- 
nomènes et que l'absolu, objet de la métaphysique, 
est inaccessible. 



joi 



Av..„.s-n,.u.s l,es„i„ ,|:.j„„,cr ,|ik. W- ,wM,ivim„,. 
o.M,re,,. lune -les thésos les „I„s essent elles Je" 
l^yoho .g,e. K,. „r,, , „,,, ,^ f^^^„,. ^^^j^ 

^he. h.„n,„e. ,1 y a la raison, faculté spirituelle 
<-'"» c n.,e est de chercher la natt.re du 'substrat.' 
du soufen des accidents .,„i rqH.n.lent à nos Jr 
ce,.fo„s visuelles, tactiles, etc. c'est-à-dire la u 1 - 

Conte , ia ,, .,,, ,,, -^ .,^,^ ^,^^_^ ^^^ ^^^^ 
qu. certaines e,x,ques lesprit hun,ain ait eu une 
tendance a explic.uer le. choses en recourant à d" 
causes surnaturelles, à ,les e..tités cachées ou si„,- • 
l'iement a 1 expérience, il es, faux de croire <,ue 
cette tendance soit une loi nécessaire de l'intelli- 
gence. Au surplus, ces trois états ne sont pas 
exclusifs, comme le prétend Conite. Car nous trou- 
v-cms ,lans le même esprit les trois modes de penser- 
thcnhoun,e.rnétaphysi.,ue et positif. Ains' saint 
Thomas. I.e,bn,z et Pascal ont été de gran.ls nn-ta- 
physKMcns. de sagaces ol^servateurs et d'illustres 
croyants. Sans compter que le positivisme conduit 
au scept,c.s.ne et à ranéantissemenl ,1e toute science 
par les Imntes qu'il impose à la raison et la <lé- 
fens^e qu'il lui fait de tenter la recherche des causes 
Rechercher les causes d'un chose, n'est-ce pas faire 
de la science? Ajoutons que le système d'Augt.ste 
Comte équivaut au matérialiste et à l'athéisme 
Comte ne veut pas se prononcer sur la nature de 
ame. m sur celle de Dieu; l'âme et Dieu, suivant 
lui. sont inaccessibles à la rai.son humaine. Mais 
alors pourquoi définit-il l'âme: Vensemble des fonc- 



1' 



u j. i 



— i02 — 

tioits du ci'nraii r/ ilc la moelle éfiniire, et enseignc- 
t-il qu'on ne peut expliquer l'origine du monde ni par 
plusieurs dieux, ni par un seul .' Aussi bien, res- 
treindre le rôle (le la connaissance aux seuls faits 
sensibles, n'est-ce pas dégrader la nature humaine 
qui a tant faim et soif de l'au delà, de l'absolu, de 
l'intini ? Comte, lui-même, quoi qu'il écrive, est meta- 
physicien à sa manière. 11 a ses théories générales 
des choses; et son mode de connaître, d'après lui, 
purement expérimental, suppose qu'il y a des lois, 
de l'ordre dans la nature, que tout ce qui existe a 
sa raisoi suffisante. Autant de notions universelles, 
absolues qui font voir toute la contradiction en 
laquelle est tombé le fondateur du iwsitivisme. 

326. Emile Littré (1801-1893) est le plus fidèle 
disciple de Comte ; dans ses ouvrages. Paroles de phi- 
iysophie positive. A. Comte et la philosophie posi- 
tive, il donna une forme plus explicite aux doctrines 
du maitre, avec, cependant, une tendance plus pro- 
noncée au matérialisme. Les erreurs sociales et 
humanitaires d'Auguste Comte n'eurent aucune 
prise sur Emile Littré. 

326. Hippolyte Taine (1828- 1893). — Le posi- 
tivisme rencontra en Taine un précieux auxiliaire et 
un écrivain d'un rare talent. L'œuvre capitale du 
philosophe français est l'ouvrage intitulé: l'Intelli- 
gence. C'est là qu'il expose sa doctrine. Elle n'est, 
somme toute, que la théorie de Comte avec quelques 
modifications. Le fait sensible est seul objet de 
science. La sensation et l'idée sont identiques ; celle- 
ci est celle-là affaiblie. Dans l'interprétation de la 



■^4: »i 



- 303 - 

tuy'u" '■;•■"''■'''■'"■'■ '™""»i^«nce scsil.lo ,,es 
io,es hors .le nous,. Taine se prononce en faveu 
^k halhuwatwn vraie. Toute sensatioi. ,end I 
sobjecver. ccst-à-, ..e à se poser -onnK "t/ 
n.;«r.. • ,„a,s de sa nature elle n'es, e. ne peut é e 

z:z'T 'i' ""r-' '""'"^ '^"-"•■- -' i-^ 

.ao,rc Cependant. la sensation est classée parmi 
les halluemations ,ra,V., oest-à-.lire panni ce |T 
q". sont daccor.1 avec elles-mêmes, av . | , „ï 
t-<>"s anteccVIentes et concomitantes. I.a causairté 

ensemble de faits, par exemple: la Mantn.r fait 
gênerai et supérieur, engendre la chute .le t lu 
les corps. La réfutation du p„si,ivis„,e en r .né a 
rapplique à la doctrine de Taine 

r.-.S/'î"T'''?' " P'"''"''" 1"'^ ''''«'""'e était la 
résultante /a/./, de trois facteurs appelés: la ra.- 

ue";e-''fo """";■"'• °" "' ^^"■■="'"-' --" .' 
que ces fo-ces ont une mfluence sur la formation du 

caractère propre à chaque individu: mais _ !î f^;^ 
le dire -on ne peut nier aussi que la volonté colla- 
bore, pour une grande part, avec ces trois facteur, 
au perfectionnement de l'homme ; si bien tue' 
celu.-c., s'il se travaille, est capable .le s aire' en 
quelque sorte lui-même. 

Da?7; f^T'*' **"*"'^«'- ^'8'5-i903) se .listingue 
par la tendance appelée néo-cnticistc de sa phdo- 

a savoir, la primauté de la raison pratique sur la 
.a son spéculative, mais il bannit de la philosophie 
les noumencs ou la cho«e en soi pour s'en tenir aux 



ilî 

i 



— 3P4 — 



m 



plwnom^iws sculeiiicnt ; et. à la sciriice que Kaiit 
présente coniine alisiduiiient ncifssairc. il donne un 
caractère de lihcrti-. Le irilUismc de M. Renouvier. 
parce i|ue ditïérent ((Uelquc peu de celui de Kant. 
s'appelle iico-criluismc ou crilicismc Htcnitmcnistc. 
Selon lui. aucune vérité ne s'impose cessairenient 
à l'esprit; et. à toute évidence, si fone :;oit-clle. on 
IH'Ut résister victorieusement ; le scepticisme et le 
<logmatisnie s'équivalent. Kt le problème de la certi- 
tude n'est qu'un acte de la vd' >nté libre. " C'est à la 
liberté c|u'il appartient de [wser le fondement de la 
certitude. " écrit Renouvier. Par conséquent, le fon- 
dement de la science et de la morale, c'est le libre 
arliitre qui découle du devoir, et comme lui. est 
indémontrable, parce que tous deux s'im|)osent à 
notre croyance. Qu'il sufiise de dire que le néo-cri- 
ticisme. à part les contradictions inhérer. lU kan- 
tisme, renferme un faux principe, savoii, identité 
entre le scepticisme et le dogmatisme, l-'t iiant au 
pliénoménisme de Renouvier. i. se réfute de la 
iiKHie manière que celui de Hume. 

VICTOR co. 'N (1792 1867) 



328. Vie et œuvres de Victor Ootuin. — \ictor 
Cousin vit le jour .i Paris en 1792. Après de bril- 
lantes études au Lycée Charlemagne. il entra à 
l'Ecole normale en 181 1. Xommé suppléant à la 
c'iaire d'histoire de la philos iphie. à la Sorbonne. en 
remplacement de Royer-Collard. par son éloquence 
et ses opinions nome les. il attira, durant cinq ans, 






- jos - 

la f.nilc à S.H1 cours, '.t «ti rliro ,i- t • 

«liait co„,„,e „n va à I J . u "'' "" >' 

profita ,Kn.r p„,.,ier ccr.a,"T 'o" vra^:';.:' f •^■" 
"•; premier v„,a^.. en Mlnnaj;,' H ■''"■'■■ 

</ç '. Philosophie ,nodenu: Lr's /S, f? 
' -"''"^ donffmahté: Cousin n'a rien invent.'. 

p L"rhe7u '^"'r^' ^'" ■' ^ «^""'""-^ « '"-'■■ 

(jiHiosopne d Alexandrie. 2'^ Eclenln,,.. 1 ■• 
;n.-.yade.ei..eur,ans,oust':^Se:':ua: 

-u. ,es Les de £S, Td'C T^^î' 
'-/"'., surtout dans ,a dernière période. M!Z 

20 



li 



3o6 — 



peu à peu le panthéisme allemand, Cousin se rangea 
flu côté des grands spiritualistes, tels que Platon, 
saint Augustin et Descartes. 
330. Doctrines philosophiques d« Cousin. — Au 

dire de M. Fouillée, Cousin " finit par favoriser 
surtout l'histoire de la philosophie aux dépens de la 
philosophie même ". Et ceci s'explique, parce que 
Victor Cousin fit toujours grand cas de ce qui avait 
été enseigné dans les époques précédentes. Avec la 
psychologie, l'histoire de la philosophie était, pour 
lui, le fondement des études philosophiques. Aussi 
bien, sa philosophie »'ut-elle un caractère essentielle- 
ment éclectique. En eflfet, comme l'écrit Jouflfroy, 
" publier des systèmes, et des systèmes tirer la phi- 
losophie, tel est en deux mots le plan de V. Cousin ". 
Au reste, l'éclectisme de Cousin n'est pas un syn- 
crétisme fait d'un ensemble de systèmes unis sans 
plan, sans ordre, mais plutôt une méthode historique 
destinée à recueillir les vérités éparses dans les 
diverses systèmes, à les unir ensemble, et par cette 
union, à fortifier, à perfectionner l'ouvrage fait par 
les devanciers. Selon lui, tout a été dit en philoso- 
phie, et, dans cette philosophie toute faite, il s'agit 
de choisir ce qui est vrai. Cette vérité qu'il faut 
choisir a passé par quatre stades différents et suc- 
cessifs, lesquels marquent les divers systèmes qui se 
disputent l'empire de la philosophie: sensualisme, 
idéalisme, scepticisme et mysticisme. L'esprit hu- 
main commence d'abord par les données des sens 
(sensualisme) ; peu satisfait, il va demander lumière 
à la raison, faculté intellectuelle, en excluant les 



— 307 — 

"ne chimère (scepticisme • °",S"'' ''^ ^«^"«é est 

qi-e faire ? Les sens e if ? • ' """™'- ^'o-"^ 

'".• procurer il ZXie TTr'r"' "^'"'"'^'^ ''« 

i'- tourne du <:srtnr;Sîtr"'--- 

'lue Dieu, source de fr„.f. ' convaincu 

trouver „„ ,„oyen terme en re T l, f '"''^ '''"' 
-•se et la phiLsophi .le" „ . ^ ?" ' ""' 
«ne métaphysique a /»nj- '" , ' ^""'^'"^ 

celle-là, avec Eli.m. '^ ""'""" 'l'al>«'lu, 

-;iaphysiqu:rt;Tch:iÏr"'"'^^"-'^^ 

que 'Me Dierde la on?-^'''' -«^•«A-a,V^ il dit 

fini tout ensemble tHnï/' ''' "" ^''^" ""«""■ et 

Dieu, nature "Lma'it;"'"c'^"'r''^'^ ' '=* ^"--^ 
ces passaees n.,i "^"'"^ ' Cependant, à côté de 

B.T,ïir„r;î'r .;.f 'r ^ 

1. monde, „ c-,., „,V dL™'" S. ih' ', "T 
m.t,o„ du „,„„de offre 1,!™- ' * '" 

•.«..-..«.'osr.'.n'irr,*': 



- 3o8 




mais .le lui qui est le principe de 1 existence et e 
prononce pour la ué.cssité de la creat.on. Et un 
peu plus loin, il concède que cette expression né- 
cessité de la création", est '" asse^ peu révéren- 
cieuse envers Dieu, dont elle a Vau" de compro- 
mettre la liberté ". , t- . :i ;„ 
l'our échapper au sul.jectivisme de Kant, H n- 
venta la fameuse théorie de la raison mfcrsonndk. 
La raison, pc^.r Cousin, est la vérité faisant appari- 
tion dans cha<,ue honi.ue. Or. on ne <ht pas ma 
vérité Si la raison était individuelle, alors elle 
changerait, elle serait libre comme la volonté y 
riable et relative comme la sensibilité. Ce serait 1 .-.- 
dividu qui jugerait et ce serait l'anarchie dans le 
monde <le la pensée. Cette nmon mtcrsonncUc, 
ccst la raison spontancc. appelée afcrccftwn pure 
par Cousin, ou une espèce iX inspiration qui ne se 
met pas en question et qui précède Vactcrcflc.uf o^^ 
la raison à fctat rcflcif. < >. d'après Cousin, c est 
la réflexion qui est la cause du siibjc(tn;smc dans 
la connaissance. Cette théorie équivaut a la doc- 
trine averroïste de Vnnitc de rmtcllcct. 

\nrès avoir cherché la part <lu vrai dans tous les 
svstèmes de morale. Cousin réfute le sensualisme et 
place le principe de la morale en Dieu et dans les 
rapports nécessaires qui nous unissent a lui. Kn 
proclamant la valeur absolue des notions morales 
et la liberté humaine, il condamne le fatalisme quil 
avait jadis professé. Il regarde la digmtc per- 
sonnelle comme la règle de nos devoirs et il prêche 
la nécessité de l'alliance entre la religion et la phi- 
losophie. 



— 309 — 

331. Appréciation. _ u o<t „h„ ,ii 
XiX' siècle nui „, i; ' '"«""'»«. au 

'lébattues;'a„'"J:: ;";'7V"' '^^ ""'^^""- 
f nie <le l'invention phi..:;,; 4^" .S";;^ "^■ 

S;ir-:s:;;:Tr''^''-"^--^^^ 

'•'^■^toiJ.e.aphlLiX^^"''"''^'"''''""'^''^ 

^aStrî:u:::î;-::-?r'n"'''"'^ 

'le reproches Kf , " ^''"'- exempt 

leprocnts. ht pour coniiiiencer par son r.l ■ 

''J»lr. disons rrn'il „. I . ' " fllt'C- 

' P"" ^''"^■"' '■■• --'é (oLjet, se confond avcv 



' - I 

1 



|;i| 



m 



Ii!h 



_ 310 — 

la raison (faculté). On sait bien ^"^ la vérité est 
en dehors de l'homme, est impersonnelle iandxs que 
la faculté qui la perçoit est relative a 1 homme, est 

Personnelle. 

Cousin se vante d'être spiritual.ste; ma.s son spi- 
ritualisme, pour avoir réagi contre le matenahsme. 
n'alla jamais jusqu'au surnaturel ; et, tout en respec- 
tant la foi catholique. Cousin demeura rationaliste. 
On eût souhaité chez lui moins de littérature et plus 

de doctrine. , „ ^ 1 

332. Théodore Jouffroy (1796-1842) le 1 ' 
célèbre di.sciple de Cousin, dans sa courte existence, 
n'eut pas le temps de résoudre les nombreux pro- 
blèmes de philosophie qu'il avait poses. Letat de 
doute dans lequel il vécut, tortura son ame de toute 
„,anière et ne put lui procurer ce ^^^"^'J];''l''''"J 
aux études de philosophie. Dans ses Mélanges tln- 
losophiques, dans son Cours d-cstheMue ^t son 
Cours de droit naturel, il se montre fidèle a la philo- 
sophie écossaise, en laissant de côte la métaphy- 
sique et en ne «'occupant que de la psychologie. 
Son .euvre capitale a été d'établir la d.stinc lon 
entre la psychologie et la physiologie, confondues 
par Broussais et Cabanis. A la morale et a 1 esthé- 
tique il appliqua la méthode psychologique. Il en- 
seigne que la destinée humaine n'est pas toute en- 
tière en cette vie; celle-ci, cependant, se compose 
de fins particulières dont la collection constitue la 
.fin dernière ou totale. Et la morale consiste a 
atteindre ces fins particuhères. 
333. Maine de Biran (,766-iS24^. au Une de 



— 3'i — 

Consin "est le plus grand métaphysicien qui ait 
honore la France depuis Malebranche ". U déve 
loppement de sa pensée a passé par trois pha es 
success,ves ,ue nous allons résun^er brièvL'm 

Dans une pn-mihc phase, Maine de Biran pré- 
end appartenir à l'Ecole de Condillac, bien que 
réel e„,ent, d s'en sépare. Avec Destutt de Tracy 
. CTo,t que c est à la faculté de nous mouvoir S 
nous devons la connaissance des corps", et s r 

Jo et la ^-/■r.^/,.„ ., celle-là est laffection pro- 
duite sur nos sens par les choses extérieures, cdle- 
c. resuite d." notre activité volontaire. Plus la 

c7S "Kt'-r "^^""' P'"^ «■■^-'^ -' '^ Pe - 

Da un. .'" '°"''"' ''"^ '^ P"'^'^P'i°" "'est 

pas une sensation transformée. Il expose cette 

théorie dans son ouvrage intitulé: Mmoirc Z 
lhab,,„dc. Selon lui, les habitudes sont acLZ 
P^ssncs. et elles affaiblissent la sensation et fort - 
tient la perception. 

On troiive dans la seconde phase de la vie intel- 
lectuelle de Maine de Biran, toute sa philosoph . 
Le point de départ de cette doctrine est ce qu'on es 
convenu d'appeler, le sentiment de l'effort. \e pre 
mer fait de conscience dont tout aérive ' t 
i effort volontaire, la volonté agissant sur l'orga 
n.sme. Cet effort révèle deux choses: l'o.S 
propre du •«„,• et Ve.vistence nécessaire du non.noi. 
En effet, par la conscience, nous sentons que nous 
a^..«.«,. que nous faisons des efforts, que la vo- 
lonté met I organisme en mouvement. Par la con- 



m 



— 3'2 — 

science aussi nous sentons que l'organisme oppose 
(le la résistance à la volonté qui le meut, et par cette 
résistance, le moi se reconnaît litnUî: il acquiert avec 
la conscience de soi-même, la connaissance du iinn- 
moi. comme d'un terme nécessaire qui s'oppose au 
moi, c'est-à-dire de la réalité extérieure. (îrâce à 
cette activité volontaire, le moi et le non-moi sont 
mis en présence, et par une seule et même intuition 
de conscience, on les connaît tous les deux. En résu- 
mé, pour Maine de l'.iran, le fond même de notre être 
est dans Vactkité consciente, dans le sentiment de 
l'effort qui nous donne à la fois l'intuition du moi 
et du non-moi. Comme on le voit, c'est le stoïcisme 
qui prédomine dans cette seconde période. l<es prin- 
cipaux ouvrages où Maine de Hiran décrit l'évo- 
lution de sa pensée sont les Rapports dn physique 
et du moral et VEssai snr les fondements de la 
psychologie, publiés par Ernest Navillc, en 1859. 
La phase troisième et dernière s'appelle la pé- 
riode mystique et chrétienne. On y trouve une 
philosophie ébauchée, incomplète, que Maine de 
lîiran expose dans son Anthropologie, ouvrage ina- 
chevé. L'auteur distingue trois vies dans l'homme : 
la vie animale, celle de la sen.sation; la jic humaine, 
celle de la volonté ; la vie de l'esprit, celle de l'amour. 
Cette troisième vie. appelée vie de l'amour, per- 
fectionne la morale stoïcienne où il s'était arrêté. 
Et cette vie troisième trouve son complément dans 
la morale chrétienne qui, par excellence, est la 110- 
rale de l'amour. Aussi bien, c'est dans cette mo- 
rale de l'Evangile qu'il alla chercher consolation et 



— 313 ~ 



-uuen durant les domines années de sa vie. I.a 
méthode pronee par Maine ,1e ISiran fut ,lone 1-, 
vra.e .nethode psych„-.,i„.„, „, ,„„,,,,, , ^i 
lh..n,„u-, non plus par le .lehors. comme font le 
p'nsual,stes, mais par le dedans. C'est, pour pL- 
e ^ngage moderne la n.ethode ,VnUn4.rJn Z 

ensemble la consnenoe. la raison, la volonté et ra- 

menetoutàleflfort.àractivite.aupointden r a 
substance, l'essence de I«me ou, du n,oins " 'e^ 
fa>re^ comme ,1 le d.t lui-n,é.ne. un h.saisissabl,: 

334. Joseph de Maistre. - .Vé à Cha„,bér^, et 
nort a lunn (.754-.8.n. le comte Joseph de 
Marstrc eut le tanpérament et la justesle .le vt 
d"n vra, phdosophe éclairé des lumières de la fo^ 
Ses^pnnnpaux ouvrages sont: Considérations s„r 

>umc,o-s des consHtntions politiques et des antres 

Sa,nt-Pctersbonr;, ou /:,„.,,/,,, „„ ,^. ,,„,„,,,.„.._ 
ment temporel de la Proridenee. Cet écrit est con- 
sulere comnie le plus bel ouvrage de de Maistre 
Ce brdlant écrivain, cet illustre penseur a exagéré 
qudque peu le rôle de la tradition ; mais, en jusfice 
on do,t dire que c'est en politique plutôt qu'en phi-' 

1 h.sto,re, de Ma.stre ne parait pas laisser à l'hom.ne 
assez d,n|t,afve et de pouvoir: il refuse trop faci- 
lement I efficacité à ses desseins et à ses efforts ■ " 



1*1 



E. Blanc, Dictioinmire de Philosophie, p. 788. 



l'il 



— 314 — 



i» ; 



il 



Quoi qu'il en suit, de Maistre n'en reste pas moins 
un génie perspicace dont les prévisions, parfois har- 
dies, sur les lionimcs et les choses, se sont souvent 
réalisées. C'est lui qui n'a pas craint de <Ure aux 
admirateurs passionnés de lîacon. que leur idole 
" fut simplement un baromètre qui annonça le beau 
ten'ps. et parce qu'il l'annonçait, on crut ([uil l'avait 
fait ". 

336. Quelques autres. — Sous cette rubrique, 
nous pouvons classer les philosophes <le l'Ecole tra- 
ditionaliste dont le caractère général fut de réagir 
contre les rationalistes qui exaUèrent outre mesure 
la uissjr;'-e de la raison humaine. Les traditio- 
nalistes allèrent juste à l'opposé et enseignèrent que 
la raison humaine A'ellc-même est incapable d'arri- 
ver à la connaissance de n'importe quelle vérité 
(les traditionalistes exagérés), ou du moins, des vé- 
rités d'ordre métaphysique (les modérés), sans le 
secours d'un cnsciyncmeut, d'une révélation. Citons 
Le Vicomte de P.onald (1754- 1840). qui prétend 
que le langage a été révélé par Dieu à l'homme ; 
Félicité de Lamennais (1782-1854), dont X'Essai sur 
l'indifférence proclame que la vérité certaine, dans 
l'ordre moral et religieux, est la révélation inter- 
prétée par l'autorité infaillible du pape, et, dans les 
questions simplement philosophiques, la tradition, 
qui n'est autre chose que le consentement universel. 
L'abbé Reautin (1796-1867) va jusqu'à dire que 
toute science est une croyance à la pr 'e de Dieu. 
Sous le titre de Sfiritualistes rationaïuies, nommons 
Destutt de Tracy (1754-1836) dont s'est inspiré 



— 315 — 

Maine, de liiran; Uromiguière (, 756-1837; n„i 

Rojer-Colard f ,7h3-,845) qui com„,enta les a-uvre 

1887) laul Janet ( .823->8<x/) ;l!. de St-Ifilaire 
le meilleur tradiu-teur des œuvres d'Aristote- Mer- 
sot, Rava.sscn (18.3-MJ00). qui "fait de l-esprit 
l..n,q„e reahté et luniverselle substance " \ 
Knniec célèbre par sa théorie .les idées-forces; 
E. Navlle II. lîergs.m. \acherot (i8o9-.8y7), don 
ouvrage : / „ n,étatnysù„u- c, la science, représente 
le m.eux la forme .ridéalisme qui prévalut en France 
au m,l,eu du XfX' siècle, et dont le caractère fu 
de reagir contre le positivisme. 

I.A PHUOSOPHIH 8N angletkrrk 

m. Caractères de la PhUosophie anglaise au 
Ali siècle. - 1" .tssociatioimiste: elle explique 
tout — du moins chez certains auteurs - par la 
fameuse loi, appelée loi de Vassociatio,, des i./êes 
pour quelques-uns, loi suprême, loi unique. <,„i à 
1 égard des phénomènes mentaux, joue le même r61e 
que la gravitation universelle et l'attraction vis-à-vis 
du monde de la matière. 2" Utilitanste, surtout en 
morale. Le critère <le la moralité, pour un bon 
nombre de philosophes ,1e lëcole anglaise, c'est 
lutihte que peut procurer lacté posé. 3" Empirique- 
elle ne reconnaît d'autre objet de la connaissance 
que les phénomènes d'expérience. 4" Erolutiommte 
surtout avec Herbert Spencer qui. dans l'idée d'évo- 



- 3i6 - 

lutii)n, empruntée à Lamarck, cherche l'explicatiun 
lie toutes choses. 

337. Jérémie Bentham ( 1748- 183a) est appelé à 
Ixm droit un économiste utilitariste. Selon lui, le 
principe unicpie de nos actions est l'intérêt i)erson- 
nel. I. 'homme est essentiellement et fatalement 
égoïste ; aussi l)ifn. toute la morale se ramènc-t-elle 
à la régularisation de l'égoïsme, et le cah-ul du l<liis 
yrand f>laisir est le principe qui doit nous diriger 
lorsque nous voulons juger de la valeur i.iorale 
d'une action. La vertu consiste à " maximiser les 
plaisirs et à minimiser les peines ". 11 a imaginé une 
espèce (Varithmctiiiuc morale dont le rôle est d'éva- 
luer les plaisirs et de déterminer quel est celui qui 
l'emporte en quantiié. Pour cela, il les envisage 
sous les rapports suivants : " intensité, durée, fécon- 
tiité en plaisirs nouveaux, pureté ou exemption de 
douleurs, proximité, certitude, étendue en consé- 
<iucnces sociales ". Chercher son plaisir ou son 
intérêt, c'est une obligation, et celle-ci constitue le 
devoir. Chacun est le seul juge comjjétent quand il 
s'agit de savoir où est le plaisir et la douleur, c'est- 
à-dire le bien et le mal. 

De ces principes il semble découler tout naturel- 
lement C|u'il y a opposition flagrante entre les inté- 
rêts du particulier et ceux de la société. Mais chose 
étrange, Benthani arrive à cette conclusion para- 
doxale: riiitcrêt particulier et l'intérêt gênerai ne 
sont pas contraires. L'identité entre les deux est 
ba.sée sur la 10. appelée l'harmonie spontanée des in- 
térêts. Grâce à la sympathie naturelle ([ui unit tous 



«le la 



I mimes, 
iciireii: 
partie, 



31; - 
ic iKuiheur île nos 



•■ «IV ut 

ren.l heureux et ainsi le k-nheu 



seinlilahles nous 



Benth 



lain a 



principes ,lans son Traite de /„ /' 
rendu célèbre. 

|as n'est besoin ,1e dire <,ue llentl 



r «lu tout fait celui 
fait rai)i)lication île ces 
</i- Ai U-ijislatiou qui Ta 



morale utilitaire 



sans preuves à I'; 



liam exixise sa 



I appui. 

u b;;;;; ';;:;" '""''"■■'• '""^ ='«'"'«tions gratuites. 

'c bon suis es condanme. Si la règle des utilif, 
nstes n,esura„ la valeur de nos aCs alors la î^: 
des jotnsseurs serait celle <,ui. mériterait le, J^ 
-ns.derat,on. Au reste, l'intérêt ne peut pas è.e 

m>e.^^ne loi morale, parce qu'il n'in a'::;; 
çaract res. Il n est pas obligatoire, "l'intérêt 

nest pas absolu, mas relafif ..i.v .v 
crconstances. etc. Il n'est pas unive seL^^rè ' 
sont souvent op.H.sés. contradictoires. I e J ne 

pau. ouvrages de nentbam sont: /,„.„.^:;rr 
frmcM dcmorah- et de jnrisfn.dcuc. Traite de 
Ic,.sla,on en-ile et pénale, Tl,éorie de /.. . 
<lcs reeomfenses. La Déontoloyie. 

STUART MILI, (1806-1873) 

338. Vie et œuvres de Stuart Mill. - \è \ 

Londres, en 1806. John Stuart Mill avait '...ur 
pere James Mill, bien connu par son HiZr^Z 
Indes et son Analyse des phénomènes de !M 
luma,.. Il reçut une éducation où fut es S 
la part du sentiment; en effet, son père cherrhtl 



-3i8- 

(Icviloppcr clicz lui, avant tout, la raison, et ne lui 
laissa guère étudier cjuc la logiclue. Un voyage en 
France le mit en relation avec Auguste Comte, le 
chef (lu iK)sitivisnie. Il mourut en 1873. 

Ses principaux ouvrages sont : Examen c/c la 
philosophie d'tlamilloii. Syslhiu- (/<• l.ogiqiu; .)«- 
yiisU- ComU; La Psychologie de M. Haiii. Principes 
d'Hconomie Politique. 

339. Oaraotèrei de la FhUoiophi« d« Stnart 
mu. _ I» Positiviste: du moins, quant au point de 
départ, surtout en psychologie et en logique, avec 
cette différence cependant, ((ue Stuart Mill étudie 
les faits internes. Comte les méconnaît. 2" Empi- 
rique: les faits internes seuls, non l'âme elle-même, 
font toute la psychologie de Stuart Mill. 3" Phé- 
noméniste, au sens psychologiciuc. l'our Stuart Mill, 
le moi résulte de la collection des nhénomènes in- 
ternes. L'étude de ces phénomènes > •. de leurs rap- 
ports, tel est l'objet de la psychologie. 4" Associa- 
tionniste: c'est le caractère dominant de la philoso- 
phie de Stuart Mill. Suivant le philosophe anglais, 
la loi de l'association des idées suffit à exi)liqucr 

• toutes les vérités de notre esprit. 

340. Doctrine» philosophiques de Stuart Mill.— 
Toute la doctrine <le Stuart Mill peut se ramener à 
VAssociationnisme. Philosophie anglaise, surtout 
avec Hume, Hamilton et James Mill, l'association- 
nisme développé, renouvelé, devient, chez Stuart 
Mill, un des grands systèmes de l'histoire de la 
philosophie. 

VAssociationnisme énonce comme principe fon- 






— 3») — 

da„,ental .,„« ,„„,« „o,re vie in.ellec.uelle est régie 
par la .«de l'association des idées. Daprè, c..«o 
o.. les .dées sëveillent et senchainent dans 'im ! 
l'gence en I absence des ol.jets, et .mt une tendance 
a sevo<,„er rune lautre. l„rs„ue ces objets son 
perdus sy,a,,émc,„ „„ s..cccssnr„,cn, SupI 
M.ns que les phénomènes (objets) A et 11 .,"t é^, 
cont-gus dans la conscience, leurs idcel. J t 
epresentatrons auront une ten.lance à se reproduire 

le retour le I asso<-,at.on. alors la ten.lance devien- 

dra bentot une habitude et celle-ci, à la l.,ng uc 

'legenerera e., une véritable nécessité 
Cest par cette assc^iation des idées que Stuart 

M, I, contmuateur de Hume, tente .lexpli'.uer r,.ri! 
gme de nos pnnc.pes rationnnels et en ,nê me te„,ps 
de rendre compte ,1e leur ..nirersalit^ et ,1e leur , .=1 
' ."'/C-. Ams,. le principe ,1e c.asalité n'est rien e 
P us qu'une habitude de l'esprit qui a son orii 
dans notre expérience et l'association .les idées 
Habitues a vo>r que A précède toujours 15. nous les 
assocons tous les deux, et concluons que A 

nem f :" '' l '^ """''"''"■ Et Iséque - 
nent. e pnncpe de causalité est une nécessité toute 
subjective de l'esprit. L'antécédent A représente 
pour nous la cause et le conséquent B. Veffct Votre 
expenence nous a toujours montré ces deux' phé- 
nomènes A et B comme associés, notre intelligence 
a acqms peu a peu l'incapacité de les penser l'u,- 
sansl'autre. .'La cause, dit Hume, esl un o 
ellement su.v. d'un autre objet, que le premier fait 
toujours penser au second. " 



M 



FM 






m 



— 320 — 

l,a croyance au inoiule extérieur s'explique aussi 
par la loi de l'association des idées. Les corps ne 
sont que des groui)es de sensations reliées entre 
elles par l'association. .Vous ne connaissons que 
des modes, des qualités. .Votre rôle se borne à 
transformer un ra/'f<(irt constant en une réalité. 
L'idée de substance et de cause est une illusion sub- 
jective qui répond à une habitude de l'esprit. Ce 
que nous disions du non-moi ou du monde extérieur, 
nous |)ouvons aussi l'affirmer du moi. Nous ne nous 
connaissons pas véritablement comme une sub- 
stance. Ce sont nos états de conscience, nos états 
intérieurs qui font l'objet de notre science, et sans 
cesse, nous transformons en une réalité substan- 
tielle les rapports qui relient entre eux ces états 11 
en est de la vie pratique comme de la vie spécula- 
tive, et, au dire de Stuart Mill, les idées de morale, 
de vertu, de désintéressement, etc., sont des groupes 
d'idées combinées suivant la grande loi de l'asso- 
ciation. 

Stuart Mill rejette complètement le syllogisme. 
11 rapi>elle tantolofjic. parce qu'il ne nous apprend 
rien ; cercle 7icieu.v, parce que la conclusion se 
prouve par la majeure, et celle-ci par celle-là. Quant 
à la base de l'induction, ce n'est pas, d'après 
lui. l'invariabilité des essences ou l'uniformité des 
lois de la nature qui en sont le fondement, mais " la 
croyance qu'il y a des uniformités naturelles "; c'est 
Vinférencc du particulier au particulier, c'est Vat- 
teute des mêmes phénomènes dans les mêmes cir- 
constances. 



— 321 — 

En psy,-hol„gie. il nad.net j.as la liberté, parce 
que I ...^civnec m», nous en tànoigne lexistenee 

sot,;, """ "■"'' "'"'"'' "^ « ""^' "°"-^ fai- 
sons ,n:. k. nv,n,. „t présent, ne peut mn,s dire ce 

que non., ,ero... ;.lus tard 

A la morale de Tintérèt privé. Stuart Mill sub- 

smue celle de l'intérêt général; et. contraire.nen à 

Benthan,. d apprécie les plaisirs plutôt par eur 
qimhte que par leur quantité. Aussi bien, dédarè- 
t-d qu d tant préférer les plaisirs de .esprit à ceux 
<les sens. ]1 vaut nneu.x être un homme malheu- 
reux qu un pourc.au bien repu, un Socrate n,écon- 

ent qu un m,becde satisfait ". La distinction entre 

le fait dune habitude mentale, le résultat ,lune 
assocafon d'idées et de sentin,er,,s a^ant pour 
origme la coutume. . ' ' 

341. Appréciation. _ Que Stuart AJill ait été un 
phdosophe ennnent. personne ne le conteste Mais 
son système renferme des erreurs nombreuses qu'il 
importe de signaler. ' 

Au phénoménisme de Stuart Alill. nous oppose- 
rons le témoignage de la conscience: celle-ci atteste 
auss. b,en la fn-manntce du ,noi que h,s,ucc.sion 
des phénomènes. Pourquoi ne pas Tathnettre dan. 
les deux cas? 

Avant que l'enfant ait contracté des habitudes 
d espnt. d est obsédé par le principe de cau.salité et 
nous fafgue de ses pourquoi. Ce principe ne résulte 
donc pas d'une association d'idées, lente d'abord 
puis devenue indissoluble par la succession con- 



ê 



! ffh 



— 322 



\l 



stante des mêmes phénomènes, sans compter que 
l'associationnisme ne peut suffire à expliquer l'uni- 
versalité et la nécessité du principe de causalité. 
C'est un fait d'expérience que la succession entre 
les phénomènes est très variable. Il est vrai qu'un 
phénomène succède toujours, constamment, à un 
autre, mais il n'est pas vrai que cette succession 
nous apparaisse toujours, constamment, entre deux 
phénomènes déterminés. Kt donc, si une surces- 
sion constante entre deux phénomènes déterminés, 
arrive assez souvent pour engendrer une habitude 
d'esprit capable de rendre compte, dans certains 
cas, de l'universalité et de la nécessité du principe 
de causalité, dans d'autres cas, et bien plus nom- 
breux, cette succession variable engendrera des ha- 
bitudes contraires, et alors, la nécessité et l'univer- 
salité du même principe resteront inexplicables. 

Le syllogisme n'est ni une tautologie ni un cercle 
vicieux. Les prémisses d'un syllogisme contiennent 
sans doute la conclusion. Mais être contenu dans 
les prémisses, et savoir le pourquoi de la contenance, 
sont deux choses distinctes. Or, le raisonnement, 
!e syllogisme surtout, a pour but de nous faire 
savoir que la conclusion est contenue dans les pré- 
misses. Il nous apprend donc quelque chose. Et 
pour qu'il y eût cercle vicieux, il faudrait que la 
conclusion fût contenue explicitement dans la ma- 
jeure. Celle-ci est une proposition générale; lors- 
que nous l'énonçons, nous ne connaissons qu'impli- 
citement les vérités particulières qu'elle renferme. 
Le syllogisme l'apprend d'une manière explicite. 



— 3^3 — 
II est vrai que la conscience ne saisit que ce „ui 

lp,„»„f '^ ' ■-■ '^°"s croyons seu- 

le ent que nous pourrions faire autrement Stuart 
AWl confon.l le possible ,vec le pouvoir. Le pZ- 

/-"•f". ht pouvoir ,.st une chose réclic et consé 
quen,n,ent, est objet de conscience. Ur.;q ^ ^ " 
ma conscience m'affirme nue i'-n i '""^ J ^s'^- 
.-n<ire.me.,cision";;^k^^i::~^^^ 
>auveganier la liberté, gue je prenne cette décsio, 
opposée. voUà qui est .lans l'ordre des pos'ib 
non-ex,stants qui ne peuvent être obj t de la 'p r 
ception consciente. ' 

leu^' '''ïr't ""!!" '"""^^ '^^ "'■^'^'- •'•^•'-■^ 

on *^.. Nous admettons que certains plaisirs 

cette ,„ér Ï "'T'"""" ''"^- '^""^ '''^■'-"'•-■- 
recouri i""'''-'"'^''' '■' f='"' "«-essairement 

non a la pure e.xpénence. I.a sensibilité ne saisit toiU 

aj. plus que l'intensité du plaisir. Si. entt leuL- 

P a,s,rs d mtensité égale, l'un est préférable à 'a ■ re 

ette préférence doit être basée sur une n,es„r sur' 

uan Mir *""'" ' '^ '^"^''""^^- Kt ainsi 
Muart M II ren.e son empiri.sme. .\u reste, linté 
^gênera - comme se plaît à le proclamer St^an 
MI - ne peut pas constituer la loi morale parce 

eT âr'-"' "'""^'"^' "'■ ""---'• Chacun en 
effet, apprece 1 mtérêt général à sa manière, suivant 
ses goûts personnels, voire ses caprices. De plu"! 



:0i 



i 



i 



— 324 — 

cet intérêt n'est pas stricter.ent obligatoire, parce 
(|u'au jKjint de vue utilitaire, personne n'est tenu de 
renoncer à son avantage personnel, lorsque celui-ci 
vient en conflit avec l'intérêt général. 

Stuart Mill fut le logicien et le psychologue de 
l'école associationniste. 11 faut reconnaître que. 
niieu.y qu'un gran-, nombre d'autres, il a excellé dans 
l'analyse des faits de conscience et des états de 
l'esprit. Mais toute sa doctrine conduit logiquement 
au ()lus désolant scepticisme. 

CHARLES DARWIN (iSog-iSgzl 

342. Vie et œuvres de Darwin. — Né à Elston. 
dans le comté de Nottingham. Darwin fut un iiatii- 
ralisti- plutôt qu'un pliilosoflic. Cependant, quel- 
ques-uns de ses ouvrages app^. tiennent à la philo- 
soi)hie. C'est VOrifjiiic des cst<cies par voie de 
sélection naturelle, la Descendance de l'homme et 
yE.v/Tession des émotions che:: l'homme et chcs 
l'animal. 

343, Doctrines de Darwin. — Il arrive souvent 
que les auteurs confondent le darwinisme avec Vcro- 
liitionnisme et le transformisme. C'est à tort. Dar- 
win n'est pas le créateur de l'évolutionisme et du 
transformisme. l 'a-Jvre du grand naturaliste et 
philosophe anglais, et. partpnt. le darwinisme, est le 
système de la sélection naturelle qui est une manière 
d'expliquer le transformisme dont l'auteur véritable 
fut Lamarck (1741-1829). Celui-ci avait constate 
l'existence d' " espèces douteuses ", à savoir, d'es- 



— 3^5 — 

pèces qu-il ne pouvait nullement classer, parce .,«e 
ic-rs caractères nëtaient pas suffisamme.n distincts 
Alors .1 voulut savoir lonVymr de ces variantes 
(fU. rendent certaines espèces " douteuses " et en 
nienie temps se rendre eonipte de leur ressem- 
blance avec les autres. Ceci l'amena à conclure 
que toutes les espèces ani.nales peuvent être les 
transformations proyn-ssircs de ,,"<■/</»,•. ty,,es pri- 
ninifs très s„„ples. Pour La.narck, cette transfor- 
mation s est opérée sous l'action ,1e trois facteurs- 
le milieu, rhahitiidc et le hcsoiii. 

Drnvin reprend la théorie de Lamarcl< et lui 
rlonne une allure plus scientifique. Tandis que la 
philosophe français traite d'une n.anière plus spé- 
cale la formation des rariétés oryaniques. Daruin 
s attache surtout à démontrer comment ces lariété^ 
frod-Mtes se fi.vent et sWcroissent de manière .) 
former des groupes bien earaetérisés. Ivt. suivant 
le naturahste anglais, cette fixation, cet accroi.^^se- 
'«.'« se fait sous l'influence de la grande loi qu'il 
appelle la sélection naturelle. 

La sélection naturelle, qui est le fond <lu .larvvi- 
n:sme, est, de tous points, identique à la sélection 
art.fic,elb. Celle-ci, en effet, se pratique sur une 
haute échelle; et, tous les jours, on peut constater 
es grands résultats qu'elle obtient dans l'élevage .lu 
l)etail et la culture des plantes, par exe.nple. C'est 
ainsi que, voulant obtenir l'amélioration d'une race 
1 éleveur choisit pour reproducteurs les in.lividtis 
qui possèdent la qualité cherchée. Et, par ce pro- 
cède, on est parvenu à créer beaucoup ,1e races de 



li 



- i2b - 

chevaux, de chiens, de l«eufs, de moutons, et une 
grande variété d'arbres, de plantes, etc. Or, ce que 
l'homme fait par sélection artificielle, la nature 
l'opère par sélectiim naturelle, avec cette différence 
que celle-ci ( la nature ) a pour champ d'action les 
esi)èces sauvages, celui-là (Ihomme) agit sur les 
espèces domestiques. Kt. dans la nature, la lutte 
pour la vie et V'mflucncc du milieu prennent la place 
de l'éleveur qui choisit les rci)ro(lucteurs et les isole, 
La lutte i)our la vie ou la concurrence vitale dé- 
coule nécessairement de la troj) grande fécondité des 
êtres vivants. Si tous ces êtres restaient à la sur- 
face de la terre, celle-ci ne serait bientôt plus assez 
fertile pour les nourrir, ni assez vaste pour les con- 
tenir. Les individus qui naissent luttent donc pour 
conserver leur existence, et de ceite lutte, ce sont les 
mieux doués et les mieux protégés qui sortent vic- 
torieux, les plus faibles et les moins avantagés 
périssent. C'est la mise en pratique de l'inexorable 
loi de la surrhauce des plus aptes. Et, à son tour, 
l'hérédité fixe les caractères (|ue les vainqueurs 
transmettent à leur de.scendence. 

L'influence du milieu est encore im puissant auxi- 
liaire pour la sélection naturelle. Si le climat am- 
biant change, se refroidit, par exemple, seuls les 
animaux les mieux protéijés. les plus aptes, pourront, 
sans succomber, subir cette transition. Les autres 
disparaîtront. Kt c'est ainsi ([ue le milieu contribue 
à la sélection faite par la nature. En se reproduisant, 
ces individus seront la cause de nouvelles races, de 
nouvelles variétés et de nouvelles espèces. 

A l'appui de son hypothèse. Darwin apporte licau- 



— 3^7 — 



coup .l'cxemples tii-és de la bu,hH,ic. <1l- In paléonto- 
logie et (le Vcmbryoycmc. 

Dans la premic-re édition de YOrUimc chs .sphrs 
parue en 1859. le philosophe anglais était relati- 
veiuent modéré. Sa thèjrie n'embrassait que les 
espèces animales et végétales issues, selon lui. de 
trois ou quatre types primitifs créés {>ar Dieu. .Mais 
ses disciples allèrent plus loin, et le transformisme 
fut appliqué à l'homme. Et ensuite, Darwin écrivit 
un livre sur la Dcsu-ndamc animale tle l'homme. 

Il n'est pas exact de dire, dans l'hypothèse dar- 
wmiste, que l'htmime descend du singe, mais plutôt, 
que l'homme et le singe descendent d'un même type 
mconnu. dont ils sont les <leux déviations diver- 
gentes. 

344. Appréciation. — I.c darwinisme — comme 
toutes les théories transformistes — n'est encore 
qu'une hypothèse mal fondée. Darwin, lui-même, 
dans l'exposé de son système, s'e.xprime d'une ma- 
nière qui n'a rien de certain. . . // me semble que. 
écrit-il : Je suis porté à croire que. . . u est-il pas plus 
simple de supposer que. . . etc. Monsieur Yves De- 
lâge, professeur d'anatomie et de physiologie com- 
parées à la Sorbonne, un partisan du transf(jrmisme, 
reconnaît "sans peine qu'on n'a jamais vu une espèce 
engendrer une autre, ni se transformer en une autre, 
et que l'on n'a aucune observation absolument for- 
melle démontrant que cela ait jamais eu lieu' ". Il 

wi; ^ ''^^.?.^'?5?;. ^^ ^t"":l'ire du protoplasme cl les Ihéo- 
gtnêrak ^'""''' /*'"*'''"'" * /" ''^ologie 






fi 



§ 



- 3i«- 



I 



est vrai que lëiiiinent iirofesseiir iiarle en son nom, 
mais son opinion ne manque pas de valeur, i- , il 
ajoute, en note, cette phrase bien caraotérisiique : 
" Je suis cependant absolument convaincu qu'on est 
ou qu'on n'est pas transformiste, non pour des rai- 
sons tirées de l'histoire naturelle, mais en raison de 
ses opinions philosophiques. S'il e.xistait une hypo- 
thèse scientifique autre que la descendance pour 
exi)liq«cr l'origine des esi)cces. nombre de trans- 
formistes abandonneraient leur opinion actuelle 
comme insufHsamment démontrée. " L'auteur oublie 
ou ignore le grand fait de la création. 

l,a théorie darwinienne est basée sur l'analogie 
qui existe entre la sélection artificielle et la sélection 
naturelle. Or, nous savons que celle-là est iiitclli- 
yentc, tandis que celle-ci est aienyle. De quel droit, 
par conséquent, attribuer à cette dernière tout ce 
que fait ou i)eut faire la première? 

Au reste, la sélection ?rtilicielle n'a jamais pu 
transformer une espèce donnée en une autre espèce. 
Elle produit des races et des variétés qui. laissées à 
elles-mêmes, reviennent bientôt aux types primitifs. 
Et. si haut que l'on peut remonter dans l'histoire, on 
rencontre toujours les espèces à Vétat de f>enna- 
neiice. Si. durant l'espace de soixante et soixante- 
dix siècles, la sélection naturelle n'a opéré aucune 
modification notable, est-il juste et raisonnable de 
hli attribuer un pouvoir quasi illimité pendant les 
époques antérieures? Il est vai — et c'est la ré- 
ponse des darwinistes— que <Ians les âges précédents, 
la sélection naturelle a pu agir d'une façon plus 



— ;<-") — 



efficaro. ayant à sa (lisix.sition un tonii)s illiniiti-. 
Mais le temps n'est tiirune ionditioii (|iii permet à 
un agent .le produire; et si, durant soixante-dix 
siècles, cette comiilioii n'a pas Oté suffisante pour 
déterminer les transformutions .iiippDsccs. ne ikhi- 
vons-nous pas conclure que son rôle n"a \m être 
spécirt<|uement supérieur durant une époque plus 
prolongée ' ? 

346. Alexandre Bain ( i«i«-i,/33i. continuateur 
et disciple de Stuart .Mill. professeur à TCniversité 
d'AI)er<lcen, fut. pour ainsi dire, le fhysioh>„istc 
lie l'Ecole Associationniste. Il a étudié spécialement 
les phénomènes physiologiques dans leurs rap- 
l"^'"''* '''^■'■i' 'es phénomènes psychologi(|ues. l'.ain 
écrivit de reniarquahles pages sur le rôle (k< sen- 
sations musculaires dans la perception du monde 
extérieur. Ses i)rincipaux ouvrages sont : Sens de 
niitcniijcitcc. Emotions de la volonté. I.oçiiquf in- 
ductkc et dédiictivc. Scieuee de l'édiieatlon. l.cs 
théories de Bain tendent au positivisme matéria- 
liste. \m dire de Lange, le matérialisme de lîain 
n'est pas le matérialisme brutal de P.iichner ; c'est 
un matérialisme prudent et modéré -. 

HERBERT SPENCER (18201903) 

346. Vie «t œuvres de Spencer. — Spencer n?- 
quit à Derby, le 27 avril 1820. Après avoir fré(|uenté 
Tune des écoles de sa ville natale, i! fut confié à la 



1. Cf. La crise du transformisme. Revue néoscolasti- 
que, fév. 1911, article du Dr H Lebrun 

2. Cf. C.onzalez. op, cit., vol. IV, p. 306. 



m 



— 33P — 

diivcticn ilf son umlo, le rtvérciul Thunia-, S[)fiu-iT, 
<|ui lui en^cig^a le grec, le latin et le français. Ce qui 
l'attirait davantage, c'était l'étude îles mathématiques 
dans lesquelles il excellait. Les questions sociales 
aussi avaient le don <le l'intéresser. yueUjue peu 
hésitant sur le choix d'un état de vie. il accepta enfin 
un iK)ste d'ingénieur dans une compagnie de chemin 
de fer. Il remplit cette fonction durant neuf ans 
( l«j7-l«4f)). C'est en 1842. qu'il pulilia dans un 
journal, le Xon-Ciiiiformistc. une série de l.illns 
<|ui attirèrent l'attention du monde fiavant. Secré- 
taire à la rédaction de Y Economiste, il quitta bien- 
tôt cette charge pour se consacrer uniquement à la 
publication de ses nombreux ouvrages. Il mourut à 
•igliton. le 8 décembre 1903. 

Ses principaux écrits sont ; Cours de pUitoso- 
fliir synthcthiuc. Cet ouvrage comprend les cin(| 
volumes suivants : Premiers principes. Principes 
de hiolofiie. Principes de psycholot/ie. Principes 
de socioloç/ie. Principes de morale. Citons encore: 
Lettres sur le ç/oinernement. Statistique sociale. In- 
troduction à la science sociale. Essais de morale, de 
science et d'esthétique. Classification des sciences, 
De l'éducation intellectuelle, morale et physique, 
L'individu contre l'Etat. Problèmes de morale et de 
sociolof/ie. 

347. Caractères de la Philosophie de Spencer.— 
i" Phénoméniste : seuls les phénomènes sont con- 
naissables. 2" A(jnostique: c'est une conséquence du 
phénoménisme. L'absolu, l'au delà, bien qu'il existe, 
nous est inconnu. C'est la philosophie de Ylncon- 



— 331 — 

levoh,t,„„. ,|..„, 1. grand ,,H„dp.. .la„. l„r.|rc 1 
cosn,.,I,.gu|,K, soit |.sychul.,gi,uK. et >.Ki.,U,gi,,u, \:i 
la fnmun-ncr de h, /„,v.-. 4" .Usochtion^sl,: à ,, 
IH>.n ,1c. v,.c^ la ,>hil„.s,.pl,io spe.Kvncno resson,!.!. 
a .de , c S.uar. Mi,l. Cepon-lane, l„.c..„./,„„„. 
«Mm. clK-. SpcnccT. a .m .aractùro »„/»n///,v^- .t 
rhysu,l„yH,Hc: tanclis qiu.. .hez Stuart Mill ..V^i 1, 
endance psychologi,,,,,. ,,ui prô-lonm,,. ,- s,„thl 
^.v eh. r..èno à ,,uol,,ues principes f„„,|an,c„- 

W'.. elle ,a,t gran.lo la part .les faits .unian.r. 
loute la philosophie ,Ie Spencer peut se résu,„er 
en trois mots: .Upiostidsm,: Uvolntumnismc et //c- 
rrd.tansnu-. Vous allons dire hriùve.nent en ,,uoi 
c..ns,ste la doctnne a,„u.s,u,uc. é::,h,lu,nnislc et 
hercdiUinsh- du philosophe anglais 

348. AgnoHticisme de Spencer.- 1, •„,/„„,„;,,„,, 
de Spencer . ou la Thconc de rhuomwissabU: tient 
le m-heu entre le positivisme réaliste .lAuguste 
Comte et le posUuisme sul.jectiviste de Stuart Mill 
et de Tame. Comnu- MiH, Spencer confine lesprit 
humain au monde des états de conscience et des 
mipressions suhjectives. Mais au delà de ces états 
de conscience, existe-t-il quelque chose?- Vous 
Hgnorons. répon.I Stuart Mill. Taine. de son coté 
me positivement qu'il y ait une réalité au delà .les 
fa. s de conscience. Spencer affirme Te.vistence ,1e 
cette reahte qu'il appelle Absolu; nous en sommes 
eertains. mais nous ne pouvons savoir qui il est I a 
suprême sagesse o.nsiste à onnaitre l'énigme et 'à 



•M 



\m 



3i' 



ne |ia> s'qniiscr en vains efforts iwmr la résoudre. 
"Dans son esseni'e inlenie. rien ne peut être cimnu"'. 
<Iit-il. 

A la '.cinnaissance du Hci'l. de \'.lbsi>lii. il sub- 
stitue la croyaiitw le .wiilimi-iil <|ue nous lii avons. 
Ce sentiment, cette croyance se liouveiit comme 
iinpli<|ués dans cliacim de nos états de conscience, 
et sont, par rapjHirt à eux, comme le />i-niiaiiiiit vis- 
à-vis du liaiisitiiirr. 

S|)encer évite donc à la fois et le réalisme de 
Comte iKiur (|ui le fait Si-iisibli- .u-iil crisU-, et le 
siibjcitkismc de .Mill (|ui n'admet que les faits 
internes ou impressions siibjeelives. Il part de ce 
principe: l'errenr contient toujours une àme de 
vérité. Au fond d? tous les systèmes les plus op]H>- 
sés. les plus divers <|ui. tour à tour, ont tenté de 
donner le pour(|Uoî des choses, il y a la cnjyance à 
l'absolu : conviction indéracinable du genre humain, 
également affirmée par les savants et les théolo- 
giens. Et l'absolu ne peut pas être pensé ou connu, 
mais il est senti, il est cru. Connaître une chose, 
c'est l'expliquer, l'interpréter, c'est la conditionner. 
Or. l'absolu, en lui-même, c'est Vinconditionné, il 
n'entre donc dans aucune des catégories de l'esprit; 
bref. l'absolu est inconnaissable. 

349. Evolutionnisme de Spencer.— L'idée d'évo- 
lution n'est pas nouvelle, et on ne peut, justement, 
en attribuer toute la |nternité à Spencer. liien avant 
le phil<5sophe anglais, cette théorie qui eut toujours 
le don de séduire, fut connue, voire adojrtée par 
une partie du monde savant. I.c rôle de Spencer est 



3:t3 - 



«lavoir lait de 1 i-volmi,,,, la /,„ ,/,■ ^,„/,. ,/,„.,,. x„,,j 
bien, |M,i,rrioiis-nmis (lOtitiir IVv..lutionniMiH- spcii- 
ccrieii : une th.-diie (|iii pr.Hiaine (|iie Iniil être i-voliie 
sans cosse vers le niieu\ en partant de riinmogène. 
|>oiir aller à l'hétéroKi-ne. .lu simple ;.n ounpKse. 
suivant une loi rythn)i<|Ue nécessaire. Ainsi <|„,u-. 
la matière, la vie. la |H>iisee, l'individu, la société, 
tout évolue, 

.Au commencement, masse calioti(|ue, lontuse, 
tout Iwmoijcm-. luniver.. sous l'action d'une t'>nc 
pi-rmaiicnh- ,t f'rsi.ttinil,-. s'est .livisc en plusieiir> 
parties, s'est différencié, est devenu lu-li-roficm-. Ces 
parties. ap|)elées iichulniscs. en ^e <lissolvant. ont 
pro<luit les astr s. au nombre des(|Uels est la icrre. 
Celle-ci, d'al)on| en ii/iiition. s'est refroidie, et, en se 
rcfroUnssant. a f(.rmc les ditïerentes couches ter- 
restres, les minéraux, les continents, etc. Toujours 
sous l'inlluence d'iuie force inconni . les minéraux 
se modifièrent; de leurs modilication^ sortirent des 
phénomènes plus complexes, entre autre-, la ;/c. 
Celle-ci. au commencement, apparaît sous la forme 
simple et rudimentaire du protoplasme. le<|uel. bien- 
^tôt, devient vi-ijctal et animal. 1, 'animal, touiours 
'sous l'influence d'une forer cailicc. passe à un état 
plus complexe qui est Vluimmc dont Vaitkitc toute 
cntihc, individuelle et sociale, est soumise à la 
grande loi de l'évolution. I.a socicté elle-même, 
selon les différentes phases qu'elle traverse, subit 
cette loi. On y constate d'abord l'activité initiale, 
qui manifeste l'homogénéité de l'ensemble, ['riini- 
tivement, en efïet, les membres de la société avaient 






— 334 — 

les mêmes fonctions. Ensuite, vient lactivité scienti- 
fique et artistique qui nous renseigne sur l'évolu- 
tion accomplie; il y a eu passage de l'homogène à 
y hétérogène, les fonctions, les mêmes d'abord, se 
sont ensuite diversifiées. Avec l'activité morale appa- 
raît un troisième stade de l'évolution. Bgo~iste dans 
le commencement, l'homme, plus tard, vivant en 
société, devient altruiste, sachant bien qu'en tra- 
vaillant au bonheur <le ses semblables, il contribue 
puissamment au sien propre. 

360. Héréditarisme de Spencer. — Cette théorie 
de Spencer est une manière de rendre compte de 
1 associationiiisme de Stuart Mill. Pour celui-ci, en 
effet, toutes nos connaissances s'expliquent par la 
loi de Vassociation des idées. Ainsi, les principes 
rationnels, comme le principe de causalité, expriment 
la nécessité psychologique, qui s'impose à notre 
esprit, de nous représenter les phénomènes dans 
ordre ou ils nous ont apparu ; par exemple : a serait 
la cause <le b, parce que b nous apparaît toujours 
précédé de a. Ces principes, suivant Stuart Mill 
sont l'effet d'une habitude d'associer ensemble deux 
phénomènes, ils résument nos expériences person- 
nelles, individuelles, passées. Spencer, au lieu dé- 
faire appel à l'expérience individuelle, a recours à 
l'expérience de toute l'espèce; et, suivant lui, ces 
principes innés dans l'individu actuel, ne sont que 
des associations progressivement formées dans l'âme 
de nos ancêtres et transmises, comme un capital par 
vow d'hérédité: d'où, V héréditarisme. En sorte que 
les principes de raison sont des habitudes de race 



— 335 — 

résultant, comme s'exprime Spencer lui-même, • ,1e 
observation ancestrale condensée, accumulée et 
transmise par la génération". I/homme actuel doit 
donc beaucoup, même aux plus humbles de ses 
ancêtres. En lui se résume une expérience immense 
remontant jusqu'aux races animales les plus éloi- 
Sère""' ''''"''" ■""'"''"' "'"* ''"" l'évolution 
Quant à la qiorale, Spencer la confond avec la 
sociologie. Et, comme tout le reste de ses doc- 
trines, elle est évolutionniste. " L'acte ton, dit-il est 
lacte utile à l'évolution de la vie. soit chez nous 

idTes'Ïr T'"- " ^"^^^ * l'association des 

■dees, 1 homme, d'égoïste qu'il était, devient altruiste 
et développe cet instinct de sociabilité qui le porte à 
vivre en compagnie de ses semblables et à sympa- 
thiser avec eux. L'évolution de cet instinct variable 
constitue toute la moralité. 

Pour Spencer les sciences sont: i" Abstraites- 
logique, mathématiques. 2» Abstraitcs-concrètcs- i,,é- 
canique, physique, chimie. 3» Concrètes: astrono- 
mie, géologie, biologie, p.sychologie et sociologie 
Les sciences abstraites ont pour objet les rapports 
sans s occuper des phénomènes et des êtres- les 
sciences abstraites-concrètes étudient les phénomènes 
eux-mêmes, en laissant de côté les êtres où ces 
pheno;nenes se produisent; les sciences concrètes 
s occupent des êtres eux-mêmes. 

361. Appréciation. - Herbert Spencer est cer- 
tainement un de plus forts esprits dont s'honore 
I Angleterre. Toute sa philosophie forme une vaste 



i 



m. 1 



f 



— 336 — 



et puissante synthèse qui en a séduit un grand 
nombre. 

Cependant, il faut bien l'avouer, le système de 
Spencer ])èche ])ar plusieurs endroits, et un peu 
d'attention suffira pour voir combien les théories 
brillantes de l'éminent ])hilosophe anglais sont erro- 
nées et dangereuses. 

l'our {)rocéder avec ordre, disons toute de suite 
que son Aynoticismc est le positivisme d'Auguste 
Comte — matérialisme en moins. Le philosophe 
français enseigne que la science a pour objet, uni- 
quement, les pbcnomcncs. Spencer, de son côté, 
déclare que V Absolu existe, mais qu'il est inconnais- 
sable. C'est pratiquement la même affirmation. 
Spencer lui-même le reconnaît. K dit que " l'agnos- 
ticisme de Comte est négatif tandis que le sien est 
positif ". Four parler comme Littré. la doctrine 
spencérienne est la " cousine germaine " du positi- 
visme de Comte '. Spencer est bel et bien positi- 
viste. Comme le philosophe français, il affirme " que 
nos connaissances sont toutes relatives; que l'on 
doit repousser toute explication transcendante des 
phénomènes sensibles. . . que le divin et l'absolu sont 
hors de la portée de la science et de ses méthodes, et 
qu'ils constituent un monde inaccessible à la raison 
humaine. . . que la croyance à l'immortalité est une 
marque et un efïet de l'ignorance primitive ^ ". Par 
conséquent, tous les arguments apportés contre le 

I. Auguste Comte et la Philosophie. 

a. (Gonzalez, f/isi. de la Philosophie, t. IV, pp. 307-3H. 



— 337 — 

positivisme d'Auguste Comte valent contre l'agnos- 
ticisme de Spencer. 

Au reste, l'agnosticisme raniï-ne la science à un 
pur fidéisme condamné par la saine philosophie Sa 
formule est celle-ci : // fa„t croire à l'absolu; mais 
on ne fait le lonnaitrc. Cette croyance aveugle est 
mdigne dun être capable de réflexion et fait ix.ur 
connaître le pourquoi des choses. Kn supposant 
que cette croyance soit éclairée, l'intelligence doit 
lui trouver un fondement rationnel qui la justifie 
une cause qui l'explique, et cor équemment, ce n'est 
pas la croyance qui est l'objet de la philosophie, mais 
bien, son pourquoi. Dans le système agnostique, 
Dieu est inconnaissable; nous ne l'atteignons que 
par le sentiment. C'est précisément l'erreur capi- 
tale du modernisme, qui s'applique aux divers do- 
maines de la science religieuse '. 

Pour ce qui est de l'évolutionnisme de Spencer, 
contentons-nous de dire que c'est une théorie non 
vérifiée. Rien ne nous démontre que l'évolution est 
le principe de toutes choses. Et. supposé même -- 
ce que nous nions — que l'évolution fut vraie, elle 
ne peut remplacer la création ; car, toujours on peut 
se demander: d'où, vient cette masse cahotique qui 
passe de l'homogène à l'hétérogène. Mille fois déjà, 
surtout depuis les décisives expériences de Pasteur, 
il a été démontré que l'évolution ne peut rendre 
compte de la vie, que les phénomènes vitaux sont 
irréductibles aux forces physico-chimiques. A plus 



I. Cf. VBncycliquePascendi Dominici ^reffis. 



-338 



forte raison, les phénomènes intellectuels et volon- 
taires dépassent tout à fait les forces de la nature. 
Par conséquent, l'évolution ne peut expliquer l'âme 
humaine. L'évolution n'est pas plus admissible 
comme explication du fait social. Il est désormais 
prouvé que l'homme primitif ne nous était infé- 
rieur ni en intelligence, ni en instincts sociaux et 
altruistes. Quant au sauvage actuel, il n'est pas un 
primitif, mais un dégénéré. 

L'héréditarisme de Spencer est aussi une hypo- 
thèse scientifiquement invérifiable. Il y a absence 
complète de preuves permettant d'affirmer que les 
principes de raison ont été transmis de la façon 
voulue par Spencer. On ne nie pas, certes, que 
■l'hérédité puisse transmettre quelques habitudes 
acquises. Elle ne peut expliquer cependant l'appa- 
rition d'une faculté nouvelle. Tout au plus, son 
pouvoir se limite à la modification accidentelle d'un 
organe ou d'une faculté déjà existante. Et o'ailleurs, 
dans l'hypothèse, seules les facultés sensibles seraient 
transmissibles. parce qu'elles seules sont subjecti- 
vement soumises à l'organisme dans leur exercice. 
Les facultés intellectuelles, ainsi que l'âme ration- 
nelle, échappent tout à fait à son contrôle. Et 
pourtant, les principes de raison transmis par voie 
d'hérédité, sont des notions qui ont l'âme raison- 
nable et ses facultés pour sujet. Aussi bien, l'héré- 
ditarisme n'est, en réalité, que l'associationnisme 
modifié de Stuart Mill, en ce sens que pour expliquer 
l'universalité et la nécessité des principes. Spencer 
fait appel à l'expérience non de l'individu seul, mais 



— 3i<) — 

à celle plus prolongée de rhunianité toute entière 
Le temps n'y /ait rien. Par lui-même, il est incapable 
de créer quoi que ce soit. Il est simplement une 
con.Iition à la production des choses. Jamais donc 
on ne pourra lui atribuer Vaf/>arilion d'une faculté 
noifirllc. 

La morale spencérienne est également évolution- 
mste. Elle part de ce principe, qu'il n'y a pas 
une différence essentielle entre l'homme et l'animal 
mais une différence de <iegrés seulement. Ce qui 
ne peut pas être admis. L'évolution est nécessaire 
toutes nos actions n'en sont que la réalisation fatale.' 
Alors, nous ne .sommes pa.s libres de la suivre ou 
de ne la suivre pas. Et, dans ce cas. que devient la 
liberté humaine? 

Enfin, dans sa classification des sciences. Spencer 
a eu le grand tort de ne pas donner une place spé- 
ciale a la morale qu'il confond avec la sociologie, 
et de ne faire aucune mention de la métaphysique. 
Cette dernière science, il la méconnaît. lîlle a pour 
objet VAbsotu. et, selon Spencer. V.-Ibsoli, c'est 
Vlmonnaùsablc. c'est VBnigmc que l'on ne peut 
résoudre, mais à laquelle on doit croire. 

Herbert Spencer a exercé une influence considé- 
rable sur ses contemporains. Néfaste fut son ensei- 
gnement philosophique. Et comme preuve, qu'il 
suffise de dire qu'il est, avec Kant, le père du nio- 
derni.smt: triste erreur qui en a fait sombrer un si 
grand nombre. 

362. Quelques autres. — Citons ici les noms de 
ceux qui, tour à tour, ont fait des applications 



1t" i 



fil 



m 






— 340 — 

diverses, soit de Vassociutionnismc, soit du danvi- 
nisme, soit de Vérolutumnismc : George Lewes 
(1817-1878), disciple et continuateur de Stuart Mill. 
Malthus (1766-1834) qui, dans son Essai sur le 
t<ri;icipc de la population, enseigne que lorsque rien 
ne vient arrêter son dévelo|>penient, la population 
sacoroit suivant une progression géométrique (1, 
2. 4. 8, 16, 32, <>4. etc.), tandis que les moyens de 
subsistance ne peuvent augmenter que suivant une 
progression arithmétique (1.2. 3. 4. 5, 6, etc. ). Une 
sérieuse étude de la question a amené les plus énii- 
nents sociologues à conclure que la théorie malthu- 
sienne était contraire aux faits. R. Wallace, un des 
plus ardents défenseurs de la sélection naturelle, 
lequel, cependant, ne croit i)as que la sélection natu- 
relle puisse, à elle seule, expliquer le développement 
de la race humaine". \V. R. Cliflford (1845-1879), 
John Tyndall (1820-1893), Georges J. Romanes 
(1848-1894) et Thomas Huxley (1825-1895) sont 
les plus distingués représentants du darwinisme. Le 
Di Mattineau (1805-1900) est considéré comme 
un des plus forts adversaires de l'utilitarisme an- 
glais. St-Georges Mivart (1827-1900), évolution- 
niste théiste, a essayé de concilier l'hypothèse évo- 
lutionniste avec les doctrines essentielles de la 
philosophie scolastique. L'idéalisme allemand eut, 
parmi les anglais, de fidèles représentants dans 
Samuel Taylor Coleridge (1772-1834) et *rhomas 
Carlyle (1795-1881). A la même époque, les théo- 



I. Cf. Revue de Philosophie, sept.-oct. 1911, p. 238 et suiv. 



— 341 — 

ries d-Hegel furent introduites en Angleterre par 
•si; î, "^.^"^'" •**^'- J^''-'" Caird (1^. 



r.A PHUOSOPHIK EN AI.I.KMAG.SK 

363. Caractères de la Philosophie allemande au 
XIX giècle. - ,« i;,npirUiu.-: elle revient à lëtude 
le 1 expenence et du fait sensible pour réagir contre 
les abus de n,etaphysi,,„e con,n,is par certes philo- 
sophes, au commencement du XJX" siècle. 2" Uatc- 
nahstc: comme toujours, la réaction est allée aux 
extren,es. et l'empirisn.e a vite dégénéré en un 
grossier matérialisme. 3" Pcs,i,„i,,c: avec certains 
philosophes, elle proclan,e <,ue toute vie est me 
souffrance. 

364. Herbart (,776-.84i) est consi.léré conm.e 
le précurseur de la psychologie scientifi,,ue de T Alle- 
magne contemporaine. Pour lui, la psvchologie est 
encore une dépendance de la métaphvsi,,„e, elle a 
encore la dehnition de lëtre com„,e point de départ 
Mais, la conceptmn qu'il se fait de l'être, laméne à 
defimr la psychologie '• la mécanique de IVsprit " et 
a chercher dans la méthode des mathé.natiques' le 
type ,1e la méthode psychologique. C'est là toute 
son ongmahté. Dans tout son enseignement il 
voulut réagir contre les systèmes i<léalistes. et c'est 
pourquo, il donna à la philosophie une base expéri- 
mentale et tout empirique. 
366. Lotee riS,7-,88,). Helmholtz, ..nt aussi 



I 



— 342 — 



(les précurseurs de cette philosophie l<syclio-/<hysio- 
hxjiquc et psycho-physique allemande contempo- 
raine. Le premier est célèbre par sa théorie des 
signes locaux, d'après laquelle, to'ites nos peree])- 
tions, ou tactiles ou visuelles, seraient accompagnées 
d'un signe qui nous permettrait de les connaître. Ce 
signe serait une perception plus faible se manifes- 
tant sous forme de cercles concentriques. Le 
deuxième a fait des calculs très précis sur la vitesse 
de l'influx nerveux et sur le temps qui s'écoule 
entre le fait de conscience ou psychologique, et sa 
manifestation dans la partie sensible ou le fait phy- 
sique et physiologique. L'étude de la psycho-phy- 
sique et de la psycho-physioloyie a pour objei les 
phénomènes d'ordre physiologique et physique en 
tant que ceux-ci sont liés aux faits de conscience soit 
dans l'homme, soit dans tout l'animal. On doit dire 
de ces philosophes qu'ils ont trop exagéré les rela- 
tions existant entre le physique et le moral. 

356. Weber, Feohner, Wnndt sont, en Alle- 
magne, les principaux représentants de la psycho- 
logie physiolof/iquc. Comme le dit M. Ribot. dans 
sa Psychologie allemande contemporaine, le principe 
de la psychologie physiologique, c'est que " tout état 
psychique déterminé est lié à un ou plusieurs évé- 
nements physiques " (Introd. p. XI). Elle " a pour 
objet les phénomènes nerveux accompagnés de con- 
science dont elle trouve dans l'homme le type le 
plus facile à connaître, rnais qu'elle doit poursuivre 
dans toute la série animale ". La diflférence entre les 
deux, est que la physiologie " étudie les phénomènes 



- 343 - 

nerveux sans cnscicnce ■•, et la ,>sych..-,,l.vsinl.,gic. 
s occuiK des phénoMK-nes nerveux acccupagne. ,le 
conscence '. l'oint n'est besoin <Ie dire que la uk- 
hode de cette nouvelle psychologie est c.ténmcn- 
tac. Les phenoniènes cvicrucs ou flnsiolooi.,n.-s 
étant u,tn„en,e„t liés avec les phénomènes hii.nu-s 
de consaauc ou />sychU,i,cs, il s'flisuit ,,u'en faisant 
vaner ceux-ci on fera varier ceux-là. Mors I-, 
méthode changeant, la psychologie n'est plus seu- 
lement une science dcscripir.r. mais aussi c.vpli- 
fatwc; et a la connaissance naturelle et directe de 
la conscience pr6née par l'ancienne psychologie la 
nouvelle oppose une connaisance sekntifinùe et 
iwrtant, indirecte. 

VVeber et Fechner ont tour à tour, à leur manière 
formule, en une loi, les rapports <le variation entre 
les phénomènes internes et externes, ou entre la sen- 
sation et l'excitation. Us sensations, dit Weber 
croissent de quantités absolument é,,ales. lorsone 
les e.ve,tations croisseni de quantités relatirement 
égales. Fechner donna une autre loi qui porte son 
nom: la sensation croît comme le hn/aritlime de 
U.TcttatiOH. Autrement dit, si \'o.vcitation est repré- 
sentée par une progression géométrique, la .seH.sation 
correspondante devra être représentée par une pro- 
gression arithmétique. 

Le premier laboratoire de psycho-pbvsi.,luKie fut 
inauguré, en 1878, à Leipzig, ,>ar Wundt. le fonrla- 
teur ou tout au moins, le principal représentant de 
I école psycho-physiologique, l'our Wundt. la raison 
suffisante, première et dernière de tous les phéno- 



— 344 — 



mènes de la vio mentale et spirituelle, doit être cher- 
chée " dans la connaissance exacte de l'organisation 
anatomique et des fonctions physiologir|ues du cer- 
veau ". Tt)us les faits psychologiques se ramènent à 
la sensation ; ils ont leur source dans les phéno- 
mènes physiologiques «-t physiques, ou mieux, dans 
VincoHscieiit. La ?en. ition est une esijèce de syllo- 
gisme ilont les prémisses sont des actes inronsdcHts 
(phénomènes physiques et physiologiques), t; la 
conclusion, des actes conscients (phénomènes psy- 
chologiques et spirituels). 

On voit que cette psychologie verse dans le maté- 
rialisme. Sans nier l'influence mutuelle du physique 
sur le moral, sans contester les relations qui existent 
entre l'interne et l'externe, il n'est ni utile, ni inoflfen- 
sif, ni scientifique, de confondre l'un avec l'autre, 
c'est-à-dire, de ramener la psychologie à la physio- 
logie et les faits d'ordre mental à de pures sensa- 
tions. 

367. Karl Vogt (1817-1895). 
(1822-1893), Ludwig Biichner 
représentants du matérialisme, 
ses idées dans un ouvrage intitulé; Circulation de sa 
vie; le second est l'auteur de Force et matière; le 
troisième écrivit les Leçons sur l'homme. 

368. Hœckel représente le darwinisme radical. 
Il est surnommé avec raison le chef de la gauche 
''p.rwiniste : il en est le plus savant et le plus logique 
...terprète. Ses principaux ouvrages sont: Morpho- 
logie générale. Histoire naturelle de la création, et 
Anthrol'oyénie. Il est le fondateur du monisme. 



' kob Moleschott 

it les principaux 
<e premier expose 



— 345 — 



Kntrc le 



règne végétal et le 



„.- végétal et le règne animal, I l.eckel 

<|U II appelle le regtie .les frothl,,. Ces trois règnes 
ont |HH>r origine com.nnne la mo,u-rr fnmoniiaU- 
petite masse ,le matière allnmiineuse ,|ui est le 
résultat s,.,„tanè .le certaines o ml.inaisons elmni- 
qiies. l.a o.n.lensati.m .le la ,«»mV.- fnnwrdialc 
donne naissance à nne autre ,nr. ., pU.s ,,e,ite appe- 
lé, nuclcus. ,|ont la .•r,.,ssance et la nu.ltiplication 
par segmentation prochlisent les formes ru.lim,.„. 
taires et prnnitives .les plantes et .les animaux. Kn 
vertu de la sélection naturelle, ces for,.,e^ à leur 
Untr. constituent les espèces, les genres, les fan.illes 
qui son les de«.v règnes existant après une série 
infime ,1 années et .le siècles. Pour hii .lo„c " riiis- 
toire .lu m..n.le n'est qu'un processus physico-chi- 
'"l'I-c. c^. . . l-âme e.t la somme .les phénomènes 
moléculaires . 11 aj.,ute que "les propriétés pln- 
si.iues et chimiques, infiniment variées et complexés 
ces .-orps allniminoKles, sont les causes essentielles 
des phénomènes organiques et vitaux " 

Selon Hsckel. l'échelle généalogique .le Ihon.me 
comprend vingt-deux degrés, tx premier est la 
monèrc primordiale sans micicns. le vingt et unième 
représente l'h.,mme singe. Il appelle l'évolution 
me nouvelle période d'uue haute eulture iulellce- 
tuelle. 

_ Ce qui domine dans le matéria:;smc de 1 [.-eckel 
cest la note antichrétienne. En effet, suivant le 
p.iilcsophe allemand, malgré s.,n insuffisance Vim- 
mense mérite du darwinisme, consiste en ce qu'il 
permet d'exclure toute intervention de Dieu 



11 



■ I 



- 34f' - 

3W. Quelques autm. — Sc.us cette rubrique, 
mentiiinnons les philiisuplies cjui (lévelopiwrent sur- 
tout le ciité anti-iliréticn île la [icnsée d'Hegel ; 
Strauss (1808-1K741, auteur «l'une l'if de Ji'siis. 
Bruno Mauer( iHoi;-i«8j » et Keuerback (1804- 1872). 



SCHOPEN' lUKR (1788 1860) 

360. Vi. 8t anvres d« Sohop«nh«uer. — Scli»- 
penliauer naquit à Dantzig. de parents très riches. 
.Après quelques voyages en France et en Angle- 
terre. fK)ur les affaires de son \yere. qui était ban- 
quier, il prit la résolution de se consacrer unique- 
ment à l'étude des sciences naturelles et de la philo- 
sophie. Successivement élève aux universités de 
Gucttingtie et de l'.erlin. il passa à léna où il obtint 
son diplôme de docteur. Quel<|ue temps professeur, 
il n'eut |>as de grands succès. Retiré à Francfort, 
il y élabora, en attendant la renommée, son système 
de f't-ssimismc, dans leipiel on retrouve des traces 
de la philosophie boudhi(|ue qui. autrefois, avait eu 
le don de le charmer. 11 mourut en 1860. Ses prin- 
cil)aux ouvrages sont : I.a quadruple racine du prin- 
cipe de raison suffisante. Le monde comme lolonté 
et comme représentation. La volonté dans la nature 
et Les deux problèmes fondamentaux de l'Ethique. 

361. Caractères de la Philosophie de Schopen- 
hauer. — 1" Manque d'originalité: cette philosophie 
fait de larges emprunts aux théories knidhiques 
surtout. 2" Panthéiste, au fond, comme la doctrine 



r 



— 347 — 



<ll regel et ,1e Schelling. S'il y a mie ,|i,tinction 
entre eux et S.h<,,,enliauer. elle nés. <,ue nominale. 
I"ur Hegel et Sehelling c'est Vhlcc et r.ll,s„ln 
<|"i s extériorisent ; p-mr Schopenhaue st h 

lolonW qui sohj.-cti-.r. 3" MnlMolis, ..„s la 
philosophie «le Seho|Hiihaner. Icsprit et lame 
comme snl.lances immiUi-rulhs. sont des mots .hh-s 
de sens. 4" frssimistr: elle enseigne «m'en s'obj,:- 
lirant. la volonté pHnluit une illusion <|ui cm le 
monde. " le | l-.-s mauvais des mun<les [H.ssibles " 

3«2. PhUoaopUa d« Bohopenbauer. - Selon le 
philosophe allemand, toute la philosophie .se réduit 
a la cosmologie. Klle consiste à connaître lessence 
intime du im.n.le en sélevant des phém-ménes et 
des apparences à l'essence et à la chose <•« soi l)',,ù 
vient le monde où il va, pourquoi il est, voilà autant 
de (|Uestions (|ue nous ne iK.uvon» résoudre. ( V 
iiucst le monde en Im-même. voilà l'objet propre et 
véritable dç la philosophie. Ht donc, le philosophe 
doit toujours rester sur le terrain de la cosmologie 
sans jamais entrer sur celui de la théologie. La mé- 
thode philosophique est l'expérience extérieure et 
interne. 

Tout ce que le monde contient : individus de 
différentes natures, êtres multiples et complexes 
êtres matériels et .spirituels, voire l'intelligence! 
bref, tout ce qui existe, est l'effet, l'évolution, le 
produit d'une forée, d'une essenee unique, imper- 
sonnelle, inconsciente appelée l'ohmlé. Cette \ o- 
lonté n'est autre que Vfdée d'Hegel, l'.;/..,-,,/» ,1e 
Schelling, la chose en soi ou le noumèiie de Kaiit. 



Il 



- 348- 

Elle <levient consciente dans l'hoiiime et par 
l'honinie. Pour parler plus brièvement, le monde 
nest que Vohjcctkation, d'une force unique, iden- 
tique en toutes choses, nommée la / 'olontc. 

Force aveugle et inconsciente en elle-même, la 
l'olouté, dans l'honinie, devient un effort conscient, 
éneryiqiie. permanent, non seulement pour exister 
et pour vivre, mais aussi, ixjur accroître et perfec- 
tionner Vexistence et la vie. Et cet effort de perfec- 
tion se révèle d'autant mieux dans l'homme, que 
celui-ci éprouve plus de nécessités difficiles à satis- 
faire, à cause des nombreux obstacles qui se pré- 
sentent. La non-satisfaction de la nécessité ou du 
désir produit, la douleur. Et, comme la vie de 
l'homme se résume dans la volition et le désir, il s'en- 
suit qu'elle est une série continuelle et inévitable de 
souffrances et de douleurs, qui ne (Hsparaitront 
qu'avec la mort. " La vie, dit Schopenhauer, n'est 
qu'une lutte pour l'existence avec la certitude d'être 
vaincu. \'ouloir sans motif, toujours souflFrir, tou- 
jours lutter, puis mourir, et ainsi pendant des siècles, 
jusqu'à ce que la croûte de notre planète s'écaille 
en morceaux, voilà la vie. " C'est la théorie du 
Pessimisme. Dans ce système, la suprême sagesse 
consiste à comprendre que la réalité est une illusion, 
un ensemble de phénomènes et d'apparences ; que la 
destinée à laquelle doit tendre l'homme, est la des- 
truction, l'anéantis.sement de la volonté, de la vie 
elle-même, Hc l'être, non par le suicide, mais par une 
espèce de désintéressement, d'assoupissement de la 
vie. C'est le nirî'âna boudhique. Et comme moyens 
les plus propres à diminuer et à tuer les forces de la 



— 349 



vie et (le la volonté, à produire cette extinction 
mnamquc. Schopenhauer conseille aux jeunes la 
résignation passive, l'inaction, etc. 

Quant à la morale, elle se ramène à la pitié. Com- 
patir aux souffrances dont nous sommes témoins 
tel est tout notre devoir à l'égard du prochain. La 
vertu la samteté, la perfection morale, consiste <ians 
les efforts que Ion fait pour arriver au quictismc 
complet, a la suppression totale du mouvement et à 
1 extinction nirvâniquc de l'activité et de la vie 

363. Appréciation. - Il est facile de reconnaître 
que Schopenhauer a subi, et beaucoup, l'influence 
de Kant. Pour s'en convaincre, qu'il suffise de dire 
qut la / olontc de Schopenhauer est la chose en soi 
le noumènc d- philosophe de Kœnigsberg four lui' 
comme pour Kant, le mon.le n'existe que /.-/ qu'il' 
le pense, qu'il se le représente. 

Avec le subjectivisme kantien, on trouve, dans la 

philosophie de Schopenhauer. et du faxthéisme et 

<Iu posttnisme, et <lu matérialis,ne. Le monde, dans 

son système, n'est que l'évolution de cet être unique 

qu'il appelle la Volonté. A ce point de vue il ^e 

rapproche des grands panthéistes qui ont nom 

Hegel, Schelhng. D'après lui. nous ignorons les 

cau.^es et les fins des .:hoses; seul, le problème cos- 

mo.ogique doit nous occuper. N'est-ce pas là du 

positivisme? Et l'accusation de matérialisme portée 

contre Schopenhauer se justifie par cette assertion 

du philosophe: " Dans le fond, l'animal est la même 

chose que nous ". L'auteur de ces paroles n'admet 

entre l'homme et la brute, qu'une distinction de 

degrés. 



îfj 



— 350 



Ce qu'il y a d'original chez lui, c'est d'avoir voulu 
construire l'édifice de la métaphysique sur la seule 
ex])érience. (juant à son lîessiniisme, disons seule- 
ment que c'est une doctrine décevante, dont le terme 
hnjique est le suicide. C'est une des nombreuses 
manifestations de cette philosophie orientale appelée 
r.oudhisme, qui eut une influence si délétère sur la 
pensée contemporaine. 

364. Edouard d« Hartmann (1842-1896) est le 
plus illustre disciple de Schopenhauer. Sa doctrine 
est appelée Philosophie de l'Inconscient. C'-st le 
titre de son principal ouvrage. Il considère le i.ionde 
à un double point de vue : comme essence et comme 
e.vistence. Le principe du monde comme essence, 
.c'est l'Idée. Le principe du monde comme existence, 
c'est la Volonté. Ces deux principes sont les deux 
attributs opposés d'un être antérieur, fondamental, 
commun, appelé Inconscient. La lutte de ces deux 
principes, bon (l'idée) et mauvais (la volonté), con- 
stitue toute l'histoire du monde. C'est le principe 
mauvais qui l'a emporté; de sorte que le monde est 
une duperie, un mensonge, une illusion. L'Incon- 
scient de (le Hartmann, appelé encore Absolu, être 
Un, Tout, n'est pas lui-même la cause immédiate et 
effective des choses, mais le sujet commun, le sub- 
stractum de l'Idée et de la Volonté: principes actifs 
et opposés de ce que existe. L'Absolu ou l'Incon- 
scient se développe par l'Idée et la Volonté qui sont 
ses deux fonctions primordiales, et en se dévelop- 
pant, il produit l'univers. L'Inconscient est la sub- 
stance même de l'univers, la somme de ses actions 



— 35' — 

constitue rho„,me ou le moi. et le monde en général 

1 ny a d autre âme hun,aine cjue l'Inconsc'ntTui 

Tindii.^ ^'"^ ""*-'^ ^' ~"^ .-- -r 

Tandis que Schopenhauer place le repos, U féli- 

c.te^dans 1 anéantissement de la volonté mdividudlc 

est dans lextmction de la volonté miiverscllc la 
cessation de la volonté absolue et cos.nique. Cette 
cessatmn est le dernier acte de rinconscient. Et au 
heu darr,ver logiquement au suicide, comme Scho- 
penhauer, de Hartn,ann proclan,e que c'est une né- 
cessite et un devoir pour l'homme de virre et d'à", . 
en^harmon,e avec la vie et les actions de HZ- 

La morale et la religion de ,1e Hartma.in sont con- 
formes aux ,dees panthéistes et pessimistes qui font 
la base de toute sa métaphysique. L'immortahté per 
sonnelle de l'âme est une chimère du mystid.fn, 
1 éthique pess,m,.ste du boudhisme est supérieure à la 
morale chrétienne: c'est ce à quoi se ré^it toute la 
théologie de de Hartmann. 

Sa philosophie, elle est un panthéisme idéaliste 
entremêle de boudhisme et de dualisme manichéen 
On y retrouve aussi le pessimisme de Schopenhauer 
avec quelques variantes. Et c'est pourquoi, pour 
evi er toute répétition, nous dirons seulement que la 
philosophie de de Hartmann peut être réfutée de la 
même manière que les doctrines panthéistes et pes- 
simistes de ses devanciers 

àS/'t*'^'"'-****"^'"' (.844-igoo). penseur 
a 1 imagination puissante mais mal équilibrée, perdit 



■la 



— 352 — 



i ; 
f '- 



I I 



la raison en 1889. Ce qui lui donne une place cligne 
de mention dans l'histoire de la philosophie, c'est sa 
doctrine morale. A cause de sa nouveauté un peu 
étrange, avec des préceptes, en apparence, capables 
de satisfaire les grandes âmes, le système de 
Nietzsche eut et a encore de fervents admirateurs. 
De prime abord, le nictzschéismc a tout ce qu'il faut 
pour séduire, puisqu'il est — essentiellement — le 
culte exagéré de la nature et l'adversaire redoutable 
de tout ce qui peu* en amoindrir ou en arrêter l'élan. 
La culture intensive de la vie, tel est le grand prin- 
cipe 'ie la morale nietzschéenne. Or, la vie est faite 
d'instincts puissants: volonté de conquête et de do- 
mination, volonté de force physique, volonté de 
travail, volonté d'audace contre le malheur, etc. Ce 
sont ces instincts qu'il faut dévelojiper, en résistant 
à tout ce qui les contrarie. 

C'est dire tout de suite qu'une morale qui prêche 
l'abstinence, la souffrance, l'humilité, la résigna- 
tion, et qui gêne les instincts naturels, soit en les 
entravant, soit en les dirigeant, ne trouve pas grâce 
devant N'ietzsche. Aussi bien toutes les morales 
qu'il qualifie de traditionnelles ne .sont, à ses yeux, 
que des crimes de lèse-vie, lèse-beauté et lèse-huma- 
nité. Elles sont essentiellement contre-nature. Il 
les crible d'épigrammes. il les écrase de mépris. 
Elles sont tout au plus bonnes pour les '' esclaves ", 
pour les " bêtes de troupeau ". C'est la morale des 
" tarentules " et des " marécages ". C'est le lot du 
7nlf/u>n prcus. incapable d'atteindre à cette morale 
qu'il prêche et qui est évidemment la sienne. 

Cette nouvelle morale, applicable seulement aux 



— 353 — 

f^ <iuc nous sommes - il fa,,, -./- ' , """■ 
ment. ^ " •'''^' ''""'/ercsc- 

Si- surmonte,-, afin d'arriv,.,- a 

;°;;t passif, te. ,„,„tait^he:":s^i:rN;:LX 

tait un stoïcisme actif." "icizscne 



.. Bmile Faguet, La Jé.niss.on de ta ntorale, pp. ,o.-.o,. 



— 354 — 

Monsieur Faguet appelle la morale de Nietzsche 
" un cordial, un tonique et un viatique ' ". En eflFet, 
le stoïcisme de Nietzsche, comme celui de Zenon, 
peut, dans une certaine mesure, donner du courage, 
de l'énergie à ceux qui en manquent. Mais il 
a de graves défauts qui l'empêchent d'être un 
" tonique " très réconfortant et un " cordial " con- 
venable au plus grand nombre. L'exclusivisme est 
un des caractères distinctifs de ce système. La 
morale nietzschéenne ne va pas à tout le monde. 
Elle s'applique à une petite classe, appelée les nobles, 
les aristocrates. Elle est sombre et désespérante. 
n'offrant rien qui attire. Il lui manque l'élément 
essentiel, vivificateur, qui fait la supériorité de la 
morale chrétienne: l'amour. Et c'est pourquoi elle 
ne pourra jamais soutenir la comparaison avec la 
morale de l'Evangile. Elle est tout au plus " une 
sombre leçon d'énergie donnée par un débile, et 
d'optimisme donnée par un malheureux ' ", et cette 
doctrine " est de celles qui aboutissent à la maison 
de santé : pour vouloir être un sur-homme on devient 
un sous-homme " ". 



LA PHIIOSOPHIE EN ITaMB 

366. Caractères de la Philosophie en Italie an 



1. op. cil., p. 211. 

2. I6id. Voir TAe Monisi, juillet 1911, pp. 357-376- Chs 
C. Peters. Frédéric Nietzsche et sa doctrine. Ibtd. 376-398, 
Max Slirner, le prédécesseur de Nietzsche. F. Palhoriès, 
Nouvelles orientations de la morale. 

3. A. Fouillée, Nietzsche et l'immoralisme, dans la .ffepaf 
Bleue, année 1899, p. 387. 



— 355 — 

XIX; siècle. - i" Scnsi.aliste: à cause d'nn ■ 
de d,x ans en Italie, Condillac pût y Ipt^L TcT 
lement ses ,dées et ses théories sensualité" " S " 

.ans ses ouvrages de Uçjiç,.., de ../^V^/^^'^; 

Ron^gnos., contemporain de Gioia, enseigne " : e' 
Cond.l,ac, que les facultés et les fonctions ntel 

368 P ""',^"' ''^ ^"^"^^'"'""^ transformée 
368. Pasquale Oalnppi r 1770-18. fi^ 

«ne Philosophie spiritua'ÎL ^nernleïlh a^ 
toute r ."r,''^'--* Psychologicue. S„„re' 
tout le sp,ntual,sme de Galuppi est assez sem! 

France, a la même époque, avec cette différence 
que la doctrme du philosophe italien est franche 
ment catholique et n'a aucune affinité av c e ,t 

i éclectisme du philosophe français 

A la fin de sa vie, Testa répu<lia les théories sen 
suahstes qu'il avait d'abord défendues. Il adhLTu 
cnticisme idéaliste de Kant, tout en reTeta, t I 
scepicsme du philosophe de Kœnigsberg A" 

en: cati?'"" '^"" ^^'^"="' -*- <a'philo.opw: 
et le catholicisme comme religion révélée, il expri.ne 



M 



— 356 — 

(les opinions qui, à première vue, ne semblent i.as 
être très orthodoxes. 



ANTONIO ROSMINI (i797-'855) 



369. Vie et œuvres de Eo»mini. — Né à Rove- 
redo, près de Trente, en 1/97. Antonio Rosmini- 
Serbati se fit remarquer bientôt par sa grande piete, 
ses talents incontestables, et un goût très prononce 
Ijour les hautes études. Reçu prêtre en 1821, il 
fonda, peu après, V Institut de la Charité. Toute sa 
vie fut consacrée à l'étude et aux œuvres de chante. 
Ses connaissances des questions politiques, écono- 
miques et sociales, attirèrent sur lui l'attention du 
Pape Pie IX. qui l'appela à faire partie du Cabinet 
de Rossi. Après l'assassinat du premier ministre et 
la fuite du Pape à Gaète, Rosmini se retira dans une 
maison de son ordre, oili il se livra à ses chères 
études. Il mourut en 1855. Ses principaux ouvrages 
sont: NoHzd essai sur l'ortijine des idées. La Re- 
naissanee de la philosophie eu Italie. Anthropologie, 
Psychologie et Thcosophie. 

370. Caractères de la Philosophie de Rosmini.— 
1" Spirititaliste: elle fut une réaction eontre le sen- 
sualisme de Soavc et de Gioia. 2" Idéaliste: elle 
enseigne que la notion de l'universel ne vient pas de 
la réalité extérieure, parce que tout e qui est en 
dehors de nous, est concret, singiii partie \dier. 
j" Panthéiste: la philosophie rosminie:.. e a des afti- 
nités frappantes avec la doctrine panthéi-te aile- 



~ 35- — 

"'a.Kle..t surtout hégélienne. 4" 0,,/„W/,r . . , 
le rosniin siiip nn r»», i- .. ^""""Ui^'c. dans 

"•un peV le tout Te^l' "'"^"^^^^ ^-'«^ 

•ruehiues fh- platonisme christianisé, avec 

è rhéli " «"«"stiniennes et tho„,ist -s I^ 

<le I heghanisnie aussi, telle narait èfr,. 1 ■ ■ 
'le Rosmini. "^ *''"- '^ doctrine 

371. Philosophie de Eosmini. - Tout \. , 
msme peut semhli. t il ^^ ''^ losini- 

;-"-;. c.st:i;::';;::r^::'rc::^":^r 
!^.:5S;:rSïïn5r-'^ 

\ ■,;!.• . P^"^"'' f^^lles viennent de |)i...i 

rzL'»' "-•••''•■ i*---- s:,s 

K'iioait .u/rf et, po„^ ^,„,j ^,j^ |_^ ^^^ 

'"y."','n"!''U'.''''"''°"'- ''■""■'"■ '"«-'■" !■«- 



i 



:r!' 



- 35» - 

ferment. Cette idée iVêln- iinhcrscl, au s<jinmet 
de la pyramide, est innée à l'homnii-, elle vient de 
Dieu lui-même, elle est une appartenance de l'es- 
sence divine ; " c'est une actualité non distincte du 
reste de l'essence divine ". Cette idée d'être con- 
stitue la lumihc de la raison. Sans elle, dit Ros- 
mini, " l'esprit humain, non seulement serait mca- 
pable de toute oi^ration rationnelle, mais serait 
privé de la faculté de penser et d'entendre; en 
d'autres termes, il cesserait d'être intelligent''". 
Vêtre, ainsi qualifié, appartenance de l'essence di- 
vine, actualité non distincte de cette essence et, par- 
tant, s'identifiant avec elle, prend diflférents noms. 
11 s'appelle indéterminé, s'il n'est appliqué à rien, 
et n'est que le résultat d'une abstraction de l'es- 
prit; lorsqu'il fait partie essentielle des réalités qui 
existent, tm le nomme virtuel; principe de tout ce 
qui est, des créatures et de Dieu lui-même, il 
s'appelle initial. Et par une triple opération, Dieu 
pose dans chaque réalité cet être, suivant les exi- 
gences et les limites de chacune. La première opé- 
ration est Vabstraction. par laquelle Dieu lire de 
lui-même l'être à la fois indéterminé, virtuel et 
initial. Déterminer les limites réelles que Vêtre ini- 
tial est susceptible de recevoir, et, par là, constituer 
l'être virtuel, c'est l'reuvre de la seconde opération, 
appelée imagination. Enfin, il appartient à la 
synthèse, troisième opération, d'unir ensemble l'être 



I. Cité par L.-A. Paquet, Canada Français. 1. I, i888. 
Rosmittiel son syslhne. p. 579, 



m 



— 359 ~ 

virtuel et les différentes détcr„,i„ati..„s .m li„,i,es 
<Iont ,1 est capable, l.a s,„thè,o, pour Kosmi 
proprement rof/ioH ,vvfl/nV,-. ■"">i'. ^^t 

La psychologie rosminienne, ounn.e .s.m idéologie 
-nt.ent auss, des opinions ,x.ur le ,„oins é ra J " 
A ns,, pour ce „ui concerne l'âme h.nnaine, r1 
n>.n, pretuKi qu'elle est engendrée, comn.e e 
corps, ,».r vo>e de génération. \égétativc .l'àLrd 
pu,s sens.t.ve elle devient raUoLu.- . s^^' 
fluence de Yillummation dkinc Oimnt i i- 
entre le corps et l'âme, il l'exp'liqu? aM eJs e^ 
. tm sens ca.,«./-/o„</<„„.„„/ J.,- ^ern JTl u„ 
(lame) de percevoir, d'une manière constante la 
présence de l'autre (le corps). ' * 

372. A.pyTMK\im.-Panthéismc et Ontolouismc- 
ce sont b.en là les deux non,s sous lesqueU To t 

TJr'^w" T'"'" ''' '^"^"""■' - histoire de 
la phdosoph.e. L'être initial, appartenant à l'essence 
d.vme. est le n^êm. en Dieu et dans les créaturer h 
en lu,, comme en un miroir, brillent toutes les con- 
na.ssances auxquelles l'homme peut arriver. Tout 
est D,eu, et tout e.st v., en Dieu: c'est le résumé de 
la doctrine du philosophe de Roveredo. Il va san! 
dire que sa psychologie commet une grosse erreur 
lorsqu'elle prétend que l'âme hun,aine a été engen- 
drée comme le corps, quitte à devenir rationnelle 
ensuite sous l',„fluence d'une illumination divine 
larce quelle est spirituelle et subjcctimn.-,,, indé- 
pendante de la matière, notre âme ne p. «t avo r 
dautre mcde de devenir que la création r^, d'autre 
auteur nnmed.at que Dieu. Faut-il ajouter que le 



If 



— 360 — 

concept rosiiiinien de la iTcation est faux? Créer, 
c'est faire (|iielque chose de rien. • )r. cette synthèse, 
dont |)arle Kusniini, est l'union delcnients i)réexis- 
tants; créer, suivant hii, ne serait donc que poser 
l'être déjà constitue des choses dans les limites 
propres à chacune d'elles. Rien d'étonnant que l,éon 
XIII a't officiellement condamné (juarante ])roix>- 
sitions extraites des ouvrages de Kosmini. I.c phi- 
losophe lie Rovere<lo fut. dit-on. un saint prêtre, 
{>assionné pour le salut des âmes et le triomphe de 
l'Eglise. Ses erreurs proviennent surtout d'un 
ttianquc de formation i)hilosophique et théologique 
solide, formation que peut seule doinier la i)hiloso- 
phie traditionnelle, c'est-à-dire la philosophie scolas- 
tique sérieusement étudiée'. Un long commerce 
avec les théories allemandes eut une influence né- 
faste sur ce grand esprit, malheureusement trop 
féru de nouveautés. 

373. Vinoenio Oioberti (1801-1852). — Comme 
son contemporain Rosmini, Cîioberti est un ontolo- 
giste. Dans ses nombreux ouvrages, le problème 
de la philosophie qu'il cherche à résoudre, consiste, 
selon lui, dans la relation (|ui existe entre le fini et 
l'infini, entre l'idéal et le réel. 11 part de ce prin- 
cipe: l'Etre erce les existences. L'être, c'est-à-dire 
Dieu, crée, tire librement du néant les existences, 
à savoir les êtres particuliers, finis. Cette for- 
mule idéale, ce principe n'est pas le fruit d'un 
raisonnement ou d'une réflexion, mais elle est l'ex- 

I. Cf. li.-A. Paquet, op. cit., p. 5q6. 



formule uléalc : / ." . .^ ?,'/ '^■.'■' "I'"''' ''=>n^ la 
s|K.nta„é de r,„„,:,: ZJV T'T '7'" 

intelligib,eetle,„,.^; ;,;.' J;;■r^'^^"•- 
^-lIes .les choses «nie. et ,1e lin. '" """^''■^ 

/•."l.frti eut une existence très agitée IVétre 
' un gra„,l talent, il ne sut pas t.,ujourf ..^V.le ■ 
n....era,„n c,ui sied si bien au ca.a ;èr sa" " 
'';'ta. Ceta,t un patriote passionne. , „ire l.Z . 

. aut en croire un de ses adn,i,-ate. rs ct,,: 

la "!'/// •"' """ '''' ''i''^- ^^ théorie de 
la s,n,tcll,y,.„a- ne cadre guère avec ce système 

G^bert, partageait p,us ou moins ,es opi„i!,nT7e 

Locke, des sensual.stes et des nominalistes sur la 

connaissance ,les essences réelles. Or. c'est un fa t 

d expenenee que, par .es propriétés des cho es 

dsnot,r" "°*■■^ ■"'^"'^-« P-t arriver à 
des notions a»ez exactes quoi<,ue imi^arfaites des 



i 



— 362 — 

essences réelles qui, vis-à-vis des propriétés, sont 
cotnme les causes par rapport aux effets. Cette 
faculté spéciale, appelée surintelligence, est donc 
inutile. 

374. Quelques antres. — Mamiani (1800-1885) 
fut d'abord un rationaliste éclectique, et finit par 
aboutir à l'idéalisme platonicien. Ses successeurs et 
ses di.sciples sont: Ferri (1826-1895), Ferrari (1812- 
1876) et Ansonio Franchi (1821-1895). Le posi- 
tivisme eut, en Italie, d'ardents défenseurs dans 
Roberto Ardigo et Andréa Anguilli (1837- 1890). 



LA. PHUOSOPHIK ADX ÉTATS-UNIS 

375. Caractères de la Philosophie américaine.— 

i" Scnsualiste: c'est une philosophie, surtout avant 
le XIX' siècle, qui a de grandes affinités avec les 
doctrines de Locke. 2» Moraliste: pendant quelque 
temps, les philosop' américains s'occupèrent du 
côté pratique des choses et discutèrent sur la nature 
de la vertu et les principes de la morale. 3° Senti- 
mcntaliste: Reid et toute la philosophie écossaise 
eurent de fervents adeptes parmi les penseurs amé- 
ricains. 4° Ontologistc avec Brovvnson. 5° Evolu- 
tionniste: les théories de Spencer inspirent l'ensei- 
gnement et les écrits d'un grand nombre de profes- 
seurs des universités des Etats-Unis. 6" Pragmo- 
tistc avec James. 

376. Avant le XIX» siècle. — Citons Jonathan 
Edwards (1703-1758) qui, dans un ouvrage inti- 
tulé: La liberté de la rolonté. oppose l'indétermi- 



— 363 — 

nation à la vraie liberté. Suivirent son enseigne- 
ment, Jonathan Edwards le Jeune (1745-1801) et 
Timothy Dvvight (1752-1817), qui se confinèrent 
dans des études de morale, lîenjamin Franklin 
(1706-1750) porta aux questions philosophiques un 
vif intérêt, et c'est à ce titre que l'histoire de la 
philosophie mentionne son nom. 

377. Au XIX' siècle.— Cette époque se distingue 
par un double courant que l'on pourrait appeler 
allemand et écossais. Le premier est représenté 
par James Marsh (1794-1842), William Ellery 
Channing (1780-1842), Ralph Waldo Emerson 
(1803-1882) et Théodore Parker (1810-1860). Le 
second apparaît surtout chez James McCosh (1811- 
1894) qui, en de nombreu.x et savants ouvrages, fit 
une critique intelligente de Kant, d'Hamilton, de 
Mill et de Spencer. Il enseigna la philosophie du 
sens commun. Noah Porter (1811-1892), tout en 
restant fidèle à la doctrine écossaise, y introduisit 
quelques idées des philosophes allemands. 

378. OrestM A. Brownson (1803- 18761 est le 
plus célèbre représentant de l'ontologisme en Amé- 
rique. \é au X'ermont, il fut tour à tour presbyté- 
rien, universaliste et unitarien. Il devint catho- 
lique en 1844. Ses écrits, publiés par son fils H. 
F. Brownson, forment dix vohmies. Son ontologisiiie 
a de grandes ressemblances avec celui de C.ioberti. 
Le premier objet immédiatement perçu est Dieu 
lui-même. .\près Vintuition vient la n-flcxion. dont 
le rôle consiste à élalxirer ce (|ui est contenu dans l,i 
perception immédiate ou l'intuition. 



^m 



— 3<'m — 
william james (18421910) 

379. Vie et œuvres de Junea. — James naquit à 
New York, le ii janvier 1S42. Toute sa carrière 
s'est passée à l'Université (l'Harvard dont il est, 
sans conteste, une des gloires. Docteur en médecine 
en 1876, il occupa la cliairc d'anatoinie comiiarée 
et de physiologie à la Hanard Médical Scliool jus- 
qu'en 1880. A partir de cette date, il fut professeur 
de philosophie. En i(p- il prit sa retraite. C'est 
au retour d'un voyage en France, où il fut regu par 
l'Institut, qu'il mourut subitement, le 26 août 1910, 
à Chocorna, New Uanipshirc. où il avait sa rési- 
dence d'été. 

Les écrits de William James sont très nombreu.x. 
Contentons-nous de citer: Expérience relir/ieuse, 
Causeries fyédayoyiqiies. Théorie d'Emotion. Précis 
de psychologie, La philosophie de l'expérience. 

380. Caractères de la Philosophie de James.— 
i" Naturaliste: on reconnaît en James le professeur 
lie médecine non éclairé par des principes supé- 
rieurs. 2" Pragmatiste: c'est là philosophie de l'ac- 
tion, d'après laquelle une théorie ne vaut que par ses 
conséquences pratiques. 3" Expérimentale: l'analyse 
des faits de conscience constitue à peu près tout son 
objet. 4" Psychologique : elle se résume à la psycho- 
logie, dont James fut l'un des maîtres à notre 
époque. 5" Psycho-physiologique : elle fait grand 
cas des relations intimes qui existent entre les faits 
psychiques et les phénomènes nerveux. 

381. Philosophie de William James. — Toute la 



365 



(l..otri„e philosophie,,,.. ,|e ja.nes se ramène à la 
I.sychologie, qu'il a consi.léral.lement renouvelée II 
voulut réagir contre les posi.ivites, qui avaient intro- 
duit dans les sciences ,1e lesprit la méthode des 
sciences de la nature, et. partant, mi. ,1e côté Vintro- 
sfcctw,,. „u rétu,le de la c„ns,:ience par Imtérieur 
l«ur taire place à la physiologie. Celle-ci alwnle la 
conscience par Vrxténa,,-. et, suivant Comte, elle 
seule peut donner <les réalités psvchi,j«es une con- 
naissance ■■ rationnelle " et " scientifique ". James 
pnjne la méthode dmtrost.rlùm ou d-obscnation 
,nu-ncun- comme la seule efficace, sans avoir toute- 
fois ,les intentions mctafhysiqius ou do,jmath,ucs 
ce dont 11 se garde bien. 11 veut, comme ses 
devanciers, faire une ,euvre ,1e sacuc fasitirc 
et traiter la philosophie comme une partie ,Ies 
sciences naturelles. Mais il y a chez lui ceci 
de particulier, cest que la Mcho-M>xsi„h„ik reste 
a ses yeux, une hypothèse ; et il ,e ^lemande' 
SI tout par elle peut s'expliquer adé,|uatement 1 es 
faits de la conscience, se plait-il à proclamer, >ont 
essentiellement motncHtanés. transitoires. Cette 
faculté est un flux continuel de courants changeants 
mukiples, divers, qui se tiennent, se pénétrent Ce^t 
la théorie qu'il a populari.sée sous le nom "the stieam 
«f consciousness ", A travers ces états, y a-l-il une 
reahte permanente? La psychologie ne peut nous 
le dire. La conscience formée d'un perpétuel chan- 
gement, sans aucune réalité ,lurable, est douée d'une 
activité spéciale qu'il appelle la sélection; elle est 
scicrtirc. l>ar cette faculté elle choisit, entre les 






366- 



images et les comeptions, celles qui nous vont le 
mieux et peuvent servir davantage l'intérêt domi- 
nant (le notre vie. 

lin Hjoi - 1902, James donna à l'Université 
d'Edimbourg une série de conférences qui avaient 
IK>ur thèmes: la psychologie tics besoins religieux de 
l'homme. Ci-s conférences, quelques mois après, 
furent réunies en un volume publié sous la rubrique : 
The l ariettes of religions expérience, et traduit 
bientôt dans toutes les langues de l'Europe. L'im- 
portance du problème religieux dans les milieux 
intellectuels, à notre époque, est une des raisons, 
•sinon la principale, du grand succès qu'obtint 
l'ouvrage du philosophe américain. Il ne faudrait 
pas croire, pour cela, que James a été l'initiateur des 
recherches de psychologie religieuse. Bien avant 
lui, d'autres avaient orienté leurs études vers le 
])roblème religieux dans ses relations avec la psycho- 
logie. Ce qui caractérise les conférences d'Edim- 
bourg, c'est la note pragmatiste qui y domine. James 
part de ce principe que les vieilles théologies ne 
peuvent sauver la ou les religions, parce qu'elles 
sont trop intellectualistes et pas assez pratiques. 
Pour juger une religion, dit James, il faut -se 
demander à quoi elle peut servir, et toute idée n'a de 
sens que par ses conséqunces pratiques. Que Dieu 
existe ou n'existe pas, c'est chose peu importante, 
si d'y croire, nous fait du bien. N'allons pas dire 
que l'on connaît Dieu, mais que Von s'en sert. Ce 
n'est pas Dieu qui est le centre de la religion, mais 
l'homme a\'ec ses besoins religieux auxijuels Dieu se 



. V " - ' A» t U 



- 367 - 

subordonne. La religion, pour James, e.t .nrtout 

doute, de I espèce humaine. C'est dire qu'il ne 
croyau pas mordicus à ces f„r„,u,es. C'é^a ë, 
attendant meilleur. v. «au en 

. Dans le système pragmatiste, lintelligence est un 

Z "X' "'''"' 1 ■' "^^"^ "^ - "en.ander non 
Un. n " ''"' "'* "^^"^ ■• ''"^ ^°-He faire " 

bne ,dee n'est pas vraie par elle-,nême, mais elle 

lequel nous allons et que nous n'atteignons jamais 
Fuyons VapUmismc et le Pessimisme ,oyonl7^l 
^2^^ rnélionsme, c'est-à-dire, augr^ntô^fp . 
not e a.,,o„ et notre effort, la somme de bien .L 
renferme le monde. . . ' 

seu . Ses nnes analyses des faits psychiques, ses 
vues or,gmales sur le problème religieux, révèle, 
un psychologue pénétrant. Mais, sa p ycho ol 
manque d'une base bien ,olide et bien néce sair la 
métaphysique. Elle se ramène à l'étude de 'a,N 

tante forme la conscience. Au fond, cette manière 
de voir n'est pas sans affinités étroites avec le phéno! 
menisme qui est la négation de la substantiabte de 
la conscience. 

tou';'di!i'°7''''/' ''''*'°"' °" '^ P«?"^-tisme, fait 
tout dépendre de notre effort individuel. Mais 
pour agir d nous faut un point d'appui. Et Jame." 
ne nous le donne pas. Xous sommes rédui Tu 



-368- 

simplc jeu de nos facultés que nous ne connaissons 
pas d'une façon précise; et ces facultés, par une série 
d'efforts et d'actions répétés, tendent vers un absolu 
qu'elles ne iwuvent jamais atteindre. James, comme 
beaucoup de ses contemporains, a souffert du mal 
rclif/icn.v. " l'erdu dans l'anarchie de concepts qui 
tourbillonnent sur l'arène philosophiciue d'aujour- 
d'hui, atïamé de vérité, assoifïé de Dieu, il l'a 
cherché, sans doute, comme il le pouvait. Puisse-t-il, 
à défaut d'ici-bas, l'avoir trouvé du moins dans la 
lumière miséricordieuse de l'éternité '. " 

383. Quelques autres. — In certain nombre 
d'autres philosophes américains méritent une men- 
tion spéciale. Laurens 1'. llickok (1798-1888), 
John Fisk ( 1842-1901) sont les deu.x principaux 
représentants de la philosophie de Spencer. William 
Caldwell, de l'Université de Northwestern, Josiah 
Roy se du Harvard, J. ^l. Kaldwin, de l'Université 
de Princeton, John Deuey, de l'Université de Chi- 
cago. Frank Thilly, de l'Université de Missouri, et 
C. T. Ladd sont actuellement dans la République 
américaine, des professeurs et des auteurs de renom. 

r.A PHItOSOPHIB CATHOWQDE 

384. Avant le XIX" siècle. — Avant le XIX* 
siècle, les difïérents ordres religieux eurent des 



I. L. N«M, William JaiHes. Revue Néo-scolastique, fév 
191 1, p. 57. — Lucien Roure, Etudes, 20 oct. 1910, pp. 198- 
203; 3 (léc. 1911, pp. 719-720 — Boutroux. William James. 
Ménard, Analyse el critique des Principes delà Psychologie 
de William James. 



— 36y — 

i^oiis les tros furent nr,.f.. ('711-1787). 

-in. '.epu.s.x'::t7s:rw""t.^"- 

^■"nnu p,H„- sa théorie sur 1 7'^;""-^"^•■^■l'. l>'en 
."...Lhcation Ces .nonadcs de Leibni \ , j'" T 

«™"rr:;:i^;:;:*,,:-,''; -" - 

386. En France. — i e f, r,. r v- » 
ancien élève de rp J , "' "^•^-'**7^ '• 

'•Oratoire proLseurt ""-^ T'""''"" "^"^ "- 

-n,5.e de^t:s 'r;;t\'Vi"-'7"^ " 

vrages suivants :/)./«, „„„S;;,«-^;-- 
connaissance de l'âme 1 n r ■ ' '" 

*.fc*. .%,d'H";,„8;?"E •" """"■""■•■ 



— 370 — 



travaux comme La philosophie de Makbraïuhe, La 
certitude morale, Essai sur la morale d'Aristote, 
Le prix de la vie, Les sources de la paix intellec- 
tuelle. Abbé de Broglie (1834-1895), professeur à 
l'Institut catholique de Paris, a cottiposé: Le positi- 
visme et la science exp<:-^menti»le, La morale sans 
Dieu et Preuves psychotoffi^HCS de l'existence de 
Dieu. Mgr Méric (.i^'S^'^^S). professeur de théo- 
•ogie morale à la Stvbonne, a écrit: Du droit 
et du' dez-oir, L'aMitre vie, Le merveilleux et la 
science. L'imagination ,•* les prodiges. Amédée de 
Margerie (1&J5-1905;, professeur de l'Institut ca- 
tholique de Lille, est auteur des ouvrages intitulés : 
Théodicée, Philosophie contemporaine. L'abbé Tiat, 
professeur de l'Institut catholique de Paris, a com- 
posé L'Idée, La Liberté, Aristote et Platon. Henry 
Joly, membre de l'Institut, est l'auteur de L'homme 
et l'animal. Georges Fonsegrive a écrit: Essai sur 
le libre arbitre. 

386. En Espagne. — Jaime Balmès (1810-1848), 
est un des plus grands philosophes espagnols. Du 28 
août au 12 septembre 1910, à Vich, en Catalogne, 
par des fêtes splendides et un congrès philosophique 
auquel prirent part les principaux savants de l'Eu- 
rope, on a célébré le centenaire de la naissance du 
célèbre penseur. Les ouvrages de Balmès sont : 
L'art d'arriver au vrai, Philosophie fondamentale, 
Le protestantisme comparé au catholicisme dans ses 
rapports avec la civilisation ruro^éninc. Sa philoso- 
phie, quelque peu éclectique, est à base thomiste, 
tout en donnant une large place aux théories de 



— 371 — 

D'^scartes, de Leibnù et de IT,., I ■ 

Ide Ralmès a été tout 1 il/ ' '■'''°'"''''- '-^ "^ut 
'h;m,anité dans .a marche vers î/"^"""'- ^"'^'■•^ 
■"«dresser ses erreurs, et éoar er . "" '' '" ^''•"' 
'«■^ obstacles, telle a é é r.I\t , ■ " '" ™"'^ '""« 
«^■■é le tnmWe ,Ies ten n, • '.''"""^•^'■*^""'-'- "-Mal- 

<'="'^ "-o„ pa^,s un £/"""■""" - " ^'"IH'"-.' 
"" œnnaitra ,K, ,; m;^'''"'""^'"' ■""■"'"tucl do„ 

et bien dirigées ieuvent "évr" '' ""' '^""''■^ '-'-' 
"'er ne .erait pas asl '"" '"""'""• «'•pri- 

mai -us laboSn ri''r:^;'"V; ^-fl^- ie 
('8°<>'853), surnommé le ' 1' Xr "'"" ^°^'^^ 
P«Kne", n'est pas un nM. ''^ •^f="^f« de TR,. 

Cependant, il a 'me .Tact "^ "' ^'^'^'^^^--■ 
'°'>e de la philoso,"hi'.catt" ,""'"'" ''^"^ ''h- 
tnbuèrent au rével «'„ !" ''.' T ^"''^ ''"'' '•""- 
philosophiques en Espace' hT.'" ^""^'^ ^■'"''- 
fond et éloquent, D nf s'n L "" ""''''''' f'^"" 

vues neuves et oripnaïes '""'■ " •■""•"■^- des 

387. Bn Allemame ir. 



— 37* — 



IKHir lopinion d( )rigène. Johann Krohschamnier. 
.lans ses tentatives faites iwur réfuter les théories 
iinti-chrétienncs, soutint des opinions incompatibles 
iivec la doctrine cathohque. Hermès li775->83'> 
professa un rationalisme condamné par l'Kglise. Sc~ 
ouvrages furent mis à l'index en i«35- Joseph 
(îorres ( r 77f>- 1 848 ) . dans un Uvre intitulé: Lc' 
mysti<iiii-s chrétiais. défendit l'existiMU-e «l'un corp^- 
siibtil, distinct du corps matériel, visible, et forme 
d'un fluide impondérable, lequel, d'après ce phdo- 
sophe. resterait uni à l'âme après la mort: hypo- 
lliése insoutenable. 

388. En Angleterre. — 1-e cardinal Xewman 
( i8oi-iK<)2). Dans sa Graiiimain- dr riisscntimcnt. 
il étudie le problème de la certitude. 11 s'y révèle fin 
psychologue. QueUpies auteurs vont jusqu'à le clas- 
ser parmi les initiateurs du mouvement moderniste '. 
Tous les modernistes le réclament i)our eux et se 
plaisent à représenter ses écrits comme opposés aux 
doctrines de l'Encyclique Pasa-ncli. Ces prétentions 
sont-elles justifiées? Xewman fut-il réellement un 
moderniste, ou au moins un précurseur du moder- 
nisme? Voici ce que répond à ce sujet un récent 
écrivain ' : Après avoir déclaré que. " quand même 
Xewman aurait énoncé quelques propositions ou 
hasardé quelques théories sur l'éclosion de la foi 
chrétienne dans l'âme humaine, qui ne fussent pas 



I. Albert Leclère, Pragmatisme, Modernisme, Protes- 
tantisme, p 93 et »"'v. 

I Guibert, Revue pralimie d' Afologitique. 15 nov. 1907; 
NewmttH et l'Encyclique Pascendi, pp. a??-'?»- 



- 37.1 — 
'''""^ rigueur .loctrin..),. .a,; f • 

; e la v,e „e Xe. ,„,„ ^.^^^ '- «Transies ,,^,.„ 

"avoir aucune cer L" u" V ' '"""' " '"■'^''^-^• 
^"'^ ^'r. toute la vi,. L sL '"""''■ ^"''^^^'•"- 

^■onstan.„u.nt en o, „,! ' *"'*^'^ ^■' ■''"^ maints, si 

^":'- pn....... o,: ' :r"t.r '^ "■•""'^ -■'- 

"2" ; e m I ■'«'iu>tii-isn)e. 

'---. iw'x^::;:,:: "-"- <"■ 'a cn„s.ir 

-'vra>n,e,«,apan„.,,;";J,;7"7-.''H-i.u,. 
3" !.<■ , Modem ,„ . ' ■" 'a niam du inc. 

^7'-:'-.edo:;:ir:,:t ;r-'-^-es 

■"^^'^'^^ à la surface rie I- ^"''^■"'•HK.„,e „„„ 

e'-an.Ii par lap„,„ ^ Z,tj"T"'"'"- "" "^ ""' 
;"^" en-igne aussi Tévo u " n "'" r"'""''^' ^'-- 
'» "•='nière de saint \inlem 1 ' *'""' '"■'"■^ ■' 

''ans un discours prononcé t D r"""" '"'-"^^"'«■ 



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1.6 



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S^ '653 East Main Slreel 

r-,^ Rochesler. Ne* York 1*609 USA 

'fSSS (716) 482 - OiOQ - Phone 

^ag (716) 28ti - 5989 - Foi 



— 374 — 

cieux est semblable à un grain de sénevé " ; mais le 
germe est venu d'en haut, et il se développe sous des 
influences divines. . , „., 

" 40 Le modernisme conteste Vautortte doctrinale 
de l'Eglise, parce que cette autorité n'est pas un 
dépôt divin, mais une usurpation commise par e 
pouvoir qui s'est humainement fait jour dans la 
société des fidèles. Newman. au contraire, recherche 
cette autorité enseignante: il sort de l'anghcan.sme. 
où elle ne réside pas, pour entrer dans le cathohcsme 
où il la découvre. Et il cherche cette autonte parce 
qu'il voit dans les Ecritures que Jésus-Chnst la 
divinement établie. " . » . , 

La revue anglaise, le Tablet, aux dates des 4 et 1 1 
janvier 1908, publie deux articles signés par le F. 
Toohey S. T., qui ont trait à cette question. L auteur 
cite de nombreux passages des écrits de Newman 
Voici quelques extraits: " La raison naturelle peut, 
du 'ipectacle du monde, du témoignage des hommes, 
de Vexistence de l'âme. . . inférer l'existence de 
Dieu " "Je lutte contre le libéralisme; par libera- 
Usme, j'entends le principe antidogmatique et ses 



Et c'est ^urqioi. sur ce terrain, il ne faut pas 5»'vre 1 >1- 
fastrel^ÏÏinal : guafrofiln desrrendus est ,n hac re celeber 
Cardinalis. Cf. p. 107. 



— 375 — 

Je ne connais po^nt d'à m" 'r""''' '^' "" ^^''K'»"- 
dan. l'idée dW auteTrte f ""'.^^ "^ P"'^ ->'«^ 
«-enée à un pur sent ment eî àt'"" ^ ''' "'■^■■- 
ou une duperie '. " CW ni. ,^ ' ^^"^ "" --êve 
nous convaincre que le mn^ m'" "''" '''"* P»""- 
Pa^ la religion modemfsS ^'"""'" "^ P™f"sait 

389. Bn Italie r ui 

Jtalie, au XIX' siècle l! cnn^"^'''.' '""'""''"^ ^" 
«vec la philosophie scolT ''','" P'"^^°"^^'. 
auteurs d ouvrage de nh'"'V''' ^'"P''^ des 
<^e«e époque, eurfn à cceu,?;"^'''* "^''^^'■«'""e, à 
l'enseignement trad tfonnel f • '""'"'■'^ '" ''"""«"^ 
Et voilà pourquoi «r ^:,;X!™ .''^P^-- 
qui vont suivre. Panerons dans les pages 

««NAISSANCE DE LA PHri«=^ 

^* '•«ILOSOPHIE SCOLASTIQUE 

390. Le« précnnieurg. __ r h,, 

des plus terribles adver«,V 7 ,"■"*"'«'"« fut un 
lastique au XV't^iT''J'.^^ Philosophie sco- 
l'arme du ridicule 1 tus,;! "' '^'^ '^='"'«té 
faire déprécier r» • "' ^" Pe" de temps à 

culte desX: s:rrr '"''■■°""^'' ^^- -^ 



^«SSIH^^Œ^» 



— 376 — 

veau stoïcisme ou d'un nouvel aristotélisme, dont le 
but déclaré était la ruine des doctrines du moyen 
âge. Et n'eût été le zèle ardent et éclairé de quelques 
rares et intelligents défenseurs, la vieille philosophie, 
sous les coups qu'on lui portait, eût peut-être suc- 
combé. Pendant deux siècles, quoique respectée et 
vénérée par un certain nombre de penseurs, elle resta 
trop affaiblie pour tenir la tète du mouvement 
intellectuel et résister à la poussée des systèmes 
nouveaux qui se disputaient le premier rang. C'était 
l'époque de la décadence. 

Heureusement, l'on s'aperçut que les incertitudes 
des doctrines mouvantes et incohérentes ne pou- 
vaient satisfaire ce besoin <le fixité et de stabilité que 
réclamait la pensée moderne, et lui donner son 
orientation définitive. Et alors, s'opéra un retour 
vers l'enseignement de l'Ecole. Timide d'abord, crai- 
gnant de se montrer au grand public, la scola.stique si 
décriée se ranima et se développa, au moins dans 
les cloîtres. Elle s'enhardit peu à peu. Vers le 
milieu du XIX' siècle, témoins des ruines amon- 
celées par la philosophie anti - chrétienne venue 
d'Allemagne et d'Angleterre, quelques apologistes 
entreprirent de renouer la tradition avec les ?3es 
passés et <.\e rétablir sur son trône, d'où on l'avait 
fait si injustement descendre, la vieille philosophie 
traditionnelle, seule capable de gouverner les esprits 
troublés. La lutte s'engagea ferme, pleine d'espé- 
rances. Tout un groupe de philosophes, Sanseve- 
rino et Carnoldi. en Italie, Urraburu et Gonzalez, 
en Espagne, Kleutgen, en Allemagne, Domet de 



— i77 — 

furent les précurseur: ^"'■'"'" "^•"-'•- Ce 

'astique. A uireven^n "'"^' '^ "^'^ ''^ '^ -"- 

« véritable orien aZ, T r*""'''"" ^^"^■"'"^ « 
Monseigneur Pe " a ait f^H 7"^ "^ f'^™"-- 
copaIeuneAca.lé,nied Satt ^hl"^ "/'"^ ''"^- 
ration avec le cardinal Sfortï-" >" '°"^'''^- 

instances auprès de Pe IX n'-'r" '"^- " «' ''« 
Thomas d-Aquin pat on .^ ''"' '^''^''''' ^^'"^ 
-i"ste de prlteLre ;: «Tf ^^ " '''^'' 

re'^taur.tion de la se. I,L1 r, ^" "''P°^^ ^ la 

par des lettré adr^-^"'- "'"" ''" '^""t^^i-'e. 

vementdansTs HSnte"^,'T'^'^"" "" — 
-t Naples il encou^rT, "' '^" '■^'^"<^- «"'"gne 
ment.'^our ne pa/r '^^r' """^ ^'^°^'^^- «ei- 

-eprendre<i::r?^LïïS\Ï7^- 

rait Ronie .l't^ZT '""' ''"'' ^'^^' «^"t- 
ouvrit toutes grande '"■- ^^°" ^^^^ '"'' 

-onde chrétLn 7? : rût'l" "^ '^ "'"'^'^ ''" 
a"ap.ssoné,ection^^tuSn"pSr'-£ 



ï 



-378 



i 



sa célèbre Encyclique Aitcnii Patris par laquelle il 
engageait le monde catholique savant à retourner 
•• aux eaux très pures de la sagesse telles que le 
Docteur Angélique les répand en flots pressés et 
intarissables ". 11 traçait d'une façon magistrale le 
chemin à suivre, invitant la jeunesse catholique a 
prendre pour guide VAnge de l'Ecole, et à puiser 
dans ses enseignem^ ^ les armes nécessaires à la 
défense de la vérité. 

Cependant, pour que la philosophie des grands 
maîtres du moyen âge, et spécialement du Docteur 
Angélique, obtint dans le monde savant, une place 
digne d'elle et de son passé, pour qu'elle méritât, 
sinon les applaudissements, du moins le respect de 
ceux qui lui étaient le plus hostiles, il fallait la 
mettre en rapport avec le mouvement intellectuel 
contemporain, et montrer par là que, loin de 
s'exclure mutuellement, la métaphysique et les 
sciences sont faites pour s'harmoniser et se com- 
pléter. 

C'est ce que comprit le grand Pontife. Comme 
pour anéantir d'avance les objections des adver- 
saires, il exhorte vivement les savants catholiques 
" à recevoir de bonne grâce et avec reconnaissance 
toute pensée sage et toute décou\ rte utile, de quel- 
que part qu'elles viennent ", et à laisser de côté, dans 
les doctrines de certains écrivains scolastiques, ce 
qui, par hasard, serait en contradiction avec les 
données certaines de la science actuelle. 

C'était marquer du coup les caractères distinctifs 
du mouvement nouveau: étudier, à la lumière des 



U parole pontificale fut religieusement écoutée 
par ous ceux qui avaient à cœur le salutTt 
«ocete; et cest alors que, dans les diverses parties 
de f,urope et n.éme en An.érique, Ion v t uÎ 
oute une ple.ade d'honnnes distingués, souc eux de 
reahser le rêve si chèrement car^sé par c chef 
suprême de l'Eglise. 

Prftiaue^"'""""'* *" "'"*• - J^""-- '"'•"^«^ en 
pra ,que les ense.gnements donnés dans son Fncy 
cl.que, leon XIII con^mença par non-nier atfx 
m,vers,tes romaines des professeurs convaiu-us de 
la st penor,te des doctrines thomistes. Carnold f u 
appelé a occuper la chaire de philosophie, à la G é 
gonenne, tand.s que Zigliara alla à l Minerve f', 
même temps, le saint-pè,e confiait Tenseignem n 
de la theoIog,e et de la philosophie, au collèE de la 
Propagande a Satolli et I.orenzelli, et celui cl \\l 
PO na,re, a Thalan,o. Ces nominations étaien ex" ,. 
entes et assura.ent le succès de l'entreprise r^stau- 
ratnce. Forts .le l'appui ,Iu saint-siège, les .n . 
veaux t,tula,res, devant des auditeurs de'p us en ^ 
nombreu.x et enthousiastes, exposèrent d'une façon 
hnte^es grands et imn,ortels principes du ,ho 
ni.sme. Et, so,t par des articles de revues, soit par 

trcr comb.en a phdosophie de saint Thomas l'em- 
Porte sur elle qu'on avait eu le malheur de 1 i 



il 



- 3«o — 
„,,;,,„ le „aiic réiniant avait été sage- 

Le Rtv. lirt je ^1^^ car.linal 

,1,. la ScK-iete .le .lc->us. ^i»" '^ ^ 

?'"" ': ÏÏ Sil^> ophie sclastique. Son prin- 
,,es cours ''''^^ "^ ' ,/rf.. /,,„/„,„/,;„V .,o/.../.y«<-. 

:^;;iS:::'nécHvitent^.v^n^;;ne 

-:-r£'^:né^e;r;^^^^^^ 

"l!::^^ X""i"tofona et auteur cr«n in,por- 
rcor:i^resur,a..n„.et.éolog.qu^ae^ 
Thomas a composé aussi une l.oyiquc (Echcnawn 
ISZpL Pars ta. cctincns loyicam un.rcrsarn)^ 
Mr-Thalamo est Vauteur de VAristotchsmo d.ua 

aient attiré l'attention du monde savant sur le mou 
vement néo-scolastique romain. Citons encore pa m. 
Il qui, avant ou après TEncycliq- ., ont trava.lk, 



~ 3f<i ~ 



en Italie, à la restauration de la 



tionnelle: le Pèr^TlLVhi;;;" /'^ "* ''"■"'«'l''"^ ""a.Ii- 

iS,„, • . *' '^'*""^" Liberatore, s. f fiSin 

'Ï'- =•/'"' """^ "-""S plusieurs ouvrages 'n 

du ts en fran,-a,s.. /V /„ .-„,„„,,,„„,, i,,,,^^,^ 

irdnger a la philosophie moderne et -i U ,w.„ • 
scientifique o,nten,poraine W ^r ' ' 

."anière de voir po^lr le Ln^„^"']^Z^:''f 
- attentiveiiient les ouvrages puZ' pi '*''; 
fessetirs romains, surtout ceux de LorJn.el le e 
Thcdamo pour voir que ees hommes sont lo 
-'■gnoier les théories actuelles, qu'ils en om 
contraire, fait une étu.le sérieuJe, '" „:',.;,;;" 

mie^tx TuTr ' T '''"■'■• '^■"^' ""'" """^- l'art, 
mieix qua Rome, les principes philosophiques et 
thejogiques ne sont approfondis^'. ' ' '' 

383. En Espagne. _ Ceux qui. en I.\n.g„e ,,ri 
rent une part active au .nouvement X'iq .T 

cP'ns (i83i.,892), auteui d'une Histoire de h Phi- 



- 38^ - 

hsophu; en quatre volumes, traduits en français 
par fabbé C. de l'ascal. ( )rti Y I.ara, professeur à 
l'Université de Madrid, dont les ouvrages sont : 
l.oyiiiuf. l'sxcholoyic et Ethiiiin: Urraburu, jésuite, 
ancien professeur :iU Collège Ko- lain, qui a publié 
les Institutiom-s fhitosophiie. R. de Cepeda. profes- 
seur à l'Université de N'alence, auteur d'un ouvrage 
intitulé: Eléments de droit naturel. 

Après avoir subi l'influence du sensualisme de 
Locke et de Condillac, la philosophie espagnole 
revint peu à pea au scolasticismc, qu'elle ne perdit 
jamais tout entier, avec !•; dominicain Alvarado 
(1756-1814) et Bal. lès (1810-1848), dont les doc- 
trines, sans être tout à fait thomistes, l'étaient du 
moins un peu. ,\ujourd'hui. la fon.lation d'un sémi- 
naire universitaire à Madrid, pour l'iustructicn su- 
périeure des jeunes clercs, nous tait pronostiquer 
une nouvelle ère de progrès pour la philosophie tra- 
ditionnelle. 

394. En Allemagne. — Te-re classique du criti- 
cisme kantien et de tous ses dérivés, l'Allemagne, 
naturellement, devait se montrer un peu réfractaire 
à l'introduction, chez elle, de la philosophie de 
l'Ange de l'Ecole, si radicalement opposée à celle du 
philosophe de Kœniçsberg. Cependant, il est bon de 
noter que le kantisme fut toujours suspect aux 
yeux d'ui grand nombre de penseurs de son fays 
natal. Ausil, même longtemps avant l'apparition de 
l'Encyclique JEterni Patris, on trouve quelques 
ouvrj^ges qui contribuèrent beaucoup à la renais- 
sance de la scolastique en Allemagne. En 1860, le 



I 






- 383 - 

•"ons encore le J. ^esh / ""-^'*" ''^'•- ^'o"-- 
'"stilutiouc, hhilosotln. ''"■"■"""■"■•■•' /o<//Va/,-j 

U'Iulosophic morale /,- y„ /,; *: ^'«''«'■ein, S. J., 
O- ^•. et Ehrie S ' ■^"^'"'•■''nc) : les P. Denifle 

nom.,). '^'"^ "' '" "otiirc d'apn^s sawt 

396. En France — r 
- '"onde catholique saTa't ','f "" "T'" "'^^•^-'•' 

"aire., de France. Q ,e 1 1""""""' '^ '"^^ ^^"^■•■ 

«iasecon,prendfaci,e:en?îtr'T;" '" P^'^^' 
depuis des siècles tourn / ^ "'"'"^^ f-'ançaise. 
«^tes. et plus tard. T^l 'ri '''"^^ '^^ 0«. 
changer en un seul jour ri / "' "' P""^'^'' 
""ter qu'avant 1878 oueim^ '"*' " ''' '"'^'^ <^- 

W.éspourladéfen?eVST °"v '^^ '''''"' P- 
'"algré 1.S doctrines riLÎn°'°'''"''™'^^''''ï»e qui. 

certaine, synapath," s ÏT S'rrr^"' ^"<^°- 
vit les Wwa /'W.r,>,aV-^' ^'-■'''' R°«et écri- 

"e <-randclaude parut en 



(I 



-3«4- 

iSliK. X'inmit i'n«'iiU' lin iniirl traiti-: /V l'iiiiioii 
suhsuwliilli- </.• /■<■»«.• ./ ./« .«r/-.-. par M.m-eigiieur 
Saiivr. roiteiir di' ri'nivi.'rsitf catholique irAngcrs, 
ôt imc IhHtnnc </.■ /<i ( .i»h(ii'.o.()i..-, par M.mseigntiir 
licuniuard ilt la tnciiie institution. Le cuite Po- 
nict (le \ orges {iKj<,i()in puMia. en l«75. « 
Mi-lal>h\:<i'ltii- •■" /•rc'.ï.».-.- des .uu-iicrs. Ce philo- 
sophe e-t un (le ceux <|ui. en France, contrilmèrnt le 
plus à la restauration du thomisme. Kn 1884. <lc 
concert avec Monseigneur D'Ilulst (1841-181/.», 
premier recteur de l'Institut Catholi(iuc de l'aris, et 
Cardair ( iS4f>-i()i n, l'omet de \ orges fondait 
la SocU-ti- (/(■ siiinl Tlwimis (f. /(/"iii M"" '''•''"''' '''" 
h fUilKSopUic chrcticmic. .\uteurs de remar(|ual)lcs 
ouvrages '. ces' trois philosophes dt-montrèrent d'une 
faijon brillante <iue la vieille scolastitiue (-tait digne 
d'être t;tudi«:'e même par les iiltra-modcriics. 

l.e chemin «-tait trac(:-. il ne s'agissait plus (lue de 
le suivre. Kt nombreux furent ceux ((ui, dans la 
suite, s'engagèrent dans la voie nouvelle. Conten- 
tons-nous de nommer les princi'au J. Didiot, 
(|840-I(P3». professeur à l'Institut "Jatholique de 
Lille, enrichit la littérature scolastique d'un excel- 
lent ouvrage intitul.:-: Coiitrihiition [•hilosophiqucà 
fctndc des sciences; .Mbcrt Karges, prêtre de St- 
Sulpice. est l'auteur jusiement remarqué d'une série 
d'études philosophiques, comprenant neuf volumes, 



la ^ 



t Cf Perrier, The Revival of ScholasHc Philosophy, pp. 
3ia'-2i3 —Revue de Philosophie, lernov. 1911, p. ôioetsuiv. 
Revue Xfo-Scolaslique, nov. 1910, pp. ,s89-590- 






- .î«5 - 

;^f;/-"A/-/.- ..„/.,,„,„, "■','."" ''-"■'.^ 'A- /.. 

f.'"rf.. r„„/,,„^„,„ „_. ;";'•" ">03, il a f„n,|.'. /.„ 
J;-'- la nhilosuphie ;C:,;"V '7^ '"" "^' "- 

"" ''-^ ^-hamplon le p„r' ""J""^"'"". "' l->a.t 
t;adùi..„„e,le. ,.e !•. L' „r "^ ' '» '"^''-Ph.e 

-^-^si'Sa™^^^ 

fie .1 eeu.es ps^^'cSiïJr .J "■"^- ^•'"'"- ""^ 
J"" l'enseignement thom ^ n '"'^* ^^""'^■■''"- 
France, dans les institutTIl P "°' J"""-^' en 
"" groupe de professeu"^ dltr""/. '' ^ « '«ut 
<^eres de la scolastique et l,Pi"'"^"P'"e. amis sin- 
f'omphe définitif A PalTr' '''"" ^^^"^er le 
ti"anges;à Lille M Dehn ^ ^"'"'"'^'= ^t Ser- 
fsf cri,i,ue s;,r,-e Rtjl'T, '^ ""-ail intitulé: 



-386- 

mieux écrit sur cette question ; à Lyon, Monseigneur 
Elie Blanc, et à Toulouse, M. Michelet. 

Mentionnons encore quelques noms de philoso- 
phes français qui, appartenant à différents ordres 
religieux, enseignent aujourd'hui dans les univer- 
sités étrangères : le P. Mandonnet, qui est un 
spécialiste et une autorité <lans les questions philo- 
sophiques du moyen âge; son principal ouvrage est: 
Sigcr de Brabant et l'Averroisme latin au XIII' 
siècle; les PP. Hugon et Garrigout-Lagrange, pro- 
fesseurs au Collège Angélique, à Rome. Ces trois 
religieux appartiennent à l'ordre des Dominicains. 
Ceux-ci. en 1893, fondèrent, à Paris, la Revue Tho- 
miste. Le P. Peillaube, mariste, professeur de phi- 
losophie à l'Institut Catholique de Paris, fonda la 
Revue de Philosophie, en 1890. La Pensée contem- 
poraine prit naissance à Lyon en 1903. Ces trois 
revues, chacune en son genre, propagent activement 
les idées scolastiques, non seulement en France, mais 
aussi à l'étranger. 

396. En Belgique. — Jusqu'à la moitié du XIX' 
siècle, la Belgique fut le foyer de l'ontologisme. Les 
principaux représentants de cette théorie ont été 
Ubagh, Laforet, Claessens et Moeller, tous profes- 
seurs à l'Université de Louvain. Après sa condam- 
nation (1861), l'ontologisme disparut, petit à petit, 
pour faire place à la philosophie de saint Thomas. 
Un des hommes qui contribuèrent le plus à la chute 
de la doctrine de la vision immédiate de Dieu, a été 
le Père Lépidi, Dominicain, longtemps préfet des 
études au couvent de l'Immaculée Conception, mai- 



- 3^7 - 

son de son ordre établie à Louvain. Il Ht u„e 
- .de réfutation de lontologisnie dans un ou vraL 
qi" a pour ture: E.vamcn fl.Uos.phUo.theoloyuZ 
de ontologumo. L'auteur y n,ontre ,,„e l'en éî 
gne,nent d'Ubagh et consorts. „,anque de f ond . 
men, et que les textes de saint Augustin et de slt 
Thomas, apportes par les ontologistes à l'appui de 
eurs d>res, ne sont nullen,ent concluants. Varn 
es ouvriers de la première heure qui. en Helgiqu" 
travaillèrent à la restauration de la scolasd^e 
cjons encore X an VVeddingen, auu.ônior de la cour." 
On lu, do,t un grand ouvrage de ,;oo pages ■ 
hssa> d Production à l'étudc de la Pl.ilL^l,; 
•lont senorguedlit à bon droit la littérature th,,-' 
m.ste. (^n peut dire que le principal centre du 
thomisme en Belgique est Louvain. célèbre par so 
"n.vers.te. Et dans cette ville, la néo-scola tique a 
pour foyers le Collège des Jés.ntcs et VI,u,„ut IJ. 
rteur de philosophie. Parmi les Jésuites, sont dig, es 
dune mention spéciale les Pères de San, I.ahousse 
Castelem, \ an der Aa : tous auteurs ,1e remar- 
quables ouvrages. 

L'abbé Désiré Mercier, aujourd'hui cardinal- 
archevêque de Malines, inaugura un cours de philo- 
soph,e ,colast.que à l'Université de Louvain, en 
1^2 Le succès de son enseignement amena Léo,, 
Alll, jadis nonce apostolique à Bruxelles, à deman- 
der ati cardinal Gossens. alors archevêque de Ma- 
Imes, la fondation d'un institut de philosophie tho- 
miste. Comprenant les difficultés financières que 
rencontreraient les promoteurs du mouvement le 



- 38*^ - 

pape envoya la soimne de i6o.ocx} francs à l'arche- 
vêque de Malines. et par un bref du 8 décembre 
1889, sanctionna le plan du nouvel institut, dont 
l'inauguration eut lieu le 2 décembre 1894. h'Iristi- 
liit Léon XIII — tel est le nom de la fondation 
nouvelle — était créé. L'abbé Mercier en fut nommé 
président. Les deux mots qu'il choisit pour <levise : 
nora et vetera, nous donnent tout son programme. 
Nova, c'est-à-dire, prendre intérêt aux théories 
modernes, les envisager sous toutes leurs faces 
pour en saisir le point faible et découvrir leurs 
erreurs, tout en leur concédant volontiers leur part 
de vérité; vetera, ne pas rejeter toute tradition, à 
l'exemple de ceux qui, au nom d'une modernité mal 
comprise, veulent construire l'édifice de la science 
nouvelle sur les ruines de ce qui a existé avant eux. 
Il se déclara thomiste, ou plutôt néo-thomiste, par- 
tisan de la philosophie du moyen âge, non pas au 
sens d'un traditionalisme aveugle, mais en scolas- 
tique désireux d'adapter ses investigations et ses 
méthodes aux besoins présents. Avec une ardeur 
acharnée, il se mit à l'étude, compulsa tous les nou- 
veaux traités de philosophie vraie ou fausse, les lut. 
les médita page par page, sans crainte de compro- 
mettre la cause dont il se faisait le champion '. Cette 
préoccupation constante d'étudier la pensée contem- 
poraine est un des traits caractéristiques de l'ensei- 
gnement de VInstitut de Léon XIII, et des écrits de 



I. J.-A. Robert, L'/nstitiil supérieur de Philosophie à 
Louvain, dans La Nouvelle-France , janv. 1907. 



— 3'S9 - 

^s professeurs. Les oeuvres ,lu cardinal Mercier 
traduus en plusieurs langues, comprennenr une 

cholog,c. Autour du président de l'Institut Hnrem 
-e grouper des hom„,es de grand talent C ton" 
le chanome Nys, Monseigneur Deploige at^ " : 
dliu, président de ITnstitut. MM de U\,If VhT 

ne„^|assi,ue de la philosophie .édt:L:'liX 

e .VI.chotte. dont les travaux sont connus dans le 

nionde enfer. i:f„stit,U supéncur de PhiZ^^ 

a un organe La Revue néo-seolastù/ue, pub! 

at on tn,„estr.elle. dont les articles orig naux "ont 

justement appréciés. La gloire et le mérite de 

Ilnsftut Léon XHI sont d'avoir mis en hoLur 

enseignement traditionnel et d'avoir „.o„tré 1 "a 

,a>,de surprue de plusieurs, comment la do trine 

le hi, ; ' '"""'' ^'''^ ^«^ ^■'•«'■"^ pour tenir 

ierne 77 ",""'' ''" ~"''"^'«^^ scientifiques „„.' 

397. En Angleterre—Peu de temps après l'an™ 
nfon de l'Encyclique ^jen.i Patris. le 'p Ha^ 
S. J., pubha sa Métaphysique des éeoles, qui est une 

ZrVTr ^" ''T' "^ '^ restauration tho! 
m>s e Signalons aussi les ouvrages remarquables 
publies par des Pères Jésuites, professeurs au cl 
lege de Stonyhurst, ouvrages connus sous le nom dl 
Syin,rstPhi,osopkical Séries. Ces écrits son 

S;;'// ; "' ''■■ '^'="-'^- '• -f-^ ■' ^- ^-""•- 

P '^Z <■<".««.«««<■. (John Rikabav. S. J ) • 

Plulosopluc morale (Joseph Rickabav. S. f') • Théo' 
tome naturelle ( liernard Boedder. S I ■ P ''Z 



— 3';o 



logic (Michael Maher. S. J.); Métaphysique yéné- 
ralc (John Rickabay. S. J.; ; Les théories de la 
connaissance (Leslie J. Walker, S. J-, M. A. ); 
Economie (lolitiquc (C. S. Devas). Dans les sémi- 
naires et les institutions catholiques d'enseignement 
secondaire, en Angleterre, c'est aussi la philosophie 
scolastique qui est en honneur. 

398. Aux Etats-Unis. — Le premier ouvrage écrit 
aux Etats-Unis pour la défense de la philosophie sco- 
lastique, fut celui du Père Jouin, S. J. (1818-1899), 
professeur au Collège St-Jean, appelé depuis Ford- 
ham Unirersity. L'œuvre du l'ère Jouin comprend 
trois volumes successivement parus, dont deux 
écrits en latin et l'autre en anglais : Elementa Philo- 
sophiw, Logic attd Metaphysics. Elle eut plusieurs 
éditions. \'iennent ensuite les ouvrages de Walter 
H. Hill, S. J. (1822-1907), à l'usage des étudiants 
de l'Université de St-Louis dont il fut professeur. 
Mentionnons encore les courts traités de philosophie 
scolastique du P. Coppens, S. J. : A Brief Text-book 
nf Logic and Mental Philosophy. Citons : John 
J. Ming, professeur de philosophie morale au Casi- 
niiis Collège, Kuffalo, (The Data of Modem Ethics 
e.vamincd ) ; le Frère Chrysostôme, professeur au 
Manhattan Collège, à New York (Elementary 
Course of Christian Philosophy) ; le P. Van Bcce- 
laere. Dominicain. (La Philosophie en Amérique 
depuis les origines jusqu'à nos jours); W. Turner, 
S. Th. D., (History of Philosophy) . Tous ces 
auteurs sont des cliampions de la philosophie thn- 
mi.-tc aux Etats-Unis. L'L'r' ., site Catholique, fon- 



— 391 — 

d^ en ,888 à Uashington. pour leducati,,., su,h5- 
reure des jeunes dercs et des jeunes laies e^t 
aujourdhu. le centre .lu thon,isn,e dans la grand 
Repubhgue an,éricaine. Elle a pour organe 
CaO,ol,c Unnrrsity Bullcin, et ses plus .^ninen 
professeurs sont Edmond A. I^ac. Edn,ond T 
i.hanahan, ancien élève du cardinal Satolli 

Canada e",*"""^'- ~ "^^ ^'^"'^^ *•" '"oniisn.e au 
n K % '^"' ''""'^''^' '■•-'niversité Laval à 
Que ec Cest là. tout dabord, quont été suivie! 

dhu, les études de philosophie sont organisées 
d après un plan exactement semblable à celui de 
Un.vers,te de la Propagande, à Ron.e. Les initia- 
teurs du mouvement furent les abbés O.-E. -Mathieu 
actuellement évéque de Régina. Saskatchewan. et' 
L-A. Paquet • encore professeur de Théologie <log- 
mat.que a rUn.versité Laval. A leur refour le 
Rome, en ,883. ou ,1s avaient subi chacun .le bril- 
ants examens, labbé Mathieu, les .loctorats en J-hi- 
losoph.e a la Grégorienne, et en saint Thomas, 
devant 1 Acadetn.e Romaine fondée sous le v.K-able 
de 1 Ange de l'Ecole, l'abbé Paquet, le doctorat n 
théologie .levant le Pape Léon XJIL plusieurs car- 
dmaux et l'elUe de la société intellectuelle de Ro.ne 
tous deux, avec l'assentiment des autorités .le l'Uni- 
versue. et du cardinal Taschereau, archevêque de 



d'hui Provincial .les RAl'..,^^. -Z""** ''*"•"'■>«' «njour- 
Henri .;o„i„"ï!.é!:^ S^TÎ^n^-Je^ltlv:!. '^-"^ 



— 392 — 



Québec, firent inscrire la philosophie et la théologie 
thomistes au programme des études. L'abbé Paquet, 
aujourd'hui protonotaire apostolique, commença la 
publication de ses Disputationes thcologkœ, com- 
mentaires justement appréciés de la Somme de saint 
Thomas, en six volumes. Ces commentaires sont le 
manuel suivi à la faculté de Théologie. L'abbé 
Staiislas-A. Lortie, professeur de dogme à la Fa- 
culté de Théologie, vient, à son tour, de publier un 
ouvrage philosophique en trois volumes, intitulé: 
Etcmenta philosophice christiancr. C'est le manuel 
suivi actuellement par les élèves des classes de philo- 
sophie de l'Université Laval et de tous les collèges 
classiques. En dehors de Québec, le thomisme, au 
Canada, rencontra aussi de fervents adeptes. Citons, 
en particulier,Monseigneur A. MacDonald, évêque 
de Victoria, C. A., bien connu pour ses articles en 
faveur de la scolastique, publiés dans le Casket; et 
dans quelques revues d'Europe et des Etats-Unis, le 
Frère Symphorien-Louis, des Ecoles Chrétiennes, 
qui fit paraître, à Montréal, en 1905, un Précis de 
Métaphysique; Monseigneur Desaulniers, professeur 
au Séminaire de St-Hyacinthe. auteur d'un cours 
complet de philosophie scolastique qui ne fut jamais 
publié. 

400. Dans les autres.pajrs. — Disons brièvement 
que la renaissance de la philosophie scolastique se 
pi duisit aussi en Suisse, surtout à Fribourg, célèbre 
par son Université où enseigne le P. de Munnynck, 
Dominicain, thomiste de haute envergure, qui a 
publié des ouvrages remarq -ables. Le mouvement 



— 3'J3 — 

s>st étendu aussi à la Hongrie, à l'Autriche, à la 
Bohême, au Portugal, au Mexique, au lirézil Ce 
pays est renommé par la faculté rie San Paoh où 
professe Monseigneur Sentroul. un belge, agrégé 
de 1 Insftut supérieur de Philosophie de I ou va in et 
qui Ycnt: L'objet Je la mclaphysiquc selon Kant 
et selon Anstote '. 



LA PHILOSOPHIE DR NOS JOURS 

401 Le problème. - Un simple coup dœil sur 
la littérature philosophique contemporaine suffit à 
nous convaincre que la principale préoccupation .les 
penseurs de nos jours porte sur la valeur de la con- 
nausance humaine. C'est le problème par evcel- 
lence. aussi vie. .; que la philosophie elle-même et 
a la solution duquel, aux différentes époques de 
I histoire, se sont essayés les philosophe,, de tous ks 
pays. Nombreuses, nous le Savons, ont été les ré 
ponses, et variés les systèmes. Faut-il ajouter que 
chaque théorie inventée pour résoudre cet angoissant 
problème et jetée sur la route des âges, revendique 
pour elle - et pour elle seule ~ la vérité^ Celle-ci 
pourtant est bien une. Le vrai re peut contredire 
e vrai. Il ne peut donc exister qu'une seule véri- 
table réponse. 

Aujourd'hui, iwur avoir changé de nom, les théo- 
ries restent les mêmes: quelques variantes dues à 
1 influence des milieux, au progrès des sciences expé- 



I. Cf. Perrier, op. cit., pp. 183-185, 224. 



— 394 



rimentales. aux événements sociaux et politiques, 
voilà tout, t'hangements purenients accidentels, et 
qui affectent la forme, non le fond des doctrines; 
c'est le cas de le répéter — rien de nouveau soUs le 
soleil. 

l'arnii les différentes théories de la connaissance 
présentées au public i)ar des philosophes de marque, 
il y en a trois qui émergent, et qui, plus que les 
autres, ont attiré l'attention du monde savant : c'est 
YIdéalisme kantien, le Pragmatisme et le Réalisme 
thomiste. Autour de ces trois systèmes, gravite, 
pour ainsi dire, la philosophie de nos jours. Nous 
alhv.s en parler brièvement. 

402, L'idéalisme l^antien. — N'eus avor.s vu en 
quoi con.siste le kantisme; ici. disons seulement de 
quelle façon l'idéalisme du philosophe de Kœnigs- 
berg explique la connaissance. Celle-ci, nous le 
savons, comporte relation entre le sujet connaissant 
et l'objet connu. Quelle est la nature de cette rela- 
tion? C'est le problème discuté. Kant. pouvons- 
nous affirmer, le résout d'une manière toute subjec- 
tive. Selon lui. en effet, l'intelligence humaine ne 
connaît pas la chose en elle-même (le noumène), 
mais seulement sa représentation, son apparence 
(phénomène). Et cela, parce que notre entende- 
ment a pour mission exclusive d'appliquer aux im- 
pressions sensibles les formes a priori (les moules) 
qu'il possède, de sorte que ces impressions, ou tac- 
tiles, ou visuelles, en passant par ses formes, revêtent 
un mode d'être tout subjectif. Aussi bien, les choses 
sont comme se les représente l'intelligence. Et donc. 



.W5 



la cimnaissancc se ramène à une relation entre le 
sujet et la représentation, ou l'appareme (phéno- 
mène) de l'objet. Dans la théorie kantienne de la 
connaissance, c'est rentend»-.nent qui est la mesure 
des choses : celles-ci se règlent sur celui-là. 

On sait déjà comment le kantisme conduit à la 
destruction de la science et de la foi. Qu'W nous 
suffise d'ajouter que Kant. malgré ses intentions 
dogniatistes. voulant réagir contre le scepticisme, 
sape toute certitude par ses bases mêmes. 

Dans les années qui suivirent la mort du philo- 
sophe de Kccnigsberg. et longtemps après, il y eut 
comme une espèce d'engouement [Kjur ses <loc>.ines. 
Les théories kantiennes s'infiltrèrent un peu partout. 
De nos jours. Emmanuel Kant semble avoir perdu 
beaucoup de son prestige, surtout depuis la réno\a- 
tion de la philosophie et de la théologie scolasti(|ue. 
Cependant, la philosophie kantienne est encore en 
honneur, et. comme nous le verrons ci-après, c'est 
elle qui a donné naissance au modernisme. Dans 
certaines chaires de philosophie, spécialement en 
Allemagne et en France, la philosophie de Kant se 
présente sous les noms de néo-critiiismc, iico-kaii- 
tismc, 'iulontarismi', [>hiU)sophic de la croyance. .\u 
fond, c'est toujours le même principe, celui de l'im- 
manence, qui inspire l'enseignement u.iiversitaire 
laïc dans ces deu.x pays. 

403. Le Pragmatisme.— En philosophie, le prag- 
matisme se présente comme une espèce d'anti-intel- 
lectualisme. anti-absolutisme. <lont le rôle consiste à 
établir la primauté de la raison /<rati<iue sur la rai- 



— 396 — 

son théorique. Cette doctrine peut s'cxijriiner dans 
la formule suivante: l'inlclUyencc ,\it un instrument 
d'action. Prenant iiour iniint de départ cette con- 
ception toute pra(jmatiiiuc de l'intelligence, les par- 
tisans de cette théorie i)rcK-lanient que le vrai sens 
d'une idée est dans la conduite qu'elle frépun , et sa 
valeur, dans les résultats pratiques qu'elle obtient. 
La connaissance, selon eux, n'est pas l'reuvre de l'in- 
telligence seule qui, de ses propres forces, atteint le 
réel en lui-même et se l'assimile; non, disent-ils. la 
lumière de l'entendement est trop " pauvre " ]K)ur 
que l'on puisse s'y fier sans examen ; et, par consé- 
quent, il est de toute nécessité que la volonté, elle- 
même, ou mieux, Vâme toute €'nliére, intervienne; 
sans cela, on s'expose à n'avoir aucune certitude. 
Et donc, dans la théorie pragmatiste de la connais- 
sance, la réalité est — pour une part du moins — c(! 
que nous la voulons ou la faisons être. C'est ce qiie 
William James a exprimé en d'autres termes lors- 
qu'il a écrit que "la foi que nous avons dans un fait 
peut nr,:is aider à le créer '. " 

Anti-intellectualiste, anti-absolutiste, avons-nous 
appelé le pragmatisme, parce que, d'une part, il 
envisage une théorie par son côté pratique, et que 
d'autre part, il enseigne que la vérité absolue 
n'existe pas réellement, qu'elle est une illusion; ce 
qui est. en réalité, c'est le vrai conditionné, c'est-à- 
dire, créé par nos besoins. Les principaux repré- 
sentants de cette " philosophie nouvelle " sont : 



I James, TAf will lo beleive, p. 25. 



« 



— 3f)7 — 

Schiller, en Angleterre. Sin>,nel, en Allen.aKne 
lllomlel, l,eR„y et lion.nmx. en France 

*'.'"■""' f' •'""•:*■: ^■''^' I«'""l»"i les raisons inv,. 

404. U réalUm, thomi.t.. c„nn„ aussi s.„.s le 
nom de reaUsmc lanière, .lans la question ,1e Pori- 
pne de n ,s conna.ssances, évite les excès des i.lea- 
hstes. ...ne par,, et des réalistes exagérés, dautre 
part. Uaprcs cette doctrine, l'homme est en ,k,s- 
sessu.» de deux facultés ré.UnncU distinctes entre 

tnhIUu fossMc. Le rôle ,Ie VinWlIcct m,cnt est de 
fmrccmtnmtrc ou co.maUrc. tandis c,ue \i„u-llc„ 
tossMc. q,u est Vintcttiyencc tout court, comtrcnd 
ou connau. La connaissance i Uellectuelle suppose 
ia connaissance sensible : celle-ci fournit l'objet 
c.!r,wsablc^ celle-là. IVr.u par la faculté sensible 
i objet mipnme sa si„,ilitude, son image, dans le sens" 
Cette image, matérielle, singulière, comme /.//.• ne 
peut affecter Imtelligence, faculté spirituelle, imma- 
térielle. C est alors qu'intervient l'intellect agent qui 
a ix^ur fonction de dépouiller l'image sensible de 
1 objet perçu de ses conditions de matcrialuc et d'en 
abstraire la quidditi ou la nature devenue alors spiri- 
tuclc, unwcrseltc. A son tour, cette quiddité spiri- 
tuelle, immatérielle, appelée idée, affecte directe- 
ment I intelligence, ou intellect possible, et celui-ci 
au moyen de cette représentation intellectuelle, saisit 
a reahte. Expliquons par un exemple concret tout 
le mécanisme de la connaisance. d'après l'opinion 



-3'J«- 



«l'Ari^totc et (le siint Thomas. Je vois l'emner qui 
e>t sur ma tabli- «le travail. Cet objet, .trii(/ii/iVr. 
matcrul. imprime -a similitude, son image settsible 
sur ma rétine. Cette siniilitu<le ne convient cju'à cet 
encrier c|ui est sur ma table, puisqu'elle est sa repré- 
sentatiim. Jus(|ue-là, ma connaissance n'est que sen- 
sible. Si, i)our un moment, je fais abstraction de ' 
couleur, de la forme, de la grandeur, bref, de tou . 
les (|ualités sensibles (conditions <le matérialité) de 
cet objet vu, nomme encrier, il me reste un siihstra- 
ttim. un qHcU]Hf chose, invisible, impalpable, mais 
qui n'en existe pas moins: ce quelque cliose n'est 
plus maicrU-l, mais immatériel, on peut l'affirmer 
de tous les encriers (|ui ont été, qui sont et qui 
seront. Les i)hilosoplies ai)pellent ce quelque chose, 
!a quiddité de l'objet matériel, ce par quoi il est ce 
qu'il est, son idée, sa définition, sa représentation 
intellectuelle. C'est ainsi qu'au moy>.n <le sa repré- 
sentation faite dans mon esprit, j'ai la connaissance 
■ le l'encrier qui est là sur ma table. 

Comme il est facile <le le voir, cette théorie de la 
Cl nnaissance sauvegarde et les droits de la faculté 
intellectuelle et ceux de la chose connue. On l'a 
appelée idéalisme, parce (|ue. pour ■ lie, l'universel, 
objet de la connaissan--' intellectue. ■:, existe dans 
l'iiiielligence; elle mérite, en même temps, le nom 
de réalisme, parce qu'elle prétend que l'universel 
existe aussi dans la réalité. 

Ce n'est pas ici le lieu de recommencer la démons- 
tration de la thèse thomiste concîmant l'origine de 
nos connaissances. Contentons-nous de dire que tous 



— y» — 

l« manuels ,le philosophie scolaMi.i«c ox,.,sc.m et 
.lemontrent très au long cette .I.Htrine. K, les co„. 
tra. ictions - reconnues „,émc ,.r les a.lversaires 
du hom.sme - dans lesquelles .omln-nt li.léalisn.e 
Kantien et le pragmatisme, nous sont une preuve 
plus „ue suffisante ,1e la suiH-rioritO du rLsmc 
thomiste ou tcmférc. 

«6. Le mod^nlimt. - .\ppli,,u,s aux .lifférents 
domaines de la science, le criticisme .le Kant et 
I agnosticisme .le Spencer ont pris le no,,, ,|c modcr- 
msmc. C est, croyous-nous. la ,neillcure <léliniti..n 
que n..us puissions .jonner ,1e cette erreur perni- 
neuse condamnée, le 8 septembre ..jo;, par Sa Sain- 
teté 1 ic X. D'après le document iwntifical, la <l.,c- 
'rine m.nlerniste est com,>osée de deux sortes dëlè- 
ments: l'un, négatif, et l'autre positif; celui-ci est la 
conséquence ,1e celui-là. L'élément négatif , si l'agn-n 
sticisme. pour qui "la raison humaine enfermée 
rigoureusement dans le cercle .les ph.n.m.ones 
c est-a-dire des ch.)ses qui apparaissent, rt telle, pré- 
cisément qu'elles apparaissent, n'a ni la faculté ,i 
le droit d'en franchir les limites ". Quant à l'ilé,nent 
posittf. 1 Encyclique l'appelle Yimmanencc ri'a/c et 
le de,luit du végatif. En efïet. puisque la raison 
humaine est "enfermée rigoureusement dans le 
cercle des phénomènes •■. il s'ensuit quelle ne peut 
atteindre ce qui est au ,lelà de ces phénomènes, par 
exemple. Dieu; et, partant, la révélation c.xlérienrc 
les motifs de crédibilité sont supprimés. Mais alors' 
comment expliquer U religion? Cette explication 
repondent les modernistes, "on ne doit pas la cher- 



— 400 — 

cher hors de l'homme. C'est donc dans l'homme 
qu'elle se trouve ". Comme on le voit, dans la phi- 
losophie moderniste, l'existence de Dieu ne se 
prouve pas par des arguments d'ordre extrinsèque, 
mais elle est un l>ostulat, un besoin de la nature 
humaine. 

•• Le modernisme, dit le cardinal Mercier, consiste 
essentiellement à affirmer que l'âme religieuse doit 
tirer d'elle-même, rien que d'elle-même, l'objet et le 
motif de sa foi. Il rejette toute communication révé- 
lée qui, du dehors, s'imposerait à la conscience, et 
ainsi il t'evient, par une conséquence nécessaire, la 
négation de l'autorité doctrinale de l'Eglise établie 
par Jésus-Christ, la méconnaissance de la hiérar- 
chie divinement constituée pou.' régir la société 
chrétienne '. " 

Rien donc d'étonnant que le pape, docteur infail- 
lible de l'Eglise, ait réprouvé semblable système. Et 
quoi qu'en aient écrit certains journaux, certaines 
revues. Pie X, en condamnant le modernisme, n'a 
pas condamné, ni la science ni le mouvement de la 
pensée contemporaine. Le saint-père " a condanmé 
ce mouvement précisément dans la mesure où il 
menaçait les droits de la raison. Loin de nous 
interdire l'usage de la raison raisonnante, de la 
raison qui cherche à discerner le vrai du faux, et 
par conséquent, la réalité historique des créations de 
la légende, de la raison qui cherche à se rendre 



I. Card. Mercier, collection: Science el Foi. n° 2, 
Modernisme", p. 25. 



' Le 



401 — 



compte. le Pape proclame excellemment une aix^lo- 
getique fondée sur la métaphysique et sur l'histoire, 
il condamne le modernisme qui réduit la croyance 
à je ne sais quel sentimentalisme mystique ' "' 

406. Conclusion. — En i^arcourant ces pages par 
trop mcomplctes. le lecteur a vu passer devant lui 
les systèmes très variés qui, successivement, dans le 
cours des siècles, ont tenté de résoudre les problèmes 
concernant Dieu, l'âme humaine, et le monde. Té- 
moin de tant de solutions disparates, voire opposées, 
parfais il a dû se demander si réellement la vérité 
existe. Il s'est, en même temps, aperçu que les théo- 
ries, prétendues nouvelles, de nos jours, sont, le 
plus souvent celles de l'antiquité, présentées sous 
une forme qui réponde à la mentalité contempo- 
raine. 

A côté de cette double constatation, il en est heu- 
reu.sement une autre qui s'impose: c'est que. si la 
raison humaine, en voulant chercher le pourquoi de 
l'énignie, s'est souvent tromi>ée, souvent aussi, elle 
est arrivée à des conclusions certaines, et désormais, 
définitivement acquises à la science. Et ses erreurs 
mêmes, pour nombreuses qu'elles soient, font bien 
voir que. faite pour la vérité, quand elle ne l'atteint 
pas, la raison obéit à des causes extrinsèques et acci- 
dentelles. A ce point de vue donc, cette Histoire de la 
Philosophie sera pour le lecteur Une leçon profitable. 
Au surplus, et comme conséquence de cette première 
utilité, elle lui en procurera une autre : la conviction 



J. Halleux, La Philosophie condamnée, p. 53. 



— 402 — 



intime que parmi toutes les philosophies qui, de 
par le monde, se disputent la certitude, une seule 
est la vraie, c'est la philosophie traditionnelle, la phi- 
losophie des Docteurs du moyen âge et surtout de 
saint Thomas d'Aquin, bref, la philosophie scolas- 
tique. 



403 — 



BIBLIOGRAPHIE 

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,EVY-BRiHi..-/,a philosophie d'Auguste Comte 
LicHTEN,.ERCEK.-/.a philosophie de Nietzsche 

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404 



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mai iço^, mai /çoi<. noz-emhre iQoH, août içt)ç). — Chro- 
nique philosophique {même r^zue, nov. içio). — H'illiam 
James (ibid. fn\ içii). — La conscience du libre arbitre. 

N'avilie (Ernest). — La physique moderne. 

Nabaillac. — (DE). — L'homme et le sinne. 

Ollé-Lapulne. — La philosophie de Malehranche. 

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Penjon. — l'rhis d'Histoire de la philosophie. 

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Ravaissox. — Rapport sur la philosophie en France au 
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RiBOT. — La psycholo::;ie anglaise contemporaine. — Psy- 
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Roi'RE. — Les philosophes français au XIXe siîcle. 

Sertillances. — Saint Thomas d'Aquin. 

Saisset (Emile).— £(«d? sur Descartes et ses prédé- 
cesseurs. — Œuvres de Spinoza. 

Taine. — Les philosophes français au XIXe siècle. 

TuRiNAZ. — Une {/rave question doctrinale. 

VVeber. — Histoire de la philosophie européenne. 

WalkEh. — Théories of knowledge. 



TABLE DES MATIÈRES 



IXTROId'CTlON 

Pages 
Préface „ 

I. Définition. - j. Utilité de l'histoire de la philoso- 
phie. — 3. Méthode de l'histoire de la philosophie. 
— 4- Divisions de l'histoire de la philosophie 17 

PREMIÈRE ÉPOQUE 

PHILOSOPHIE UE U'ANTigLITÉ 

5- Caractères de la philosophie ancienne. — (> Divisi- 
sions „ 

PHILOSOPHIE ORIENT.\LE 

7. Quelques opinions 24 

L.* PHILOSOPHIE DE L.\ CHINE 

8- Lao-tseu. — y. .Métaphysique de Lao-tseu. — 10. 
-Morale de Lao-tseu. — 11. Confucius ^5 

L.^ PHiuJsoPHiE HE l'ivde 

12. Divisions. — 13. Philosophie Sankhya. — 14. Ecole 
de Kapila. — 15. Critique. — '6. Ecole de Patand- 
l?.'- "~, •',"• Philosophie \yaya. — 18. Philosophie 
VVeiseshika. — 19. Philosophie V^édanta. — zo le 
boudhisnie. — 21. Conclusion 29 

PREMIERE PERIODE 

l.a Philosophie .Inli'-Socraliqiie 

22. Caractère de la philosophie anté-socratique. — 23. 
— Ecoles philosophiques avant Socrate 38 



— 4o6 — 

r.coie Inniciinc 

24- Caractère de l'Ecole Ionienne. — 25. Thaïes de 
Milct. — 26. Anaximène de Milet. —'27. Diogène 
d Apollonie. — 28. Heraclite d'Ephèse. — 29. Anaxi- 
mandre de Milct — 30. Anaxagorc de Clazomène. 
— 31. Archélaus ^ 

Ecole Italique 

32. Caractère de l'Ecole Italique. — 33. Pythagore. — 
34- Enipédocle d'Agrigetite ^j 

Bcole d'EUe 

35- Caractère de l'Ecole d'Elée. — 36. Xénophane — 
37. Parménide. — 38. Zenon d'Elée 49 

Ecole Alomislique 

39. Caractère de l'Ecole Atomistique.— 40. Déinocrite. 52 

Ecole Sophistique 

41. Caractère de la Sophistique. — 42. Protagoras 

43- Gorgias. — 44. Utilité de la Sophistique 54 

DEUXIEME PERIODE 

tA PHILOSOPHIE SOCRATIQUE 

45- Caractère général de la philosophie de la deuxième 
période. — 46. Divisions eg 

LES GRANI1S SOCRATIQUES 

Socrate (470-400) 

47- Vie de Socrate. — 48. Caractère de la Philosophie 
de Socrate. — 4Q. Méthode socratique. — 50. Doc- 
trines philosophiques de Socnte. — 51. Psychologie 
de Socrate.— 52. Morale de Sotrate.— 53. Théodicée 
de Socrate. — 54. Conclusion 57 

55. Vie de Platon. — 56. Œuvres de Platon. — 57 Ca- 
ractère de la philosophie de Platon. — 58. théorie 
de la connaissance. — 59. Théorie des idées. — fxj. 
Théodicée et Cosmologie de Platon. — fii. Psvchn- 



— 407 — 

Plalon (428-347 > ^'^"^ 

logie et morale de Platon. —62. Polititine «le Platon 

— P3- Conclusion g- 

Arislole (384-,V-'i 

64- V'ie crAristote. — 65. Ouvrages d'A stotc. — «1 
Caractère de la philoscphie d'Aristote. — 67 Divi- 
sion de la philosophie. — 68. logique d'Aristote. — 
OQ. .Métaphysique d'Aristote— 70. Théologie d'Aris- 
tote. — 71. Mathématiques d'Aristote. — 7J Phy- 
sique d'Aristote. — 73. Psychologie d'Aristote. — 

— 74- Ethique d'Aristote. — 75. Politique d'Aris- 
tote. — 76. Poétique d'Aristote. — 77. Platon et 
Aristote. ~ 78. Conclusion 75 

LES PETITS SOCB.STlylKS 

79. Caractère de la philosophie des Petits Socratiques 

— 80. Ecole Mégariqiie. — 81. Ecole Cyrénaique. — 

82. Ecole Cynique ç, 

TROISIEME PERIODE 

PHIIOSOPHIE POST - S{K-R.\Tr(JI. E 

83. Caractère de la philosophie post-socratique 93 

Ecole Sceptique 

84. Pyrrhon. — 85. La Nouvelle Académie. — 86. Ar- 
cesilas. — 87. Carnéade. — 88. Nouveau scepticisme. 

— 89. ^nesidème. — 90. Agrippa. — yi. Se.xtiis 
Empiricus -, 

Ecole Epicurienne 

92. Vie et œuvres d'Epicure. — 93. Carractères géné- 
raux de la philosophie épicurienne. — 94. La Cano- 
nique Epicurienne. — 95. La Physique Epicurienne. 

— 96. La Morale Epicurienne 97 

Ecole Sto'iciennc 

97- Quelques Stoïciens. — g8. Caractères de la philo- 
sophie stoïcienne. — 99. Logique stoïcienne. — 100. 



— 408 — 

Pages 

Physique stoïcienne. — loi. Morale stoiciemie. — 
IM. Conclusion. — loj. Epicurisme et Stoïcisme.. 103 

f.coh S'éo-PlalonicitHne 

104. Les_ précurseur.i de l'école néo-platonicietnie — 
105. Caractères généraux de l'école néo-platoni- 
'^li""n' ~ "*■ '^'"i"""!"» Saccas. — 107. Plotin — 
108. Porphyre. — 109. Jamblique. — 110, Prochts.. lia 

.\PPEXD1CE 

I..\ PHILOSOPHIE À ROME 

III. Origine de la Philosophie romaine.— 1 12. Lucrèce 

rr«"?> "r*""-.," "■*■ Senèque. — 115. Epictète. — 

116. Marc-Aurèle ,,, 

Bibliographie V.ï. '.'.'.'.'.'.'.'.'.[ 1 II 

DEUXIÈME ÉPOQUE 

I.> PHILOSOPHIE DU MOYEN ACE 

117. Division 

PREMIERE PERIODE 

tA PHILOSOPHIE PATRISTlgtE 

118. Caractères généraux de la Philosophie Patris- 
*'""" 119 

Les Pères Grecs 

119. Caractère distinctif des Pères Grecs.— 120 Saint 
Justin. — 121. Clément d'.AIexandrie. — 122 Ori- 
gène. — 123. Quelques autres ,20 

Les Pères Lat'ms 

124- Caractère distinctif des Pères Latins.— 12; Ter- 

tulhen ■'' 

123 

Saint Augustin (354-430) 

126. Vie et œuvres de saint Augustin. — 127 Carac- 
tères de la philosophie augustinienne. — 128. Théo- 



— 4»; — 



Page» 



dicée et métaphysique aiigiistiiiieTiiics. — ijcj f„s. 
mnlogic aiigiistinieui.e. - ijo. Psychologie aiigus- 
tni.enr _ iji. M„rale aiigustinieniie... . ,2. 

IJ-J- Uiielf|iies autres .t^ 

1^ 



DEUXIKME PKRIODE 



LA PHIUISIIPHIF. SlOLASTlUfE 

133- La Philosophie <Uiraiit riiivasioii des Barbares 
— 134- Définition de la philosophie scolastique — 
13.5.. V»"cteres de la philosophie scolastique. — iifi 
Uivision de la philosophie scolastique 



130 



PREMIERE PHASE 

(800-1200) 

FORMATION HE LA SCOLAST.glK 

137. Caractère de la première phase. — 138 Les écoles 

, monacales. — 139. Les écoles épiscopales. — 140 Les 

écoles du palais. - 141. Alcuin. - 142. Rhaban 

.\laur. — 143. Scot hriugène. — 144. Roscelin.... 

Sailli Anselme (1033-1109) 

145; Vie et œuvres de saint Anjelme. — 146. Carac- 
tères de la philosophie de saint .Anselme. — 147 Mé- 
taphysique de saint .\nselme. - 148. Théodicée de 
saint .\nselme. — 14;;. Psychologie et morale de 
saint ."Anselme 

150. Guillaume de Champeaux '. . . . . 146 

Abélard (1079-114J) 

151. V-ie et œuvres d'.Abélard. — 152. Caractères de 
a philosophie d Abélard. — ijj. Doctrines d'Abé- 

'ard 

154. Gilbert de la Porée. — 155. Jean de Saiisbury. — 
■5Ç-, Alain de Lille. — 157. Ecole mystique. — ij8 
— -L Ecole de Saint-Victor.— 159, Hugues de Saint- 
\ ictor. — 160. Richard de Saint- Victor. j .9 



■38 



142 



— 4'o — 

Pagn 
OKUXIÈMR PHASK 

(1J00-1300) 

APOCiC DE LA SCOLASTIuUi: 

161. Cauiei de la renaissance philosophique du XlIIe 
siècle. — 162. Les précurseurs. — ihj. .Alexandre 
de Halès .> i j2 

Saint Hniiattiilure (\221-1274) 

164. Vie et oeuvres de saint Bonaveiiture.— 165. Carac- 
tères de la philosophie de saint lionaventure.— 166. 

— Philosophie de saint Bonaventurc. — 167. Mys- 
ticisme de saint Bonaventure 157 

.llherl le Grand (ii'y-ijgo) 

168. Vie et œuvres d'.Mbert le Grand. — Un). Carac- 
tères de la philosophie d'Alhert le C.rand. — 170. — 
Philosophie d'.MIwrt le Grand 159 

Saint Thomas d'Aquin ( 1227-1 J74) 

171. Vie et œuvres de saint Thomas d'.Xquin. — 172. 

— La somme ihéologique de saint Thomas. — 173. 

— Caractères de la philosophie de saint Thomas. — 
174. Logique de saint Thomas. — 17:;. Métaphysique 
de saint Thomts. - 176. Théodicée de saint Tho- 
mas. — 177. Psychologie de saint Thomas. — 178. 
Morale de saint Thomas. — 179. Conclusion 162 

180. Les adversaire du thomisme. — 181. Les partisans 
du thomisme. — 182. Les éclectiques 174 

Jean Duns Scol (1266-1308) 

183. Vie et œuvres de Duns Scot. — 184. Caractères 
de la philosophie de Scot. — 185. Métaphysique de 
Scot. — 186. Psychologie de Scot. — 187. Théodicée 
et murale de Scot 17- 

liotjer Bacon (1210-121J4) 

188. Vie et cenvrcs de R. Racon — 181;. Caractères de 
la philosophie de R. Racon. — nx). Doctrines philo- 
sophiques de R. Racon ,8-. 



— 411 — 

PsffCS 

A'ilVHKKlrf Lullf (I^J5-IJIJI 

lyi. Vie cl «tiivrt's de Rayiiidiid Liille. nu. Carac- 
tère» (le la philosophie île Raviiuiinl l,ttlle. — ii)i 
Les (Irictriiies philusophiiiiies de Ravnionil l.Mlle. . i8s 

l<>4. Aterroîsmc occidental igj 

Sii/er de Urahaiil (--|j8j| , 

195; Vie el œuvres de Siger de llraliant. — U)C\ Carac- 
tères de la philosophie de Si({er de Hrahant. — hj; 
Doctrines phili>&ophi(|iies de Siger de llraliant 188 

TKOlSlfeMH PIIASR 

(1300-1453) 

nÉCAriExij.; hk la «oLASTiyii-: 

198. Causes de la décadence de la scolasliqu.; r8c) 

Cuillaiime d'Occam (1^80-13471 

l<». Vie et œuvre» de (■■nillaume d'Occam. — joo. Ca- 
ractères de la philosophie d'Occam. — .>oi. Psycho- 
logie d'Occam. — 202. Thèodicèe d'Occam..". 192 

303. Les .Occamistes. — .«J4. Pierre Buridan. — .h;;. 
Marsile d'Inghen. — jo6. Pierre d'.Xillv. — xy. 
Les Scotistcs. — Jo8. Les Thomistes. — joij. Les 
M)sti(|iies. — jio. Les dissidents 19; 

yiiohs de Cuse (1401-1464) 

311. Vie et œuvres de Nicolas de Cuse. — 212. Carac- 
tères de la philosophie de Xicolas de Cuse. — J13. 
Doctrines philosophiques de Nicolas de Cuse 200 

214. Les .Antiscolastiques 202 

TROISIEME PERIODE 
1.A PHiLf)soi'iiiK iif; i.A hkn.ms^ancf: 

215. Les causes de la Renaissance. — 216. Caractères 
de la Philosophie de la Renaissance. — 217. In- 
fluences des différentes écoles. — 218. Les philo- 
.sophes. — 219. Les savants 203 

Bibliographie 206 



i 



— 4H — 
TROISIÈMK ÉPOQUE ''"" 

'•< PIIIUjSOPHIK MlllIKUNt 

M7 

PRKMIERI. fKRIoo,,; 

W l'IX-SKI'TlKMK siKfUK 

'''■ '''■'"^■'"^' ''^ '" "••"-'PhH- «u XVIIe Mècl..,.. «* 

|)hil.w,,,hir ,1e Bacon _]j-^v^- '^ •"•"'•'iT" •le la 
• après Hacon. - jfy HaAi ' " ' " '"^*«""« 
M'préciati..,, ■Mttho.le ,1e l!ac..„, _ i^,,. 

208 

■/■A»".aj llnbbcs ( i^Wt-iO;.,) 

ctilalive ,li Hohbes - 1„ Phi? ^^^-.'''''''Phie spé- 

2>7 

(.■«J-tcurf; (i5,)j.,65,, 
-J> Vie cl œii\ Tes <le (iasspn,!; .^. r-> 
■ l"sophiq,ies ,1e Cassemli ~ ^ EK^trines phi- 

218 

Joli» Locke (I63..-1-04) 
-37- Vie et œuvres ,1e Locke — ,-.« r' 
philosophie de Locke - Jv) Ps^hS''"'-"'^", ''' '» 

-7 ^40. Morale et politique ^eSke *",''" H°'=''^- 
ciatii.n ' "^ i-'Kke. — 241. Appré 

219 

Descartes (lyjh-iô-^o) 

't phn^c^^Z'^^:;;^- 1^3, Ojractères f 

Il JUS. -'4». Appréciation ^^ 



~ 413 - 

î4<>. Ariiatil.l. - jw. Pi,Mi,l. - j^,. It,„.„ct. ~ j,.., 

Fciicloii ■ ,,. 

■'is 

Malehmihhe (1038-1715) 

253. Vie l't iriurcs ilf MaU'braiichf. — jj4, Carartèrr* 
(It; la |ihiliin>|ihir <lr Malrbraïuhr. — jjv Visimi di- 
Dicti - ^5(1. (Ii-ca»iiiiiali»mi-. — it,-. ()j>timiKiiic. — 
2.W. .\|i|irri'iallitn ,^H 

SfiiiiKi) (l'ijj-ifv;) 

aSO- Vie i-t œuvre* île Siiiiinza, — j<>o. Caractères .le la 
pliiliisophic de Spmiiza. — jôi, Philii»ophie <le Spi- 
imza. — jlij. Métaphysii|tic de Spinoza. — X>J INv- 
clioliiKie de Spinnza. — ^(,4. Murale et p.iliti(|iie TU 
SpitiDza. — j(>-,. Appréeiation j^2 

l.fihtii: (rfi46-i;iM 

366. \ie et œu\res de Leibniz. — Jn. Caractères de 
la phil<)!i..phie de Uibiiiz. — jft8. .\Iétaph)si(|ne de 
Leibniz.— j6fj. Psychologie de Leibniz.— .70. Théo- 
rticee de Leibniz. — jji. Appréciation ..48 

DKUXIK.MK PERIODF, 

I.K IIIS-IIIITIÈME SIKILK 

2-.>. Ciiractères de la philosophie au XVI Ile siècle.. .'54 

L.\ piiii^isoPHii! EN m.v.Mi; 

Coiidillac (1715-1780) 

273. Vie et œuvres de Coiulillac. — 274. Caractères de 
lie la philosophie de Condillac. — 275. Doctrines de 
Condillac. — 27(1. ^Appréciation jsj 

277. Philosophes matérialistes. — 278. Voltaire. — 271;. 
Montesjinieu. — j8o. Jeaii-Jaoques Roussean. — 281. 
Quelques autres 2-y 

LA PHILOSOPHIE EN ASCLETERRE 

nvrteley (Ifi85-I753) 
282. Vie et œuvres de llcrkeley. — 283. Caractères de 



— 414 — 

la philosophie de Berkeley. — J84. Doctrines philo- 
sophiques de Berkeley. — J85. Appréciation ^^3 

Dii-.id H II me (1711-1776) 

286. Vie et œuvres de Hume. — j8;. Caractères de la 
philosophie de Hume. — 288. Doctrines philosophi- 
ques de Huine. — j8o. .Appréciation 2'i5 

200. Adam Smith 269 

Thiiinus Kcid (1710-171/)) 

2yi. Vie et œuvres de Reid. — 2y2. Caractères de la 
philosophie de Reid. — 2<P3. Doctrines philosophi- 
(|ues de Reid. — J(J4. .Appréciation 27O 

295. Diigald Stcwart. — 2yf). William Hamilton 272 

liminanuel KanI (1724-1804) 

297. \'ie et œuvres de Kant. — 2y8. Caractères de la 
philosophie de Kant. — 299. Division de la philoso- 
phie de Kant. — 300. Problème de la science selon 
Kant. — 301. Problème de la croyance selon Kant. 

— 302. .Appréciation 274 

l'ichie (1762-1814) 

303. Vie et œuvres de Fichte. — 304. Caractères de la 
philosophie de Fichte. — 305. Philosophie de Fichte. 

— 306. Appréciation 285 

Schelling (1775-1854) 

307. Vie et œuvres de Schelling. — 308. Caractères de 
la philosophie de Schelling. — 309. Philosophie de 
Schelling. — 310. Appréciation 288 

Hegel (1770-1831) 

311. Vie et œuvres d'Hegel. — 312. Caractères de la 
philosophie d'Hegel. — 313. Division de la philoso- 
phie d'Hegel. — 314. Logique d'Hegel. — 315. Phi- 
losophie de la nature d'Hegel. — 316. Philosophie 
de l'esprit d'Hegel. — 317. Appréciation jgo 



— 415 — 
TROISIEME PERIODE 

LK niX-XELVIÈMIC SIÈCLK 

318. Caractères de la philosophie au XIXe siècle.... 

l..\ ' •lli..,.„;."!IIK ;:n KR.WCK 

losophic irançaise au XIXe 



319- Caractères de .. 
— 320. Les soci, ' 



Pages 



:m 



295 



Auijustc Comte ( 17(^8-1857) 



3"4 
310 



321. Vie et œuvres d'.Auguste Comte. — 322 Carac- 
tères de la philosophie de Comte. — 3^3. Doctrines 
philosophiques de Comte. — 324. Appréciation... 206 

32> Emile Littré. — 326. Hippolyte Taiue — I'- 
Charles Rcnouvier ,0, 

t'iflor Cniisiii (171^-1867) 

328. Vie et œuvres de Victor Cousin. — 321). Carac- 
tères de la philosophie de Cousin. — 130. Doctrines 
philosophiques de Cousin. — 331. .Appréciation. 

332. Théodore Jouflfroy. — 333. .Maine de Hiraii. 
334- Joseph de Maistre. — 335. Quelques antres. 

W PHIUlSOPHIE KS .WOLKTl-KKK 

336. Caractères de la philosophie anglaise au X|VV 
siècle. — 337. Jérémie Bentham j,, 

Stuart Mil! (1806-1873) 

338. \'ie et œuvres de Stuart Mill. — 33c). Caractères 
de la philosophie de Stuart Mill. — 340. Doctrines 
philosophiques de Stuart Mill. — 341. Appréciation. 317 

Charles Damin (1809-1892) 

342^ Vie et œuvres de Darwin. — 343. Doctrines <le 

Darwin. — 344. Appréciation 324 

345- .Alexandre Bain ,29 

Herbert Sfeiicer (1820-1903) 
346. Vie et œuvres de Spencer. — 347. Caractères de 



— 4'6 — 

1 t.; PugCi 

35^. Quelques antres "^^ " ^''- -^PPi-ecatio,,, . . 3.5 
339 

I.A PHILOSOPHIK K\ AM.HMAGXE 

^■'fiède'''"''"^,''-''";' H '■? l'''''"^"I''>«- ■•>Ilc-n>ande au XIXe 
3^6 wTlir-* hv'h ;""■ ,7; ^-^r- ''"'"• HelmhoUz _ 

Jakob AIolesd,o.t. I.„.|wi/ma.h„er'^3;£' H-.eck?' 
3yj. Wiiel(|ues antres naetkei. 

■ 341 

Schofciihiiucr (!7t<K-i86o) 
3'»; \'ie et œuvres de SchoDeuhaner ,(., n 

3^. Edouard de H^^^l^^.^J^^l^-^^ 346 
'.A l'Hn.iisoi'niK K>.- iTAiri; 

. Pasquale (faluppi '' '""'"' '*"'"='«"''»■■ - 3«<. 

354 

Antonio Rosminl (17Q7-185:;) 

Rosmini. L 3.,. 1i^^^,~ 3... Ph.Iosoph.e de 
3.3. V tncen™ Gioberti, _ 3;,. y,,,;,- ' -,' -^; ; • ■ • ■ 356 

LA PHIUlS(,l.HrK AIX KTATS-L-.NIS 

3-8. Orestes A. Brownso.f " ■^" "^''^^ ^"^'^''^- " , 
362 

n'ilUam James (i84.>-irj,o) 

37Q: Vie et œuvres de William James — ,«/, p 

383. Quelques autres -"""es.- 38... .Appréciation. 36.. 



1 



— 4' 7 — 

Pages 

I.A PHIIOSOI'HIK tATHOI,lQllC 

38+ Avant le XIXe siècle. — 385. En France. -3».. 
En Espagne. - 38;. En .\lleniagne. — 388. En An- 
gleterre. — 389. I''.n Italie 3(j,' 

LA KENAISSANCfi nH LA l'HlLOSOPHIK SCOtASTIULB 

390. Les précurseurs.— 391. Léon XIU et l'Encyclique 
.Ulertii Piitris. — 392. Renaissance en Italie. — 3ij;i. 
Eii Espagne. — 394. En .\lleniagne. — 395. En 
l'rance. — 396. En Belgique. — 397. En .Angleterre. 
— 3()8. Aux Etats-Unis. — 399. Au Canarla. — 400. 
Dans les autres pays .". 3-; 

I.A PHILOSOPHIK DE SOS lOUKS 

4CI. Le prulilème. — 403. L'idéclisnie kanlic:i. — 403. 

Le pragmatisme. — 404. Le réalisme thomiste.... 3113 

405. Le modernisme 3gy 

4cr.. Conclusion 401 

Hililiographie ^n_,